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Date :     03-02-2011

Sujets :
Lecture : TERTULLIEN à propos des songes dans l'Antiquité ; Lecture : BOÈCE à propos de la providence et du destin ; FEC (Folia Electronica Classica) : une première contribution est arrivée pour le fascicule 21 (janvier-juillet 2011) ; Lexique grec-français & le vocabulaire d'Ésope (D. de CLERCQ) ; ITINERA ELECTRONICA : 7 nouveaux environnements hypertextes : Boèce, Cyprien, Perse, Pline l'Ancien, Salvien de Marseille, Tertullien, Varron ; Statistiques de consultation - janvier 2011 ;

Notice :

1. Lecture : TERTULLIEN à propos des songes dans l'Antiquité :

Tertullien, De l'âme, XLVI :

… <2> Vana in totum somnia Epicurus iudicauit liberans a negotiis diuinitatem et dissoluens ordinem rerum et in passiuitate omnia spargens, ut euentui exposita et fortuita. Porro si ita est, ergo erit aliquis et ueritatis euentus, quia non capit solam eam euentui omnibus debito eximi. Homerus duas portas diuisit somniis, corneam ueritatis, fallaciae eburneam; respicere est enim, inquiunt, per cornu, ebur autem caecum est. <3> Aristoteles maiorem partem mendacio reputans agnoscit et uerum. Telmessenses nulla somnia euacuant, imbecillitatem coniectationis incusant. Quis autem tam extraneus humanitatis, ut non aliquam aliquando uisionem fidelem senserit? Pauca de insignioribus perstringens Epicuro pudorem imperabo. <4> Astyages Medorum regnator quod filiae Mandanae adhuc uirginis uesicam in diluuionem Asiae fluxisse somnio uiderit, Herodotus refert; item anno post nuptias eius ex isdem locis uitem exortam toti Asiae incubasse. Hoc etiam Charon Lampsacenus Herodoto prior tradit. Qui filium eius tanto operi interpretati sunt, non fefellerunt, siquidem Asiam Cyrus et mersit et pressit. <5> Philippus Macedo nondum pater Olympiadis uxoris naturam obsignasse uiderat anulo: leo erat signum; crediderat praeclusam genituram, opinor, quia leo semel pater est. Aristodemus uel Aristophon coniectans immo nihil uacuum obsignari, filium, et quidem maximi impetus, portendi. Alexandrum qui sciunt, leonem anuli recognoscunt. Ephorus scribit. <6> Sed et Dionysii Siciliae tyrannidem Himeraea quaedam somniauit. Heraclides prodidit. Et Seleuco regnum Asiae Laodice mater nondum eum enixa praeuidit. Euphorion promulgauit. Mithridaten quoque ex somnio Ponti potitum a Strabone cognosco, et Baraliren Illyricum a Molossis usque Macedoniam ex somnio dominatum de Callisthene disco. <7> Nouerunt et Romani ueritatis huiusmodi somnia. Reformatorem imperii, puerulum adhuc et priuatum loci, et Iulium Octauium tantum et sibi ignotum Marcus Tullius iam et Augustum et ciuilium turbinum sepultorem de somnio norat. In Vitelliis commentariis conditum est. <8> Nec haec sola species erit summarum praedicatrix potestatum, sed et periculorum et exitiorum: ut cum Caesar in praelio perduellium Bruti et Cassii Philippis aeger, alias maius tamen discrimen ab hostibus relaturus, de Artorii uisione destituto tabernaculo euadit; …

Epicure, en débarrassant la divinité de tout soin, en détruisant le plan de l'univers, et en livrant ce monde complètement passif au hasard et à la fortune, a jugé que les songes étaient absolument vains. Or, s'il en est ainsi, la vérité sera sujette aux vicissitudes, parce que je n'admets pas, que tout étant livré nécessairement au hasard, la vérité seule en soit affranchie. Homère assigne deux portes aux songes: la porte de corne, pour la vérité; la porte d'ivoire, pour le mensonge. On peut apercevoir, dit-on, à travers la corne, tandis que l'ivoire n'est pas transparent. Aristote, renchérissant sur ce mensonge, reconnaît cette opinion pour vraie. Les habitants de Telmesse attachent un sens à tous les songes: s'ils ne l'entrevoient pas, ils accusent la faiblesse de leur pénétration. Or, quel est l'homme assez étranger à l'humanité pour n'avoir pas reconnu quelquefois la fidélité de telle ou telle vision? Je veux faire rougir Epicure, en ne disant qu'un mot des plus connus. Suivant Hérodote, Astyage, roi des Mèdes, vit en songe un fleuve sortir du sein de Mandane, sa fille, encore vierge, et inonder toute l'Asie. De même, dans l'année qui suivit le mariage de Mandane, il vit encore une vigne sortie du même lieu, ombrager toute l'Asie. Charon de Lampsaque rapporta ce fait avant Hérodote. Les devins, qui en conclurent que son fils était destiné à un grand œuvre, ne se trompèrent pas. Cyrus, en effet, inonda et opprima l'Asie. Philippe le Macédonien, avant d'être père, avait vu le sein d'Olympiade, son épouse, fermé par un anneau. Le sceau était un lion; il en avait auguré que toute postérité lui était interdite, parce que le lion, j'imagine, n'est père qu'une fois. Aristodème, ou bien Aristophon, conjecturant que rien de vide n'est scellé, lui annonça que c'était le présage d'un fils, et même d'un grand conquérant. Tous ceux qui savent ce que fut Alexandre, reconnaissent, dit Ephore, le lion de l'anneau. Il y a mieux, une femme d'Himéra vit en songe la tyrannie que Denys devait faire peser sur la Sicile: ainsi le raconte Héraclide. Laodice, mère de Séleucus, prévit qu'il régnerait sur l'Asie, avant de lui avoir donné le jour. C'est Euphorien qui le publia. Je lis aussi dans Strabon que ce fut en vertu d'un songe que Mithridate s'empara du Pont. J'apprends de Callisthène que l'Illyrien Balaris étendit sa domination depuis les Molosses jusqu'à la Macédoine, à la suite d'un songe. Les Romains, eux aussi, connurent la vérité des songes. Un songe avait montré à Cicéron, dans un jeune enfant que n'environnait aucun honneur, qui n'était encore que Jules Octave, et inconnu à lui-même, le restaurateur de l'empire, et le futur Auguste qui apaiserait les tempêtes civiles. Ce songe est consigné dans la vie de Vitellius. Mais le songe, ne se bornant point à prédire l'élévation et la puissance, annonce encore les périls et les catastrophes. Ainsi, Auguste, malade à la journée de Philippes, échappa au poignard de Brutus et de Cassius, et ensuite à un danger encore plus imminent, en abandonnant sa tente, sur une vision d'Artorius. …

Témoignages :

  • Homère, Odyssée, XIX, v. 559-569 :

    559 τὸν δ᾽ αὖτε προσέειπε περίφρων Πηνελόπεια·
    560 "ξεῖν᾽, ἦ τοι μὲν ὄνειροι ἀμήχανοι ἀκριτόμυθοι
    γίγνοντ᾽, οὐδέ τι πάντα τελείεται ἀνθρώποισι.
    δοιαὶ γάρ τε πύλαι ἀμενηνῶν εἰσὶν ὀνείρων·
    αἱ μὲν γὰρ κεράεσσι τετεύχαται, αἱ δ᾽ ἐλέφαντι
    ·
    τῶν οἳ μέν κ᾽ ἔλθωσι διὰ πριστοῦ ἐλέφαντος,
    565 οἵ ῥ᾽ ἐλεφαίρονται, ἔπε᾽ ἀκράαντα φέροντες·
    οἱ δὲ διὰ ξεστῶν κεράων ἔλθωσι θύραζε,
    οἵ ῥ᾽ ἔτυμα κραίνουσι, βροτῶν ὅτε κέν τις ἴδηται.
    ἀλλ᾽ ἐμοὶ οὐκ ἐντεῦθεν ὀΐομαι αἰνὸν ὄνειρον
    ἐλθέμεν· ἦ κ᾽ ἀσπαστὸν ἐμοὶ καὶ παιδὶ γένοιτο.

    La prudente Pénélope lui répondit : « Étranger, les songes assurément ne sont pas faciles à saisir et leur sens ne se discerne pas d'abord; tout ce qu'ils annoncent est loin de se réaliser pour les hommes. Car il est deux portes pour les songes inconsistants; l'une est faite de corne, l'autre est en ivoire; quand les songes viennent par l'ivoire scié, on ne peut rien y voir de vrai; ce sont des mots qui ne créent point le réel sous nos yeux; mais quand les songes nous arrivent par la corne polie, ils créent, ceux-là, une certitude pour quiconque les voit. Eh bien, moi, je ne crois pas que mon songe étrange soit arrivé par là : ce serait certes une grande joie pour moi et pour mon fils.

  • Lucien, Le Songe ou le Coq, VI :

    [6] (ΜΙΚΥΛΛΟΣ) Ἀλλ´ οὐδ´ ἐπιλήσομαί ποτε, ὦ ἀλεκτρυών, εὖ ἴσθι, τῆς ὄψεως ἐκείνης· οὕτω μοι πολὺ τὸ μέλι ἐν τοῖς ὀφθαλμοῖς ὁ ὄνειρος καταλιπὼν ᾤχετο, ὡς μόγις ἀνοίγειν τὰ βλέφαρα ὑπ´ αὐτοῦ εἰς ὕπνον αὖθις κατασπώμενα. οἷον γοῦν ἐν τοῖς ὠσὶ τὰ πτερὰ ἐργάζεται στρεφόμενα, τοιοῦτον γάργαλον παρείχετό μοι τὰ ὁρώμενα.
    (ΑΛΕΚΤΡΥΩΝ) Ἡράκλεις, δεινόν τινα φὴς τὸν ὄνειρον, εἴ γε πτηνὸς ὤν, ὥς φασιν, καὶ ὅρον ἔχων τῆς πτήσεως τὸν ὕπνον ὑπὲρ τὰ ἐσκαμμένα ἤδη πηδᾷ καὶ ἐνδιατρίβει ἀνεῳγόσι τοῖς ὀφθαλμοῖς μελιχρὸς οὕτως καὶ ἐναργὴς φαινόμενος· ἐθέλω γοῦν ἀκοῦσαι οἷός τίς ἐστιν οὕτω σοι τριπόθητος ὤν. (ΜΙΚΥΛΛΟΣ) Ἕτοιμος λέγειν· ἡδὺ γοῦν τὸ μεμνῆσθαι καὶ διεξιέναι τι περὶ αὐτοῦ. σὺ δὲ πηνίκα, ὦ Πυθαγόρα, διηγήσῃ τὰ περὶ τῶν μεταβολῶν;
    (ΑΛΕΚΤΡΥΩΝ) Ἐπειδὰν σύ, ὦ Μίκυλλε, παύσῃ ὀνειρώττων καὶ ἀποψήσῃ ἀπὸ τῶν βλεφάρων τὸ μέλι· νῦν δὲ πρότερος εἰπέ, ὡς μάθω εἴτε διὰ τῶν ἐλεφαντίνων πυλῶν εἴτε διὰ τῶν κερατίνων σοι ὁ ὄνειρος ἧκε πετόμενος.
    (ΜΙΚΥΛΛΟΣ) Οὐδὲ δι´ ἑτέρας τούτων, ὦ Πυθαγόρα.
    (ΑΛΕΚΤΡΥΩΝ) Καὶ μὴν Ὅμηρος δύο ταύτας μόνας λέγει.
    (ΜΙΚΥΛΛΟΣ) Ἔα χαίρειν τὸν λῆρον ἐκεῖνον ποιητὴν οὐδὲν εἰδότα ὀνείρων πέρι. οἱ πένητες ἴσως ὄνειροι διὰ τῶν τοιούτων ἐξίασιν, οἵους ἐκεῖνος ἑώρα οὐδὲ πάνυ σαφῶς τυφλὸς αὐτὸς ὤν, ἐμοὶ δὲ διὰ χρυσῶν τινων πυλῶν ὁ ἥδιστος ἀφίκετο, χρυσοῦς καὶ αὐτὸς καὶ χρυσᾶ πάντα περιβεβλημένος καὶ πολὺ ἐπαγόμενος χρυσίον.
    (ΑΛΕΚΤΡΥΩΝ) Παῦε, ὦ Μίδα βέλτιστε, χρυσολογῶν· ἀτεχνῶς γὰρ ἐκ τῆς ἐκείνου σοι εὐχῆς τὸ ἐνύπνιον καὶ μέταλλα ὅλα χρύσεια κεκοιμῆσθαί μοι δοκεῖς.

    [6] MICYLE. Mais jamais je n'oublierai, sache-le bien, mon coq, ce songe-là. Il a laissé sur mes yeux un baume si puissant, que j'ai peine à ouvrir mes paupières qui se referment d'elles-mêmes au sommeil. Imagine le chatouillement que l'on ressent à tourner une plume dans l'oreille, et tu auras l'idée de la sensation que m'a fait éprouver mon songe. - Le COQ. En vérité, tu me parles là d'un songe bien étrange, si, étant ailé, d'après ce que l'on dit et ne devant voler que dans le temps du sommeil, il a franchi les limites et s'est reposé sur des yeux éveillés, plein de douceur et si près de la réalité ! Je veux du moins entendre le détail d'un songe qui te plaît si fort. - MICYLE. Tu seras obéi, car il m'est agréable de me le rappeler et d'en raconter les circonstances; et toi, Pythagore, quand me parleras-tu de tes métamorphoses? - LE COQ. Ce sera, Micyle, quand tu ne rêveras plus, et que tu auras essuyé le miel versé sur tes paupières : en attendant, parle le premier, afin que j'apprenne si ton songe est venu envolant par la porte d'ivoire ou celle de corne. - MICYLE. Ni par l'une ni par l'autre, Pythagore. - LE COQ. Cependant Homère ne parle que de ces deux-là. - MICYLE. Laisse là ton radoteur de poète tout à fait ignorant en matière de songes. Les songes misérables, sans doute, sortent par ces portes-là; des songes tels que les voyait Homère, qui n'était pas tout à fait aveugle, à ce qu'il parait. Quant au songe délicieux que j'ai eu, il est sorti par des portes d'or, il était lui-même tout d'or, environné d'or, et m'apportait beaucoup d'or. - LE COQ. Cesse, mon cher Midas, de parler d'or: car ton songe provient sûrement du fameux souhait de ce roi, et je crois que tu as rêvé des mines d'or tout entières.

  • Maxime de Tyr, Dissertations, X, 1 :

    [10,1] Ἀφίκετό ποτε Ἀθήναζε Κρὴς ἀνήρ, ὄνομα Ἐπιμενίδης, κομίζων λόγον, οὑτωσὶ ῥηθέντα, πιστεύεσθαι χαλεπόν· ἐν τοῦ Διὸς τοῦ Δικταίου τῷ ἄντρῳ κείμενος ὕπνῳ βαθεῖ ἔτη συχνά, ὄναρ ἔφη ἐντυχεῖν αὐτὸς θεοῖς καὶ θεῶν λόγοις, καὶ ἀληθείᾳ, καὶ δίκῃ. Τοιαῦτα ἄττα διαμυθολογῶν ᾐνίττετο, οἶμαι, ὁ Ἐπιμενίδης, ὡς ἄρα ὁ ἐν γῇ βίος ταῖς τῶν ἀνθρώπων ψυχαῖς ὀνείρατι ἔοικεν μακρῷ καὶ πολυετεῖ. Πιθανώτερος δ´ ἦν ἂν καὶ τὰ Ὁμήρου ἔπη προστιθεὶς τῷ αὑτοῦ λόγῳ, ἃ περὶ ὀνείρων ἐκεῖνος. Λέγει γάρ που Ὅμηρος δύο εἶναι πύλας ἀμενηνῶν ὀνείρων, τὴν μὲν ἐξ ἐλέφαντος, τὴν δὲ ἐκ κεράτων· τοὺς μὲν οὖν διὰ κεράτων ἰόντας ἀτρεκεῖς τε εἶναι καὶ πιθανοὺς πιστεύεσθαι· τοὺς δὲ ἑτέρους σφαλερούς, καὶ ἀπατεῶνας, καὶ μηδὲν ὕπαρ ἐπὶ τὴν ψυχὴν φέροντας. Ταύτῃ τοι ἔτεινεν καὶ ὁ Ἐπιμενίδου εἴτε μῦθος εἴτε καὶ ἀληθὴς λόγος. Ἐνύπνιον γάρ τι ἐστὶν ἀτεχνῶς οὑτοσὶ ὁ δεῦρο βίος, καθ´ ὃν ἡ ψυχὴ κατορωρυγμένη ἐν σώματι ὑπὸ κόρου καὶ πλησμονῆς μόγις πως ὀνειρώττει τὰ ὄντα. Ἔρχονται δὲ ταῖς μὲν τῶν πολλῶν ψυχαῖς ὄνειροι δι´ ἐλεφαντίνων πυλῶν· εἰ δέ που τίς ἐστιν καθαρὰ ψυχὴ καὶ νηφάλιος, καὶ ὀλίγα ὑπὸ τοῦ δεῦρο κάρου καὶ τῆς πλησμονῆς ἐπιταραττομένη, εἰκός που ταύτῃ δι´ ἑτέρων ἰόντα ἀπαντᾶν ὀνείρατα σαφῆ καὶ διακεκριμένα καὶ ἐγγύτατα τῷ ἀληθεῖ. Οὗτος ἦν ὁ Ἐπιμενίδου ὕπνος.

    [10,1] UN Crétois, nommé Épiménide, vint à Athènes. Dans une conversation, il y débita une chose assez difficile à croire, savoir : Qu'il était demeuré longues années plongé dans un profond sommeil, dans l'antre de Jupiter Dictéen ; et, qu'en songe, il avait été en relation avec les Dieux, avec les enfants des Dieux, avec la Vérité, avec la Justice. Dans ce discours, Épiménide ne faisait, à mon avis, que dire, sous le voile d'une fiction, que la vie de l'homme, sur la terre, n'était pour son âme qu'un songe long et de plusieurs années. Il eût été bien plus digne de foi, s'il eût ajouté à ce qu'il disait, ce que dit Homère en parlant des songes. Car il dit quelque part que les songes fugitifs ont deux portes, l'une d'ivoire, et l'autre de corne; que ceux qui passent par la porte de corne sont vrais, et méritent confiance ; que les autres sont suspects, trompeurs, et n'apportent rien de bon à l'âme lorsque l'on est éveillé. Tel était le but du discours d'Épiménide, soit que ce fût une fable qu'il racontait, soit qu'il parlât vrai. En effet, elle n'est ici bas qu'un rêve, cette vie, où l'âme, comme enfoncée dans le corps, par l'abondance et l'intensité des besoins physiques, reçoit à peine, même en songe, des notions de la vérité des choses. D'ailleurs, les songes des âmes vulgaires leur arrivent par les portes d'ivoire. Mais, s'il est des âmes pures, tempérantes, sur lesquelles l'abondance et l'intensité des besoins physiques n'exercent qu'une médiocre influence, il est dans l'ordre que les songes leur arrivent par d'autres portes, et qu'ils se présentent à elles sous des apparences claires, distinctes, et très voisines de la vérité. Tel était le songe d'Épiménide.

  • Macrobe, Commentaire du Songe de Scipion, I, 3 :

    ... si quis forte quaerere uelit, cur porta ex ebore falsis, et e cornu ueris sit deputata; instruetur auctore Porphyrio, qui in commentariis suis haec in eundem locum dicit ab Homero sub eadem diuisione descripta : Latet, inquit, omne uerum; hoc tamen anima, cum ab officiis corporis somno eius paululum libera est, interdum aspicit; nonnunquam tendit aciem, nec tamen peruenit : et, cum aspicit, tamen non libero et directo lumine uidet, sed interiecto uelamine, quod nexus naturae caligantis obducit. ...

    Ceux qui seraient curieux de savoir pourquoi la porte d'ivoire est réservée aux prestiges mensongers, et celle de corne aux songes vrais, peuvent consulter Porphyre; voici ce qu'il dit dans son commentaire sur le passage d'Homère relatif à ces deux portes : "La vérité se tient cachée; cependant l'âme l'aperçoit quelquefois, lorsque le corps endormi lui laisse plus de liberté; quelquefois aussi elle fait de vains efforts pour la découvrir, et lors même qu'elle l'aperçoit, les rayons du flambeau de la déesse n'arrivent jamais nettement ni directement à ses yeux, mais seulement à travers le tissu du sombre voile dont s'enveloppe la nature."


2. Lecture : BOÈCE à propos de la providence et du destin :

Boèce, La Consolation de la Philosophie, IV, 6p :

Omnium generatio rerum cunctusque mutabilium naturarum progressus et quicquid aliquo mouetur modo, causas, ordinem, formas ex diuinae mentis stabilitate sortitur. <8> Haec in suae simplicitatis arce composita multiplicem rebus gerendis modum statuit; qui modus cum in ipsa diuinae intellegentiae puritate conspicitur, prouidentia nominatur, cum uero ad ea, quae mouet atque disponit, refertur, fatum a ueteribus appellatum est. <9> Quae diuersa esse facile liquebit, si quis utriusque uim mente conspexerit. Nam prouidentia est ipsa illa diuina ratio in summo omnium principe constituta, quae cuncta disponit; fatum uero inhaerens rebus mobilibus dispositio, per quam prouidentia suis quaeque nectit ordinibus. <10> Prouidentia namque cuncta pariter quamuis diuersa, quamuis infinita complectitur, fatum uero singula digerit in motum locis, formis ac temporibus distributa, ut haec temporalis ordinis explicatio in diuinae mentis adunata prospectum prouidentia sit, eadem uero adunatio digesta atque explicata temporibus fatum uocetur. <11> Quae licet diuersa sint, alterum tamen pendet ex altero. Ordo namque fatalis ex prouidentiae simplicitate procedit. <12> Sicut enim artifex faciendae rei formam mente praecipiens mouet operis effectum et, quod simpliciter praesentarieque prospexerat, per temporales ordines ducit, ita deus prouidentia quidem singulariter stabiliterque facienda disponit, fato uero haec ipsa, quae disposuit, multipliciter ac temporaliter administrat. <13> Siue igitur famulantibus quibusdam prouidentiae diuinis spiritibus fatum exercetur seu anima seu tota inseruiente natura seu caelestibus siderum motibus seu angelica uirtute seu daemonum uaria sollertia seu aliquibus horum seu omnibus fatalis series texitur, illud certe manifestum est, immobilem simplicemque gerendarum formam rerum esse prouidentiam, fatum uero eorum, quae diuina simplicitas gerenda disposuit, mobilem nexum atque ordinem temporalem. <14> Quo fit, ut omnia, quae fato subsunt, prouidentiae quoque subiecta sint, cui ipsum etiam subiacet fatum, quaedam uero, quae sub prouidentia locata sunt, fati seriem superent. Ea uero sunt, quae primae propinqua diuinitati stabiliter fixa fatalis ordinem mobilitatis excedunt. <15> Nam ut orbium circa eundem cardinem sese uertentium, qui est intimus, ad simplicitatem medietatis accedit ceterorumque extra locatorum ueluti cardo quidam, circa quem uersentur, exsistit, extimus uero maiore ambitu rotatus quanto a puncti media indiuiduitate discedit, tanto amplioribus spatiis explicatur, si quid uero illi se medio conectat et societ, in simplicitatem cogitur diffundique ac diffluere cessat, simili ratione, quod longius a prima mente discedit, maioribus fati nexibus implicatur, ac tanto aliquid fato liberum est, quanto illum rerum cardinem uicinius petit. <16> Quodsi supernae mentis haeserit firmitati, motu carens fati quoque supergreditur necessitatem. <17> Igitur uti est ad intellectum ratiocinatio, ad id quod est, id quod gignitur, ad aeternitatem tempus, ad punctum medium circulus, ita est fati series mobilis ad prouidentiae stabilem simplicitatem. <18> Ea series caelum ac sidera mouet, elementa in se inuicem temperat et alterna commutatione transformat; eadem nascentia occidentiaque omnia per similes fetuum seminumque renouat progressus. <19> Haec actus etiam fortunasque hominum indissolubili causarum conexione constringit, quae cum ab immobilis prouidentiae proficiscatur exordiis, ipsas quoque immutabiles esse necesse est. <20> Ita enim res optime reguntur, si manens in diuina mente simplicitas indeclinabilem causarum ordinem promat, hic uero ordo res mutabiles et alioquin temere fluituras propria incommutabilitate coerceat.

C'est de l'immuable volonté de Dieu que tout ce qui se produit en ce monde par la génération ; que tout ce qui, dans la nature, est sujet à tant de changements et à tant de mouvements divers, reçoit son existence, son arrangement et sa forme. L'intelligence infinie, sans jamais sortir de la simplicité qui lui est essentielle, est le mobile universel de tout ce qui arrive dans le monde en tant de manières. Cet enchaînement des choses et des événements, considéré dans sa source divine, est ce que nous appelons la Providence ; mais si nous l'envisageons dans son objet, c'est-à-dire dans les choses créées, qui reçoivent de la Providence la forme et le mouvement, c'est ce que les anciens nommaient destin. Au premier coup d'oeil, la Providence et le destin semblent être une même chose, mais à les approfondir on en sent la différence ; car la Providence est la souveraine intelligence elle-même, qui règle et conduit tout ; et la destinée est le différent arrangement des choses créées, par lequel elle les met chacune à sa place. La Providence en effet embrasse tout à la fois toutes les choses de ce monde, quelque différentes, quelque innombrables qu'elles soient, et la destinée est attachée à chaque chose en particulier, et diversifiée, pour ainsi dire, autant que les choses le sont par les différentes combinaisons du mouvement, des modifications, des temps et des lieux ; de sorte que cet ordre des choses et des temps réuni dans les idées de Dieu, est ce qu'on doit appeler Providence ; et quand on le considère divisé et distribué successivement aux créatures, c'est ce qu'on a nommé destin. Ces deux choses sont donc différentes : l'une cependant dépend de l'autre ; car l'ordre des destinées n'est que l'effet de la Providence. En effet, comme un ouvrier, en concevant l'idée de l'ouvrage qu'il projette, le produit intérieurement tout entier, quoiqu'il ne l'exécute ensuite que successivement au dehors; de même, la Providence, par un seul acte, règle d'une manière immuable tout ce qui doit se faire dans l'univers, et elle se sert ensuite du destin pour l'exécuter en détail successivement, et de mille manières différentes. Soit donc que le destin exerce son action par l'influence directe de la Providence, soit qu'il l'exerce par l'impulsion particulière de l'âme ou par celle de toute la nature, soit par l'influence des astres, soit par le ministère des anges ou par l'artifice des démons, soit enfin que toutes ces puissances y concourent, ou que quelques-unes seulement y aient part, il est toujours certain que l'idée universelle et invariable de tout ce qui doit se faire au monde, telle qu'elle est en Dieu, est ce que nous devons appeler Providence, et que le destin n'est que le ministre de cette Providence, qui sert à développer dans la suite des temps ce que la Providence a réglé par un seul acte de sa volonté toute puissante. Ainsi, ce qui est soumis au destin, et le destin lui-même, tout est sujet aux lois souveraines de la Providence ; mais la Providence embrasse bien des choses qui ne dépendent aucunement du destin. Telles sont celles qui sont plus prochainement et plus intimement unies à la Divinité. L'exemple suivant va éclaircir ma pensée. Supposons un grand nombre de cercles concentriques mus les uns dans les autres : le plus petit étant le plus proche du centre commun, devient à l'égard des autres une espèce de centre autour duquel ils tournent ; le plus éloigné, au contraire, est celui dont le diamètre a le plus d'étendue ; et l'espace qu'il embrasse devient plus grand à proportion qu'il s'éloigne davantage du point central. Ainsi, pendant qu'il est dans la plus grande agitation, ce qui touche de plus près au centre commun n'en éprouve aucune. De même, ce qui est le plus éloigné de Dieu, est plus sujet aux lois du destin, ce qui en est plus proche en dépend moins, et ce qui est uni invariablement à Dieu en est tout-à-fait exempt. L'ordre du destin n'est donc, par rapport à la Providence, que ce que l'effet est à son principe, le raisonnement à l'entendement, la circonférence du cercle à l'indivisibilité de son centre, et le temps à l'éternité. C'est cet ordre du destin qui donne le mouvement aux cieux et aux astres, qui conduit les éléments, et les change mutuellement les uns dans les autres. C'est par ses lois que la génération remplace sans cesse les êtres qui périssent, par d'autres qui leur succèdent ; ce sont elles qui règlent les actions et le sort des hommes, par un enchaînement aussi invariable que la Providence, qui en est le premier principe. Tel est en effet l'ordre admirable de cette Providence immuable et infiniment simple ; elle produit au dehors, d'une manière toujours entièrement conforme à ses vues, cette multitude de choses qui, sans l'ordre qu'elle leur prescrit, seraient abandonnées au caprice du hasard.


3. FEC & fascicule 21 (janvier-juillet 2011) :

Les FEC (Folia Electronica Classica) ont ouvert leur fascicule 21 (janvier-juillet 2011) avec un bel article de Monique Mund, encore inédit et inspiré d'une leçon qu'elle a faite au Collège Belgique le 14 octobre 2010 :

 
L'Europe, ses frontières et l'identité européenne

Le face à face des Grandes Découvertes et de la culture antique : un élément constitutif de l'identité européenne, par Monique Mund-Dopchie (pdf 871 K avec les illustrations)
    (inédit)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/21/Europe.pdf

La question des frontières de la Communauté Européenne et par conséquent de la définition de l’Europe interpelle régulièrement les milieux politiques et les media : tantôt on insiste sur la nouveauté du projet fondateur, tantôt on souligne son enracinement dans une tradition multiséculaire. Quelles que soient les thèses envisagées, celles-ci ne peuvent négliger le fait que le choix du nom Europe est loin d’être neutre et véhicule des images et des références fortes, héritées du passé. Le présent article entend démontrer que l’interaction entre la « redécouverte » des textes antiques et la découverte de l’Amérique aux XVe et XVIe siècles a joué un rôle important dans l’émergence d’une représentation de l’Europe dont on se prévaut ou dont on se défend dans les controverses actuelles.


4. Lexique grec-français & le vocabulaire d'Ésope (D. de CLERCQ) :

Danielle de CLERCQ, collaboratrice scientifique des Projets ITINERA ELECTRONICA et HODOI ELEKTRONIKAI, vient de traiter le vocabulaire d'Ésope pour le Lexique grec-français. Elle a commencé par les fables 1 à 50. Elle s'est rendu compte que le texte de l'édition utilisée par nous comportait de très nombreuses formes incorrectes :

ÉSOPE, Les fables (première partie : fables 1 à 50) :

Forme incorrecte - Forme correcte (introduite par D. de C. dans le Lexique)

ἀθρώπων = ἀνθρώπων
αἴγα = αἶγα
Αἶξ = Αἲξ
αἶξ = αἲξ
Ἀλετόρων = Ἀλεκτόρων
Ἁλκύων = Ἀλκυών (titre) Ἀλκυὼν (texte)
ἁλκύων = ἀλκυὼν
Ἀλλα’= Ἀλλ’
Ἁλώπηξ = Ἀλώπηξ
ἀναλαβομέν η = ἀναλαβομένη
ἀναλαβῶν = ἀναλαβὼν
ἀναλομένη = ἀναλλομένη
ἀνέχῃσὺ = en deux mots ἀνέχῃ σὺ
ἀνθρόπων = =ἀνθρώπων
ἀνθρώων = =ἀνθρώπων
ἀντικρὺς = ἄντικρυς
ἀπύειν = ἀπυεῖν
αὐρὰς = οὐρὰς
βεβάωσιν = βεβαίωσιν
δεηλοῖ = δηλοῖ
δυνηθείηπροσχήματος = en deux mots δυνηθείη προσχήματος
ἐαυτοῦ = ἑαυτοῦ
ἑαυτῶυ = ἑαυτῶν
ἔγκεφαλον = ἐγκέφαλον
ἐγω = ἐγὼ
ἐνταὺθα = ἐνταῦθα
ἐξαναστῄ = ἐξαναστῇ
ἐπιδείξαι = ἐπιδεῖξαι
επώλει = ἐπώλει
ἔσθητι = ἐσθῆτι
ἐτόμων = ἐτόλμων
εὐδικιμήσας = εὐδιμήσας
ζέλουσαι = ζηλοῦσαι
ζώων = ζῴων
η = voyelle terminale de ἀναλαβομένη : voir supra ἀναλαβομέν
ἡσχαζεν = ἡσύχαζεν
ἢτεῖτο = ᾐτεῖτο
θύλαψ = θύλαξ
ἰσω = εἴσω
καὶτὰ = καὶ τὰ κακοπραθήσαντες = κακοπραγήσαντες
καταλελεμμένα = καταλελειμμένα
καταπὰς = καταπτὰς
κρεβαττινᾷ = κρεβαττίνῃ
λαβροῦ = λάβρου
λαμβάνου σα = λαμβάνουσα
λούτροις = λουτροῖς
μάλλοις = μαλλοῖς
Ὀ = Ὁ
οἷ = οἳ
ὅντα = ὄντα
ὀξυπτερά = ὀξύπτερα
Ὁτι = Ὅτι
ὁτι = ὅτι
οὐδεν = οὐδὲν
Οὕτος = Οὗτος
ὄψε= ὀψέ
πᾳδιουργὸν = ῥᾳδιουργὸν
παραγένετο = παρεγένετο
πατρώους = πατρῴους
πονεῖνπαρεσκεύασεν = en deux mots πονεῖν παρεσκεύασεν
ποτερόν = πότερόν
προβάτον = πρόβατον
ρᾴδιον = ῥᾴδιον
ροιζηδὸν = ῥοιζηδὸν
ροίζῳ = ῥοίζῳ
τὴς = τῆς
τον = τὸν
τοσοῦτῳ = τοσούτῳ
τοῦτου = τούτου
τροποὺσθαι = τροποῦσθαι
τῶα = τῶν
ψύχην = ψυχὴν
Ὠ = Ὢ ὠὰ = ᾠὰ ὠμίλει = ὡμίλει ὠῶν = ᾠῶν

Dans le Lexique elle a introduit les formes correctes (état du Lexique au 3 février 2011 : 56.262 descriptions lexicographiques). Lorsqu'elle aura terminé ce travail - il y a 358 fables au total - nous nous proposons de corriger in textu les incorrections et de refaire les environnements hypertextes correspondants.

Parallèlement à ce travail de lexicographe, D. de Clercq a l'intention de traduire en français les versions B de certaines fables, 21 en tout, dont la traduction fait défaut dans les environnements hypertextes.

Notre gratitude lui est acquise.


5. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

Cette semaine-ci, Christian RUELL, sollicité de tous côtés à l'occasion du début du 2e quadrimestre à l'UCL et de l'arrivée en faculté de bien de nouveaux enseignants, chercheurs et assistants, a, néanmoins, pu établir 7 nouveaux environnements hypertextes : un exploit !

  • Boèce, La Consolation de la Philosophie, livre IV [Traduction française reprise au site MÉDITERRANÉES d'Agnès Vinas]
  • Cyprien, Des avantages de la patience, texte complet [Traduction française reprise au site de l'abbaye Saint Benoît de Port-Valais]
  • Perse, Satires, I [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XIII [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Salvien de Marseille, Contre l'avarice, livre II [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Tertullien, De l'âme,
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Dernière mise à jour : 17/02/2002