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Date :     11-10-2002

Sujets :
OVIDE, L'Art d'aimer, livres I à III - Dédale et Icare

Notice :

Un nouvel environnement hypertexte est à disposition:

OVIDE, L'Art d'aimer :

Mise en appétit: L'épisode Dédale et Icare (II, vers 15-96)

Nunc mihi, siquando, puer et Cytherea, fauete,
Nunc Erato, nam tu nomen amoris habes.
Magna paro, quas possit Amor remanere per artes,
Dicere, tam uasto peruagus orbe puer.
Et leuis est, et habet geminas, quibus auolet, alas:

[2,20] Difficile est illis inposuisse modum.
Hospitis effugio praestruxerat omnia Minos:
Audacem pinnis repperit ille uiam.
Daedalus ut clausit conceptum crimine matris
Semibouemque uirum semiuirumque bouem,

'Sit modus exilio,' dixit 'iustissime Minos:
Accipiat cineres terra paterna meos.
Et quoniam in patria, fatis agitatus iniquis,
Viuere non potui, da mihi posse mori.
Da reditum puero, senis est si gratia uilis:

[2,30] Si non uis puero parcere, parce seni.'
Dixerat haec; sed et haec et multo plura licebat
Dicere: regressus non dabat ille uiro.
Quod simul ut sensit, 'nunc, nunc, o Daedale,' dixit:
'Materiam, qua sis ingeniosus, habes.

Possidet et terras et possidet aequora Minos:
Nec tellus nostrae nec patet unda fugae.
Restat iter caeli: caelo temptabimus ire.
Da ueniam coepto, Iupiter alte, meo:
Non ego sidereas adfecto tangere sedes:

[2,40] Qua fugiam dominum, nulla, nisi ista, uia est.
Per Styga detur iter, Stygias transnabimus undas;
Sunt mihi naturae iura nouanda meae.'
Ingenium mala saepe mouent: quis crederet umquam
Aerias hominem carpere posse uias?

Remigium uolucrum disponit in ordine pinnas,
Et leue per lini uincula nectit opus,
Imaque pars ceris adstringitur igne solutis,
Finitusque nouae iam labor artis erat.
Tractabat ceramque puer pinnasque renidens,

[2,50] Nescius haec umeris arma parata suis.
Cui pater 'his' inquit 'patria est adeunda carinis,
Hac nobis Minos effugiendus ope.
Aera non potuit Minos, alia omnia clausit;
Quem licet, inuentis aera rumpe meis.

Sed tibi non uirgo Tegeaea comesque Bootae
Ensiger Orion aspiciendus erit:
Me pinnis sectare datis; ego praeuius ibo:
Sit tua cura sequi; me duce tutus eris.
Nam siue aetherias uicino sole per auras

[2,60] Ibimus, impatiens cera caloris erit:
Siue humiles propiore freto iactabimus alas,
Mobilis aequoreis pinna madescet aquis.
Inter utrumque uola; uentos quoque, nate, timeto,
Quaque ferent aurae, uela secunda dato.'

Dum monet, aptat opus puero, monstratque moueri,
Erudit infirmas ut sua mater aues.
Inde sibi factas umeris accommodat alas,
Perque nouum timide corpora librat iter.
Iamque uolaturus paruo dedit oscula nato,

[2,70] Nec patriae lacrimas continuere genae.
Monte minor collis, campis erat altior aequis:
Hinc data sunt miserae corpora bina fugae.
Et mouet ipse suas, et nati respicit alas
Daedalus, et cursus sustinet usque suos.

Iamque nouum delectat iter, positoque timore
Icarus audaci fortius arte uolat.
Hos aliquis, tremula dum captat arundine pisces,
Vidit, et inceptum dextra reliquit opus.
Iam Samos a laeua (fuerant Naxosque relictae

[2,80] Et Paros et Clario Delos amata deo)
Dextra Lebinthos erat siluisque umbrosa Calymne
Cinctaque piscosis Astypalaea uadis,
Cum puer, incautis nimium temerarius annis,
Altius egit iter, deseruitque patrem.

Vincla labant, et cera deo propiore liquescit,
Nec tenues uentos brachia mota tenent.
Territus a summo despexit in aequora caelo:
Nox oculis pauido uenit oborta metu.
Tabuerant cerae: nudos quatit ille lacertos,

[2,90] Et trepidat nec, quo sustineatur, habet.
Decidit, atque cadens 'pater, o pater, auferor!' inquit,
Clauserunt uirides ora loquentis aquae.
At pater infelix, nec iam pater, 'Icare!' clamat,
'Icare,' clamat 'ubi es, quoque sub axe uolas?'

'Icare' clamabat, pinnas aspexit in undis.
Ossa tegit tellus: aequora nomen habent.

Traduction française:

Reine de Cythère, et toi, son fils, si jamais vous me fûtes favorables, c'est aujourd'hui surtout que je vous invoque! Et toi aussi, divine Érato, car tu dois ton nom à l'amour. Je médite une grande entreprise: je dirai par quel art on peut fixer l'Amour, cet enfant volage, sans cesse errant dans le vaste univers: il est léger: il a deux ailes pour s'envoler:

[2,20] comment arrêter son essor? Minos n'avait rien négligé pour s'opposer à la fuite de son hôte; mais celui-ci osa, avec des ailes, se frayer une route. Quand Dédale eut renfermé le monstre moitié homme et moitié taureau, fruit des amours d'une mère criminelle: "O toi qui es si juste, dit-il à Minos, mets un terme à mon exil: que ma terre natale reçoive mes cendres! En butte à la rigueur des destins, si je n'ai pu vivre dans ma patrie, que je puisse du moins y mourir! Permets à mon fils d'y retourner, si son père ne peut trouver grâce devant toi;

[2,30] ou, si tu es inexorable pour l'enfant, prends pitié du vieillard!" Ainsi parla Dédale; mais en vain il essayait; par ce discours et beaucoup d'autres, d'émouvoir Minos; celui-ci restait inflexible. Convaincu de l'inutilité de ses prières: "Voilà, se dit-il à lui-même, une occasion pour moi d'exercer mon génie. Minos règne sur la terre, règne sur les flots ; ces deux éléments se refusent à ma fuite. L'air me reste; c'est par là qu'il faut m'ouvrir un chemin. Puissant Jupiter! excuse mon entreprise. Je ne prétends point m'élever jusqu'aux célestes demeures ;

[2,40] mais je profite de l'unique voie qui me reste pour fuir mon tyran. Si le Styx m'offrait un passage, je traverserais les eaux du Styx. Qu'il me soit donc permis de changer les lois de ma nature." Souvent le malheur éveille l'industrie. Qui jamais eût pensé qu'un homme pût voyager dans les airs? Dédale cependant se fabrique des ailes avec des plumes artistement disposées, et attache son léger ouvrage avec des fils de lin; la cire amollie au feu en garnit l'extrémité inférieure. Enfin, ce chef-d'oeuvre d'un art jusqu'alors inconnu était terminé: le jeune Icare maniait, joyeux, et les plumes et la cire,

[2,50] sans se douter que cet appareil dût armer ses épaules pour la fuite. "Voilà, lui dit son père, le navire qui nous ramènera dans notre patrie; c'est par lui que nous échapperons à Minos. Si Minos nous a fermé tous les chemins, il n'a pu nous interdire celui de l'air; profite donc de mon invention pour fendre les plaines de l'air. Mais garde-toi d'approcher de la vierge de Tégée ou d'Orion qui, armé d'un glaive, accompagne le Bouvier. Mesure ton vol sur le mien; je te précéderai ; contente-toi de me suivre guidé par moi, tu seras en sûreté. Car si, dans notre course aérienne, nous nous élevions trop près du soleil,

[2,60] la cire de nos ailes n'en pourrait supporter la chaleur; si, par un vol trop humble, nous descendions trop près de la mer, nos ailes imprégnées de l'humidité des eaux perdraient leur mobilité. Vole entre ces deux écueils. Redoute aussi les vents, ô mon fils! suis leur direction, et livre-toi à leur souffle officieux." Après ces instructions, Dédale ajuste les ailes de son fils, et lui apprend à les faire mouvoir: ainsi les oiseaux débiles apprennent de leur mère à voler. Il adapte ensuite à ses épaules ses propres ailes, et se balance timidement dans la route nouvelle qu'il s'est ouverte. Avant de prendre son vol, il donne à son jeune fils un baiser,

[2,70] et ses yeux ne peuvent retenir ses larmes paternelles. Non loin de là s'élevait une colline, moins haute qu'une montagne, mais qui pourtant dominait la plaine. c'est de là qu'ils s'élancent pour leur fuite périlleuse. Dédale, en agitant ses ailes, a les yeux fixés sur celles de son fils, sans ralentir toutefois sa course aérienne. D'abord la nouveauté de ce voyage les enchante; et bientôt, bannissant toute crainte, l'audacieux Icare prend un essor plus hardi. Un pêcheur les aperçut tandis qu'il cherchait à prendre les poissons à l'aide de son roseau flexible, et la ligne s'échappa de ses mains. Déjà, ils ont laissé sur la gauche Samos, et Naxos,

[2,80] et Paros, et Délos chère à Phébus: ils ont à leur droite Lébynthe, Calymne ombragée de forêts, et Astypalée environnée d'étangs poissonneux, lorsque le jeune Icare, emporté par la témérité, trop commune, hélas! à son âge, s'éleva plus haut vers le ciel, et abandonna son guide. Les liens de ses ailes se relâchent; la cire se fond aux approches du soleil, et ses bras qu'il remue n'ont plus de prise sur l'air trop subtil, Alors, du haut des cieux, il regarde la mer avec épouvante, et l'effroi voile ses yeux d'épaisses ténèbres. La cire était fondue; en vain il agite ses bras dépouillés;

[2,90] tremblant et n'ayant plus rien pour se soutenir, il tombe; et dans sa chute: "O mon père! ô mon père! s'écrie-t-il, je suis entraîné." Les flots azurés lui ferment la bouche. Cependant son malheureux père (hélas! il avait cessé de l'être): "Icare! mon fils! lui crie-t-il, où es-tu? vers quel point du ciel diriges-tu ton vol? Icare!" Il l'appelait encore, quand il aperçut des plumes flottant sur les ondes. La terre reçut les restes d'Icare, et la mer garde son nom.

Au livre VIII des Métamorphoses OVIDE présente une autre version du même épisode (vers 183 - 235). Cette version a donné lieu à la création d'un parcours didactique pour lequel des élèves de 3ème latin-langues ou latin-grec du COLLEGE NOTRE-DAME à TOURNAI ont fourni la description lexicographique et l'analyse morphologique; Nicolas MEUNIER, de la même classe, a établi une traduction personnelle de l'épisode.

Références utiles:


Jean Schumacher
LLN, le 11 octobre 2002


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002