| Extrait Grec |
Ἦν τοίνυν πάλαι—ῥᾷον γὰρ οὕτω δῆλον ἂν γένοιτο, εἴ τι ἠδίκηκα ἐγὼ
μετακοσμήσας καὶ νεωτερίσας τὰ περὶ τοὺς ἀνθρώπους—ἦν οὖν τὸ θεῖον μόνον
καὶ τὸ ἐπουράνιον γένος, ἡ γῆ δὲ ἄγριόν τι χρῆμα καὶ ἄμορφον, ὕλαις ἅπασα καὶ
ταύταις ἀνημέροις λάσιος, οὔτε δὲ βωμοὶ θεῶν ἢ νέως, —πόθεν γάρ; —ἢ ξόανα ἤ
τι ἄλλο τοιοῦτον, οἷα πολλὰ νῦν ἁπανταχόθι φαίνεται μετὰ πάσης ἐπιμελείας
τιμώμενα· ἐγὼ δὲ—ἀεὶ γάρ τι προβουλεύω ἐς τὸ κοινὸν καὶ σκοπῶ ὅπως
αὐξηθήσεται μὲν τὰ τῶν θεῶν, ἐπιδώσει δὲ καὶ τἆλλα πάντα ἐς κόσμον καὶ
κάλλος—ἐνενόησα ὡς ἄμεινον εἴη ὀλίγον ὅσον τοῦ πηλοῦ λαβόντα ζῷά τινα
συστήσασθαι καὶ ἀναπλάσαι τὰς μορφὰς μὲν ἡμῖν αὐτοῖς προσεοικότα· καὶ γὰρ
ἐνδεῖν τι ᾤμην τῷ θείῳ, μὴ ὄντος τοῦ ἐναντίου αὐτῷ καὶ πρὸς ὃ ἔμελλεν ἡ
ἐξέτασις γιγνομένη εὐδαιμονέστερον ἀποφαίνειν αὐτό· θνητὸν μέντοι εἶναι
τοῦτο, εὐμηχανώτατον δ´ ἄλλως καὶ συνετώτατον καὶ τοῦ βελτίονος
αἰσθανόμενον.
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| Traduction française |
Dans l'origine, car il me sera plus facile, en remontant jusque là, de prouver si j'ai fait
une innovation criminelle en fabriquant des hommes, dans l'origine, dis-je, il n'y
avait qu'une seule espèce divine et céleste ; la terre, inculte et difforme, était tout
entière couverte de forets, hérissée de bois impénétrables au soleil. Aussi point
d'autels pour les dieux, point de temples : où les aurait-on placés ? point de statues ni
d'images, rien enfin de semblable à ce qui se pratique aujourd'hui avec tant de soin et
de déférence. Moi, toujours le premier à songer à l'intérêt commun, toujours attentif
aux moyens d'augmenter la gloire des dieux, de contribuer à leur splendeur, à leur
magnificence, je regardai comme une invention excellente de prendre un peu de
boue, d'en façonner certains êtres, et de leur donner une forme semblable à la nôtre.
Il me semblait qu'il manquait quelque chose à la divinité, tant qu'il n'existait rien qui
lui pût être opposé, un être qui, comparé à elle, prouvât qu'elle est plus heureuse : je
voulais toutefois que cet être fût mortel, quoique industrieux, intelligent, et capable
d'apprécier ce qui vaut mieux que lui.
Trad. : Eugène TALBOT, Oeuvres complètes de Lucien de Samosate, Paris, Hachette, 1912 |