Parodos_Grammaire et langue
Première partie
vv.40-59
μὲν: la particule laisse attendre un δέ; mais on l'attendra jusqu'au v.67: ἔστι δ'ὅπη νῦν ἔστι.
χιλιοναύταν: les manuscrits (et à leur suite les éditeurs) hésitent entre la forme attique et la forme dorienne. Cette première partie étant un texte récité avec accompagnement musical, le dorien, obligatoire dans les chants choraux proprement dits, ne s'impose pas ici.
Διόθεν: cette forme de génitif (d'origine) vient préciser ici le nom τιμῆς.
τρόπον: acc. adverbial, dont le sens est identique à celui de l'acc. adverbial δίκην rencontré au v.3: l'un et l'autre signifient un mode de comportement inné ou imposé par l'usage: à la manière de.
τιμῆς: gén. explicitant le nom ζεῦγος; il signifie que le couple des Atrides se caractérise par un honneur venu de Zeus, à savoir la royauté, désignée par le double trône et par le double sceptre. L'emploi du substantif apparaît plus concret que celui 'une forme verbale signifiant "honorés".
τις: le pronom indéfini, lorsqu'il est joint à un nom propre, désigne une personne ou une chose de la même espèce que celle qui est désignée par ce nom: quelque Apollon ou quelque Pan.
ὀξυβόαν: contrairement aux exemples précédents, la tradition manuscrite reflète ici l'usage du dorien dans les chants choraux.
vv. 60-71
γόνατος ... κάμακος: on peut analyser ces deux expressions soit comme des génitifs explicitant le nom παλαίσματα, soit comme des génitifs absolus: du point de vue du sens, les deux explications se valent.
ὑποκαίων: les vers 69-71 sont corrompus dans l'ensemble des manuscrits de l'Agamemnon. Ici, la leçon ὑποκλαίων ne signifie rien, car c'est dans la tradition chrétienne que le pécheur pleure amèrement ses fautes; dans la tradition grecque, on offre des sacrifices compensatoires. C'est pourquoi la correction ὑποκαίων,proposée par l'humaniste Casaubon, a été adoptée par les éditeurs.
ἐπιλείβων: est une correction de la leçon fautive ὑπολείβων, dont le préverbe ne signifie rien dans ce contexte; une autre correction a été proposée, ἀπολείβων. Dans l'un et l'autre cas, le participe -λείβων est précisé par le génitif ablatival ἀπύρων.
οὔτε δακρύων: l'expression est une glose de la leçon fautive ὑποκλαίων; c'est pourquoi elle a été rejetée par la plupart des éditeurs (Mazon, Fraenkel, Denniston-Page, Page).
vv.72-82
τό θ'ὑπεργήρων: est une correction du Byzantin Demetrius Triclinius, qui est souvent adoptée, le sens du vers étant alors " le vieillard, lorsque son feuillage est flétri s'avance à trois pieds"; dans ce cas, l'adjectif ἀρείων au masculin constitue une rupture de construction par rapport à la correction. La leçon τί θ'ὑπεργήρως provient du Mediceus: elle présente l'avantage de tenir compte de la présence de l'adjectif ἀρείων, sans qu'il soit nécessaire de prêter à Eschyle un texte obscur.
τρίποδας ὁδοὺς: comme souvent chez Eschyle, l'accord grammatical ne reflète pas l'accord selon le sens; le sens veut en effet que l'adjectif se rapporte au sujet de στείχει, à savoir le vieillard.
ὄναρ: apposé au sujet de ἀλαίνει.
vv.83-96
θυραίων: de θυραῖος -α -ον: qui est à la porte, d'où: qui est hors de la maison; qui est du dehors, étranger. Cette correction d'une leçon fautive (τ'οὐρανίων) - judicieuse du point de vue paléographique - n'est pas évidente en ce qui concerne la signification. P. Mazon, de façon peu compréhensible, traduit "dieux de la maison", ce qui contredit le sens habituel de l'adjectif. Il faut plutôt comprendre les dieux des portes, c'est-à-dire de la périphérie par opposition aux dieux des places publiques, c'est-à-dire du centre (ἀγοραίων), ou sinon conserver la leçon des manuscrits.
πελανῷ... βασιλείῳ: la correction en πελανῶν βασιλείων, qui fait de l'expression un complément de παρηγορίαις n'est pas indispensable, puisque le datif πελανῷ peut être mis sur le même pied que παρηγορίαις; mais elle rend le texte plus clair.
vv. 97-103
αἰνεῖς: correction des leçons des manuscrits αἰνεῖν, εἰπεῖν, qui n'ont pas de sens, sauf à considérer que le τε de παιών τε γενοῦ a la valeur généralisante du τε épique.
ἀγάν'ἀμφαίνουσ(α): est une leçon proposée par Demetrius Triclinius; à l'occasion d'une rupture de construction, l'espoir, étant qualifié ici d'ἀγάν' (ἀγανός -ή -όν) "doux", "aimable" et présenté comme se manifestant au grand jour, (sens intransitif d'ἀναφαίνω). La correction adoptée notamment par Mazon et reprise dans la traduction a l'avantage de mieux tenir compte paléographiquement de la leçon erronée ἀγανὰ φαίνεις du Mediceus.
θυμόφθορον: le vers 103 est définitivement corrompu: le sens en est cependant clair: l'espoir écarte le souci insatiable qui ronge le coeur des choreutes. (1) θυμοβόρον et θυμοφθόρον sont quasiment des synonymes, qui paraphrasent φροντίδα ἄπληστον, l'élément θυμο- renvoyant à φροντίδα; (2) φρενί correspond également à l'élément θυμο-; (3) enfin, λύπης équivaut à φροντίδα. Bref, il est impossible de démêler ce qui devait être le texte original des gloses commentant celui-ci. Le texte établi par Mazon, qui fonde la traduction, est une reconstruction hypothétique.
Deuxième partie
Strophe : vv. 104-121
ἐντελέων: cette correction de Dorat adoptée par certains éditeurs se rapporte à ceux qui sont en fonction, c'est-à-dire aux deux rois de l'armée, tandis que la leçon des manuscrits ἐκτελέων évoque plutôt des hommes dans la fleur de l'âge, ce qui convient également au contexte. La traduction se fonde sur cette dernière leçon.
θεόθεν: peut se rapporter soit à l'ensemble de la phrase, signifiant alors "conformément à la volonté divine", soit au substantif , signifiant dans ce cas la persuasion "qui tire son origine de la divinité".
πειθώ -οῦς, ἡ: la forme peut être analysée comme un nominatif ou un accusatif. Dans le premier cas, πειθώ est le sujet de καταπνεύει et reçoit comme apposé σύμφυτος αἰών ; dans le second cas, πειθώ est complément d'objet direct de καταπνεύει et reçoit comme apposé ἀλκάν.
μολπᾶν: génitif dorien correspondant à la forme attique μολπῶν.
ὄρνις : l'emploi du singulier donne à penser qu'il s'agit d'un seul oiseau, ce qui est confirmé par l'apposition οἰωνῶν βασιλεὺς. Mais ce singulier se trouve contredit deux vers plus loin par le participe φανέντες. Il s'agit donc en réalité d'une paire d'aigles, l'aigle tout noir et celui au dos blanc.
ἀργᾶς: avec ou sans iota souscrit est la forme dorienne contracte de ἀργήεις "éclatant de blancheur", correction qui s'impose face à la leçon corrompue des manuscrits ἀργίας.
δοριπάλτου: hapax, comme la leçon des manuscrits δορυπάλτου inutilement corrigée par Turnèbe. L'adjectif signifie "du côté qui brandit la lance", c'est-à-dire du côté droit, qui est favorable.
ἐρικύμονα et ἐρικυμάδα sont des hapax signifiant "très fécond", qui ont été forgés sur la base du verbe κύω"être grosse" par les éditeurs pour corriger la leçon des manuscrits ἐρικύματα, dépourvue de sens.
βλαβέντα: on peut se demander ce que vient faire ce participe passif à l'accusatif masc. sing. parmi tous ces féminins. On a essayé de résoudre la difficulté en transformant celui-ci en βλάψαντε(ς), de manière à rapporter les deux participes βοσκόμενοι/βοσκομένω et βλάψαντε(ς) aux rois, sujets désormais de l'action de dévorer et de nuire. On a également évoqué des emplois - rares au demeurant - de participes ayant les mêmes terminaisons au masculin et au féminin (cf. Ag., 561-562 τιθέντες... δρόσοι). C'est cette seconde interprétation qui fonde la traduction.
Antistrophe: vv. 122-139
λήμασι δισσούς: cette leçon des manuscrits est recevable telle quelle: les Atrides sont jumeaux par la volonté; la correction ἴσους adoptée par Mazon est inutile et n'a pas été retenue dans la traduction.
πομπᾶς τ': certains éditeurs préfèrent supprimer le τε, qui est redondant, à moins qu'on en fasse un τε épique. λαγοδαίτας et πομπούς sont en effet respectivement et de façon interchangeable l'un, complément, l'autre, attribut. C'est ainsi qu'on peut traduire: (1) le devin reconnut dans les mangeurs de lièvre les chefs de l'expédition: (2) ou le devin reconnut que les chefs de l'expédition étaient les mangeurs de lièvres. Si on veut à tout prix conserver l'usage habituel de τε, il faut traduire: (3) ce que voyant, le devin reconnut dans les mangeurs de lièvre les Atrides aux volontés jumelles et les chefs de l'expédition. Quelle que soit l'interprétation adoptée, le sens général du passage est clair.
μοῖρα λαπάξει: est une correction inutile de la leçon des manuscrits μοῖρ' ἀλαπάξει. Dans le premier cas, l'expression signifie: "le destin videra (λαπάζω) les possessions", dans le second, "le destin détruira (ἀλαπάζω) les possessions".
προτυπέν: le contexte indique que l'action désignée par ce participe aoriste passif précède l'action désignée par κνεφάσῃ.
οἴκτῳ: est une correction largement adoptée par les éditeurs face à la leçon corrompue des manuscrits οἴκῳ, qui ne peut être complément de l'adjectif ἐπίφθονος, dont dépend en revanche κυσὶ . Il s'agit en l'occurrence d'un datif de cause: "par compassion".
ἐπίφθονος: il s'agit d'une phrase nominale dans laquelle il faut sous-entendre ἐστι.
Epode: vv. 140-159
τόσον περ: signifie en tant qu'accusatif adverbial: aussi, autant: on peut le rapporter à εὔφρων. Mazon en fait un complément d'objet direct dans un texte qu'il a profondément et inutilement remanié.
μ'αἰτεῖ... κρῖναι/ αἰτεῖ κρᾶναι: l'addition du με et la transformation de κρᾶναι en κρῖναι opérées par Mazon ne sont guère convaincantes, car les leçons des manuscrits peuvent être aisément comprises. (1) L'addition du με fait intervenir Calchas dans l'énoncé, ce qui est inutile, la déesse pouvant exprimer ses exigences de façon abstraite et générale. (2) Il n'est pas nécessaire de transformer κρᾶναι en κρῖναι: le verbe κραίνω, lorsqu'il est intransitif, signifie "s'accomplir"; employé transitivement, il suppose que le sujet de l'action "accomplir" est la déesse Artémis elle-même. (3) φάσματα peut très bien être analysé comme un apposé de ξύμβολα, conformément à une pratique bien établie d'Eschyle.
στρουθῶν: génitif de στρουθός -οῦ, ὁ, qui désigne le moineau. Ce substantif ne convient ni au point de vue de la métrique ni au point de vue du sens, à moins de lui faire désigner un oiseau en général. Car on ne voit pas le rapport entre les aigles, rois des oiseaux, et les simples moineaux!
Troisième partie
Strophe 1: vv.160-167
τόδε et τοῦτο: renvoient à une même réalité, Zeus, alors qu'en principe τόδε renvoie à ce qui est plus proche ou à ce qui suit immédiatement, tandis que τοῦτο renvoie à ce qui est plus éloigné et à ce qui précède.
Antistrophe 1: vv.168-175
λέξεται: ind. futur moyen au sens passif de λέγω, dire. Dans cet emploi, il signifie "de lui qui fut autrefois, on ne parlera même pas".
Strophe 2: vv.176-183
τὸν πάθει μάθος: la leçon des manuscrits τῷ comma article déterminant πάθει impose de faire de la totalité de l'expression τῷ πάθει μάθος le sujet de la prop. infinitive κυρίως ἔχειν. Cette manière de comprendre le texte a heurté certains éditeurs qui ont préféré corriger τῷ en τὸν, faisant de ce dernier un second apposé de Ζῆνα (après τὸν ὁδώσαντα).
ἀνθ'ὕπνου: cette correction adoptée par certains éditeurs (tels Fraenkel et Denniston-Page) a un sens, le remords pouvant provoquer l'insomnie, mais elle ne s'impose pas. Selon la leçon des manuscrits, ἐν θ'ὕπνῳ, le remords trouble le sommeil en inspirant des cauchemars; dès lors, pour le coupable, même le sommeil n'est plus apaisant et facteur momentané d'oubli.
Antistrophe 2: vv.184-191
βαρύνοντ(ο): ind. impf. sans augment de βαρύνω; on notera l'emploi de la 3e pers. plur. avec un sujet au sing. (λεώς), l'accord s'étant fait selon le sens.
Strophe 3: vv.192-204
πικροῦ χείματος: gén. explicitant le contenu de μῆχαρ.
Antistrophe 3: vv. 205-217
τὸ μὴ πιθέσθαι: inf. substantivé à l'acc. de relation.
γένωμαι: subj. de délibération.
ξυμμαχίας: gén. compl. du vb. ἁμαρτάνω au sens de "manquer le but, manquer, négliger".
Strophe 4: vv.218-227
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Antistrophe 4: vv.228-237
αἰῶνα: cette leçon des mss pose problème à certains éditeurs, car le substantif n'est relié par aucune conjonction de coordination aux autres compl. directs de ἔθεντο, à savoir λιτὰς καὶ κληδόνας. Mazon maintient cette version telle quelle, en forçant un peu la traduction; d'autres ajoutent un <τε> (cf. Denniston-Page) ou corrigent en αἰῶ (doublet de αἰῶνα) τε (p. ex. Fraenkel).
παντὶ θυμῷ: datif de manière qui est rapporté à différents éléments de la phrase, au gré des traducteurs. (1)Mazon le fait dépendre de προνωπή, faisant signifier par l'expression: "qui penche vers le sol, c'est-à-dire qui veut s'attacher au sol de toutes ses forces". (2) Fraenkel le fait dépendre de λαβεῖν ἀέρδην, comprenant ainsi "de la soulever de toutes leurs forces". (3). Pour Denniston-Page, l'expression se rapporte à πέπλοισι περιπετῆ et signifie dès lors "s'accrochant à ses vêtements (ceux de son père) de tout son coeur (en qualité de suppliante)". De ces trois interprétations, celle de Fraenkel me semble la moins compliquée.
πέπλοισι: pour Mazon et Fraenkel, ce datif se rapporte aux vêtements qui enveloppent Iphigénie; selon l'interprétation du passage par Denniston-Page, évoquée ci-dessus, il s'agirait des vêtements d'Agamemnon.
Strophe 5: vv.238-247
πρέπουσα: πρέπω se construit ici avec un participe, comme on a déjà pu l'observer dans Ag., 30: ὡς ὁ φρυκτὸς ἀγγέλλων πρέπει.
θ'ὡς: cette leçon des mss a été corrigée notamment par Fraenkel en τώς; mais cette correction n'a pas été retenue par l'ensemble des éditeurs, le τε pouvant avoir, ici comme ailleurs, sa valeur d'insistance (τε épique).
Antistrophe 5: vv. 248-257
τὸ μέλλον <δ'>: la particule a été insérée pour marquer l'opposition par rapport à τοῖς μὲν, ceux pour qui la justice a déjà tranché, c'est-à-dire les Troyens et partiellement les combattants grecs à travers les morts au combat. Le choeur envisagerait ainsi la démarche future de la justice (la mort d'Agamemnon).
πρὸ χαιρέτω: tmèse qui peut être interprétée de différentes façons. (1) Qu'on soit heureux auparavant; (2) qu'il (le futur) soit heureux auparavant, c'est-à-dire à quoi bon s'en occuper à l'avance (Mazon); (3) qu'il (le futur) soit salué à l'avance, mais cela revient à gémir à l'avance (Fraenkel).