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Date :     29-10-2001

Sujets :
L'antiquité et les guerres biologiques, bactériologiques, chimiques, etc.

Notice :

Concerne: L'Antiquité et les guerres biologiques, bactériologiques, chimiques, etc.

1. Extrait des Chroniques de Cybérie (23 octobre 2001):

Adresse sur la Toile:
http://cyberie.qc.ca/chronik/

[4] AU FIL DES RECHERCHES : GUERRE BACTÉRIOLOGIQUE
Incroyable, ce qu'on trouve sur Internet. Par exemple, en cherchant de la documentation sur les armes chimiques et bactériologiques, on apprend que le premier cas recensé d'utilisation d'armes chimiques remonte à 429 av. J.-C. lors de la guerre du Péloponnèse. Selon le Center for Nonproliferation Studies du Monterey Institute of International Studies, les guerriers spartiates auraient utilisé des émanations de combustion de souffre et de brai de goudron pour incommoder l'ennemi. La naissance des armes chimiques.

Références textuelles:

  • Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, II,77:

    Les Péloponnésiens, voyant qu'ils n'arrivaient pas à leurs fins avec leurs machines et qu'un mur s'élevait face à leur terrasse, jugèrent impossible au milieu des difficultés actuelles de prendre la ville. Ils se préparèrent donc à l'entourer d'une ligne de circonvallation. Mais auparavant ils voulurent tenter de l'incendier, s'ils le pouvaient, par un vent favorable, car la ville était petite. Ils recouraient à tous les moyens pour s'en emparer sans dépense et sans recourir à un siège en règle. Du haut de la terrasse, ils jetèrent des fascines dans l'espace compris entre la muraille et la terrasse. Comme ils disposaient de beaucoup de bras, cet intervalle fut bientôt comblé et ils en entassèrent encore. De cette hauteur, ils en jetèrent sur tous les points de la ville qu'ils purent atteindre; puis ils lancèrent un mélange de soufre et de poix enflammés pour mettre le feu à tout ce bois. Une flamme s'éleva, si haute qu'on n'en avait jamais vu de pareille, du moins allumée par la main des hommes. Car il arrive que dans les montagnes les arbres battus des vents s'enflamment spontanément et que les chocs répétés produisent des flammes. L'embrasement était immense et peu s'en fallut que les Platéens, qui avaient échappé aux autres dangers, ne périssent dans celui-ci. Bien des quartiers de la ville étaient inaccessibles. Et si le vent eût activé l'incendie, comme l'espérait l'ennemi, nul n'eût survécu. Mais on dit qu'il survint une pluie violente accompagnée de tonnerre qui éteignit le feu et mit fin au danger

    Traduction: Jean VOILQUIN (éd. Garnier)

  • Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, IV,100:

    Entre autres moyens d'attaque, ils firent avancer une machine, qui leur permit de réduire la place. En voici la description. Ils prirent un grand madrier, qu'ils scièrent en deux et qu'ils creusèrent sur toute sa longueur; ils ajustèrent ensuite minutieusement les deux parties pour former une espèce de tube; à une extrémité, ils suspendirent avec des chaînes une chaudière; un tuyau de fer traversait de part en part le madrier et par un coude venait aboutir à la chaudière; le madrier, sur sa plus grande longueur, avait été garni également de fer. On amena de loin sur des chariots cet engin, à l'endroit du rempart où avaient été entassés le plus de sarments et de bois. Une fois la machine à proximité du rempart, les assiégeants adaptèrent à la partie tournée vers eux d'immenses soufflets et les mirent en action. L'air comprimé pénétrant dans le tube et passant sur le chaudron, plein de charbons ardents, de soufre et de poix, provoqua une très grande flamme et mit le feu au retranchement. Nul ne put résister; les assiégés durent s'enfuir en abandonnant leur poste. C'est ainsi que la muraille fut prise.

    Traduction: Jean VOILQUIN (éd. Garnier)

La question est: peut-on vraiment considérer ces épisodes antiques comme des manifestations pré-modernes de la guerre chimique ou bactériologique?


2. Extrait de: Pierre Barthélémy, La préhistoire de la sale guerre, dans: Le MONDE, dimanche 28 et lundi 29 octobre 2001:

On faisait la guerre biologique bien avant la naissance.de la biologie. Plusieurs exemples montrent que les généraux ont, depuis fort longtemps, employé des organismes vivants - autres que les hommes - pour l'emporter au champ dit d'honneur.

Une étude historique, - Historical Overview of biological Warfare, disponible sur le Medical NBC online information server - réalisée par deux médecins militaires américains, Edward Eltzen et Ernest Takafuji, remonte ainsi à l'Antiquité et rapporte comment, en 184 avant J.-C., Hannibal élabora une arme inédite en vue d'une bataille navale contre la flotte du roi de Pergame Eumène Il. Le stratège carthaginois ordonna que l'on remplisse des pots de terre cuite avec des serpents. Au plus fort du combat, Hannibal lança ses « paléobombes » sur le pont des bateaux ennemis. En se brisant, les pots libérèrent les reptiles qui aidèrent les Carthaginois à vaincre. ...

Cf. Cornelius Nepos, Liber de excellentibus ducibus exterarum gentium, Hannibal, ch. X et XI

Texte latin:

[10] Sic conseruatis suis rebus Poenus illusis Cretensibus omnibus ad Prusiam in Pontum peruenit. Apud quem eodem animo fuit erga Italiam neque aliud quicquam egit quam regem armauit et exercuit aduersus Romanos.
2 Quem cum uideret domesticis opibus minus esse robustum, conciliabat ceteros reges, adiungebat bellicosas nationes. Dissidebat ab eo Pergamenus rex Eumenes, Romanis amicissimus, bellumque inter eos gerebatur et mari et terra;
3 sed utrobique Eumenes plus ualebat propter Romanorum societatem. Quo magis cupiebat eum Hannibal opprimi; quem si remouisset, faciliora sibi cetera fore arbitrabatur. Ad hunc interficiundum talem iniit rationem.
4 Classe paucis diebus erant decreturi. Superabatur nauium multitudine; dolo erat pugnandum, cum par non esset armis. Imperauit quam plurimas uenenatas serpentes uiuas colligi easque in uasa fictilia conici.
5 Harum cum effecisset magnam multitudinem, die ipso, quo facturus erat nauale proelium, classiarios conuocat hisque praecipit, omnes ut in unam Eumenis regis concurrant nauem, a ceteris tantum satis habeant se defendere. Id illos facile serpentium multitudine consecuturos.
6 Rex autem in qua naue ueheretur, ut scirent, se facturum. Quem si aut cepissent aut interfecissent, magno iis pollicetur praemio fore.

[11] … Reliquae Pergamenae naues cum aduersarios premerent acrius, repente in eas uasa fictilia, de quibus supra mentionem fecimus, conici coepta sunt. Quae iacta initio risum pugnantibus concitarunt, neque, quare id fieret, poterat intellegi.
6 Postquam autem naues suas oppletas conspexerunt serpentibus, noua re perterriti, cum, quid potissimum uitarent, non uiderent, puppes uerterunt seque ad sua castra nautica rettulerunt.
7 Sic Hannibal consilio arma Pergamenorum superauit
neque tum solum, sed saepe alias pedestribus copiis pari prudentia pepulit aduersarios.

Traduction française:

X. Son bien ainsi conservé, et tous les Gortyniens joués, le Carthaginois se rendit auprès de Prusias (8), dans le Pont. Chez ce prince, il fut dans la même disposition à l’égard des Romains ; et il ne fit autre chose que de l’armer et de l’exciter contre eux. Comme il le voyait peu fort par ses ressources domestiques, il lui conciliait les autres rois, et lui unissait des nations belliqueuses. Eumène, roi de Pergame, prince grand ami des Romains, était en dissension avec Prusias, et la guerre se faisait entre eux et par mer et par terre, Hannibal désirait d’autant plus vivement qu’Eumène fût accablé. Mais Eumène était plus fort des deux côtés, à cause de l’alliance des Romains. Hannibal pensait que, s’il s’en délivrait, les autres entreprises lui seraient plus faciles à exécuter. Pour le faire périr, voici le moyen qu’il employa. Les deux rois devaient combattre sur mer dans peu de jours. Hannibal était inférieur par le nombre des vaisseaux ; il lui fallait combattre par la ruse, n’étant pas égal par les armes. Il ordonna qu’on ramassât une grande quantité de serpents venimeux, vivants, et qu’on les enfermât dans des vases de terre. Après qu’il en eut fait un grand amas, le jour même où il devait donner le combat naval, il convoque les soldats de marine, et leur commande de courir tous ensemble sur le seul vaisseau du roi Eumène ; de se borner à se défendre des autres, ajoutant qu’ils en viendraient facilement à bout grâce à la multitude de leurs serpents ; qu’au reste, il ferait en sorte qu’ils sachent quel vaisseau portait le roi ; s’ils le faisaient prisonnier, ou s’ils le tuaient, il leur promettait que cet exploit serait richement récompensé.
XI. ... Comme les autres vaisseaux pergaméniens pressaient trop vivement leurs adversaires, ceux-ci se mirent tout à coup à lancer les vases de terre dont nous avons fait mention ci-dessus. Ces vases ainsi jetés excitèrent d’abord le rire des combattants, et l’on ne pouvait comprendre pourquoi cela se faisait. Mais lorsque les Pergaméniens virent tous leurs vaisseaux remplis de serpents, épouvantés de cette nouveauté, ne voyant point quel péril ils devaient préférablement éviter, ils virèrent de bord, et regagnèrent leur camp naval. Hannibal surmonta ainsi, par l’adresse, les forces des Pergaméniens ; et non seulement cette fois, mais souvent, dans d’autres occasions, il mit en fuite les ennemis, par une égale prudence, avec des troupes de terre.

Tiré de: Textes français [d'auteurs grecs et latins]

Cf. G. FLAUBERT, Salammbô, ch. XIII Moloch (Siège de Carthage sous Hamilcar):

"Ils imaginèrent de mettre dans les catapultes des vases pleins de serpents apportés par les Nègres ; les pots d'argile se cassaient sur les dalles, les serpents couraient, semblaient pulluler, et, tant ils étaient nombreux, sortir des murs naturellement. Puis, les Barbares, mécontents de leur invention, la perfectionnèrent ; ils lançaient toutes sortes d'immondices, des excréments humains, des morceaux de charogne, des cadavres. La peste reparut. Les dents des Carthaginois leur tombaient de la bouche, et ils avaient les gencives décolorées comme celles des chameaux après un voyage trop long".
Dernière mise à jour: 30 octobre 2001

 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002