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Date :     24-03-2011

Sujets :
Lecture : César, les pirates et la rançon (C. McCULLOUGH) ; Lecture : Abélard, sa retraite et les philosophes qui fuient les villes ; Lecture : Abélard à propos des louanges et la coquetterie de Galathée ; Lecture : Héloïse : Pourquoi les femmes s'enivrent-elles plus difficilement que les hommes ? ; ITINERA ELECTRONICA : 11 nouveaux environnements hypertextes : Abélard et Héloïse (x 6), Augustin (x 2), Grattius Faliscus, Tertullien, Varron ;

Notice :

1. Lecture : César, les pirates et la rançon (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, Jules César, la violence et la passion
Tome V de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : Caesar (1996)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Collection "J'ai lu" - n° 7317
Éditions L'Archipel, Paris, 1998, 606 pp.

Extrait : pp. 153-154:

" ... Bien qu'il n'exerçât guère ses talents d'orateur devant l'Assemblée, César passait déjà pour le seul rival de Cicéron, dont le style athénien avait plus ou moins démodé celui d'Hortensius, plus asianique. Si les membres du Sénat avaient bien une chose en commun, c'était un goût raffiné pour les beaux discours. Ils firent donc bon accueil à Caius Julius.
— Lucius Bellenius et Marcus Sextilius n'étant toujours pas de retour parmi nous, je crois être le seul membre de cette Assemblée présent aujourd'hui qui ait jamais été capturé par des pirates, dit-il de cette voix haut perchée, parfaitement claire, qu'il prenait à chaque discours en public. On peut donc considérer que je suis un expert en ce domaine, pour peu qu'on admette qu'une expérience de première main suffise à vous donner la compétence nécessaire. Je ne l'ai d'ailleurs pas trouvée très gratifiante, et ce, dès que j'ai aperçu deux galères fondant sur le pauvre navire marchand à bord duquel je me trouvais. Le capitaine m'informa aussitôt, Pères Conscrits, que toute tentative de résistance serait non seulement inutile, mais futile ; et moi, Caius Julius César, je fus contraint de me rendre à un individu médiocre et vulgaire nommé Polygonos, qui depuis vingt ans attaquait les bateaux de commerce longeant les côtes lyciennes, cariennes et lydiennes. Je suis resté quarante jours aux mains de Polygonos, poursuivit César d'un ton plus familier, et cela m'a permis d'apprendre beaucoup de choses – ainsi, qu'il existait un véritable éventail des rançons réclamées pour tous ceux qui avaient trop de valeur pour qu'on les envoie sur les marchés d'esclaves. C'est ce qui arrive à un simple citoyen romain, qui ne vaudra jamais deux mille sesterces, soit le prix minimal auquel on puisse le vendre. Pour un centurion ou un publicanus, la rançon est d'un demi-talent. Pour un chevalier, d'un talent. Pour un aristocrate romain de haute famille, mais qui n'est pas membre du Sénat, deux talents. Pour un sénateur du rang, un questeur, un édile ou un tribun de la plèbe, dix. Pour un sénateur qui a été préteur ou consul, cinquante. Quand il est capturé avec ses licteurs et ses fasces, comme nos deux infortunés collègues, la somme grimpe à cent talents, ainsi que nous l'avons appris il y a quelques jours. Ce qui est le tarif pour les censeurs et les consuls en titre, encore que j'ignore quelle valeur exacte les pirates accorderaient à des hommes tels que Caius Piso ici présent — disons un talent ? Je ne paierais pas davantage, en tout cas, je puis vous l'assurer. Il est vrai que je ne suis pas pirate, même si parfois notre bien-aimé consul, lui, me fait l'effet d'en être un ! Une fois emprisonné, on est censé blêmir et se jeter aux pieds de ses geôliers en réclamant la vie sauve. Ce n'est pas là ce que j'ai coutume de faire ; je m'en suis donc abstenu. J'ai préféré reconnaître les lieux, étudier les moyens de donner l'assaut, découvrir comment l'endroit était défendu. J'ai également passé mon temps à assurer les pirates qu'une fois ma rançon payée — elle était de cinquante talents —, je reviendrais, m'emparerais de leur repaire, réduirais les femmes et les enfants en esclavage et ferais crucifier les hommes. Ce qui leur paraissait follement drôle : jamais je ne les retrouverais, disaient-ils ! Mais je les ai bel et bien retrouvés, Pères Conscrits, j'ai bel et bien réduit les femmes et les enfants en esclavage, j'ai bel et bien fait crucifier les hommes ..."

Sources :

  • Suétone, Vies des XII Césars - Vie de Jules César, IV :

    ... (2) Huc dum hibernis iam mensibus traicit, circa Pharmacussam insulam a praedonibus captus est mansitque apud eos non sine summa indignatione prope quadraginta dies cum uno medico et cubicularis duobus. Nam comites seruosque ceteros initio statim ad expediendas pecunias, quibus redimeretur, dimiserat.
    (3) Numeratis deinde quinquaginta talentis expositus in litore non distulit quin e uestigio classe deducta persequeretur abeuntis ac redactos in potestatem supplicio, quod saepe illis minatus inter iocum fuerat, adficeret.

    (2) Dans ce trajet, exécuté pendant l'hiver, il fut pris par les pirates, à la hauteur de l'île Pharmacuse; et, non sans la plus vive indignation, il resta leur prisonnier l'espace d'environ quarante jours, n'ayant près de lui qu'un médecin et deux esclaves du service de sa chambre; car il avait dépêché sur le champ ses compagnons et ses autres esclaves, pour lui rapporter l'argent nécessaire à sa rançon.
    (3) Il la paya cinquante talents, et, à peine débarqué sur le rivage, il poursuivit, à la tête d'une flotte, les pirates qui s'en retournaient, les réduisit en son pouvoir, et les punit du supplice dont il les avait souvent menacés comme en plaisantant.

  • Plutarque, Vies des hommes illustres - Vie de César, 1-2 :

    [1] ... παρ´ ᾧ διατρίψας χρόνον οὐ πολύν, εἶτ´ ἀποπλέων, ἁλίσκεται περὶ τὴν Φαρμακοῦσσαν νῆσον ὑπὸ πειρατῶν, ἤδη τότε στόλοις μεγάλοις καὶ σκάφεσιν ἀπλέτοις κατεχόντων τὴν θάλατταν.

    (8) Après y avoir séjourné peu de temps, il se remit en mer, et fut pris auprès de l'île de Pharmacuse par des pirates, qui, ayant déjà des flottes considérables et un nombre infini de petits vaisseaux, s'étaient rendus maîtres de toute cette mer.

    [2] Πρῶτον μὲν οὖν αἰτηθεὶς ὑπ´ αὐτῶν λύτρα εἴκοσι τάλαντα, κατεγέλασεν ὡς οὐκ εἰδότων ὃν ᾑρήκοιεν, αὐτὸς δ´ ὡμολόγησε πεντήκοντα δώσειν· ἔπειτα τῶν περὶ αὐτὸν ἄλλον εἰς ἄλλην διαπέμψας πόλιν ἐπὶ τὸν τῶν χρημάτων πορισμόν, ἐν ἀνθρώποις φονικωτάτοις Κίλιξι μεθ´ ἑνὸς φίλου καὶ δυοῖν ἀκολούθοιν ἀπολελειμμένος, οὕτω καταφρονητικῶς εἶχεν, ὥστε πέμπων ὁσάκις ἀναπαύοιτο προσέταττεν αὐτοῖς σιωπᾶν. ἡμέραις δὲ τεσσαράκοντα δυεῖν δεούσαις, ὥσπερ οὐ φρουρούμενος ἀλλὰ δορυφορούμενος ὑπ´ αὐτῶν, ἐπὶ πολλῆς ἀδείας συνέπαιζε καὶ συνεγυμνάζετο, καὶ ποιήματα γράφων καὶ λόγους τινὰς ἀκροαταῖς ἐκείνοις ἐχρῆτο, καὶ τοὺς μὴ θαυμάζοντας ἄντικρυς ἀπαιδεύτους καὶ βαρβάρους ἀπεκάλει, καὶ σὺν γέλωτι πολλάκις ἠπείλησε κρεμᾶν αὐτούς· οἱ δ´ ἔχαιρον, ἀφελείᾳ τινὶ καὶ παιδιᾷ τὴν παρρησίαν ταύτην νέμοντες. ὡς δ´ ἧκον ἐκ Μιλήτου τὰ λύτρα καὶ δοὺς ἀφείθη, πλοῖα πληρώσας εὐθὺς ἐκ τοῦ Μιλησίων λιμένος ἐπὶ τοὺς λῃστὰς ἀνήγετο, καὶ καταλαβὼν ἔτι πρὸς τῇ νήσῳ ναυλοχοῦντας, ἐκράτησε τῶν πλείστων. καὶ τὰ μὲν χρήματα λείαν ἐποιήσατο, τοὺς δ´ ἄνδρας ἐν Περγάμῳ καταθέμενος εἰς τὸ δεσμωτήριον, αὐτὸς ἐπορεύθη πρὸς τὸν διέποντα τὴν Ἀσίαν Ἴουγκον, ὡς ἐκείνῳ προσῆκον ὄντι στρατηγῷ κολάσαι τοὺς ἑαλωκότας. ἐκείνου δὲ καὶ τοῖς χρήμασιν ἐποφθαλμιῶντος (ἦν γὰρ οὐκ ὀλίγα), καὶ περὶ τῶν αἰχμαλώτων σκέψεσθαι φάσκοντος ἐπὶ σχολῆς, χαίρειν ἐάσας αὐτὸν ὁ Καῖσαρ εἰς Πέργαμον ᾤχετο, καὶ προαγαγὼν τοὺς λῃστὰς ἅπαντας ἀνεσταύρωσεν, ὥσπερ αὐτοῖς δοκῶν παίζειν ἐν τῇ νήσῳ προειρήκει πολλάκις.

    [2] (1) Ces pirates lui demandèrent vingt talents pour sa rançon ; il se moqua d'eux de ne pas savoir quel était leur prisonnier, et il leur en promit cinquante. (2) Il envoya ceux qui l'accompagnaient dans différentes villes pour y ramasser cette somme, et ne retint qu'un seul de ses amis et deux domestiques, avec lesquels il resta au milieu de ces corsaires ciliciens, les plus sanguinaires des hommes ; il les traitait avec tant de mépris que, lorsqu'il voulait dormir, il leur faisait dire de garder un profond silence. (3) Il passa trente-huit jours avec eux ; moins comme leur prisonnier que comme un prince entouré de ses gardes. Plein de sécurité, il jouait et faisait avec eux ses exercices, composait des poèmes et des harangues qu'il leur lisait ; et lorsqu'ils n'avaient pas l'air de les admirer, il les traitait, sans ménagement, d'ignorants et de barbares : quelquefois même il les menaçait, en riant, de les faire pendre. Ils aimaient cette franchise, qu'ils prenaient pour une simplicité et une gaieté naturelles. (4) Quand il eut reçu de Milet sa rançon, et qu'il la leur eut payée, il ne fut pas plutôt en liberté qu'il équipa quelques vaisseaux dans le port de cette ville, et cingla vers ces pirates, qu'il surprit à l'ancre dans la rade même de l'île (5) ; il en prit un grand nombre et s'empara de tout leur butin. De là il les conduisit à Pergame, où il les fit charger de fers, et alla trouver Junius, à qui il appartenait, comme préteur d'Asie, de les punir. (6) Junius ayant jeté un oeil de cupidité sur leur argent, qui était considérable, lui dit qu'il examinerait à loisir ce qu'il devait faire de ces prisonniers. César, laissant là le préteur, et retournant à Pergame, fit pendre tous ces pirates, comme il le leur avait souvent annoncé dans l'île, où ils prenaient ses menaces pour des plaisanteries.


2. Lecture : Abélard, sa retraite et les philosophes qui fuient les villes :

Abélard et Héloïse, Lettres, I : L'Histoire de mes malheurs, ch. 11 :

Quod cum cognouissent scolares, ceperunt undique concurrere, et relictis ciuitatibus et castellis solitudinem inhabitare, et pro amplis domibus parua tabernacula sibi construere, et pro delicatis cibis herbis aggrestibus et pane cibario uictitare, et pro mollibus stratis culmum sibi et stramen comparare, et pro mensis glebas erigere, ut uere eos priores philosophos imitari crederes, de quibus et Iheronimus in secundo Contra Iouinianum his commemorat uerbis: "Per quinque sensus, quasi per quasdam fenestras, uitiorum ad animam introitus est. Non potest metropolis et arx mentis capi, nisi per portas irruerit hostilis exercitus... Si circensibus quispiam delectatur, si athletarum certamine, si mobilitate histrionum, si formis mulierum, si splendore gemmarum, uestium et ceteris huiusmodi per oculorum fenestras anime capta libertas est, et impletur illud propheticum: Mors intrauit per fenestras nostras... Igitur cum per has portas quasi quidam perturbationum cunei ad arcem nostre mentis intrauerint, ubi erit libertas? ubi fortitudo eius? ubi de Deo cogitatio? Maxime cum tactus depinguat sibi etiam preteritas uoluptates, et recordatione uitiorum cogat animam compati et quodam modo exercere quod non agit. His igitur rationibus inuitati, multi philosophorum reliquerunt frequentias urbium et ortulos suburbanos, ubi ager irriguus et arborum come et susurrus auium, fontis speculum, riuus murmurans, et multe oculorum auriumque illecebre, ne per luxum et habundantiam copiarum anime fortitudo mollesceret et eius pudicitia stupraretur. Inutile quippe est crebro uidere per que aliquando captus sis, et eorum te experimento committere quibus difficulter careas. Nam et Pytagorei huiuscemodi frequentiam declinantes, in solitudine et desertis locis habitare consueuerant... Sed et ipse Plato, cum diues esset et thorum eius Diogenes lutatis pedibus conculcaret, ut posset uacare philosophie elegit Academiam uillam, ab urbe procul, non solum desertam, sed et pestilentem: ut cura et assiduitate morborum libidinis impetus frangerentur, discipulique sui nullam aliam sentirent uoluptatem nisi earum rerum quas discerent." …

… Ma retraite ne fut pas plus tôt connue, que les disciples affluèrent de toutes parts, abandonnant villes et châteaux pour habiter une solitude, quittant de vastes demeures pour de petites cabanes qu’ils se construisaient de leurs mains, des mets délicats pour des herbes sauvages et un pain grossier, des lits moelleux pour le chaume et la mousse, des tables pour des bancs de gazon. On aurait cru vraiment qu’ils avaient à cœur de suivre l’exemple des premiers philosophes, au sujet desquels saint Jérôme, dans son IIe livre contre Jovinien, dit : « Les sens sont comme des fenêtres par où les vices s’introduisent dans l’âme. La métropole et la citadelle de l’esprit ne peuvent être prises, tant que l’armée ennemie n’a pas passé les portes. Si quelqu’un prend plaisir à regarder les jeux du cirque, les combats des athlètes, le jeu des histrions, la beauté des femmes, l’éclat des pierreries et des étoffes, et tout le reste, la liberté de son âme se trouve prise par les fenêtres de ses yeux, et alors s’accomplit cette parole du prophète : « La mort est entrée par nos fenêtres. » Lors donc que l’armée des troubles, faisant irruption, aura pénétré dans la citadelle de notre âme, où sera la liberté ? où sera la force ? où sera la pensée de Dieu ? surtout si l’on réfléchit que la sensibilité se retrace les images mêmes des plaisirs passés, réveille le souvenir des passions, force l’àme à en subir de nouveau les effets, et à accomplir, en quelque sorte, des actes imaginaires. Telles sont les raisons qui déterminèrent nombre de philosophes à s’éloigner des villes peuplées et des jardins de plaisance où ils trouvaient réunis la fraîcheur des campagnes, le feuillage des arbres, le gazouillement des oiseaux, le cristal des sources, le murmure des ruisseaux, tout ce qui peut charmer les oreilles et les yeux ; ils craignaient qu’au milieu du luxe et des jouissances, la vigueur de leur âme ne fût énervée, sa pureté souillée. Et, effectivement, il est inutile de voir souvent les choses qui peuvent séduire, et de s’exposer à la tentation de celles dont on ne pourrait plus se passer. Voilà pourquoi les Pythagoriciens, évitant tout ce qui pouvait flatter les sens, vivaient dans la solitude et les déserts. Platon lui-même, qui était riche, et dont Diogène foulait un jour le lit sous ses pieds souillés de boue, Platon, afin de pouvoir se livrer tout entier à la philosophie, choisit, pour siège de son académie, une campagne abandonnée et pestilentielle, loin de la ville, afin que la perpétuelle préoccupation de la maladie brisât la fougue des passions, et que ses disciples ne connussent d’autres jouissances que celles qu’ils tireraient de l’étude.


3. Lecture : Abélard à propos des louanges et la coquetterie de Galathée :

Abélard et Héloïse, Lettres, V, 4 :

Sed uide, obsecro, ne hoc ipso laudem quaeras quo laudem fugere uideris, et reprobes illud ore quod appetas corde. De quo ad Eustochium uirginem sie inter caetera beatus scribit Hieronymus: "Naturali ducimur malo. Adulatoribus nostris libenter fauemus, et quanquam nos respondeamus indignos, et callidior rubor ora suffundat, attamen ad laudem suam intrinsecus anima laetatur." Talem et lasciuae calliditatem Galatheae Virgilius describit, quae quod uolebat fugiendo appetebat, et simulatione repulsae amplius in se amantem incitabat: "Et fugit ad salices, inquit, et se cupit ante uideri." Antequam lateat cupit se fugientem uideri, ut ipsa fuga, qua reprobare consortium iuuenis uidetur amplius acquirat. Sic et laudes hominum dum fugere uidemur, amplius erga nos excitamus, et cum latere nos uelle simulamus, ne quis scilicet in nobis, quid laudet agnoscat, amplius attendimus in laudem nostram imprudentes, quia eo laude uidemur digniores.

Mais prenez garde, je vous en conjure, de chercher la louange en paraissant la fuir, et de repousser du bout des lèvres ce que vous appelez du fond du cœur. A ce sujet, saint Jérôme écrivait, entre autres choses, à Eustochie : « nous suivons naturellement la pente du mal, nous tendons l’oreille à la flatterie, nous protestons que-nous ne méritons pas de tels éloges, notre front bien appris se couvre de rougeur ; et cependant, au bruit de la louange, notre âme tressaille de joie. » Telle est l’habile coquetterie de l’aimable Galathée, dans la description de Virgile. Elle témoignait, en fuyant, son ardeur pour ce qu’elle désirait, et, par un refus simulé, excitait la passion de son amant : "elle fuit derrière les saules, dit-il, et souhaite d’être vue auparavant" (Virgile, Eclogues, III, v. 64-65). Avant de se cacher, elle veut qu’on la voie tandis qu’elle fuit, et cette fuite, par laquelle elle parait se soustraire aux caresses, n’est qu’un moyen de se les assurer. C’est ainsi qu’en ayant l’air de fuir les louanges, nous en provoquons le redoublement. Nous feignons de vouloir nous cacher, pour dérober ce que nous avons de louable, et ce n’est qu’une manière d’exciter à la louange les dupes de ce manège, en doublant notre mérite à leurs yeux.


4. Lecture : Héloïse : Pourquoi les femmes s'enivrent-elles plus difficilement que les hommes ? :

Abélard et Héloïse, Lettres, VI, 7 :

Ut autem nobis de omnibus cibis tutius ac leuius indulgeatur, ipsa quoque natura prouidit, que maiore scilicet sobrietatis uirtute sexum nostrum premuniuit. Constat quippe multo parciore sumptu et alimonia minore feminas quam uiros sustentari posse, nec eas tam leuiter inebriari physica protestatur. Unde et Macrobius Theososius Saturnaliorum libro VII meminit his uerbis: "Aristotiles mulieres inquit raro hebriantur, crebro senes... Mulier humectissimo est corpore: docet hoc et leuitas cutis et splendor; docent precipue assidue purgationes superfluo exonerantes corpus humore. Cum ergo epotum uinum in tam largum ceciderit humorem, uim suam perdit... nec facile cerebri sedem ferit fortitudine eius extincta." Item: "Muliebre corpus crebris purgationibus deputatum pluribus consertum foraminibus, ut pateat in meatus et uias prebeat humori in egestionis exitum confluenti; per hec foramina uapor uini celeriter euanescit. Contra, senibus siccum est corpus, quod probat asperitas et scalor cutis." Ex his itaque perpende quanto tutius ac iustius nature et infirmitati nostre cibus quilibet et potus indulgeri possit, quarum uidelicet corda crapula et hebrietate grauari facile non possunt, cum ab illa nos cibi parcitas, ab ista feminei corporis qualitas, ut dictum est, protegat.

Un peu de liberté et de tolérance à notre égard [des femmes] , en ce qui concerne la nourriture, serait une mesure qui présenterait d’autant moins d’inconvénients qu’elle serait conforme au vœu de la nature qui a doué notre sexe d’une plus grande vertu de sobriété. Il est reconnu, en effet, que, vivant relativement de peu de chose, les femmes ont besoin d’une alimentation beaucoup moins forte que les hommes ; la physique nous enseigne aussi qu’elles s’enivrent plus difficilement. C’est une observation que Théodore Macrobe, dans le septième livre des Saturnales, énonce en ces termes : « Aristote dit que les femmes s’enivrent rarement, et les vieillards souvent. La femme a naturellement le corps très-humide ; le poli et l’éclat de sa peau l’indiquent ; les purgations périodiques qui la débarrassent des humeurs superflues en sont aussi la preuve. Quand donc le vin qu’elle boit tombe dans cette masse d’humeurs, il perd sa force, sa chaleur s’y éteint et monte moins aisément jusqu’au cerveau. » Et ailleurs : "Le corps de la femme, purifié par de fréquentes purgations, est un tissu percé d’une infinité de trous à travers lesquels s’écoule incessamment l’humeur qui s’y amasse et qui cherche une issue. C’est par ces trous que s’exhale en un instant la vapeur du vin. Chez les vieillards au contraire, le corps est sec, comme la prouvent la rudesse et la couleur terne de la peau. » D’après cela, y aurait-il donc inconvénient, n’y aurait-il pas plutôt justice à nous laisser, eu égard à notre faiblesse, toute liberté sur le boire et le manger, puisque, grâce à notre constitution, les excès de la gourmandise et de l’ivresse sont difficiles chez nous, et que notre frugalité nous préserve de l’une, notre tempérament de l’autre.

Source :

MACROBE, Les Saturnales, VII, 6, 17 :

Legisse apud philosophum Graecum memini (ni fallor, ille Aristoteles fuit in libro quem de ebrietate conposuit) mulieres raro in ebrietatem cadere, crebro senes: nec causam uel huius frequentiae uel illius raritatis adiecit. Et quia ad naturam corporum tota haec quaestio pertinet, quam nosse et industriae tuae et professionis officium est, uolo te causas rei quam ille sententiae loco dixit, si tamen philosopho adsentiris, aperire. Tum ille: Recte et hoc Aristoteles, ut cetera: nec possum non adsentiri uiro cuius inuentis nec ipsa natura dissentit. Mulieres, inquit, raro ebriantur, crebro senes. Rationis plena gemina ista sententia, et altera pendet ex altera. Nam cum didicerimus quid mulieres ab ebrietate defendat, iam tenemus quid senes ad hoc frequenter inpellat: contrariam enim sortita naturam sunt muliebre corpus et corpus senile. Mulier humectissimo est corpore. Docet hoc et leuitas cutis et splendor, docent praecipue adsiduae purgationes superfluo exonerantes corpus humore. Cum ergo epotum uinum in tam largum ceciderit humorem, uim suam perdit et fit dilutius, nec facile crebri sedem ferit fortitudine eius extincta. Sed et haec ratio iuuat sententiae ueritatem: Quod muliebre corpus crebris purgationibus deputatum pluribus consertum est foraminibus, ut pateat in meatus et uias praebeat humori in egestionis exitium confluenti, per haec foramina uapor uini celeriter euanescit. Contra senibus siccum corpus est, quod probat asperitas et squalor cutis. Unde et haec aetas ad flexum fit difficilior, quod est indicium siccitatis. Intra hos uinum nec patitur contrarietatem repugnantis humoris, et integra ui sua adhaeret corpori arido, et mox loca tenet quae sapere homini ministrant. Dura quoque esse senum corpora nulla dubitatio est: et ideo ipsi etiam naturales meatus in membris durioribus obserantur, et hausto uino exhalatio nulla contingit, sed totum ad ipsam sedem mentis ascendit. Hinc fit ut et sani senes malis ebriorum laborent, tremore membrorum, linguae titubantia, abundantia loquendi, iracundiae concitatione: quibus tam subiacent iuuenes ebrii quam senes sobrii. Si ergo leuem pertulerint inpulsum uini, non accipiunt haec mala, sed incitant quibus aetatis ratione iam capti sunt.

Je me souviens d'avoir lu dans un philosophe grec (si je ne me trompe, c'est dans le traité d'Aristote sur l'ivresse) que les femmes s'enivrent rarement, et les vieillards fréquemment; mais il ne donne point les raisons de cette fréquence chez les uns, et de cette rareté chez les autres. Comme cette question appartient entièrement à la nature de nos corps, dont tes études et ta profession te commandent la connaissance, je voudrais que tu nous révélasses les causes de ce phénomène que le philosophe a exprimé en forme d'axiome, si d'ailleurs tu partages son opinion. Disaire. - Aristote a dit vrai en cela, comme dans tout le reste; et je ne saurais n'être pas de l'avis d'un homme dont la nature elle-même a confirmé les découvertes. Les femmes, dit-il, s'enivrent rarement, les vieillards fréquemment. Ce double axiome est plein de justesse, et l'un découle de l'autre; car lorsque nous saurons ce qui préserve les femmes de l'ivresse, nous aurons appris en même temps ce qui y plonge fréquemment les vieillards. En effet, le tempérament du corps de la femme et celui du corps du vieillard sont d'une nature opposée : celui de la femme est très humide; la beauté et la finesse de sa peau nous en avertissent, et surtout ces évacuations assidues qui déchargent son corps du superflu des humeurs. Lors donc que les femmes boivent du vin, précipité au milieu de cette abondance d'humeurs, il s'y délaye et y perd sa force; et c'est cet affaiblissement qui met obstacle à ce qu'il puisse aller frapper le siége du cerveau. Voici encore une autre raison en faveur du principe. Le corps de la femme, destiné à de fréquentes évacuations, contient un grand nombre de conduits, qui sont autant de canaux et de voies qui offrent à l'affluence des humeurs des passages pour s'évacuer au dehors; or la vapeur du vin se dissipe promptement à travers ces conduits. Le corps des vieillards, au contraire, est sec; ce que prouvent et l'aspérité et les écailles de leur peau. Les larmes sont rares à cet âge, ce qui est encore un signe de siccité. Chez eux, le vin n'est point neutralisé par des humeurs qui lui soient contraires; il s'empare avec toute son énergie d'un corps desséché, et bientôt il a atteint le lieu où siège l'intelligence de l'homme. Nul doute aussi que le corps des vieillards ne soit endurci; ce qui fait que les pores de leurs membres sont resserrés par l'effet de cette roideur; en sorte qu'il ne s'échappe aucune exhalation du vin qu'ils ont bu, mais il s'élève tout entier vers le siège de l'intelligence. C'est à cause de cette dernière raison que les vieillards, sains d'ailleurs, éprouvent les mêmes infirmités que les vieillards ivres; le tremblement des membres, le bégayement, l'abondance des paroles, la propension à la colère : toutes choses auxquelles les jeunes gens ivres sont sujets, ainsi que les vieillards sobres. Si donc ceux-ci se donnent au moyen du vin la plus légère incitation, ce n'est pas de cette boisson qu'ils reçoivent tous ces maux qui déjà les ont atteints par l'effet de l'âge; mais seulement le vin les réveille en eux.


5. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes : :

Christian RUELL est de retour et l'avance prise (par nous) est annihilée : 11 nouveaux environnements hypertextes ont vu le jour !

  • Abélard et Héloïse, Lettres, I (L'Histoire de mes malheurs) [Traduction française reprise au site WIKISOURCE]
  • Abélard et Héloïse, Lettres, II (Héloïse à Abélard) [Traduction française reprise au site WIKISOURCE]
  • Abélard et Héloïse, Lettres, III (Abélard à Héloïse) [Traduction française reprise au site WIKISOURCE]
  • Abélard et Héloïse, Lettres, IV (Héloïse à Abélard) [Texte latin et traduction française reprise au cours d'Explication d'auteurs latins de Paul-Augustin DEPROOST]
  • Abélard et Héloïse, Lettres, V (Abélard à Héloïse) [Traduction française reprise au site WIKISOURCE]
  • Abélard et Héloïse, Lettres, VI (Héloïse à Abélard) [Traduction française repris au site WIKISOURCE]
  • Augustin, De la doctrine chrétienne, livre II [Traduction française reprise au site de l'abbaye de Saint Benoït de Port-Valais]
  • Augustin, De la doctrine chrétienne, livre III [Traduction française reprise au site de l'abbaye de Saint Benoït de Port-Valais]
  • Grattius Faliscus (Poetae minores), Cynegeticon, poème complet [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Tertullien, Du baptème, texte complet [Traduction française reprise au site TERTULLIAN.ORG]
  • Varron, De la langue latine, livre VI [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]

Les textes bruts de ces oeuves sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.

Note à propos de la Correspondance d'Abélard et d'Héloïse :

La lettre n° IV d'Héloïse à Abélard a fait l'objet d'un DOSSIER complet au sein du cours d'Explication d'auteurs latins de notre collègue Paul-Augustin DEPROOST :

Nous nous permettons de citer ici, tirée de la Conclusion, la notice de P.-A. Deproost relative à la grandeur d'Héloïse :

"La grande


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002