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Date :     13-01-2011

Sujets :
Lecture : Sylla, la toge noire et les funérailles de son fils (C. McCULLOUGH) ; Lecture : SOLIN et les caméléons ; Lecture : VARRON et les trois classes de dieux ; Lecture : BOÈCE et l'évocation de l'âge d'or ; FEC (Folia Electronica Classica) : nouvelles publications ; ITINERA ELECTRONICA : 6 nouveaux environnements hypertextes : Boèce, Cicéron, Palladius, Solin, Tertullien (x 2) ;

Notice :

1. Lecture : Sylla, la toge noire et les funérailles de son fils (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La couronne d'herbe
Tome II de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : The grass crown (1991)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions Belfond, Paris, 1992, 656 pp.

Extrait : pp. 257-258:

" ... Sylla déposa lui-même dans le cercueil la dépouille [de son fils] qui se raidissait déjà. Les funérailles eurent lieu le surlendemain. En signe d'hommage à celui qui avait été préteur urbain, on avait suspendu toute activité au Forum; tout le monde était là, vêtu de la toga pulla, la toge noire de deuil. Parti de la demeure de Sylla, le cortège avança lentement. En tête, les musiciens, puis les pleureuses, les danseurs, suivis des acteurs portant les masques de cire des ancêtres de Sylla. Puis venait le cercueil, porté par huit affranchis vêtus de noir, anciens esclaves de Clitumna, devenus clients de Sylla quand elle les avait libérés par testament. Sylla marchait derrière, toge relevée pour se couvrir la tête, accompagné de son neveu Lucius Nonius, de Caius Marius, de Sextus Julius César, de Quintus Lutatius César et de ses deux frères. Et derrière, les femmes, vêtues de noir mais tête nue et cheveux défaits. Le cercueil fut déposé sur les rostres, où toute la parenté monta afin d'entendre l'éloge funèbre du défunt, prononcé par Sylla lui-même :
– Aujourd'hui, dit-il à la foule silencieuse, j'enterre mon fils unique. Il était membre d'une branche de la gens Cornelia vieille de plus de deux siècles, qui a vu naître des consuls, des prêtres, des gens vénérables. En décembre, il aurait revêtu la toge virile. Mais il était écrit que ce ne serait pas le cas. Il allait avoir quinze ans. Il fit demi-tour pour regarder les membres de la famille. Le jeune Marius était là, en toge noire, la tête voilée; Cornelia Sylla le contemplait de loin, l'air chagrin, le visage encore enflé. Julia pleurait en soutenant Aelia. Aurelia avait l'air plus lugubre que triste.
– Mon fils était un garçon merveilleux que tout le monde aimait. Sa mère est morte quand il était très jeune; tout ce qu'elle aurait dû être, sa belle-mère l'a été. S'il avait vécu, il se serait montré digne de sa lignée, car il était instruit, intelligent, courageux.
Quand je suis allé en Orient rencontrer les rois du Pont et d'Arménie, il m'a accompagné, sans craindre les périls. Il a été mon meilleur compagnon, mon suivant le plus fidèle. Il était de son destin de mourir de maladie. Rome en sera appauvrie, comme moi et ma famille. Je l'enterre avec amour, avec encore plus de chagrin, et je vous offre des gladiateurs pour ses jeux funéraires.
Les cérémonies sur les rostres étant achevées, le cortège se remit en route jusqu'à la Via Appia, où presque tous les Cornelius étaient enterrés. Une fois qu'il fut arrivé devant la tombe, Sylla souleva le corps de son fils et le plaça dans le sarcophage de marbre que les huit affranchis poussèrent dans la tombe. Sylla referma sur elle la grande porte de bronze. En y abandonnant aussi toute une part de lui-même. Rien ne serait plus jamais comme avant. ..."

Témoignages :

L'association toga (ou tunica) pulla semble peu fréquente dans la littérature latine. La base de données du PHI (Packard Humanities Institute ; latin classique et post-classique jusqu'au 2e siècle de notre ère), interrogée par nos soins grâce au logiciel de recherche DIOGENES 3.1, n'a fourni que 5 attestations dont 4 pertinentes. Ces 4 attestations sont toutes réunies dans le Contre Vatinius de CICÉRON :

Cicéron, Contre Vatinius, XII et XIII :

XII. ... (30) atque etiam illud scire ex te cupio, quo consilio aut qua mente feceris ut in epulo Q- Arri, familiaris mei, cum toga pulla accumberes? quem umquam uideris, quem audieris? quo exemplo, quo more feceris? dices supplicationes te illas non probasse. optime: nullae fuerint supplicationes. uidesne me nihil de anni illius causa, nihil de eo quod tibi commune cum summis uiris esse uideatur, sed de tuis propriis sceleribus ex te quaerere? nulla supplicatio fuerit. cedo quis umquam cenarit atratus? ita enim illud epulum est funebre ut munus sit funeris, epulae quidem ipsae dignitatis.

XII. ... Je désire encore savoir de toi dans quel dessein, avec quelle intention tu assistas en toge noire au banquet de Q. Arrius, mon ami. Avais-tu jamais vu, jamais entendu dire qu'on se fût présenté dans ce costume? quel exemple, quel usage t'y autorisait? Tu me diras que tu n'approuvais pas ces prières : fort bien, je t'accorde que ces prières étaient nulles. Tu vois que je ne t'interroge point sur les actes de cette année qui semblent t'être communs avec de grands personnages, mais sur tes crimes personnels. Ce n'était pas une cérémonie religieuse, soit : mais qui jamais s'est mis à table en habit de deuil ? A la vérité, le banquet funèbre est encore un tribut qu'on paye aux morts; mais celui qui le donne a droit à des égards.

[13] XIII. (31) Sed omitto epulum populi Romani, festum diem argento, ueste, omni apparatu ornatuque uisendo: quis umquam in luctu domestico, quis in funere familiari cenauit cum toga pulla? cui de balineis exeunti praeter te toga pulla umquam data est? Cum tot hominum milia accumberent, cum ipse epuli dominus, Q- Arrius, albatus esset, tu in templum Castoris te cum C- Fibulo atrato ceterisque tuis furiis funestum intulisti. quis tum non ingemuit, quis non doluit rei publicae casum? qui sermo alius in illo epulo fuit nisi hanc tantam et tam grauem ciuitatem subiectam esse non modo furori, uerum etiam inrisioni tuae? (32) hunc tu morem ignorabas? numquam epulum uideras? numquam puer aut adulescens inter cocos fueras? Fausti, adulescentis nobilissimi, paulo ante ex epulo magnificentissimo famem illam ueterem tuam non expleras? quem accumbere atratum uideras? dominum cum toga pulla et eius amicos ante conuiuium? quae tanta (te) tenuit amentia ut, nisi id fecisses quod fas non fuit, nisi uiolasses templum Castoris, nomen epuli, oculos ciuium, morem ueterem, eius qui te inuitarat auctoritatem, parum putares testificatum esse supplicationes te illas non putare?

[13] XIII. Oublions que c'était un banquet public, un jour de fête pour le peuple romain, où l'argenterie, les étoffes précieuses, l'appareil le plus pompeux s'offraient aux regards. Qui jamais dans un deuil domestique, qui même aux obsèques d'un parent se mit à table en toge noire ? à quel autre que toi donna-t-on jamais une toge noire au sortir du bain? Sans respect pour tant de milliers de citoyens, ni pour le maître du festin, Q. Arrius, qui tous étaient vêtus de blanc, tu osas entrer dans le temple de Castor avec C. Fidulus et tes autres furies, tous enveloppés comme toi d'habits funèbres. Qui ne gémit pas alors? qui ne déplora pas le malheur de la république? quel fut l'unique sujet de l'entretien des convives pendant tout le repas, sinon que cet empire si grand, si respecté, n'était plus seulement la proie de tes fureurs, mais l'objet de tes railleries? Cet usage, l'ignorais-tu? n'avais-tu jamais vu de banquet public? dans ton enfance, dans ta jeunesse, ne t'es-tu jamais trouvé parmi des cuisiniers? Quelque temps auparavant, dans un festin somptueux que donnait Faustus, jeune homme de la plus haute naissance, n'avais-tu pas assouvi la faim qui te pressait depuis si longtemps? Qui donc as-tu vu s'asseoir à table en habit de deuil? quel maître de maison, quel convive s'est montré jamais avec une toge noire, même avant le repas? O comble d'extravagance, de penser que, si tu n'avais agi contre toutes les convenances, si tu n'avais profané le temple de Castor et la solennité d'un banquet public, blessé les yeux des citoyens, les usages consacrés par le temps, les égards dus à celui qui t'avait invité, tu n'aurais pas assez témoigné que tu regardais comme nulle cette fête religieuse!

Cfr. Plutarque, Vie de Sylla, 37 :

[37] ῾Ο δὲ Σύλλας οὐ μόνον προέγνω τὴν ἑαυτοῦ τελευτήν, ἀλλὰ τρόπον τινὰ καὶ γέγραφε περὶ αὐτῆς. τὸ γὰρ εἰκοστὸν καὶ δεύτερον τῶν ὑπομνημάτων πρὸ δυεῖν ἡμερῶν ἢ ἐτελεύτα γράφων ἐπαύσατο· καί φησι τοὺς Χαλδαίους αὐτῷ προειπεῖν ὡς δέοι βεβιωκότα καλῶς αὐτὸν ἐν ἀκμῇ τῶν εὐτυχημάτων καταστρέψαι· λέγει δὲ καὶ τὸν υἱὸν αὐτοῦ, τεθνηκότα μικρὸν ἔμπροσθεν τῆς Μετέλλης, φανῆναι κατὰ τοὺς ὕπνους ἐν ἐσθῆτι φαύλῃ παρεστῶτα καὶ δεόμενον τοῦ πατρὸς παύσασθαι τῶν φροντίδων, ἰόντα δὲ σὺν αὐτῷ παρὰ τὴν μητέρα Μετέλλαν ἐν ἡσυχίᾳ καὶ ἀπραγμόνως ζῆν μετ’ αὐτῆς. οὐ μὴν ἐπαύσατό γε τοῦ πράττειν τὰ δημόσια. δέκα μὲν γὰρ ἡμέραις ἔμπροσθεν τῆς τελευτῆς τοὺς ἐν Δικαιαρχείᾳ στασιάζοντας διαλλάξας νόμον ἔγραψεν αὐτοῖς καθ’ ὃν πολιτεύσονται· πρὸ μιᾶς δὲ ἡμέρας πυθόμενος τὸν ἄρχοντα Γράνιον, ὡς ὀφείλων δημόσιον χρέος οὐκ ἀποδίδωσιν, ἀλλ’ ἀναμένει τὴν αὐτοῦ τελευτήν, μετεπέμψατο τὸν ἄνθρωπον εἰς τὸ δωμάτιον· καὶ περιστήσας τοὺς ὑπηρέτας ἐκέλευσε πνίγειν, τῇ δὲ κραυγῇ καὶ τῷ σπαραγμῷ τὸ ἀπόστημα ῥήξας πλῆθος αἵματος ἐξέβαλεν. ἐκ δὲ τούτου τῆς δυνάμεως ἐπιλιπούσης διαγαγὼν τὴν νύκτα μοχθηρῶς ἀπέθανε, δύο παῖδας ἐκ τῆς Μετέλλης νηπίους καταλιπών. ἡ γὰρ Οὐαλλερία μετὰ τὴν τελευτὴν αὐτοῦ θυγάτριον ἀπεκύησεν, ὃ Πόστουμαν ἐκάλουν· τοὺς γὰρ ὕστερον τῆς τῶν πατέρων τελευτῆς γενομένους οὕτω ῾Ρωμαῖοι προσαγορεύουσιν.

[37] XLVI. Sylla prévit sa mort, et l'annonça même en quelque sorte dans ses Commentaires; car, deux jours avant que de mourir, il mit la dernière main au vingt-deuxième livre, où il rapporte que les Chaldéens lui avaient prédit qu'après avoir mené une vie glorieuse, il mourrait au plus haut point de sa prospérité. Il ajoute que son fils, mort peu de jours avant Métella, lui apparut en songe, vêtu d'une méchante robe, et que, s'approchant de lui, il l'avait pressé de terminer toutes ses affaires, et de venir avec lui auprès de sa mère Métella, pour vivre avec elle en repos et libre de tout soin. Ce songe ne l'empêcha pas de s'occuper des affaires publiques : dix jours avant sa mort, il apaisa une sédition qui s'était élevée entre les habitants de Dicéarchie, et leur donna des lois qui leur prescrivaient la manière dont ils devaient se gouverner. La veille même de sa mort, ayant su que le questeur Granius, qui devait au trésor public une somme considérable, différait de la payer, et attendait sa mort pour en frustrer la république, il le fit venir dans sa chambre, et ordonna à ses domestiques de le prendre et de l'étrangler. Dans les efforts que fit Sylla en criant et s'agitant avec violence, son abcès creva, et il rendit une grande quantité de sang. Cette perte ayant épuisé ses forces, il passa une très mauvaise nuit, et mourut le matin, laissant de Métella deux enfants en bas âge. Après sa mort, Valéria accoucha d'une fille qui fut nommée Posthuma; car les Romains appellent posthumes les enfants qui naissent après la mort de leur père.


2. Lecture : SOLIN et les caméléons :

Solin, Recueil de faits remarquables (POLYHISTOR), ch. XLI :

Per omnem Asiam chamaeleon plurimus, animal quadrupes, facie qua lacertae, nisi crura recta et longiora uentri iungerentur; prolixa cauda, eademque in uertiginem torta; hamati ungues subtili aduncitate; incessus piger, et fere idem qui testudinum motus; corpus asperum squamosa cute, qualem in crocodilis deprehendimus; subducti oculi, et recessu concauo introrsum recepti, quos nunquam nictatione obnubit. Visum denique non circumlatis pupillis, sed obtutu rigidi orbis intentat. Hiatus eius aeternus, ac sine ullius usus ministerio: quippe quum neque cibum capiat, neque potu alatur, nec alimento alio, quam haustu aeris uiuat. Color uarius, et in momenta mutabilis, ita ut cuicumque se rei coniunxerit, concolor ei fiat. Colores duo sunt, quos fingere non ualet, rubrus et candidus; ceteros facile mentitur. Corpus paene sine carne, uitalia sine liene; nec nisi in corculo pauxillum sanguinis deprehenditur. Latet hieme, producitur uere. Impetibilis est coraci, a quo quum interfectus est, uictorem suum perimit interemptus: nam si uel modicum ales ex eo ederit, illico moritur; sed corax quoque habet praesidium ad medelam, natura manum porrigente: nam quum afflictum se intelligit, sumpta fronde laurea recuperat sanitatem.

Dans toute l'Asie on trouve un grand nombre de caméléons : ce quadrupède ressemble au lézard, et n'en diffère qu'en ce que ses jambes, droites et plus hautes, ont leur point d'attache sous le ventre ; sa queue est longue et se replie circulairement ; il a des ongles en forme d'hameçons, aigus et crochus, une marche lente que l'on pourrait comparer à celle de la tortue ; la surface de la peau, écailleuse et rude, comme celle du crocodile ; les yeux enfoncés, et comme perdus dans leur orbite, et que jamais il ne voile en clignant. S'il regarde autour de lui, ce n'est pas par le mouvement de la prunelle, mais en tournant un oeil fixe. Il a toujours la gueule ouverte, sans que cependant elle lui serve : car il vit sans manger et sans boire ; l'air est son seul aliment. Sa couleur est variable ; elle change selon les objets qu'il touche. Il y a deux couleurs seulement qu'il ne peut prendre, le rouge et le blanc ; il prend facilement toutes les autres. Son corps est presque sans chair ; il n'a point de rate, et ce n'est que dans le coeur qu'on lui trouve un peu de sang. Il se cache l'hiver, ne paraît qu'au printemps. Le corbeau l'attaque et le tue : mais le caméléon devient funeste à son vainqueur ; car pour peu que le corbeau en mange, il meurt ; la nature, toutefois, fournit un remède à cet oiseau : car quand il se sent empoisonné, il se guérit en avalant une feuille de laurier.


3. Lecture : VARRON et les trois classes de dieux :

Tertullien, Aux nations, II, 1 :

… elegi ad compendium Varronis opera, qui, Rerum Diuinarum ex omnibus retro digestis commentatus, idoneum se nobis scopum et posuit. <9> Hunc si interrogem, qui insinuatores deorum, aut philosophos designat aut populos aut poetas. <10> Triplici enim genere deorum censum distinxit: unum esse physicum, quod philosophi retractant, aliud mythicum, quod inter poetas uolutatur, tertium gentile, quod populi sibi quique adoptauerunt. <11> Igitur cum philosophi physicum coniecturis concinnarint, poetae mythicum de fabulis traxerint, populi gentile ultro praesumpserint, ubinam ueritas collocanda? <12> In coniecturis? sed incerta conceptio est. In fabulis? sed foeda relatio est. In adoptionibus? sed <- - - > et municipalis adoptatio est. <13> Denique apud philosophos incerta, quia uaria; apud poetas omnia indigna, quia turpia; apud populos passiua omnia, quia uoluntaria.

… j'ai choisi pour point de départ les ouvrages de Varron, qui ayant soigneusement compilé et interprété tout ce qui a été dit avant lui sur vos dieux, sera pour nous un excellent guide. Si je lui demande qui a introduit les dieux, il me répond aussitôt que ce sont les philosophes, les peuples ou les poètes. Voilà donc les dieux divisés par lui en trois classes: les dieux physiques ou naturels, qui doivent leur existence aux philosophes; les dieux allégoriques ou mythiques, éclos dans le cerveau des poètes; enfin les dieux nationaux, que les différents peuples ont adoptés. Ainsi puisque les philosophes déifièrent leurs vagues conjectures, tandis que de leur côté les poètes empruntaient à la fable leurs dieux mythiques et que les peuples s'en forgeaient d'autres au gré de leurs caprices, où faudra-t-il chercher la vérité? dans les conjectures? mais qui dit conjecture, dit incertitude. Dans la fable? mais ce n'est qu'un tissu d'absurdités. Dans l'adoption populaire? Mais une divinité adoptée n'est qu'une divinité passive, sans compter qu'elle est municipale. En un mot, les philosophes ne sauraient nous guider, parce qu'il n'y a chez eux qu'incertitude et désaccord; les poètes en sont indignes, parce qu'ils ne marchent qu'à travers l'infamie; quant aux peuples, tout y est passif, parce que tout y est le fruit du caprice.


4. Lecture : BOÈCE et l'évocation de l'âge d'or :

Boèce, La Consolation de la Philosophie, II, 5c :

Felix nimium prior aetas,
Contenta fidelibus aruis
Nec inerti perdita luxu,
Facili quae sera solebat
5 Ieiunia soluere glande.
Non Bacchica munera norant
Liquido confundere melle,
Nec lucida uellera Serum
Tyrio miscere ueneno.
10 Somnos dabat herba salubres,
Potum quoque lubricus amnis,
Umbras altissima pinus.
Nondum maris alta secabat
Nec mercibus undique lectis
15 Noua litora uiderat hospes.
Tunc classica saeua tacebant
Odiis neque fusus acerbis
Cruor horrida tinxerat arua.
Quid enim furor hosticus ulla
20 Vellet prior arma mouere,
Cum uulnera saeua uiderent
Nec praemia sanguinis ulla?
Utinam modo nostra redirent
In mores tempora priscos.
25 Sed saeuior ignibus Aetnae
Feruens amor ardet habendi.
Heu primus quis fuit ille,
Auri qui pondera tecti
Gemmasque latere uolentes
30 Pretiosa pericula fodit?

Heureux et mille fois heureux ce premier âge du monde où l'homme se contentait des productions de la nature ! le luxe et la sensualité n'avaient point encore corrompu ses moeurs. Il ne connaissait ni l'art de teindre en pourpre la brillante dépouille du ver à soie, ni celui d'apprêter les mets et de travailler les vins. Après une longue diète, un peu de glands suffisait à sa faim. Un gazon frais lui procurait un sommeil tranquille. Il se désaltérait au courant d'un ruisseau, et, pour se rafraîchir, il n'avait besoin que de l'ombre d'un épais feuillage. Il ne s'exposait point sur les flots de l'élément perfide pour aller ramasser dans des climats éloignés les marchandises inconnues à sa patrie. Le bruit des trompettes n'effrayait point alors l'univers ; la haine et la cruauté ne trempaient point leurs mains dans le sang des mortels ; car qui eût été assez insensé pour commencer le premier une guerre où il aurait eu tout à craindre et rien à gagner ? Plût au ciel que les moeurs de cet âge heureux régnassent dans le nôtre ! Mais la cupidité est aujourd'hui plus ardente que les fournaises du mont Etna. Ah ! quel est le malheureux mortel qui le premier arracha des entrailles de la terre l'or et les diamants, trésors funestes que la nature y avait si profondément et si sagement cachés !


5. FEC & nouvelles publications :

Le fascicule 20 (juillet-décembre 2010) des Folia Electronica Classica (FEC) propose une nouvelle série d'articles dont on trouvera les titres ci-dessous. La revue louvaniste, lancée  en 2001, à raison de deux fascicules par an, termine ainsi sa dizième année d'existence.

 

Typologie et permanence des imaginaires mythiques : Orphée

« Tombeau d'Orphée » de Pierre Emmanuel. De la mère mémorielle à la régénération de soi, par Jérémy Lambert (pdf 197 K)
        http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/LAMBERT/tombeau.pdf

Christianisme primitif (II)

« Carmen ad quendam senatorem », par Anne-Marie Boxus et Jacques Poucet (inédit)

Présentation générale (HTML 21 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Senatorem/Intro.htm

Texte latin et traduction française (HTML 33 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Senatorem/Texte.htm

Notes de commentaire (HTML 43 k)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Senatorem/NotesEssai.htm

Bibliographie sélective (HTML 12 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Senatorem/Biblio.htm

Christianisme primitif (III)

« Poema ultimum », par Anne-Marie Boxus et Jacques Poucet (inédit)

Présentation générale (HTML 25 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Poema/Introduction.htm

Texte latin et traduction française (HTML 102 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Poema/Texte.htm

Notes de commentaire (HTML 128 k)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Poema/Notes.htm


6. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

Cette semaine-ci, Christian RUELL a, une nouvelle fois, fait merveille : 6 nouveaux environnements ont été créés :

  • Boèce, Consolation de la Philosophie, livre II [Traduction française reprise au site MÉDITERRANÉES d'Agnès Vinas]
  • Cicéron, Lettres à Quintus, livre II [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Palladius, De l'économie rurale, livre V [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Solin, Recueil de faits remarquables (POLYHISTOR),, chap. XLI à L [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Tertullien, Aux Nations, livre I [Traduction française reprise au site TERTULLIAN.ORG]
  • Tertullien, Aux Nations, livre II [Traduction française reprise au site TERTULLIAN.ORG]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


Jean Schumacher
14 janvier 2011


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002