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Date :     20-01-2011

Sujets :
Lecture : Cicéron et le service militaire (C. McCULLOUGH) ; Lecture : Boèce et le souverain bien ; ITINERA ELECTRONICA : 6 nouveaux environnements hypertextes : Cicéron (x 3), Pline, Solin, Tertullien ;

Notice :

1. Lecture : Cicéron et le service militaire (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La couronne d'herbe
Tome II de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : The grass crown (1991)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions Belfond, Paris, 1992, 656 pp.

Extrait : pp. 394-396:

" ... Le jour de son anniversaire [17 ans], Cicéron s'en retourna au Champ de Mars [devant le bureau d'inscription au service militaire], jambes tremblantes, et subit un nouvel interrogatoire - très semblable au précédent, mais beaucoup plus bref :
- Nom, cognomen compris?
- Marcus Tullius Cicéron.
- Tribu?
- Cornelia.
- Classe?
- Première.
On s'en alla fouiller dans les rouleaux destinés à ceux qui se présentaient et l'on y trouva le sien; il le remettrait à l'officier dont il dépendrait. Toujours pratiques, les Romains ne croyaient guère à l'efficacité des directives purement verbales. Une copie était sans doute déjà en route pour Capoue.
Le président du comité lut laborieusement les longs commentaires qui accompagnaient l'ordre d'affectation, puis jeta au jeune homme un regard froid :
- On dirait bien que quelqu'un est intervenu en ta faveur, Marcus Tullius Cicéron. Nous avions l'intention de te faire servir comme légionnaire et de t'envoyer à Capoue. Mais le Princeps Senatus a demandé que tu sois affecté à l'état-major de l'un des deux consuls. Ce sera celui de Cnaeus Pompeius Strabo. Présente-toi chez lui demain matin à l'aube pour recevoir ses instructions. Comme tu n'as jamais suivi aucun entraînement militaire, je te suggère de commencer le plus tôt possible, ici même sur le Champ de Mars. C'est tout. Tu peux te retirer.
Les genoux de Cicéron se mirent à trembler encore plus fort à mesure que le soulagement le gagnait. Il prit le précieux rouleau et s'en fut en toute hâte. Marcus Aemilius Scaurus [Princeps Senatus], que tous les dieux te bénissent ! Merci, merci ! Je me rendrai indispensable à Cnaeus Pompeius, je serai son historien, je composerai ses discours, et jamais je n'aurai à tirer l'épée!
Il n'avait aucune intention de suivre un quelconque entraînement. Il s'y était essayé, l'année précédente, pour découvrir qu'il n'avait pas le moindre talent en ce domaine. A peine s'était-il présenté à l'exercice, sabre de bois en main, qu'il faisait déjà l'objet de l'attention générale - mais pas, comme au Forum, d'une attention admirative; tous ceux qui étaient là riaient à s'en faire mal aux côtes. Il devint très vite la risée de tous ; on se moquait de sa voix haut perchée, de son rire, qui ressemblait à un hennissement, de son érudition, de son attitude de vieux sage. Marcus Tullius préféra renoncer et jura de ne jamais recommencer. Aucun garçon de son âge n'aimait à se voir ridiculiser, et surtout pas lui, qui avait déjà goûté le bonheur d'être encouragé par des hommes faits, et se considérait par ailleurs comme un cas à part, dans tous les domaines.
Il n'avait cessé de se répéter depuis que certains hommes n'étaient pas faits pour être soldats. Et tel était son cas. Non par lâcheté, mais par inaptitude à accomplir la moindre prouesse physique. A quoi bon être capable de planter une lance en plein milieu d'une cible, ou de faire sauter la tête d'un mannequin de paille? Car Cicéron avait assez de finesse pour comprendre que tout cela était bien loin des réalités du champ de bataille et que ceux qui y prenaient plaisir risquaient fort de changer d'avis une fois confrontés à la vraie guerre.
Le lendemain matin, à l'aube, vêtu de sa toge virile, il se présenta chez Cnaeus Pompeius Strabo, sur le Palatin; quand il vit que des centaines d'hommes s'étaient déjà rassemblés là, il regretta que son père ne fût pas venu l'accompagner. Quelques-uns le reconnurent, mais personne n'eut l'idée de lier conversation avec lui; il se retrouva dans le coin le plus obscur de l'immense atrium de Pompée Strabo. Il y attendit pendant des heures que quelqu'un lui demande pourquoi il était venu. Le nouveau consul était l'homme le plus important de Rome, et tout le monde voulait lui dire quelques mots ou quémander une faveur. Il y avait également une véritable armée de clients, qui semblaient tous être picentins. Il restait peut-être une centaine de personnes dans la salle; Cicéron se reprenait à espérer pouvoir attirer l'attention d'un des sept secrétaires présents, quand un jeune homme de son âge fit son apparition et s'appuya contre le mur pour mieux le regarder. Il avait des yeux froids, sans passion - les plus beaux que Cicéron eût Jamais vus; très ouverts, au point qu'ils paraissaient toujours avoir quelque chose d'un peu surpris, ils étaient d'un bleu clair intense. L'abondante chevelure du nouveau venu était blond doré, avec un épi qui descendait jusqu'au milieu du vaste front. Le visage n'avait rien de romain : peau rose marquée de taches de rousseur, lèvres minces, pommettes saillantes, petit nez retroussé. Mais il était des plus agréables et quand, après l'avoir longuement examiné, le jeune homme lança un sourire enchanteur à Cicéron, celui-ci fut conquis.
– Qui es-tu? demanda l'autre.
– Marcus Tullius Cicéron. Et toi?
– Cnaeus Pompeius Rufus le jeune.
– Strabo?
– Marcus Tullius, est-ce que j'ai l'air de loucher? interrogea l'adolescent en riant, sans paraître s'offusquer.
– Non; mais n'est-ce pas la coutume de reprendre le cognomen de son père?
– Pas moi! J'entends m'en gagner un : Magnus.
– « Le Grand »! Peste! Mais ce n'est pas à toi de t'en attribuer un, ce sont les autres qui te le donnent.
– En effet. Mais c'est ce qu'ils feront. Que fais-tu ici?
– Je suis un contubernalis [nom donné aux jeunes gens qui accompagnaient les généraux dans les provinces pour s'instruireà leur école] et j'ai été affecté à l'état-major de ton père.
– Edepol! Un gringalet comme toi ne va pas lui plaire!
La remarque réduisit Cicéron au silence; profondément déprimé, il déglutit et contempla le sol avec application, en souhaitant que le jeune Pompée s'en aille et le laisse tranquille.
– Tu as meilleure allure quand tu parades au Forum! reprit ce dernier.
– Tu sais qui je suis? demanda Cicéron, bouche bée.
– Mais certainement. En ce qui me concerne, je ne suis pas très doué pour les discours, bien que mes précepteurs se soient acharnés des années durant. Je n'y vois qu'une perte de temps.
– Mais comment veux-tu être surnommé le Grand, si tu ne sais pas prendre la parole en public?
– Et comment veux-tu espérer l'être, si tu ne sais pas te servir d'une épée!
– Ah, je vois ! Tu veux être un autre Caius Marius !
La comparaison ne plut guère au jeune Pompée.
– Certainement pas! Je veux être moi-même! Et à côté de moi, il aura l'air d'un nain!
Cicéron se mit à pouffer.
– Cnaeus Pompeius, voilà des paroles qui me plaisent!
Quelqu'un survint : les deux jeunes gens regardèrent autour d'eux. Cnaeus Pompeius Strabo, bien que de petite taille, avait une allure imposante : il était si puissamment bâti qu'il paraissait aussi large que haut. Il ressemblait assez à son fils, à ceci près que ses yeux, moins bleus, louchaient si fort qu'on ne pouvait croire qu'Il vît quoi que ce soit au-delà de son nez. Cela donnait à son regard quelque chose d'involontairement énigmatique.
– Qui est-ce? demanda-t-il à son fils.
Le jeune Pompée fit quelque chose de si merveilleux que jamais Cicéron ne devait l'oublier, ni cesser de s'en montrer reconnaissant : il passa le bras autour des maigres épaules de Cicéron et dit gaiement :
– C'est mon ami Marcus Tullius Cicéron. Il a été affecté à ton état-major, père, mais ce n'est pas la peine que tu t'occupes de lui; je m'en chargerai.
– Hmm! grommela Pompée Strabo. Et qui t'a envoyé auprès de moi?
– Marcus Aemilius Scaurus, répondit Cicéron d'une toute petite voix.
– Cela ne m'étonne pas de sa part! Il doit bien rire, à l'heure qu'il est, le vieux crétin! Tu as de la chance d'être l'ami de mon fils! En ce qui me concerne, pauvre lavette, je t'aurais jeté à mes porcs! lança le consul en s'éloignant. ..."

Liens utiles :

  • MILITIA (service militaire, métier de soldat) : Daremberg-Saglio

  • L'Organisation de l'armée romaine : ORBIS ROMANUS

  • L'armée romaine : Vikidia

  • Témoignage : AULU-GELLE, Les Nuits attiques, X, 28 :

    [10,28] XXVIII. De aetatium finibus pueritiae, iuuentae, senectae, ex Tuberonis historia sumptum. I. Tubero in historiarum primo scripsit Seruium Tullium regem, populi Romani cum illas quinque classes seniorum et iuniorum census faciendi gratia institueret, pueros esse existimasse, qui "minores" essent annis septem decem, atque inde ab anno septimo decimo, quo idoneos iam esse reipublicae arbitraretur, milites scripsisse, eosque ad annum quadragesimum sextum "iuniores" supraque eum annum "seniores" appellasse. II. Eam rem propterea notaui, ut discrimina, quae fuerint iudicio moribusque maiorum pueritiae, iuuentae, senectae, ex ista censione Serui Tulli, prudentissimi regis, noscerentur.

    [10,28] XXVIII. Limites des trois âges, d'après ce qu'on lit dans les Histoires de Tubéron. C. Tubéron, dans le premier livre de ses Histoires, nous apprend que Servius Tullius, roi de Rome, lorsqu'il établit, en vue du cens, les cinq classes de jeunes gens, décida qu'on était enfant jusqu'à dix-sept ans, et que tous ceux qui auraient passé cet âge, étant propres à servir la République, seraient enrôlés. La jeunesse commençait à dix-sept ans, et finissait à quarante-six. Alors commençait la vieillesse. Je cite cette disposition prise par le sage roi Servius Tullius dans son recensement, afin de montrer quelles limites séparaient, au jugement de nos pères, l'enfance de la jeunesse, et celle-ci de la vieillesse.

Dans la Vie de Cicéron de PLUTARQUE, nous n'avons trouvé qu'une seule et brève allusion au passage de Cicéron dans l'armée romaine - il y resta deux ans - mais rien sur son enrôlement à 17 ans :

[3] Ἀπαλλαγεὶς δὲ τῶν ἐν παισὶ διατριβῶν, Φίλωνος ἤκουσε τοῦ ἐξ Ἀκαδημείας, ὃν μάλιστα Ῥωμαῖοι τῶν Κλειτομάχου συνήθων καὶ διὰ τὸν λόγον ἐθαύμασαν καὶ διὰ τὸν τρόπον ἠγάπησαν. ἅμα δὲ τοῖς περὶ Μούκιον ἀνδράσι πολιτικοῖς καὶ πρωτεύουσι τῆς βουλῆς συνών, εἰς ἐμπειρίαν τῶν νόμων ὠφελεῖτο, καί τινα χρόνον καὶ στρατείας μετέσχεν ὑπὸ Σύλλᾳ περὶ τὸν Μαρσικὸν πόλεμον. εἶθ´ ὁρῶν εἰς στάσιν, ἐκ δὲ τῆς στάσεως εἰς ἄκρατον ἐμπίπτοντα τὰ πράγματα μοναρχίαν, ἐπὶ τὸν σχολαστὴν καὶ θεωρητικὸν ἀνελθὼν βίον ...

[3] III. Après avoir terminé ses premières études, il prit les leçons de Philon, philosophe de l'Académie, celui de tous les disciples de Clitomachus qui avait excité le plus l'admiration des Romains par la beauté de son éloquence, et mérité leur affection par l'honnêteté de ses mœurs. Cicéron étudiait en même temps la jurisprudence sous Mucius Scévola, l'un des plus grands jurisconsultes et le premier entre les sénateurs; il puisa, dans ses leçons, une connaissance profonde des lois romaines. Il servit quelque temps sous Sylla dans la guerre des Marses; mais voyant la république agitée par des guerres civiles, et tombée, par ces divisions, sous une monarchie absolue, il se livra à la méditation et à l'étude; ...

Cicéron, par ailleurs, se veut être un homme pacifique, comme il le proclame dans le Remerciement à César, ch. 5 :

Quo quidem in bello semper de pace audiendum putaui, semperque dolui non modo pacem, sed etiam orationem ciuium pacem flagitantium repudiari. Neque enim ego illa nec ulla umquam secutus sum arma ciuilia; semperque mea consilia pacis et togae socia, non belli atque armorum fuerunt. Hominem sum secutus priuato consilio, non publico; tantumque apud me grati animi fidelis memoria ualuit, ut nulla non modo cupiditate, sed ne spe quidem, prudens et sciens tamquam ad interitum ruerem uoluntarium. Quod quidem meum consilium minime obscurum fuit. Nam et in hoc ordine integra re multa de pace dixi, et in ipso bello eadem etiam cum capitis mei periculo sensi. ...

Pour moi, dans le cours de nos dissensions, j'ai toujours pensé qu'il fallait s'occuper de la paix, et j'ai vu avec douleur qu'on la rejetât, qu'on refusât même d'écouter ceux qui la réclamaient avec instance. Mon bras ne s'est armé, ni dans cette guerre civile, ni dans aucune autre ; et mes conseils, toujours amis de la paix et de la concorde, n'inspirèrent jamais la haine et les combats. J'ai suivi dans Pompée un ami, et non pas un chef : tel était sur mon coeur le pouvoir de la reconnaissance, que, sans intérêt et même sans espoir, je courais volontairement au précipice. Je n'ai point dissimulé ma pensée : car, dans ce lieu même, avant qu'on eût pris les armes, j'ai parlé fortement pour la paix ; et durant la guerre, au péril de mes jours, j'ai constamment tenu le même langage. ...

Cicéron, toujours, dans le discours V, ch. XIX des Philippiques parle d'exemption possible du service militaire :

(53) De exercitu autem C- Caesaris ita censeo decernendum: 'senatui placere militibus ueteranis, qui Caesaris pontificis auctoritatem secuti libertatem populi Romani auctoritatemque huius ordinis defenderint atque defendant, iis liberisque eorum militiae uacationem esse, utique C- Pansa A- Hirtius consules, alter amboue, si eis uideretur, cognoscerent, qui ager iis coloniis esset, quo milites ueterani deducti essent, qui contra legem Iuliam possideretur, ut is militibus ueteranis diuideretur; de agro Campano separatim cognoscerent inirentque rationem de commodis militum ueteranorum augendis, legionique Martiae et legioni quartae et iis militibus, qui de legione secunda, tricesima quinta ad C- Pansam A- Hirtium consules uenissent suaque nomina edidissent, quod iis auctoritas senatus populique Romani libertas carissima sit et fuerit, uacationem militiae ipsis liberisque eorum esse placere extra tumultum Gallicum Italicumque, easque legiones bello confecto missas fieri placere; quantamque pecunia militibus earum legionum in singulos C- Caesar pontifex, pro praetore, pollicitus sit, tantam dari placere; utique C- Pansa A- Hirtius consules, alter amboue, si eis uideretur, rationem agri haberent, qui sine iniuria priuatorum diuidi posset; iisque militibus, legioni Martiae et legioni quartae ita darent, adsignarent, ut quibus militibus amplissime dati, adsignati essent.' ...

Pour ce qui concerne l'armée de C. César, voici le décret que je propose : "Le sénat ordonne que les soldats vétérans qui ont appuyé et appuient encore l'autorité de César, pontife, et celle du sénat, seront, eux et leurs enfants, exemptés du service militaire; que les consuls C. Pansa et A. Hirtius, tous deux, ou l'un ou l'autre, à leur convenance, prendront connaissance du territoire dévolu aux colonies où les vétérans auraient dû être envoyés, ainsi que des terres possédées au mépris de la loi Julia, et les partageront aux vétérans; ils porteront particulièrement leur attention sur le territoire de la Campanie, et aviseront aux moyens d'augmenter les avantages des vétérans : la légion de Mars, la quatrième légion et les soldats de la seconde et de la trente-cinquième légion, qui se sont réunis aux consuls C. Pansa et A. Hirtius, et enrôlés sous leurs drapeaux, ayant prouvé et prouvant encore combien leur est chère l'autorité du sénat et la liberté du peuple romain, seront exemptés du service, eux et leurs enfants, excepté pendant les soulèvements tant en Gaule qu'en ltalie; ces légions, à la tin de la guerre, seront licenciées; l'argent que C. César, pontife, propréteur, a pu promettre individuellement à chaque soldat de ces légions, lui sera compté; subsidiairement, les consuls C. Pansa et A. Hirtius, tous deux, ou l'un ou l'autre, à leur convenance, prendront connaissance des champs qui, sans faire tort aux particuliers, pourront être partagés; et aux soldats de la légion de Mars et de la quatrième il sera donné et assigné autant de terre qu'on en a jamais donné et assigné à des soldats". ...

mais nous n'avons trouvé, nulle part, une allusion ou une évocation faites par Cicéron, dans une de ses oeuvres, de son propre service militaire. C. McCULLOUGH a dû puiser dans une imagination riche la description faite ci-dessus de l'enrôlement de Cicéron dans l'armée.


2. Lecture : Boèce et le souverain bien :

Boèce, La Consolation de la philosophie, III, 2p :

<2> Omnis mortalium cura, quam multiplicium studiorum labor exercet, diuerso quidem calle procedit, sed ad unum tamen beatitudinis finem nititur peruenire. Id autem est bonum, quo quis adepto nihil ulterius desiderare queat. <3> Quod quidem est omnium summum bonorum cunctaque intra se bona continens, cui si quid aforet, summum esse non posset, quoniam relinqueretur extrinsecus, quod posset optari. Liquet igitur esse beatitudinem statum bonorum omnium congregatione perfectum. <4> Hunc, uti diximus, diuerso tramite mortales omnes conantur adipisci. Est enim mentibus hominum ueri boni naturaliter inserta cupiditas, sed ad falsa deuius error abducit. <5> Quorum quidem alii summum bonum esse nihilo indigere credentes, ut diuitiis affluant, elaborant; alii uero bonum, quod sit dignissimum ueneratione, iudicantes adeptis honoribus reuerendi ciuibus suis esse nituntur. <6> Sunt, qui summum bonum in summa potentia esse constituant; hi uel regnare ipsi uolunt uel regnantibus adhaerere conantur. At quibus optimum quiddam claritas uidetur, hi uel belli uel pacis artibus gloriosum nomen propagare festinant. <7> Plurimi uero boni fructum gaudio laetitiaque metiuntur; hi felicissimum putant uoluptate diffluere. <8> Sunt etiam, qui horum fines causasque alterutro permutent, ut qui diuitias ob potentiam uoluptatesque desiderant uel qui potentiam seu pecuniae causa seu proferendi nominis petunt. <9> In his igitur ceterisque talibus humanorum actuum uotorumque uersatur intentio ueluti nobilitas fauorque popularis, quae uidentur quandam claritudinem comparare, uxor ac liberi, quae iucunditatis gratia petuntur; amicorum uero, quod sanctissimum quidem genus est, non in fortuna, sed in uirtute numeratur; reliquum uero uel potentiae causa uel delectationis assumitur. <10> Iam uero corporis bona promptum est, ut ad superiora referantur. Robur enim magnitudoque uidetur praestare ualentiam, pulchritudo atque uelocitas celebritatem, salubritas uoluptatem; <11> quibus omnibus solam beatitudinem desiderari liquet; nam quod quisque prae ceteris petit, id summum esse iudicat bonum. Sed summum bonum beatitudinem esse definiuimus; quare beatum esse iudicat statum, quem prae ceteris quisque desiderat. ...

Tous les hommes que tant de soins agitent, que tant de passions tourmentent, tendent par mille chemins différents au même but, au bonheur. Or, le vrai bonheur est celui qui satisfait si pleinement le coeur qui le possède, qu'il ne lui reste plus rien à désirer. Ce souverain bien doit donc renfermer en soi tous les autres biens, car il ne serait pas le bien suprême s'il laissait désirer quelque chose hors de lui. La béatitude est donc un état parfait, par la réunion de tous les biens. C'est à cet état heureux que tous les hommes tendent par des routes différentes ; car tout homme a un désir inné du vrai bien ; mais par une erreur funeste, la plupart se laissent séduire par des biens faux et trompeurs. Les uns, croyant que le bien suprême consiste à ne manquer de rien, travaillent nuit et jour à accumuler des richesses ; les autres, pensant qu'il consiste dans les honneurs, ne s'occupent que du soin d'y parvenir, afin de s'attirer les hommages de leurs concitoyens. Ceux-ci le mettent dans la souveraine puissance, et veulent en conséquence ou régner sur les hommes, ou partager le pouvoir de ceux qui portent la couronne. Ceux-là s'imaginent que la gloire est le plus grand de tous les biens, et toute leur ambition est de se rendre illustres par les armes ou par les sciences. Il en est d'autres qui font consister la félicité dans la joie, et qui ne croient heureux que ceux qui nagent dans les plaisirs. Il en est même qui ne recherchent quelques-uns de ces moyens que pour se procurer les autres : tels sont ceux qui ne désirent les richesses que pour en acheter la puissance et les plaisirs ; et ceux qui n'ambitionnent le pouvoir souverain que pour être en état d'amasser des richesses et de se faire un grand nom. Voilà donc ce qui partage toutes les affections des hommes : l'illustration, l'autorité et l'estime publique, qui semblent être des sources infaillibles de gloire, une famille et des enfants, qui semblent être une source assurée de joie et de bonheur. Je ne parle point de l'amitié, elle n'est peut-être point du ressort de la fortune ; elle ne reconnaît que l'empire de la vertu. Pour tout le reste, on ne le cherche que pour s'assurer une puissance plus absolue, ou des plaisirs plus abondants. Les avantages du corps se rapportent visiblement aux biens dont je viens de parler ; car une constitution forte, une taille avantageuse, donnent une espèce de supériorité ; la beauté donne de la réputation, et la santé est la source des plaisirs. On ne recherche en tout cela que la béatitude, car il est certain que ce que chacun désire avec le plus d'ardeur, c'est ce qui lui paraît être le souverain bien. Or, nous l'avons dit, le souverain bien et la vraie félicité sont une même chose ; chacun regarde donc l'objet de ses désirs comme le vrai bonheur. ...


3. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

Avec un même entrain que celui de la semaine passée, Christian RUELL a constitué 6 nouveaux environnements hypertextes :

  • Cicéron, Plaidoyer pour Sylla, discours complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Cicéron, Remerciement à César, discours complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Cicéron, Les Topiques, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, livre XIV [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Solin, Recueil de faits remarquables (POLYHISTOR), chap. LI à LVII [Texte latin et traduction française repris au sitede Philippe Remacle]
  • Tertullien, De la monogamie, texte complet [Traduction française reprise au site TERTULLIAN.ORG]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


Jean Schumacher
21 janvier 2011


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002