AgoraCLASS & NTIC ou TICE et les milieux enseignants


Dans la livraison de THOT, datée du 11 août 1999, est commenté un article de Larry CUBAN, Professeur à l'Université de Stanford. Il est intitulé The Technology puzzle. L'article en question a été publié dans l'Education Week, édition du 4 août 1999.

Larry CUBAN constate, tout d'abord, que, à l'heure actuelle, sur 10 enseignants aux States moins de deux sont des utilisateurs fervents (serious) d'ordinateurs et de technologies d'information mis en oeuvre dans des salles de classe. Quatre à cinq ne recourent jamais à ces outils en classe. Lorsqu' il y a utilisation en classe, il est constaté que c'est principalement pour du traitement de texte et des applications d'importance mineure (low-end applications). Mais, à la maison, sept enseignants sur dix possèdent un ordinateur qu'ils utilisent pour préparer leurs cours, pour des tâches bureautiques, pour de la navigation et de la recherche Web, pour la communication avec des collègues.

L'auteur de l'article se demande, ensuite, comment expliquer ce phénomène de manque d'utilisation adéquat des moyens informatiques à l'école. Il cite cinq possibilités (areas) d'explication. Le journaliste qui, dans THOT, commente et traduit partiellement en français l'article en question qu'il intitule Le casse-tête technologique, n'en retiens que trois. Nous optons pour la présentation des 5 motivations.

1. Des stratégies ou politiques changeantes au fil des ans (Contradictory advice from experts).
En effet, si dans les années 80, les gurus de l'informatique imposaient aux enseignants d'apprendre et d'enseigner la programmation BASIC pour faire de leurs étudiants des computer literate, à la fin de ces années 80 il n'était plus question de BASIC mais d'applications comme le traitement de texte, les tableurs, les bases de données. Dans les années 90, ensuite, avec l'apparition des réseaux de communication et des écoles "branchées", ces mêmes experts ne parlaient plus que de programmation HYPERTEXT et de HTML. La question est: comment pouvoir suivre ces adaptations et évolutions incessantes que ces mêmes gurus ont de la peine eux-mêmes à maîtriser.
C'est ainsi que l'on comprend facilement - nous l'avons lu par ailleurs - que des Universités, comme celle de Pennsylvania, par exemple, ont opté pour un système logiciel unique au sein de leur campus pour la présentation des cours donnés via le Web. Ces Universités favorisent ainsi, outre une présentation homogène des enseignements à l'intérieur de toutes les facultés, un apprentissage unique d'un seul et même système logiciel ainsi qu'une maintenance, une prise en charge et un suivi technologique facilités. La cérise sur le gâteau c'est que le système logiciel retenu, CourseInfo de la société BLACKBOARD, offre cet immense avantage de permettre aux enseignants de mettre sur pied ces présentations et environnements d'enseignement sans devoir apprendre ni écrire une seule ligne de code HTML. Alors que les cours obtenus en sortie sont bien des réalisations Web.
Le traitement de texte, que la plupart des enseignants pratiquent voir mâitrisent (cf. supra) est le seul outil nécessaire. Pas de HTML (Hyper Texte markup Lanaguage), pas de VRML (Virtual Reality Markup Language), pas de XML (Extended Markup Language), pas de UML (Unified Modeling Language) n'est demandé aux enseignants ni en apprentissage ni en enseignement.

2. Des conditions de travail impossibles (Intractable working conditions). L'exemple cité décrit la situation d'un enseignant qui professe dans cinq classes à raison de leçons durant de 50 à 55 minutes à chaque fois. Ces 5 classes demandent, au moins, 3 préparations différentes de leçons pour environ 140-150 étudiants par jour.
Un lot d'autres "tâches" administratives ou sociales font qu'il lui faudrait des patins à roulettes pour arriver à donner suite à toutes ces tâches et fonctions tout au long d'une journée de cours. Où placer là-dedans les technologies de l'information à apprendre, à emmagasiner, à utiliser avec efficience?

3. Les missions au profit de la société (Demands from others). Non seulement les enseignants doivent connaître leur matière, maintenir de l'ordre en classe mais ils doivent aussi s'occuper de problèmes de comportement chez certains de leurs élèves, de pallier à la démission de certains parents, de veiller à la bonne suite à donner aux problèmes qui agitent la société d'aujourd'hui - ces problèmes ne s'arrêtent pas, en effet, devant les murs de l'école -, de prêter à chaque élève une écoute attentive, de prendre en compte les politiques d'enseignement (lutte contre l'échec, le bac pour tous, etc.), en un mot, d'apparaître comme "taillable et corvéable" sans que leur rémunération ou position sociale ne soit en rapport avec ces impedimenta de plus en plus nombreux et conséquents. Comment alors ne pas être démotivé?

4. Le manque de fiabilité des équipements et des logiciels (The inherent unreliability of the technology). Comme la plupart des écoles ne peuvent s'offrir un informaticien dédié, il est difficile aux enseignants de parer aux innombrables pannes et dysfonctionnements tant des équipements que des logiciels qui ne réussissent ainsi qu'à couler (torpedoing) les plus belles initiatives et applications.

Ayant eu affaire pendant un quart de siècle à des mainframe ou "gros ordinateurs" qui, bien "gardés" par des équipes de support centrales et disposant de systèmes d'exploitation mûrement établis et testés, ronronnaient et donnaient satisfaction dans 99% des cas et situations, nous ne pouvons que renchérir sur cette plainte concernant la non fiabilité des microordinateurs actuels dont les "plantages" tout aussi "abusifs" qu'inexpliqués et inexplicables (souvent) sont la misère et la hantise quotidienne et des utilisateurs et des équipes de support. Sans parler des mises à jour et des évolutions incessantes des environnements tant logiciels que matériels, qu'elles soient mineures ou majeures, qui, à tout moment, vous font remettre l'ouvrage sur le métier tout en élargissant le spectre des types de système à connaître et à supporter.
Ce qui, à titre d'exemple, se traduit dans notre faculté par des PC et des Mac dont les systèmes d'exploitation vont, pour le monde PC, du Windows for Workgroups au Windows NT en passant par le Windows 95 et le Windows 98, en attendant le Windows 2000 promis pour octobre 1999. Du côté Mac ce n'est pas mieux: OS 7.1, 7.5, 7.6, 8.0, 8.1, 8.5, 8.6 pour culminer avec l' OS X attendu aussi pour la fin de cette année. Sans parler des "releases" ou "service packs" intermédiaires. Qui peut (et veut) encore suivre pareille course effrénée?

5. Les opinions et avis des enseignants sont tenus pour nuls par les décideurs (Policymakers' disrespect for teachers' opinions). Les enseignants sont pas ou peu consultés sur les technologies qui leur seraient les plus profitables ainsi qu'à leurs étudiants. Dans bien des cas les enseignants voient surgir des salles de classe bourrées d'équipements soit donnés soit achetés dans le cadre de plans d'équipement élaborés sans qu'ils aient eu à donner leur avis et/ou préférences. Et personne ne comprendrait qu'ils ne recourent pas - et pire, ne puissent pas se servir - de ces merveilles de la technique et de la technologie d'aujourd'hui.

L'auteur conclut en disant que les raisons ou possibilités d'explication avancées ici pour donner une justification au peu de succès des ordinateurs dans les salles de classe aux USA sont largement ignorées parce qu'elles vont au coeur de ce qui se passe dans les écoles, qu'il en coûterait trop pour y porter remède et qu'elles n'ont que peu d'impact sur le savoir-faire (know-how) en rapport avec la production de ces machines.

Nous, de notre côté, nous essayons modestement de donner à ces impeachments (empêchements) des chances de solutions, du moins nous l'espérons, via l' entreprise AgoraClass, les ITINERA ELECTRONICA et, sous peu, l'expérience-pilote AgoraJUNIOR. Mais, nous aussi, nous sentons que le poids des "impossibilités" avancées ci-dessus handicape lourdement le succès des initiatives lancées.

Et, pourtant, la terre est ronde et elle tourne ...

Jean Schumacher
LLN, le 13 août 1999


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Responsable : Jean Schumacher <schumacher@sflt.ucl.ac.be>

Dernière mise à jour : 13 août 1999