Pierre BEZBAKH, Diocletien et l'édit du maximum. [Le MONDE, édition du mardi 29 avril 2003]. L'EMPIRE ROMAIN connut durant le IIIe siècle une grave crise qui succéda à deux siècles de prospérité assurée par la "pax romana". L'ordre romain avait, en effet, permis l'essor du commerce entre l'Italie et les provinces a travers l'ensemble de la Méditerranée. La monnaie romaine facilitait les échanges et le droit romain unifiait les pratiques. Mais le système économique « impérialo-esclavagiste » portait en lui les causes de son déclin. Le luxe extraordinaire dans lequel vivaient les riches patriciens et l'embellissement des cités de la péninsule provenaient principalement du produit des conquêtes. Les grands propriétaires fonciers ne cherchaient pas à accroître leur production et se voyaient concurrencés par les provinces : l'Egypte et les Gaules fournissaient du blé, le Proche-Orient des produits textiles, la Grèce des amphores, l'Espagne des métaux, la Germanie des objets en fer ---. Ce surplus permettait d'acheter la paix sociale en fournissant au peuple « du pain et des jeux ». Rome était dépendante des provinces; et la monnaie d'or et d'argent partait vers les périphéries de l'Empire ou vers des territoires plus lointains (l'Inde, la Chine, l'Afrique, ---) afin de payer soieries, bijoux, perles et animaux,sauvages ---. La crise ne deviendra ouverte qu'à partir de la fin du IIe siècle. Après l'assassinat du déspote Commode, s'ouvrit le temps des guerres civiles opposant les légions entre elles : elles proclamaient empereur les généraux, afin d'obtenir des privilèges ou - tout simplement - de toucher leur solde que l'état payait avec retard (ou ne payait pas), en raison de la situation catastrophique des finances publiques. Pour renflouer les caisses, les autorités frappèrent des espèces en cuivre ou en alliage grossier, ce qui provoqua une forte hausse des prix. Arrivé au pouvoir en 284, le Dalmate Caius Aurélius Dioclétianus entreprit un vaste programme de rétablissement économique, politique, administratif et militaire. Il fit frapper de « bonnes monnaies » au poids en métal précieux garanti, qui deviendront le « solidus » (donnant le terme « sou »), contenant 4,5 g d'or, et le silique d'argent, valant 1/24e de solidus d'or. Pour trouver des ressources, il soumit en 292 tout l'Empire, y compris l'Italie, à l'impôt foncier. Pour lutter contre l'inflation, il promulgua, en 301, la loi du maximum, qui fixait le prix de plus de 1000 produits alimentaires et industriels, le montant des salaires et le coût des transports, les honoraires des professions libérales. Ceux qui dépassaient ces maxima ou stockaient des marchandises, et contribuaient ainsi à la pénurie et à la hausse des prix, étaient passibles de la peine de mort. ÉTAT DE TROC. Parallèlement, il découpa l'Empire. en organisant la « tétrarchie » : le pouvoir revenait à deux Auguste assistés chacun d'un César. Il créa des circonscriptions administratives : quatre préfectures (Italie, Gaules, Illyrie, Orient), gouvernées par des préfets du prétoire et décomposées en douze diocèses confiés à des vicaires. Sur le plan militaire, il leva des légions attachées à ces entités territoriales. L'édit du maximum ne parvint à empêcher ni la hausse des prix ni le déclin économique. Les villes n'attiraient plus, le métal se raréfiait et l'économie revenait à l'état de troc, les esclaves étaient peu productifs et né consommaient pas, l'état .réglementait sans produire, les riches fuyaient l'impôt, les légions défendaient mal les frontières, aucune innovation technique et aucune force économique nouvelle n'apparaissait. Après l'abdication de Dioclétien, en 305, l'empereur Constantin (306-337) poursuivit globalement la même politique pour tenter de sauver le système. Mais il s'appuya sur l'Eglise (en 313, l'édit de Milan autorisa le christianisme alors que Dioclétien avait persécuté les chrétiens). D'autre part, il fonda une nouvelle métropole en Orient : Constantinople. Mais ce répit n'empêchera ni la scission définitive de l'Empire en deux parties à la mort de Théodose (395), ni l'effondrement de l'Empire d'Occident en 476. [Pierre Sezbakh est maître de conférences à l'université Paris-IX- Dauphine].