Projets ITINERA ELECTRONICA - HODOI ELEKTRONIKAI - HELIOS

Actu' ITINERA+ (Actualités - Nouvelles)


  Accueil     Liste des actualités     Recherche     Actualité     Administration  

Date :     07-04-2011

Sujets :
Lecture : Lucullus devant Tigranocerte (C. McCULLOUGH) ; Lecture : Salvien et la description de Carthage ; ITINERA ELECTRONICA : 8 nouveaux environnements hypertextes : Guillaume de Tyr (x 2), Isidore de Séville, Palladius, Salvien, Sulpice Sévère (x 2), Varron ;

Notice :

1. Lecture : Lucullus devant Tigranocerte (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, Jules César, la violence et la passion
Tome V de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : Caesar (1996)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Collection "J'ai lu" - n° 7317
Éditions L'Archipel, Paris, 1998, 606 pp.

Extrait : pp. 224-228:

" ...Ils traversèrent sans grandes difficultés le Tigre, beaucoup moins large et rapide que l'Euphrate. Et c'est alors que l'armée de Lucullus, après avoir parcouru plus d'un millier de milles en deux mois, parvint en vue de Tigranocerta.
La ville avait moins de trente ans d'existence : le roi Tigrane l'avait bâtie en hommage à ses rêves de grandeur. Une splendide cité de pierre aux hautes murailles, avec des tours, des citadelles, des places et des cours, des jardins suspendus, des bâtiments aux superbes tuiles vernies, bleues, jaunes et rouges, des statues de taureaux et de lions ailés, de souverains à la barbe bouclée coiffés d'interminables tiares. L'endroit avait été choisi avec le plus grand soin : on avait tenu compte de tout. Il était facile de la défendre, il y avait de nombreuses sources, et de surcroît un petit affluent du Tigre emportait le contenu des égouts. Tigrane s'était inspiré de Pergame pour construire Tigranocerta. Des nations entières étaient tombées pour en financer l'achèvement ; son opulence était visible de loin, comme le constatèrent les Fimbriani quand ils la contemplèrent du haut d'une crête : immense, élevée, superbe. Le Roi des Rois rêvait d'helléniser son royaume : il avait d'abord voulu l'édifier à la grecque, mais une enfance et une adolescence parthes avaient eu le dessus ; aux bâtiments ioniques et doriens, d'une beauté trop sévère, il ajouta des tuiles aux couleurs criardes, des taureaux ailés puis, les trouvant toujours trop peu imposants, des jardins suspendus, des tours de pierre carrées, des pylônes.

En vingt-cinq ans, personne n'avait jamais osé annoncer au roi la moindre mauvaise nouvelle : personne ne voulait se voir trancher la tête ou couper les mains, sort qu'il réservait à ceux qui s'y seraient risqués. Il fallait bien pourtant que quelqu'un l'informe qu'à l'ouest une armée romaine venue des montagnes s'approchait avec rapidité. Les responsables militaires (dirigés par un fils de Tigrane nommé Mithrabarzane) préférèrent donc lui envoyer un officier de rang subalterne. Le Roi des Rois fut pris de panique, bien qu'il eût conservé assez de maîtrise de soi pour faire pendre le messager. Puis il s'enfuit, si précipitamment qu'il laissa derrière lui la reine, ses autres épouses, ses concubines, ses enfants, ses trésors, ainsi qu'une garnison commandée par Mithrabarzane. Des rivages de la mer Hyrcanienne à la Méditerranée, dans tous les territoires qu'il contrôlait, il lança le même message : envoyez-moi des troupes, envoyez-moi des cataphractes, et même des Bédouins du désert si on ne peut trouver personne d'autre ! Car il ne lui était jamais venu à l'idée que Rome pourrait envahir l'Arménie pour venir frapper aux portes de sa capitale toute neuve.

Tandis que son père boudait dans les montagnes situées entre Tigranocerta et le lac Thospitis, Mithrabarzane mena les troupes dont il disposait à la rencontre des envahisseurs romains, avec le renfort de quelques tribus bédouines des environs. Lucullus les balaya et mit le siège devant Tigranocerta, bien qu'il n'eût pas assez d'hommes pour en encercler les murailles ; il préféra donc se concentrer sur les portes et les patrouilles. Vu sa légendaire efficacité, peu de gens purent passer de l'intérieur à l'extérieur de la ville, et aucun en sens inverse. Non que la capitale ne pût soutenir un long siège, mais il était persuadé qu'elle y rechignerait. Il faudrait d'abord défaire le roi Tigrane sur le champ de bataille ; ensuite, il serait plus facile d'obtenir la reddition de Tigranocerta, dont la population n'aimait guère le Roi, même s'il la terrorisait. Il avait en effet peuplé la ville, située bien loin du nord de l'Arménie et de la vieille capitale d'Artaxata, de Grecs déportés de force de Syrie, de Cappadoce, de Cilicie ; c'était une part essentielle du programme d'hellénisation que le souverain entendait imposer à ses peuples, eux-mêmes d'origine mède. Être grec de culture et de langue, c'était être civilisé. Il s'était donc contenté d'en kidnapper.

S'il s'était réconcilié avec Mithridate, ce dernier n'était guère désireux de le retrouver. Il se trouvait, à la tête d'une armée de dix mille hommes à peine, au nord-ouest de l'endroit où Tigrane s'était réfugié. Quand il apprit que Lucullus assiégeait Tigranocerta et que le roi d'Arménie rassemblait d'énormes troupes pour la libérer, il lui envoya son cousin Taxilès, qui était aussi son meilleur général, avec un message simple : « Surtout n'attaque pas les Romains ! »

Tigrane fut d'ailleurs tenté de suivre cet avis, bien qu'il ait déjà réuni plus de cent vingt mille fantassins, venus d'aussi loin que la Syrie et le Caucase, et vingt- cinq mille cataphractes, ces terrifiants cavaliers vêtus d'acier des pieds à la tête, comme leurs montures. Le roi occupait une vallée située à une cinquantaine de milles de sa capitale, mais il ne pouvait y demeurer longtemps : l'essentiel de ses provisions se trouvait toujours à Tigranocerta, et il devrait donc entrer en contact avec la ville s'il voulait nourrir ses troupes. Ce qui ne serait pas trop compliqué car, lui avaient dit ses espions, les Romains n'étaient pas assez nombreux pour encercler complètement une aussi imposante cité.

Tigrane avait toutefois refusé de croire les rapports lui affirmant que l'armée romaine était insignifiante. Ce n'est qu'après avoir gravi une colline proche de la capitale, et constaté la chose de visu, qu'il vit qu'un moucheron avait eu l'impudence de venir le piquer :
— Trop grand pour une ambassade, trop petit pour une armée ! conclut-il avant de donner l'ordre d'attaquer.

Toutefois, ni Marius ni Sylla n'auraient voulu un seul instant de ces énormes armées orientales, même si on les avait mises à leur disposition. Des forces réduites, mais souples et manoeuvrables, leur suffisaient : facilement ravitaillées, facilement contrôlées, facilement déployées. De même, Lucullus avait à sa disposition deux légions de piètre réputation mais de grande valeur dont les hommes connaissaient sa tactique aussi bien que lui-même, ainsi que deux mille sept cents cavaliers galates qui l'accompagnaient de- puis des années.

Le siège s'était accompagné de grosses difficultés, avant tout parce que les soldats de la garnison assiégée disposaient d'un mystérieux feu zoroastrien que les Grecs appelaient le naphte, et qui venait de Perse, quelque part au sud-ouest de la mer Hyrcanienne. Il tombait en petites boules lumineuses sur les tours de siège et les abris, mettant l'air en feu, provoquant des incendies que nul ne pouvait éteindre, brûlait, estropiait et, pis encore, terrifiait, car personne n'avait jamais eu affaire à rien de tel.

C'est ainsi que lorsque Tigrane mit en mouvement les forces énormes dont il disposait, ce fut sans comprendre quelle importance le moral pouvait avoir pour un moucheron. Chaque soldat de la minuscule année romaine était lassé - de mal manger, d'affronter le feu zoroastrien, de manquer de femmes, de devoir affronter les cataphractes qui, montés sur leurs énormes chevaux, s'en venaient attaquer les pelotons de ravitaillement. Tous en avaient assez de l'Arménie en général, et de Tigranocerta en particulier. C'est bien pourquoi, de Lucullus au dernier des Fimbriani, ils ne rêvaient que d'en découdre ; ils exultèrent donc quand les éclaireurs firent savoir que le roi Tigrane approchait enfin. ..."

Sources :

  • Appien d'Alexandrie, Les guerres civiles - La guerre de Mithridate, 67 :

    ... Τιγράνη τὸν γαμβρὸν Μιθριδάτης ἔπεισεν ἐς Καππαδοκίαν ἐμβαλεῖν ὥσπερ ἀφ' ἑαυτοῦ. Καὶ τὸ μὲν σόφισμα οὐκ ἔλαθε Ῥωμαίους, ὁ δ' Ἀρμένιος Καππαδοκίαν σαγηνεύσας ἐς τριάκοντα μυριάδας ἀνθρώπων ἀνασπάστους ἐς Ἀρμένιαν ἐποίησε, καὶ συνῴκιζεν αὐτοὺς μεθ' ἑτέρων ἔς τι χωρίον ἔνθα πρῶτον Ἀρμενίας τὸ διάδημα αὐτὸς περιεθήκατο, καὶ Τιγρανόκερτα ἀφ' ἑαυτοῦ προσεῖπεν· δύναται δ' εἶναι Τιγρανόπολις.

    Aussi Mithridate persuada son gendre Tigrane d'envahir la Cappadoce comme s'il agissait pour son propre compte. Cet artifice ne trompa pas les Romains. Le roi arménien jeta comme un filet autour de la Cappadoce et déporta environ 300.000 personnes, qu'il emmena dans son propre pays et les installa, avec d'autres, dans un endroit où il avait pour la première fois reçu le diadème de l'Arménie et qu'il avait appelé d'après son nom, Tigranocerte ou la ville de Tigrane.

  • Appien d'Alexandrie, Les guerres civiles - La guerre de Mithridate, 84 :

    [84] Ἐπὶ δὲ ταῖς θυσίαις ἐπὶ τὸν Τιγράνην, οὐκ ἐκδιδόντα οἱ τὸν Μιθριδάτην, ἐστράτευε σὺν δύο τέλεσιν ἐπιλέκτοις καὶ ἱππεῦσι πεντακοσίοις. Καὶ τὸν Εὐφράτην περάσας, μόνα τὰ χρήσιμα τοὺς βαρβάρους αἰτῶν διώδευεν· οἱ γὰρ ἄνδρες οὐκ ἐπολέμουν, οὐδ' ἠξίουν τι πάσχειν, ἔστε Λεύκολλον καὶ Τιγράνην ἐπ' ἀλλήλοις διακριθῆναι. Τιγράνῃ δ' οὐδεὶς ἐμήνυεν ἐπιόντα Λεύκολλον· ὁ γάρ τοι πρῶτος εἰπὼν ἐκεκρέμαστο ὑπ' αὐτοῦ, συνταράσσειν αὐτὸν τὰς πόλεις νομίσαντος. Ὡς δέ ποτε ᾔσθετο, Μιθροβαρζάνην προύπεμπε μετὰ δισχιλίων ἱππέων, Λεύκολλον ἐπισχεῖν τοῦ δρόμου. Μαγκαίῳ δὲ Τιγρανόκερτα φυλάττειν ἐπέτρεψεν, ἥν τινα πόλιν, ὥς μοι προείρηται, ἐπὶ τιμῇ τῇ ἑαυτοῦ βασιλεὺς ἐν ἐκείνῳ γενέσθαι τῷ χωρίῳ συνῴκιζε, καὶ τοὺς ἀρίστους ἐς αὐτὴν συνεκάλει, ζημίαν ἐπιτιθείς, ὅσα μὴ μεταφέροιεν, δεδημεῦσθαι. Τείχη τε αὐτοῖς περιέβαλε πεντηκονταπήχη τὸ ὕψος, ἱπποστασίων ἐν τῷ βάθει γέμοντα, καὶ βασίλεια καὶ παραδείσους κατὰ τὸ προάστειον ἐποίει μακρούς, καὶ κυνηγέσια πολλὰ καὶ λίμνας· ἀγχοῦ δὲ καὶ φρούριον ἀνίστη καρτερόν. Καὶ πάντα τότε Μαγκαίῳ ταῦτ' ἐπιτρέψας, περιῄει στρατιὰν ἀγείρων. Μιθροβαρζάνην μὲν οὖν ὁ Λεύκολλος εὐθὺς ἐκ τῆς πρώτης συμβολῆς τρεψάμενος ἐδίωκε, Μαγκαῖον δὲ Σεξτίλιος ἐς Τιγρανόκερτα κατακλείσας τὰ μὲν βασίλεια αὐτίκα, ἀτείχιστα ὄντα, διήρπασε, τὴν δὲ πόλιν καὶ τὸ φρούριον ἀπετάφρευε, καὶ μηχανὰς ἐφίστη, καὶ ὑπονόμοις ἀνεκρήμνη τὸ τεῖχος.

    [84] Après avoir fait ces sacrifices, il marcha avec deux légions et le 500 cavaliers contre Tigrane, qui avait refusé de lui livrer Mithridate. Il traversa l'Euphrate, mais il n'eut besoin des barbares, dont il traversait le territoire, uniquement que pour lui fournir les approvisionnements nécessaires puisqu'ils ne voulaient pas combattre, ou s'exposer à des souffrances en prenant parti dans la querelle entre Lucullus et Tigrane. Personne ne dit à Tigrane que Lucullus s'avançait, car il avait fait mettre en croix le premier homme qui lui avait apporté ces nouvelles, considérant qu'il voulait troubler le bon ordre des villes. Quand il a appris que c'était vrai, il envoya Mithrobarzane avec 2000 cavaliers pour retarder la marche de Lucullus. Il confia à Mancaeus la défense de Tigranocerte, ville, comme j'ai l'ai déjà dit, que le roi avait établie dans cette région en son honneur, et où il avait installé les notables des villes du pays sous peine de confiscation de toutes leurs marchandises qu'ils n'amenaient pas avec eux. Il l'entoura de murs de cinquante coudées de haut et assez larges pour contenir des écuries pour les chevaux. Dans les faubourgs il avait construit un palais et de grands parcs clôturés pour les animaux sauvages, et des étangs pour les poissons. Il érigea également une tour fortifié tout près. Il confia tout cela à Mancaeus, et alors il traversa le pays pour rassembler une armée. Lucullus, dès sa première rencontre avec Mithrobarzane, le battit et le mit en fuite. Sextilius enferma Mancaeus dans Tigranocerte, pilla le palais en situé hors des murs, a creusa un fossé autour de la ville et de la tour, amena des machines déplacées contre elles, et mina le mur.

  • Appien d'Alexandrie, Les guerres civiles - La guerre de Mithridate, 85 :

    [85] Καὶ Σεξτίλιος μὲν ἀμφὶ ταῦτα ἐγίγνετο, Τιγράνης δέ, πεζῶν ἐς πέντε καὶ εἴκοσι μυριάδας ἀγείρας καὶ ἱππέας ἐς πεντακισμυρίους, προύπεμψεν αὐτῶν ἐς Τιγρανόκερτα περὶ ἑξακισχιλίους, οἳ διὰ μέσων Ῥωμαίων ἐς τὸ φρούριον ὠσάμενοί τε καὶ τὰς παλλακὰς τοῦ βασιλέως ἐξαρπάσαντες ἐπανῆλθον. Τῷ δὲ λοιπῷ στρατῷ Τιγράνης αὐτὸς ἤλαυνεν ἐπὶ Λεύκολλον. Καὶ αὐτῷ τότε πρῶτον Μιθριδάτης ἐς ὄψιν ἐλθὼν συνεβούλευε μὴ συμπλέκεσθαι Ῥωμαίοις, ἀλλὰ τῷ ἱππικῷ μόνῳ περιτρέχοντα καὶ τὴν γῆν λυμαινόμενον ἐς λιμὸν αὐτούς, εἰ δύναιτο, περικλεῖσαι, ᾧ τρόπῳ καὶ αὐτὸς ὑπὸ Λευκόλλου περὶ Κύζικον ἀμαχὶ κάμνων τὸν στρατὸν ἀπολέσαι. Ὁ δὲ γελάσας αὐτοῦ τὴν στρατηγίαν, προῄει συνεσκευασμένος ἐς μάχην· καὶ τὴν Ῥωμαίων ὀλιγότητα ἰδὼν ἐπέσκωψεν οὕτως· « Εἰ μὲν πρέσβεις εἰσὶν οἵδε, πολλοί, εἰ δὲ πολέμιοι, πάμπαν ὀλίγοι. »

    [85] Tandis que Sextilius faisait cela, Tigrane rassembla 250.000 fantassins et 50.000 cavaliers. Il en envoya environ 6000 à Tigranocerte, qui traversèrent la ligne romaine jusqu'à la tour, saisirent et ramenèrent les concubines du roi. Avec le reste de son armée Tigrane marcha contre Lucullus. Mithridate, qui fut alors pour la première fois admis en sa présence, lui conseilla de ne pas livrer bataille contre les Romains, mais de les harceler seulement avec sa cavalerie, de dévaster le pays, et de les réduire à la famine si possible, de la même manière que Lucullus l'avait fait contre lui à Cyzique, où il perdit son armée sans combattre. Tigrane se moqua s'un tel stratagème, s'avança et se prépara au combat. Quand il vit le petit nombre des forces romaines, il s'en moqua en disant, « si ce sont là des ambassadeurs, ils sont en trop grand nombre ; si ce sont des ennemis, ils sont en trop petit nombre. » ...

  • Plutarque, Vie de Lucullus, ch. XXVI :

    [26] Οὕτω δὲ τούτων προχωρούντων, ἄρας ὁ Λεύκολλος ἐπορεύετο πρὸς Τιγρανόκερτα, καὶ περιστρατοπεδεύσας ἐπολιόρκει τὴν πόλιν. ἦσαν δ´ ἐν αὐτῇ πολλοὶ μὲν Ἕλληνες τῶν ἀναστάτων ἐκ Κιλικίας, πολλοὶ δὲ βάρβαροι τοῖς Ἕλλησιν ὅμοια πεπονθότες, Ἀδιαβηνοὶ καὶ Ἀσσύριοι καὶ Γορδυηνοὶ καὶ Καππάδοκες, ὧν κατασκάψας τὰς πατρίδας, αὐτοὺς δὲ κομίσας ἐκεῖ κατοικεῖν ἠνάγκασεν. ἦν δὲ καὶ χρημάτων ἡ πόλις μεστὴ καὶ ἀναθημάτων, παντὸς ἰδιώτου καὶ δυνάστου τῷ βασιλεῖ συμφιλοτιμουμένου πρὸς αὔξησιν καὶ κατασκευὴν τῆς πόλεως. ...

    [26] XXVI. A la suite de ces succès, Lucullus leva le camp et marcha sur Tigranocerte, devant laquelle il mit le siège. Il y avait dans cette ville beaucoup de Grecs, de ceux qui avaient été chassés de Cilicie, et aussi beaucoup de Barbares, victimes du même traitement que les Grecs, Adiabéniens, Assyriens, Gordyéniens, Cappadociens, dont Tigrane avait ruiné la patrie et qu'il avait forcés, en les emmenant à sa suite, de s'installer là. Tigranocerte était pleine de richesses et d'objets d'art, tous les habitants, particuliers ou souverains, rivalisant avec le Roi pour l'accroître et l'embellir. ...

  • Photius Ier de Constantinople, Extraits de Memnon, ch. 81 :

    [81] Δύναμιν δὲ οὗτος ἀθροίσας ὀκτὼ μυριάδας κατέβαινε, τήν τε Τιγρανόκερτα ἐξαιρησόμενος τῶν συνεχόντων καὶ ἀμυνούμενος τοὺς πολεμίους. Φθάσας δὲ καὶ ἰδὼν τὸ Ῥωμαίων ὀλίγον στρατόπεδον, ὑπεροπτικοὺς ἠφίει λόγους, ὡς εἰ μὲν πρεσβευταὶ παρεῖεν, πολλοὶ φάμενος, συνῆλθον, εἰ δὲ πολέμιοι, παντελῶς ὀλίγοι· καὶ ταῦτα εἰπὼν ἐστρατοπεδεύετο. Λεύκολλος δὲ τέχνῃ καὶ μελέτῃ πρὸς τὴν μάχην παραταξάμενος, καὶ θαρρύνας τοὺς ὑπ´ αὐτόν, τρέπει τε τὸ δεξιὸν εὐθὺς κέρας, εἶτα τούτῳ συναπέκλινε τὸ πλησίον, ἑξῆς δὲ σύμπαντες. Καὶ δεινή τις καὶ ἀνεπίσχετος τοὺς Ἀρμενίους ἐπέσχε τροπή, καὶ κατὰ λόγον ἡ τῶν ἀνθρώπων εἵπετο φθορά. ...

    [81] Enfin Tigrane ayant mis sur pied une armée de quatre-vingt mille hommes, résolut d'aller en personne faire lever le siège de Tigranocerte. Quand il fût à portée du camp des Romains, considérant la petitesse de son enceinte, il ne put s'empêcher d'en faire des railleries : Si ces gens-là, dit-il viennent comme Ambassadeurs, ils sont trop; mais s'ils viennent comme ennemis, ils ne sont pas assez. Après leur avoir ainsi insulté, il campa. Mais Lucullus rabattit bientôt son orgueil, car, en Général expérimenté, il rangea si bien ses troupes en bataille et par une courte harangue sut si bien les piquer d'honneur, que fondant tout à coup sur l'aile droite des Arméniens, il la culbuta; le corps d'infanterie qu'elle couvrait, prit aussitôt l'épouvante, ce ne fut plus qu'une déroute, tous fuirent et furent longtemps poursuivis par les Romains, qui en firent un horrible carnage. ...

  • Strabon, Geographica, XI-14, ch. 15 :

    ... Ἐπὶ τοσοῦτον δ' ἐξαρθεὶς καὶ πόλιν ἔκτισε πλησίον τῆς Ἰβηρίας μεταξὺ ταύτης τε καὶ τοῦ κατὰ τὸν Εὐφράτην Ζεύγματος, ἣν ὠνόμασε Τιγρανόκερτα, ἐκ δώδεκα ἐρημωθεισῶν ὑπ' αὐτοῦ πόλεων Ἑλληνίδων ἀνθρώπους συναγαγών. Ἔφθη δ' ἐπελθὼν Λεύκολλος ὁ τῷ Μιθριδάτῃ πολεμήσας καὶ τοὺς μὲν οἰκήτορας εἰς τὴν οἰκείαν ἑκάστου ἀπέλυσε, τὸ δὲ κτίσμα ἡμιτελὲς ἔτι ὂν κατέσπασε προσβαλὼν καὶ μικρὰν κώμην κατέλιπεν, ἐξήλασε δὲ καὶ τῆς Συρίας αὐτὸν καὶ τῆς Φοινίκης. ...

    ... C'est alors que, parvenu à ce haut degré de puissance, il fonda près d'{Ol}ibéria, entre cette localité et le pont ou Zeugma de l'Euphrate, une nouvelle ville qu'il nomma Tigranocerte et où il réunit les habitants de douze villes grecques dépeuplées par lui à cet effet. Mais il fut interrompu dans son entreprise par une attaque de Lucullus, le vainqueur de Mithridate, qui, ayant donné ordre à chaque habitant de Tigranocerte de regagner sa ville natale, détruisit la nouvelle capitale (laquelle, du reste, n'était encore qu'à moitié achevée), la réduisit ainsi à n'être plus qu'une chétive bourgade et chassa ensuite Tigrane de la Syrie et de la Phénicie. ...

  • Strabon, Geographica, XII-2, ch. 9 :

    ... Διέθηκε δὲ φαύλως αὐτοὺς Τιγράνης ὁ Ἀρμένιος, ἡνίκα τὴν Καππαδοκίαν κατέδραμεν· ἅπαντας γὰρ ἀναστάτους ἐποίησεν εἰς τὴν Μεσοποταμίαν, καὶ τὰ Τιγρανόκερτα ἐκ τούτων συνῴκισε τὸ πλέον· ὕστερον δ' ἐπανῆλθον οἱ δυνάμενοι μετὰ τὴν τῶν Τιγρανοκέρτων ἅλωσιν.

    ... Les Mazacéniens eurent naguère beaucoup à souffrir lors des incursions répétées de Tigrane en Cappadoce ; ils se virent tous enlever à leurs foyers par le roi d'Arménie et transporter en Mésopotamie pour y former le principal noyau de la population de Tigranocerte. Mais plus tard, après la prise de Tigranocerte {par les Romains,} tous ceux qui en eurent les moyens furent autorisés à regagner leurs demeures.

  • Frontin, Les Stratagèmes, II, 2 :

    ... Lucullus aduersus Mithridatem et Tigranem in Armenia maiore apud Tigranocertam dimicaturus, collis proximi planum uerticem raptim cum parte copiarum adeptus, in subiectos hostes decucurrit et equitatum eorum a latere inuasit: auersumque et eorundem pariter pedites proturbantem insecutus clarissimam uictoriam retulit. ...

    ... Lucullus ayant à combattre les troupes de Tigranes et de Mithridate, près de Tigranocerte, se saisit, avec une partie de ses gens, d'une petite plaine, qui était au haut d'une colline, et vint fondre de là si à propos sur les ennemis, que prenant leur cavalerie en flanc, elle se renversa sur une partie de leur infanterie ; ce qui procura à Lucullus une victoire signalée. ...

Références : Tigranakert (WIKIPEDIA) ; Portrait d'un leader : Tigrane le Grand

A propos du feu zoroastrien (naphte) :

" ... La naphte est une huile de pierre (pétrole), légére, transparente et inflammable. On peut s'en servir pour l'éclairage, pour le chauffage méme, la cuisson des aliments, et divers autres objets d'économie domestique où elle remplace l'huile et le bois. Cette combustion ne se fait pas, à la vérité, sans répandre une odeur fort désagréable et une fumée épaisse, ce qui ne rend son usage vraiment utile que pour les peuples qui n'ont jamais connu les ressources que se procure notre cïvilisation. On s'en sert encore pour graisser les roues des chariots, pour enduire les outres qui servent à transporter le vin, et, enfin, elle entre dans la préparation d'un ciment fort estimé dans le pays. On croit qu'elle avait été employée dans la construction de Babylone et de Ninive.

Cette substance paraît étre le résultat de la décomposition des bitumes solides, opérée par les feux souterrains dans le sein de la terre. Elle se récolte sur plusieurs points du globe; mais l'espèce la plus pure abonde sur la côte ouest de la mer Caspienne, depuis Derbent jusqu'à Bakou, dans le Daghestan et le Chirvan, provinces qui appartiennent à l'isthme caucasien.

A peu de distance de la mer, aux environs de Bakou, on a creusé des puits dont la profondeur varie de dix à soixante pieds sur un terrain de marne argileuse imbibée de naphte. On en compte plus de cent pour la naphte noire et quinze seulement pour la blanche. Celle-ci n'est qu'une purification de la première, opérée par l'infiltration naturelle au travers d'une couche de grés. Ce bitume se rassemble peu à peu dans les puits qu'on vide au fur et a mesure des besoins. Il s'en exporte annuellement, de Bakou, de soixante à quatre-vingt mille quintaux métriques, la plus grande partie pour la Perse, le reste pour Astrakan. Le produit en est d'environ deux cent cinquante mille francs.

C'est auprès de Bakou que se trouve le sanctuaire du feu, Artech-gah, l'un des plus célèbres sectateurs de Zoroastre. Artech-gah est situé dans un pays aride et infecté par l'odeur de la naphte. Un édifice carré, où sont comprises une vingtaine de cellules, sert de monastère aux adeptes du Zend-Avesta. Dans 1a cour du milieu s'élève un autel flanqué de quatre cheminées quadrangulaires ; au centre est un foyer que la piété des Parsis alimente perpétuellement au moyen de la naphte. En vain les années ont succédé aux années; en vain les conquérants ont porté la persécution au sein de la patrie des Mages; le culte de Mithra, sanctionné par Zorostre, a résisté à toutes les attaques, et les descendants des Guèbres ont entretenu le feu sacré dans la longue sêrie des siècles. ...

[tiré de : L'Univers. Histoire et description de tous les peuples. Suite et fin de la Russie et Provinces russes en Asie. Paris, Firmin Didot, 1838]


2. Lecture : Salvien et la description de Carthage (avant la prise par les Vandales en 439 de notre ère) :

Salvien, De la providence, VII, 16 :

… Nec discurram per loca singula, aut cunctas discutiam ciuitates; ne studiose uidear quaerere atque inuestigare quae dicam. Una tantum uniuersarum illic urbium principe et quasi matre contentus sum, illa scilicet Romanis arcibus semper aemula, armis quondam et fortitudine, post splendore et dignitate. Carthaginem dico, et urbi Romae maxime aduersariam, et in Africano orbe quasi Romam: quae mihi ideo in exemplum ac testimonia sola sufficit, quia uniuersa penitus quibus in toto mundo disciplina rei publicae uel procuratur uel regitur, in se habuit. Illic enim omnia officiorum publicorum instrumenta, illic artium liberalium scholae, illic philosophorum officinae, cuncta denique uel linguarum gymnasia uel morum: illic quoque etiam copiae militares, et regentes militiam potestates: illic honor proconsularis: illic quotidianus iudex et rector; quantum ad nomen quidem proconsul, sed quantum ad potentiam consul: illic denique omnes rerum dispensatores, et differentes inter se tam gradu quam uocabulo dignitates; omnium, ut ita dicam, platearum et compitorum procuratores, cuncta ferme et loca urbis et membra populi gubernantes. Hac ergo tantum contenti sumus ad exemplum ac testimonium caeterarum; ut intelligamus scilicet quales illae fuerint ciuitates quae minores habuerunt probi officii procurationes, cum uiderimus qualis exstiterit ubi summi semper fuere rectores. Quo loco prope est ut poeniteat me promissionis meae, id est, quod superius spopondi, cunctis prope Afrorum criminibus praetermissis, de impuritatibus praecipue ac blasphemiis eorum esse dicturum. Video enim quasi scaturientem uitiis ciuitatem, uideo urbem omnium iniquitatum genere feruentem, plenam quidem turbis, sed magis turpitudinibus; plenam diuitiis, sed magis uitiis; uincentes se inuicem homines nequitia flagitiorum suorum, alios rapacitate, alios impuritate certantes, alios uino languidos, alios cruditate distentos, hos sertis redimitos, illos unguentis oblitos, cunctos uario luxus marcore perditos, sed pene omnes una errorum morte prostratos; non omnes quidem uinolentia temulentos, sed omnes tamen peccatis ebrios. Populos putares non sani status, non sui sensus, non animo incolumes, non gradu, quasi in morem baccharum crapulae cateruatim inseruientes. Iam uero illud cuiusmodi aut quam graue, genere quidem dispar, sed iniquitate non dispar, nisi hoc dispar forte quia maius? Proscriptiones dico orphanorum, uiduarum afflictiones, pauperum cruces: qui ingemiscentes quotidie ad Deum, ac finem malorum imprecantes, et quod grauissimum est, interdum ui nimiae amaritudinis etiam aduentum hostium postulantes, aliquando a Deo impetrauerunt, ut euersionem tandem a barbaris in commune tolerarent, quam soli a Romanis ante tolerauerant.

… Je ne courrai point de lieux en lieux, je ne scruterai point les villes une à une, de peur qu'on ne m'accuse de recourir à des investigations minutieuses pour trouver ce que je veux dire. Je me contente de cette cité reine et mère en quelque sorte de toutes les villes africaines, de cette cité rivale éternelle de Rome, par ses armes d'abord et par son courage, puis ensuite par sa splendeur et son éclat. Je parle de Carthage, cette formidable ennemie des Romains, cette autre Rome de la terre d'Afrique ; seule, elle me suffît pour exemple et pour témoignage ; car, tout ce qui peut au monde constituer les éléments d'une république, elle le posséda dans son sein. Là, se trouvait tout ce qui peut favoriser les professions civiles ; là, se trouvaient des académies pour les arts libéraux, des écoles de philosophie, des gymnases de langues ou de mœurs, des forces militaires et des généraux pour les commander ; là encore la dignité proconsulaire, là un juge et un gouverneur permanent, avec le titre de proconsul, il est vrai, mais avec le pouvoir de consul ; là enfin des officiers publics, des dignitaires aussi différents par le rang que par le nom ; pour chaque place pour chaque rue, en quelque sorte, des juges qui gouvernaient tous les lieux de la ville, tous les membres d'un si grand peuple. Nous nous contentons de cette seule ville pour faire juger des autres cités ; il sera facile de comprendre ce qu'elles devaient être, n'ayant pas une police aussi réglée, lorsque nous aurons vu ce qu'était la ville de Carthage, même avec de puissants gouvernements. Et ici, peu s'en faut que je ne me repente de mes promesses, et qu'il ne me fâche de m'être engagé à signaler avant tout les impuretés et les blasphèmes des Africains, laissant de côté leurs autres excès. Je vois une ville où les crimes débordent, je vois une ville où se remuent tous les genres d'iniquités ; une ville pleine de peuple, et plus encore d'infamies ; pleine de richesses, et plus encore de vices ; des hommes qui se surpassent les uns les autres par la noirceur de leurs forfaits ; rivalisant, les uns de rapacité, les autres, d'impureté ; les uns, chancelant d'ivresse ; les autres, gorgés de bonne chère ; ceux-ci, couronnés de fleurs, ceux-là, couverts de parfums ; tous énervés d'un luxe dégradant, presque tous plongés dans les mêmes erreurs de mort ; tous ne sont pas dans le vertige du vin, mais tous néanmoins sont dans l'ivresse du crime. Vous diriez un peuple qui a perdu le sens, qui ne se connaît plus lui-même, dont l'esprit est malade, la démarche incertaine, et qui se jette en foule dans la crapule, à la manière des Bacchantes. Et les crimes dont je vais parler, combien ils sont étranges, combien ils sont graves ! Quoique d'une espèce différente, ils ne différent pas en malice, à moins peut-être qu'on ne trouve cette différence dans leur grandeur. Je veux signaler la proscription des orphelins, l'oppression des veuves, les croix des pauvres. Ces victimes, gémissant tous les jours devant Dieu, demandant un terme à leurs maux, et, ce qui est bien plus grave encore, appelant, dans l'excès de leurs amertumes, la présence de l'ennemi, ont obtenu enfin de souffrir en commun, de la part des barbares, une oppression qu'ils avaient endurée seuls auparavant, de la part des Romains.


3. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

Cette semaine-ci, Christian RUELL a pu créer 8 nouveaux environnements hypertextes :

  • Guillaume de Tyr, L'Histoire des Croisades, livre VIII [Texte latin et traduction française repris au
UCL | FLTR | Itinera Electronica | Bibliotheca Classica Selecta (BCS) |
Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher

Dernière mise à jour : 17/02/2002