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Date :     12-08-2011

Sujets :
In memoriam : Roberto BUSA (SJ ; 1913 - 8 août 2011) ; Lecture : Tommaso CAMPANELLA (1568-1639) et la communauté des femmes ; Lecture : PLINE l'Ancien : le peintre Apelle et le cordonnier ; Lecture : PLINE l'Ancien à propos de la passion des portraits ; Lecture : Voyage en Tyrannistan (Roger-Pol DROIT) ;

Notice :

1. In memoriam :

Nous venons d'apprendre le décès de Roberto BUSA, père jésuite, dans sa 98ième année de vie.

Références :

Roberto BUSA a fait figure de pionnier dans l'application de traitements informatiques aux sources textuelles. Tout a commencé en 1949 avec un projet de thèse de doctorat concernant les oeuvres de THOMAS d'AQUIN (saint ; 1224/1225 - 1274 ; 118 oeuvres différentes). Le projet était par trop ambitieux car Thomas d'Aquin a écrit de l'ordre de 22 millions de mots. R. Busa s'est limité, dès lors, à analyser uniquement les différents sens de la préposition in : ce qui lui a pris, quand même, 4 ans d'études ... et de l'ordre de 10.000 "fiches" d'analyse.

Sa réalisation majeure a été l'INDEX THOMISTICUS, base de données renfermant toutes les oeuvres de Thomas d'Aquin. Ce projet d'INDEX THOMISTICUS a été réalisé en 30 ans et a donné lieu à la publication, sur papier, de 56 volumes dans les années 1970 ; ensuite un CD-ROM a vu le jour, puis, un DVD-Rom et, enfin, en 2005 une version électronique disponible sur la Toile.

Dans les années 50, l'informatique était encore à ses premiers balbutiements. On ne parlait pas encore de traitement informatique mais bien de procédures mécanographiques : les machines existantes, toutes de la firme IBM, étaient des machines "encodeuses", dites perforatrices, sur cartes perforées, des trieuses de cartes perforées, d'imprimantes, et, à partir des années 60, d'ordinateurs mainframe (IBM 360, etc.), mastodontes hébergés dans des "Centre de Calcul".

En collaboration étroite avec IBM, Roberto BUSA a pu bénéficier aussi de supports de programmation pour les différentes applications nécessaires en vue d'établissement de listes du vocabulaire, de fréquences d'attestations et de concordances, présentant les différentes formes des oeuvres traitées dans des contextes où le mot-clé était précédé et suivi de 6 mots tirés de l'environnement immédiat.

Une anecdote a circulé à l'époque suivant laquelle Thomas WATSON, fondateur d'IBM (International Business Machines) aurait mis Roberto BUSA en garde de faire d'IBM des International BUSA Machines.

En 1968, lorsque nous avons entamé notre carrière (d'abord de chercheur) au sein du CETEDOM (Centre de Traitement Électronique de Documents Médiévaux), le projet en appui duquel avait été fondé ce Centre était la réalisation d'un Dictionnaire du Latin Médiéval Belge (DLMB). Ce projet de dictionnaire s'inspirait des méthodes et procédures lancées par Roberto Busa pour l'Index Thomisticus. C'est ainsi que nous avons encore "encodé" les oeuvres - et, ensuite, les analyses linguistiques - de l'auteur médiéval belge, SIGEBERT de GEMBLOUX (vers 1030 - 5 octobre 1112) sur cartes perforées. La première oeuvre traitée informatiquement au CETEDOM a été la Chronique de Saint-Hubert, dite Cantatorium et les différents traitements, sur un ordinateur IBM 360, ont pris de l'ordre de 4 heures-machines avant de livrer, enfin, la concordance intégrale sur papier. Ces traitements littéraires s'effectuaient la nuit car, pendant le jour, l'ordinateur central était réservé aux calculs scientifiques et aux fonctions administratives.

Une autre histoire a circulé à l'époque à propos de Roberto BUSA et, comme disent les Italiens, Si non é vero, é bene trovato : pour "encoder" les textes de Thomas d'Aquin, il fallait des ressources humaines ; c'est pourquoi R. Busa aurait crée une "école" de typographie où des religieuses venaient se former aux procédures mécanographiques en vue de l'obtention d'un brevet de typographe ... tout en "encodant" sur cartes perforées les textes de Thomas d'Aquin.

Roberto BUSA a été un pionnier ! A l'heure actuelle, nous essayons de traiter, beaucoup plus modestement, une des oeuvres de Thomas d'Aquin, la Somme contre les Gentils, non pas pour faire concurrence à l'INDEX THOMISTICUS, mais pour intégrer dans nos banques et bases de données latines (ITINERA ELECTRONICA) et grecques (HODOI ELEKTRONIKAI) ausi une oeuvre de cet auteur, texte latin et traduction française étant réunis au sein d'environnements hypertextes.

Merci, Père Busa, pour ce que vous avez fait : maintenant vous êtes auprès de celui dont les oeuvres vous ont tenu en haleine pendant plus de 50 ans. Reposez en paix.


2. Lecture : Tommaso CAMPANELLA (1568-1639) et la communauté des femmes :

Tommaso Campanella, La Cité du Soleil, ch. 17 :

[17] HOSPITALARIUS.
Hoc pulchrum sanctumque uidetur ac communitas mulierum ardua nimis. Sanctus Clemens Romanus dicit et coniuges iuxta institutum apostolicum communes esse debere, et laudat Platonem ac Socratem ita docentes; sed glossa intelligit hanc communitatem, quoad obsequium non quoad thorum. Ac Tertullianus consentit glosse, priscos Christianos omnia communia habuisse, praeter uxores, quae tamen et in obsequio communes fuerunt.
GENUENSIS.
Isthaec ipse uix noui. Hoc uidi Solaribus communes esse mulieres obsequio et thoro, sed non semper more belluarum, quamcumque oblatam foeminam subagitantium, sed nisi gratia et ordine generationis ut dictum credo tamen hos decipi posse in hoc. At isti tuentur se iudicio Socratis, Catonis, et Platonis, et S. Clementis, sed, ut dicis, male intellecti. Aiunt S. Augustinum communitatem approbare magis, sed non foeminarum quia est haeresis Nicolaitarum, in thoro. Ecclesiam autem nostram permisisse, ut maius malum uitaret, et non ut maius bonum introduceret, proprietatem bonorum. Fieri posset ut quandoque hunc morem deponerent, nam in ciuitatibus subditis non sunt communia nisi bona alia; mulieres uero minime, nisi quoad obsequium, et artes. At solares id adscribunt imperfectioni aliorum, quia philosophati minime fuerint. …

Ch. 17 : L'Hospitalier. — L'organisation de cette société est sans doute admirable de sagesse ; mais la communauté des femmes est un point qui me parait bien scabreux. Saint Clément de Rome dit que, selon les institutions des apôtres, les femmes doivent être communes, et il loue Platon et Socrate d'avoir été de cet avis; mais la Glose explique que cette communauté des femmes ne doit pas s'entendre des unions charnelles ; et Tertullien d'accord en cela avec la Glose, écrit que les premiers chrétiens mirent tous leurs biens en commun excepté les femmes, dont les services seuls appartiennent à la communauté. Le Génois. — Quant à moi, je ne suis guère versé dans ces matières ; je puis seulement vous affirmer que chez les Solariens, la communauté des femmes est établie jusqu'au lit, mais pas toujours et surtout à la manière des animaux, qui prennent la première femelle venue, puisque les Solariens doivent se conformer aux règles qui ont été prescrites en vue de la génération. J'estime qu'ils ont tort, mais ils s'appuient sur l'autorité de Socrate, de Caton, de Platon et de saint Clément auxquels ils donnent sans doute, comme vous le faites observer, une fausse interprétation. Ils disent aussi que saint Augustin est grand partisan de la communauté, mais non de celle des femmes sous le rapport charnel, parce que c'est l'hérésie des Nicolaïtes. Selon les Solariens, l'Église a permis la propriété privée pour éviter un plus gand mal et non pour introduire un plus grand bien. Il se pourrait qu'un jour les Solariens abolissent la communauté des femmes, car dans les pays qui leur sont soumis, bien qu'ils aient toujours la communauté des biens, ils se sont bornés à n'établir la première que sous le rapport des services et des travaux. Toutefois les Solariens regardent cette restriction comme une concession faite aux préjugés de gens, qui ne sont pas encore assez philosophes …


3. Lecture : PLINE l'Ancien : le peintre Apelle et le cordonnier :

Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, XXXV, 36 :

Apelli fuit alioqui perpetua consuetudo numquam tam occupatum diem agendi, ut non lineam ducendo exerceret artem, quod ab eo in prouerbium uenit. idem perfecta opera proponebat in pergula transeuntibus atque, ipse post tabulam latens, uitia quae notarentur auscultabat, uulgum diligentiorem iudicem quam se praeferens; feruntque reprehensum a sutore, quod in crepidis una pauciores intus fecisset ansas, eodem postero die superbo emendatione pristinae admonitionis cauillante circa crus, indignatum prospexisse denuntiantem, ne supra crepidam sutor iudicaret, quod et ipsum in prouerbium abiit.

Apelle avait une habitude à laquelle il ne manquait jamais : c'était, quelque occupé qu'il fût, de ne pas laisser passer un seul jour sans s'exercer en traçant quelque trait; cette habitude a donné lieu à un proverbe. Quand il avait fini un tableau, il l'exposait sur un tréteau à la vue des passants, et, se tenant caché derrière, il écoutait les critiques qu'on en faisait, préférant le jugement du public, comme plus exact que le sien. On rapporte qu'il fut repris par un cordonnier, pour avoir mis à la chaussure une anse de moins en-dedans. Le lendemain, le même cordonnier, tout fier de voir le succès de sa remarque de la veille et le défaut corrigé, se mit à critiquer la jambe: Apelle, indigné, se montra, s'écriant qu'un cordonnier n'avait rien à voir au-dessus de la chaussure; ce qui a également passé en proverbe.

[proverbe allemand : « Schuster, bleib bei deinen Leisten » ; « Leiste » = Fussnachbildung aus Holz]


4. Lecture : PLINE l'Ancien à propos de la passion des portraits :

Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, XXXV, 2 :

… imaginum amorem flagrasse quondam testes sunt Atticus ille Ciceronis edito de iis uolumine, M. Varro benignissimo inuento insertis uoluminum suorum fecunditati etiam septingentorum inlustrium aliquo modo imaginibus, non passus intercidere figuras aut uetustatem aeui contra homines ualere, inuentor muneris etiam dis inuidiosi, quando inmortalitatem non solum dedit, uerum etiam in omnes terras misit, ut praesentes esse ubique ceu di possent et hoc quidem alienis ille praestitit.

Que la passion des portraits ait existé jadis, cela est prouvé, et par Atticus l'ami de Cicéron, qui a publié un ouvrage sur cette matière, et par M. Varron, qui eut la très libérale idée d'insérer dans ses livres nombreux, non seulement les noms, mais, à l'aide d'un certain moyen, les images de sept cents personnages illustres. Varron voulut sauver leurs traits de l'oubli, et empêcher que la durée des siècles ne prévalût contre les hommes. Inventeur d'un bienfait à rendre jaloux même les dieux, non seulement il a donné l'immortalité à ces personnages, mais encore il les a envoyés par toute la terre, afin que partout on pût les croire présents.


5. Lecture : Voyage en Tyrannistan (Roger-Pol DROIT) :

"Voyage en Tyrannistan" est le titre d'une contribution de Roger-Pol DROIT, parue dans le magazine LE POINT, édition du 4 août 2011 ; nous l'avons numérisée :

Voyage en Tyrannistan

R.-P. DROIT signale, entre autres, que "Tyrannie apparaît pour la première fois chez un poète du VIIe siècle avant notre ère, Archiloque de Paros, ..."

Nous avons effectivement trouvé ue attestation de "tyrannie" chez ce poète :

Archilochus Eleg., Iamb., Fragmenta (0232: 001)
“Iambi et elegi Graeci, vol. 1”, Ed. West, M.L.
Oxford: Clarendon Press, 1971.
Fragment 19, line 3

“οὔ μοι τὰ Γύγ<εω> τοῦ πολυχρύσου μέλει,
οὐδ' εἷλέ πώ με ζῆλος, οὐδ' ἀγαίομαι
θ<εῶ>ν ἔργα, μεγάλης δ' οὐκ ἐρ<έω> τυραννίδος·
ἀπόπροθεν γάρ ἐστιν ὀφθαλμῶν ἐμῶν“.

et un témoignage de la citation d'Archiloque se trouve chez Hérodote, Histoires, I, 12 :

XII. ὡς δὲ ἤρτυσαν τὴν ἐπιβουλήν, νυκτὸς γενομένης (οὐ γὰρ ἐμετίετο ὁ Γύγης, οὐδέ οἱ ἦν ἀπαλλαγὴ οὐδεμία, ἀλλ? ἔδεε ἤ αὐτὸν ἀπολωλέναι ἢ Κανδαύλεα) εἵπετο ἐς τὸν θάλαμον τῇ γυναικί, καί μιν ἐκείνη, ἐγχειρίδιον δοῦσα, κατακρύπτει ὑπὸ τὴν αὐτὴν θύρην. (2) καὶ μετὰ ταῦτα ἀναπαυομένου Κανδαύλεω ὑπεκδύς τε καὶ ἀποκτείνας αὐτὸν ἔσχε καὶ τὴν γυναῖκα καὶ τὴν βασιληίην Γύγης τοῦ καὶ Ἀρχίλοχος ὁ Πάριος κατὰ τὸν αὐτὸν χρόνον γενόμενος ἐν ἰάμβῳ τριμέτρῳ ἐπεμνήσθη.

XII. Ces mesures prises, elle retint Gygès : nul moyen pour lui de s'échapper. Il fallait qu'il pérît, lui ou Candaule. A l'entrée de la nuit elle l'introduit dans la chambre, l'arme d'un poignard, et le cache derrière la porte : à peine Candaule était endormi, Gygès avance sans bruit, le poignarde, s'empare de son épouse et de son trône. Archiloque de Paros, qui vivait en ce temps-là, fait mention de ce prince dans une pièce qu'il a composée en vers ïambes trimètres.

R-P. DROIT fait référence, ensuite, à PLATON : "Transformé en loup par le goût du sang, il organise "la servitude la plus étendue et la plus brutale", écrit le philosophe [Platon] dans "la république".

Platon, La république, VIII, p. 565d :

(565d) Τοῦτο μὲν ἄρα, ἦν δ’ ἐγώ, δῆλον, ὅτι, ὅτανπερ φύηται τύραννος, ἐκ προστατικῆς ῥίζης καὶ οὐκ ἄλλοθεν ἐκβλαστάνει. Καὶ μάλα δῆλον. Τίς ἀρχὴ οὖν μεταβολῆς ἐκ προστάτου ἐπὶ τύραννον; ἢ δῆλον ὅτι ἐπειδὰν ταὐτὸν ἄρξηται δρᾶν ὁ προστάτης τῷ ἐν τῷ μύθῳ ὃς περὶ τὸ ἐν ᾿Αρκαδίᾳ τὸ τοῦ Διὸς τοῦ Λυκαίου ἱερὸν λέγεται; Τίς; ἔφη. ῾Ως ἄρα ὁ γευσάμενος τοῦ ἀνθρωπίνου σπλάγχνου, ἐν ἄλλοις ἄλλων ἱερείων ἑνὸς ἐγκατατετμημένου, ἀνάγκη δὴ (565e) τούτῳ λύκῳ γενέσθαι. ἢ οὐκ ἀκήκοας τὸν λόγον; ῎Εγωγε. ῏Αρ’ οὖν οὕτω καὶ ὃς ἂν δήμου προεστώς, λαβὼν σφόδρα πειθόμενον ὄχλον, μὴ ἀπόσχηται ἐμφυλίου αἵματος, ἀλλ’ ἀδίκως ἐπαιτιώμενος, οἷα δὴ φιλοῦσιν, εἰς δικαστήρια ἄγων μιαιφονῇ, βίον ἀνδρὸς ἀφανίζων, γλώττῃ τε καὶ στόματι ἀνοσίῳ γευόμενος φόνου συγγενοῦς, [8,566] καὶ ἀνδρηλατῇ καὶ (566a) ἀποκτεινύῃ καὶ ὑποσημαίνῃ χρεῶν τε ἀποκοπὰς καὶ γῆς ἀναδασμόν, ἆρα τῷ τοιούτῳ ἀνάγκη δὴ τὸ μετὰ τοῦτο καὶ εἵμαρται ἢ ἀπολωλέναι ὑπὸ τῶν ἐχθρῶν ἢ τυραννεῖν καὶ λύκῳ ἐξ ἀνθρώπου γενέσθαι;

(565d) Il est donc évident que si le tyran pousse quelque part, c'est sur la racine de ce protecteur et non ailleurs qu'il prend tige. Tout à fait évident. Mais où commence la transformation du protecteur en tyran? N'est-ce pas évidemment lorsqu'il se met à faire ce qui est rapporté dans la fable du temple de Zeus Lycéen en Arcadie? Que dit la fable? demanda-t-il. Que celui qui a goûté des entrailles humaines, coupées en morceaux avec celles d'autres victimes, est inévitablement changé en loup. Ne l'as-tu pas entendu (565e) raconter? Si. De même, quand le chef du peuple, assuré de l'obéissance absolue de la multitude, ne sait point s'abstenir du sang des hommes de sa tribu, mais, les accusant injustement, selon le procédé favori de ses pareils, et les traînant devant les tribunaux, se souille de crimes en leur faisant ôter la vie, quand, d'une langue et d'une bouche impies, il goûte le sang de sa race, [8,566] exile et tue, tout en laissant entrevoir la suppression des dettes et un nouveau (566a) partage des terres, alors, est-ce qu'un tel homme ne doit pas nécessairement, et comme par une loi du destin, périr de la main de ses ennemis, ou se faire tyran, et d'homme devenir loup? ...

R-P. DROIT cite encore Aristote : "Son élève et adversaire, Aristote, ne dit pas autre chose. Il explique à son tour, dans "Les politiques", comment le tyran "exerce un pouvoir irresponsable sur des hommes qui sont égaux ou supérieurs à lui, en vue de son propre intérêt et non de l'intérêt des gouvernés".

Aristote, La Politique, V, p. 1310b :

p. 1310b : …
ὁ δὲ τύραννος ἐκ τοῦ δήμου καὶ τοῦ πλήθους ἐπὶ τοὺς γνωρίμους, ὅπως ὁ δῆμος ἀδικῆται μηδὲν ὑπ' αὐτῶν. § 3. Φανερὸν δ' ἐκ τῶν συμβεβηκότων. Σχεδὸν γὰρ οἱ πλεῖστοι τῶν τυράννων γεγόνασιν ἐκ δημαγωγῶν ὡς εἰπεῖν, πιστευθέντες ἐκ τοῦ διαβάλλειν τοὺς γνωρίμους. Αἱ μὲν γὰρ τοῦτον τὸν τρόπον κατέστησαν τῶν τυραννίδων, ἤδη τῶν πόλεων ηὐξημένων, αἱ δὲ πρὸ τούτων ἐκ τε τῶν βασιλέων παρεκβαινόντων τὰ πάτρια καὶ δεσποτικωτέρας ἀρχῆς ὀρεγομένων, αἱ δὲ ἐκ τῶν αἱρετῶν ἐπὶ τὰς κυρίας ἀρχάς (τὸ γὰρ ἀρχαῖον οἱ δῆμοι καθίστασαν πολυχρονίους τὰς δημιουργίας καὶ τὰς θεωρίας), αἱ δ' ἐκ τῶν ὀλιγαρχιῶν, αἱρουμένων ἕνα τινὰ κύριον ἐπὶ τὰς μεγίστας ἀρχάς. § 4. Πᾶσι γὰρ ὑπῆρχε τοῖς τρόποις τούτοις τὸ κατεργάζεσθαι ῥᾳδίως, εἰ μόνον βουληθεῖεν, διὰ τὸ δύναμιν προυυπάρχειν τοῖς μὲν βασιλικῆς ἀρχῆς τοῖς δὲ τὴν τῆς τιμῆς …

Le tyran, au contraire, est tiré du peuple et de la masse, contre les citoyens puissants, dont il doit repousser l'oppression. § 3. On peut le voir sans peine par les faits. Presque tous les tyrans, on peut dire, ont été d'abord des démagogues, qui avaient gagné la confiance du peuple en calomniant les principaux citoyens. Quelques tyrannies se sont formées de cette manière quand les États étaient déjà puissants. D'autres, plus anciennes, n'étaient que des royautés violant toutes les lois du pays, et prétendant à une autorité despotique. D'autres ont été fondées par des hommes parvenus en vertu d'une élection aux premières magistratures, parce que jadis le peuple donnait à longue échéance tous les grands emplois et toutes les fonctions publiques. D'autres enfin sont sorties de gouvernements oligarchiques qui avaient imprudemment confié à un seul individu des attributions politiques d'une excessive importance. § 4. Grâce à ces circonstances, l'usurpation était alors facile à tous les tyrans ; de fait, ils n'ont eu qu'à vouloir le devenir, parce qu'ils possédaient préalablement ou la puissance royale, ou celle qu'assure une haute considération …

p. 1311a : …
§ 6. Βούλεται δ' ὁ βασιλεὺς εἶναι φύλαξ, 1311a ὅπως οἱ μὲν κεκτημένοι τὰς οὐσίας μηθὲν ἄδικον πάσχωσιν, ὁ δὲ δῆμος μὴ ὑβρίζηται μηθέν• ἡ δὲ τυραννίς, ὥσπερ εἴρηται πολλάκις, πρὸς οὐδὲν ἀποβλέπει κοινόν, εἰ μὴ τῆς ἰδίας ὠφελείας χάριν. Ἔστι δὲ σκοπὸς τυραννικὸς μὲν τὸ ἡδύ, βασιλικὸς δὲ τὸ καλόν. Διὸ καὶ τῶν πλεονεκτημάτων τὰ μὲν χρήματα τυραννικὰ, τὰ δ' εἰς τιμὴν βασιλικὰ μᾶλλον• καὶ φυλακὴ βασιλικὴ μὲν πολιτική, τυραννικὴ δὲ διὰ ξένων. …

§ 6. Le roi a pour mission spéciale de veiller à ce que ceux qui possèdent n'éprouvent aucun tort dans leur fortune, et le peuple aucun outrage dans son honneur. Le tyran, au contraire, comme je l'ai dit plus d'une fois, n'a jamais en vue, dans les affaires communes, que son intérêt personnel. Le but du tyran, c'est la jouissance; celui du roi, c'est la vertu. Aussi, en fait d'ambition, le tyran songe-t-il surtout à l'argent; le roi, surtout à l'honneur. La garde d'un roi se compose de citoyens ; celle d'un tyran, d'étrangers. …

p. 1313b : …
Ἔστι δὲ καὶ πολεμοποιὸς ὁ τύραννος, ὅπως δὴ ἄσχολοί τε ὦσι καὶ ἡγεμόνος ἐν χρείᾳ διατελῶσιν ὄντες. Καὶ ἡ μὲν βασιλεία σῴζεται διὰ τῶν φίλων, τυραννικὸν δὲ τὸ μάλιστ' ἀπιστεῖν τοῖς φίλοις, ὡς βουλομένων μὲν πάντων δυναμένων δὲ μάλιστα τούτων. …

Le tyran fait aussi la guerre pour occuper l'activité de ses sujets, et leur imposer le besoin perpétuel d'un chef militaire. Si la royauté se conserve en s'appuyant sur des dévouements, la tyrannie ne se maintient que par une perpétuelle défiance de ses amis, parce qu'elle sait bien que, si tous les sujets veulent renverser le tyran, ses amis surtout sont en position de le faire. …


Jean Schumacher
12 août 2011


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002