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Date :     26-08-2002

Sujets :
Le Roi MIDAS, hier et aujourd'hui

Notice :

1. La légende:

Midas, fils de la Grande Déesse de l'Ida et d'un satyre, dont le nom a été perdu, était un roi de Bromion, en Macédoine, qui aimait le plaisir. Il régnait sur les Bryges (appelés aussi Mosches) et s'occupait des roses de son célèbre jardin. Dans son enfance, on vit une procession de fourmis transporter des grains de blé au bord de son berceau et les placer entre ses lèvres pendant qu'il dormait - prodige où les devins virent un présage de grandes richesses ; et, lorsqu'il fut un peu plus grand, Orphée fut son professeur.

Un jour, Silène le satyre débauché, qui avait fait autrefois l'instruction de Dionysos, s'était écarté des troupes de l'armée rebelle de Dionysos qui quittait la Thrace et se dirigeait vers la Béotie et on le trouva profondément endormi, cuvant son vin dans le jardin des roses. Les jardiniers le ligotèrent avec des guirlandes de fleurs et le conduisirent à Midas à qui il raconta de merveilleuses histoires, lui parlant d'un immense continent au-delà de l'océan - et séparé de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique - où se trouvent de magnifiques cités dont les habitants sont très grands, très heureux, vivent très longtemps et jouissent de lois remarquables. Une grande expédition - comptant au moins dix millions d'hommes - partit un jour de là, sur des navires, en direction des îles Hyperboréennes ; mais ayant appris que ce pays était ce que l'ancien monde avait de mieux, ils préfèrerent rentrer chez eux. Entre autres merveilles, Silène parla d'un tourbillon effrayant qu'aucun voyageur ne pouvait franchir. Non loin de là, coulent deux fleuves ; sur les bords de l'un, les arbres portent des fruits qui font gémir et pleurer ceux qui les mangent ; mais sur les bords de l'autre fleuve, les fruits redonnent la jeunesse même aux gens très âgés : en fait après avoir rétrogradé jusqu'à la quarantaine puis à l'adolescence, ils redeviennent des enfants - et finalement ils disparaissent ! Midas fut ravi par les histoires de Silène, il le garda chez lui pendant cinq jours et cinq nuits puis il donna l'ordre à un guide de l'escorter jusqu'au quartier général de Dionysos.

Dionysos, qui avait été inquiet au sujet de Silène, envoya demander à Midas ce qu'il souhaitait comme récompense. Il répliqua sans hésiter : « Je te demande de faire que tout ce que je toucherai se transforme en or. » Mais ce ne furent pas seulement les pierres, les fleurs et les meubles de la maison qui se transformèrent en or ; lorsqu'il se mit à table, les aliments et l'eau se changèrent aussi en or. Midas ne tarda pas à implorer qu'on le délivre de ce don car il mourait de faim et de soif. Très amusé, Dionysos lui dit alors de se rendre à la source du fleuve Pactole, près du mont Tmolos, et de s'y laver. C'est ce qu'il fit et, aussitôt, il fut délivré de son don de changer tout en or, mais le sable du fleuve Pactole est, encore aujourd'hui, tout scintillant de paillettes d'or.

[Robert GRAVES, Les mythes grecs, Paris, Fayard, 1967, I, pp. 301-302]

2. Source latine du mythe:

OVIDE, Métamorphoses, XI, 85-145:

85 Nec satis hoc Baccho est, ipsos quoque deserit agros
cumque choro meliore sui uineta Timoli
Pactolonque petit, quamuis non aureus illo
tempore nec caris erat inuidiosus harenis.
hunc adsueta cohors, satyri bacchaeque, frequentant,

[11,90] at Silenus abest: titubantem annisque meroque
ruricolae cepere Phryges uinctumque coronis
ad regem duxere Midan, cui Thracius Orpheus
orgia tradiderat cum Cecropio Eumolpo.
qui simul agnouit socium comitemque sacrorum,

95 hospitis aduentu festum genialiter egit
per bis quinque dies et iunctas ordine noctes,
et iam stellarum sublime coegerat agmen
Lucifer undecimus, Lydos cum laetus in agros
rex uenit et iuueni Silenum reddit alumno.

[11,100] Huic deus optandi gratum, sed inutile, fecit
muneris arbitrium gaudens altore recepto.
ille male usurus donis ait 'effice, quicquid
corpore contigero, fuluum uertatur in aurum.'
adnuit optatis nocituraque munera soluit

105 Liber et indoluit, quod non meliora petisset.
laetus abit gaudetque malo Berecyntius heros
pollicitique fidem tangendo singula temptat
uixque sibi credens, non alta fronde uirentem
ilice detraxit uirgam: uirga aurea facta est;

[11,110] tollit humo saxum: saxum quoque palluit auro;
contigit et glaebam: contactu glaeba potenti
massa fit; arentis Cereris decerpsit aristas:
aurea messis erat; demptum tenet arbore pomum:
Hesperidas donasse putes; si postibus altis

115 admouit digitos, postes radiare uidentur;
ille etiam liquidis palmas ubi lauerat undis,
unda fluens palmis Danaen eludere posset;
uix spes ipse suas animo capit aurea fingens
omnia. gaudenti mensas posuere ministri

[11,120] exstructas dapibus nec tostae frugis egentes:
tum uero, siue ille sua Cerealia dextra
munera contigerat, Cerealia dona rigebant,
siue dapes auido conuellere dente parabat,
lammina fulua dapes admoto dente premebat;

125 miscuerat puris auctorem muneris undis:
fusile per rictus aurum fluitare uideres.
Attonitus nouitate mali diuesque miserque
effugere optat opes et quae modo uouerat, odit.
copia nulla famem releuat; sitis arida guttur

[11,130] urit, et inuiso meritus torquetur ab auro
ad caelumque manus et splendida bracchia tollens
'da ueniam, Lenaee pater! peccauimus' inquit,
'sed miserere, precor, speciosoque eripe damno!'
mite deum numen: Bacchus peccasse fatentem

135 restituit pactique fide data munera soluit
'ne' ue 'male optato maneas circumlitus auro,
uade' ait 'ad magnis uicinum Sardibus amnem
perque iugum nitens labentibus obuius undis
carpe uiam, donec uenias ad fluminis ortus,

[11,140] spumigeroque tuum fonti, qua plurimus exit,
subde caput corpusque simul, simul elue crimen.'
rex iussae succedit aquae: uis aurea tinxit
flumen et humano de corpore cessit in amnem;
nunc quoque iam ueteris percepto semine uenae

145 arua rigent auro madidis pallentia glaebis.

[Repris à: The Latin Library et Dépôt ITINERA ELECTRONICA]

Traduction française:

[11,85] Mais ce n'est pas. assez pour Bacchus. Il déserte les champs de la Thrace; et, suivi d'un chœur plus fidèle à ses lois, il visite le Tmole, fertile en raisins, et les bords riants du Pactole, fleuve qui, dans ce temps, ne roulait point un sable d'or envié des mortels. Les Satyres et les Bacchantes forment le cortège du dieu.

[11,90] Mais Silène est absent. Des pâtres de Phrygie l'ont surpris chancelant sous le poids de l'âge et du vin. Ils l'enchaînent de guirlandes de fleurs, et le conduisent à Midas, qui régnait dans ces contrées. Ce prince avait appris du chantre de la Thrace et de l'athénien Eumolpe les mystères de Bacchus. Il reconnaît le nourricier, le fidèle ministre de ce dieu. Il célèbre l'arrivée d'un tel hôte par une orgie pendant dix jours et dix nuits prolongée; et lorsque l'aurore vient, pour la onzième fois chasser les astres de la nuit, il ramène le vieux Silène dans les champs de Lydie, et le rend au jeune dieu qu'il a nourri.

[11,100] Satisfait d'avoir retrouvé son compagnon, Bacchus permet à Midas le choix d'une demande. Mais ce prince qui doit mal user de ce don, le rendra inutile : "Fais, dit-il, que tout se change en or sous ma main". Sa demande est accordée, mais le bien qu'il vient de recevoir lui deviendra funeste; et le dieu regrette que son souhait n'ait pas été plus sage. Midas se retire transporté de joie, et se félicite de son malheur. Il veut sur le champ essayer l'effet des promesses du dieu. Il touche tout ce qui s'offre devant lui. D'un arbre il détache une branche, et il tient un rameau d'or. Il croit à peine ce qu'il voit.

[11,110] Il ramasse une pierre, elle jaunit dans ses mains. Il touche une glèbe, c'est une masse d'or. Il coupe des épis, c'est une gerbe d'or. Il cueille une pomme, on la dirait un fruit des Hespérides. Il touche aux portes de son palais, et l'or rayonne sous ses doigts. À peine reçoit-il l'onde liquide qu'on verse sur ses mains, c'est une pluie d'or qui eût pu tromper Danaé. Tandis que tout est or dans sa pensée, qu'il contient à peine sa joie et son espoir,

[11,120] les esclaves dressent sa table et la chargent de viandes et de fruits; mais le pain qu'il touche, il le sent se durcir. Il porte des mets à sa bouche, et c'est un or solide sur lequel ses dents se fatiguent en vain. L'onde pure que dans sa coupe il mêle avec le vin, sur ses lèvres ruisselle en or fluide. Étonné d'un malheur si nouveau, se trouvant à la fois riche et misérable, il maudit ses trésors. L'objet naguère de ses voeux devient l'objet de sa haine. Au sein de l'abondance, la faim le tourmente, la soif brûle sa gorge aride.

[11,130] L'or qu'il a désiré punit ses coupables désirs. Il lève au ciel les mains; il tend ses bras resplendissant de l'or qu'ils ont touché; il s'écrie : "Ô Bacchus ! pardonne : je reconnais mon erreur. Pardonne, et prive-moi d'un bien qui m'a rendu si misérable !" Les dieux sont indulgents. Bacchus écoute favorablement l'infortuné qui s'accuse, et lui retire un si funeste présent : "Pour que tes mains, dit-il, ne soient plus empreintes de cet or, si mal à propos demandé, va vers le fleuve qui coule près de la puissante ville de Sardes. Prends ton chemin par le mont escarpé d'où son onde descend; remonte vers sa source;

[11,140] plonge ta tête dans ses flots écumants, et lave à la fois et ton corps et ton crime." Midas arrive aux sources du Pactole. Il s'y baigne; soudain l'onde jaunit; le fleuve reçoit la vertu qu'il dépose, et depuis il roule un sable d'or; l'or brille à sa surface, sur ses rives, et dans les champs qu'il baigne de ses flots.

[Repris à: G. T. VILLENAVE, Paris, 1806 et Bibliotheca Classica Selecta]

3. Rapprochement:

A Marbella (Espagne), les commerçants respirent: « Midas » est de retour.

Sur la croisette de Puerto Banus, l'enclave la plus chic de la luxueuse station balnéaire de Marbella, sur la Costa del Sol, ils ne se promènent pas en tunique blanche et keffieh à damier rouge et blanc, réservant la tenue traditionnelle pour la prière du vendredi à la mosquée Abdul Aziz Al-Saoud.

Pourtant, ceux que les commerçants locaux appellent indistinctement « les princes » sont bien là. Un signe ne trompe pas chez le marchand de journaux, trois présentoirs sont désormais réservés aux quotidiens AI-Hayat, Al-Qods Al Arabi et Al-Watan International.

Autre indice: ces femmes couvertes de la tête aux pieds, qui arpentent les boutiques de luxe ou sirotent des cocktails sans alcool aux terrasses. Dernière preuve, de taille : Al-Diriyah, le yacht de 70 m du roi Fahd, a été rejoint, depuis quelques jours, le long des quais de la station andalouse, par quatre autres navires appartenant tous à la famille royale saoudienne.

Aucun-doute : « Midas » est de retour. Ainsi surnommé par les habitants du lieu, le roi Fahd d'Arablé saoudite est bien arrivé, le 14 août, pour un séjour de vacances dans sa résidence de Marbella.

« Bienvenido, M. Fahd », a titré la presse locale lorsqu'il a atterri à Malaga, avec 400 personnes de sa cour, en provenance de Genève, où il venait de passer trois mois après une opération de la cataracte.

Pour Marbella, le souverain n'est pas un hôte de marque de plus. A lui seul, le royal vacancier pourrait sauver une saison touristique rendue morose par les retombées négatives des attentats du 11 septembre 2001 contre New York et Washington. Son dernier séjour, du 17 juillet au 28 septembre 1999, avait laissé l'équivalent de 72,1 millions d'euros dans l'économie locale, selon la chambre de commerce.

« 100 % POSITIF » De ce précédent passage, restent des anecdotes, comme ce pourboire de 1 500 euros ou la location, pour la journée, de tous les jet-skis de la baie. Le transfert depuis l'aéroport dit toute la démesure de cette cour en goguette, arrivée à bord de trois Boeing 747 : une cohorte de 50 limousines, d'autocars, mais aussi de camions pour les 2 000 valises.

Affaibli par la maladie, le vieux souverain de 82 ans ne sortira sans doute pas de sa propriété, où le roi Juan Carlos et Colin Powell sont attendus ces prochaines semaines. Ce domaine de 20 hectares comprend, outre le palais, plusieurs villas de luxe. Rebaptisé "El-Rocio", le palais (naguère Mar-Mar) vient de subir un important lifting : 13 millions d'euros ont été dépensés pour moderniser son centre de télécommunications et l'hôpital qui occupe l'une des ailes. Utilisée quatre fois seulement par son propriétaire depuis 1976, la résidence ne permet pas de loger tous les invités (au total, 3 000 personnes).

Alors, la cour a réservé « pour une durée indéterminèe » quelque 300 suites et chambres dans les meilleurs hôtels de la côte, de Marbella à Estepona. Une agence de télécoms a reçu commande de 500 téléphones portables. Un fleuriste doit livrer chaque jour au palais pour 1 500 euros de fleurs.

La flotte automobile serait de 600 véhicules, essentiellement des Mercedes immatriculées en Allemagne et en Suisse. Globalement, les dépenses quotidiennes s'établiraient à 5 millions d'euros et, selon le maire de Marbella, Julian Munoz, 4 000 emplois pourraient être créés pendant la durée du séjour royal, qualifié de « 100 % positif».

Les « princes » semblent bien les seuls à ne pas compter. Pendant la journée , le shopping constitue leur activité principale. Pour ces clients privilégiés, les boutiques n'hésitent pas à fermer leurs portes aux autres chalands. « Cela peut durer cinq minutes comme deux heures », glisse une vendéuse de chez Versace. Lunettes, sacs, ceintures, etc., l'achat moyen se monterait à 12 000 euros, payés cash. Les responsables d'El Corte Inglès, le grand magasin de Puerto Banus, se refusent à fermer «par respect pour [leurs] 35 000 clients quotidiens ». Mais si le roi souhaitait que le centre commercial ouvre spécialement ses portes après 22h 30, l'heure habituelle de fermeture, alors... « oui, peut-être ».

SALONS PRIVÉS La vie sociale de la communauté commence tard, autour de minuit. Ce soir-là, à Puerto Banus, on dînait en petit comité sur le Lady-Hayat: à peine une centaine de convives. Une camionnette avait apporté des dizaines de fait-tout en argent, déchargés par des maîtres d'hôtel en smoking sous le regard d'un sbire à oreillette. La veille, c'était le Tueq, l'énorme yacht du prince Salman, frère du roi, qui accueillait toute une jeunesse dorée pour une fête bon chic bon genre.

Les soirées alcoolisées et dévergondées qui alimentaient la rumeur dans les années 1980 n'auraient plus cours depuis la guerre du Golfe. Désormais, la croisière s'amuse en toute transparence, sous le regard des touristes qui se font photographier au pied des passerelles. Vers 2 heures ou 3 heures, il est temps de mettre le cap sur l'Hôtel Plaza-Andalucia, qui abrite le casino de Marbella. Les « princes » ne font que traverser la grande salle, bondée de clients, avant de disparaître dans des salons privés. Là, on joue gros, très gros. « La mise minimum, à la roulette, est de 1 000 ou 2 000 euros », lâche le cerbère qui en interdit l'entrée. C'est ici que sont utilisées les rarissimes plaques de 25 000 euros. A la fermeture, vers 6 heures, les joueurs auront laissé sur les tables entre 120 000 et 150 000 euros, selon un habitué.

De retour à El-Rocio, distinguent-ils, à travers les vitres teintées de leurs limousines, les hommes et les femmes qui attendent sur le trottoir ? Certains ont couché ici, sous les eucalyptus. D'autres arriveront dans la matinée, avec l'espoir que, cette fois, la grille s'ouvrira pour eux. Huit jours après l'arrivée de la famille royale, ils ne sont plus qu'une cinquantaine à attendre. Plus de 200 ont déjà été embauchés : 100 euros la journée pour un jardinier ou un aide-cuisinier, 150 pour un chauffeur. «Il vaut mieux être marocain ou soudanais, dit Ahmedou. Moi, je n'ai pas de piston. » Ce Mauritanien de 30 ans, venu tout exprès de Séville, où il est chômeur, a donné la photocopie de son permis de résidence et les trois photos réglementaires à un chauffeur, comme on jette une bouteille à la mer. Depuis, il attend, sans se préoccuper des rumeurs : les Saoudiens sont généreux, mais traiteraient leurs employés « comme des chiens ». Pour lui, seul compte « l'argent ». La dernière fois, lui a-t-on dit, le roi avait fini par faire entrer tout le monde. « Les gens touchaient 30 euros par jour pour ne rien faire du tout, sourit-il. C'est un peu comme de la charité, quoi. »

[Jean-Jacques BOZONNET, Les Saoud, une richissime monarchie qui inquiète les Occidentaux. La cour du roi Fahd s'est transportée à sa résidence espagnole de Marbella pour la suite de ses vacances. Le train de vie des "princes de Riyad" représente une manne de 5 millions d'euros par jour....", dans: Le MONDE, édition du 24 août 2002.]


Jean Schumacher
Louvain-la-Neuve, le 26 août 2002


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002