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Date :     17-12-2010

Sujets :
Lecture : Marius harangue ses troupes (C. McCULLOUGH) ; ITINERA ELECTRONICA : 3 nouveaux environnements hypertextes : Guillaume de Tyr, Quintilien, Solin ;

Notice :

1. Lecture : Marius harangue ses troupes (avant l'engagement contre les Teutons, en 102 av. J.-Chr., à Aix-en-Provence) (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La revanche de Sylla
Tome I bis de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : The first man in Rome (1990)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions de l'Archipel, Paris, 2002, 409 pp.

Extrait : p. 280-283:

"... Bien entendu, il ne s'agissait là que d'un premier engagement [contre les Ambrons]. Le combat décisif restait à venir. Le soir même, Marius envoya trois mille de ses meilleurs hommes, sous le commandement de Manius Aquilius, franchir la rivière en aval : ils devraient attendre que la bataille commence pour de bon, puis, quand elle serait entamée, prendre les Germains à revers.
La fatigue était telle que rares furent les légionnaires qui purent dormir cette nuit-là ; mais cela se révéla sans importance, l'ennemi se gardant bien d'attaquer le lendemain. Une telle inactivité préoccupait Marius, qui avait besoin d'une victoire décisive, et était bien résolu à l'obtenir. Les Teutons s'étaient installés sur l'autre rive, sans prendre la peine de fortifier leurs positions, tandis que Teutobod explorait le gué, accompagné d'une dizaine de ses thanes. Il alla ainsi d'un bout à l'autre de la berge pendant toute la journée. Même à cette distance, on pouvait lire sur son visage glabre, sous les ailes d'or de son casque, une profonde indécision.
L'aube se leva le lendemain dans un ciel sans nuage, comme la veille, annonçant une chaleur étouffante. Les cadavres entassés allaient se putréfier, et Marius n'avait aucune intention de laisser les épidémies venir à bout de son armée.
— Très bien ! dit-il à Quintus Sertorius. Nous allons prendre le risque : s'ils ne veulent pas livrer bataille, je les y pousserai en faisant une sortie. Rassemble les troupes sur-le-champ, que je m'adresse à elles !
C'était là la coutume : aucune armée romaine ne partait au combat sans que son général l'eût haranguée. Il s'agissait pour lui, bien entendu, de se montrer en grand uniforme, d'entretenir leur moral ; mais c'était aussi la seule occasion d'expliquer au moindre de ses hommes comment il entendait vaincre. Certes, et tout le monde le savait, la bataille ne se déroulait jamais selon les plans prévus ; du moins le discours de leur chef indiquait-il aux soldats ce qu'il attendait de chacun d'eux.
La défaite des Ambrons avait plongé les soldats de Marius dans l'euphorie. Ils se rassemblèrent pour l'écouter, prêts à le suivre jusqu'aux Enfers ; ils l'adoraient.
— L'heure est venue ! s'exclama Marius du haut de son estrade. Nous sommes trop forts pour eux, voilà le malheur ! Ils ne veulent plus se battre ! Alors, nous allons les rendre fous furieux ! Nous allons sortir du camp, descendre la crête, et cracher sur leurs morts, les bourrer de coups de pied, pisser dessus au besoin ! Et prenez bien garde, ils franchiront le gué par milliers et par milliers – trop nombreux en tout cas pour que vous puissiez les compter, à supposer que vous en soyez capables ! Il va falloir les affronter au corps à corps, et ce sont des géants ! Est-ce que cela vous fait peur?
— Non ! Non ! hurlèrent-ils d'une seule voix.
— Non ! répéta Marius. Et pourquoi? Parce que nous sommes les légions de Rome ! Nous suivons les aigles d'argent, vers la victoire ou vers la mort ! Les Romains sont les meilleurs soldats que le monde ait jamais vus ! Et vous, capite censi, êtes les meilleurs soldats que Rome ait jamais vus !
Ils l'acclamèrent pendant ce qui parut être une éternité, fous d'orgueil, les visages inondés de larmes.
— Très bien ! Nous allons enjamber la muraille et les affronter ! Le seul moyen de gagner cette guerre, c'est de mettre à genoux les Barbares ! Et la bataille durera jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un seul !
Il se tourna vers les six aquiliferi, vêtus de peau de lion, mains crispées sur la hampe des lances au bout desquelles étaient fixés des aigles d'argent :
— Voici vos aigles ! Emblèmes du courage ! Emblèmes de Rome ! Emblèmes de nos légions ! Suivez-les, pour la gloire de Rome !
En dépit de l'exaltation générale, la discipline ne se relâchait pas ; les six légions sortirent du camp en bon ordre, sans hâte excessive, et descendirent la pente menant au gué, en tournant pour protéger leurs flancs. Les voir insulter les morts ambrons décida Teutobod ; les Germains franchirent la rivière, et se heurtèrent à la muraille des soldats romains, qui ne frémit même pas. Les Teutons des premiers rangs tombèrent, décimés par les lances.
La bataille fut longue et sans merci, mais il fut impossible aux Germains d'enfoncer les lignes romaines, ou de leur arracher les aigles d'argent. Les cadavres s'entassaient à côté de ceux des Ambrons, et pourtant de nouveaux Barbares arrivaient sans cesse pour remplacer ceux qui venaient de tomber. Jusqu'à ce que Manius Aquilius, avec ses trois mille hommes, fondît sur l'arrière-garde ennemie, qu'il anéantit.
Au milieu de l'après-midi, les Teutons avaient cessé d'exister. Trente-sept mille légionnaires romains, aguerris et bien commandés, avaient défait à Aquae Sextiae [Aix-en-Provence] , en deux engagements successifs, plus de cent mille guerriers germains. Quatre-vingt mille d'entre eux avaient été tués et gisaient sur le champ de bataille : parmi eux, Teutobod lui-même. Rares étaient ceux qui s'étaient rendus, les Teutons préférant mourir en sauvegardant leur orgueil et leur honneur. On captura plusieurs milliers de femmes et d'enfants, et dix-sept mille combattants. Les marchands d'esclaves accoururent de Massilia pour les acheter ; hommes et à ses officiers, bien que traditionnellement le général gardât tout pour lui.
— Je n'en ai pas besoin, et ils l'ont bien gagné ! expliqua-t-il en souriant, se souvenant de la somme énorme extorquée, au lendemain d'Arausio, par les Massiliotes à Marcus Aurelius Cotta. Je vois que les magistrats de Massilia m'ont voté des félicitations pour avoir sauvé leur ville ! Je crois que je vais leur envoyer la facture ! ..."

Témoignage :

Plutarque, Vie de Marius, ch. 20 (XXI) :

[20] Ἐπεὶ δὲ πολλοὺς τῶν Ἀμβρώνων οἱ Ῥωμαῖοι διαφθείραντες ἀνεχώρησαν ὀπίσω καὶ σκότος ἐπέσχεν, οὐχ ὥσπερ ἐπ' εὐτυχήματι τοσούτῳ τὸν στρατὸν ἐδέξαντο παιᾶνες ἐπινίκιοι καὶ πότοι κατὰ σκηνὰς καὶ φιλοφροσύναι περὶ δεῖπνα καὶ τὸ πάντων ἥδιστον ἀνδράσιν εὐτυχῶς μεμαχημένοις, ὕπνος ἤπιος, ἀλλ' ἐκείνην μάλιστα (2) τὴν νύκτα φοβερὰν καὶ ταραχώδη διήγαγον. ἦν μὲν γὰρ αὐτοῖς ἀχαράκωτον τὸ στρατόπεδον καὶ ἀτείχιστον, ἀπελείποντο δὲ τῶν βαρβάρων ἔτι πολλαὶ μυριάδες ἀήττητοι, καὶ συμμεμειγμένων τούτοις ὅσοι διαπεφεύγεσαν τῶν Ἀμβρώνων, ὀδυρμὸς ἦν διὰ νυκτὸς οὐ κλαυθμοῖς οὐδὲ στεναγμοῖς ἀνθρώπων ἐοικώς, ἀλλὰ θηρομιγής τις ὠρυγὴ καὶ βρύχημα μεμειγμένον ἀπειλαῖς καὶ θρήνοις ἀναπεμπόμενον ἐκ πλήθους τοσούτου τά τε πέριξ ὄρη (3) καὶ τὰ κοῖλα τοῦ ποταμοῦ περιεφώνει. καὶ κατεῖχε φρικώδης ἦχος τὸ πεδίον, τοὺς δὲ Ῥωμαίους δέος αὐτόν τε τὸν Μάριον ἔκπληξις, ἄκοσμόν τινα καὶ ταραχώδη νυκτομαχίαν προσδεχόμενον. οὐ μὴν ἐπῆλθον οὔτε νυκτὸς οὔτε τῆς ἐπιούσης ἡμέρας, ἀλλὰ συντάττοντες ἑαυτοὺς (5) καὶ παρασκευαζόμενοι διετέλουν. ἐν τούτῳ δὲ Μάριος, ἦσαν γὰρ ἐκ κεφαλῆς τῶν βαρβάρων νάπαι περικλινεῖς καὶ κατάσκιοι δρυμοῖς αὐλῶνες, ἐνταῦθα Κλαύδιον Μάρκελλον ἐκπέμπει μετὰ τρισχιλίων ὁπλιτῶν, ἐνεδρεῦσαι κελεύσας κρύφα καὶ μαχομένοις ἐξόπισθεν ἐπιφανῆναι. (6) τοὺς δ' ἄλλους δειπνήσαντας ἐν ὥρᾳ καὶ κοιμηθέντας ἅμ' ἡμέρᾳ συνέταττε πρὸ τοῦ χάρακος ἀγαγών, καὶ προεξέπεμπε τοὺς ἱππέας εἰς τὸ πεδίον. θεασάμενοι δ' οἱ Τεύτονες οὐκ ἠνέσχοντο καταβαίνοντας αὐτοῖς ἐξ ἴσου διαγωνίζεσθαι τοὺς Ῥωμαίους, ἀλλὰ σὺν τάχει καὶ δι' (8) ὀργῆς ὁπλισάμενοι τῷ λόφῳ προσέβαλον. ὁ δὲ Μάριος ἑκασταχοῦ διαπέμπων τοὺς ἡγεμόνας ἑστάναι καὶ καρτερεῖν παρεκάλει, πελασάντων δ' εἰς ἐφικτὸν ἐξακοντίσαι τοὺς ὑσσούς, εἶτα χρῆσθαι ταῖς μαχαίραις καὶ τοῖς (9) θυρεοῖς ἀντερείσαντας βιάζεσθαι· τῶν γὰρ τόπων ἐπισφαλῶν ὄντων ἐκείνοις, οὔτε τόνον ἕξειν τὰς πληγὰς οὔτε ῥώμην τὸν συνασπισμόν, ἐν περιτροπῇ καὶ σάλῳ (10) τῶν σωμάτων ὄντων διὰ τὴν ἀνωμαλίαν. ταῦθ' ἅμα παρῄνει καὶ δρῶν ἑωρᾶτο πρῶτος· οὐδενὸς γὰρ ἤσκητο χεῖρον τὸ σῶμα, καὶ πάντας πολὺ τῇ τόλμῃ παρήλλαττεν.

[20] XXI. Les Romains, après avoir taillé en pièces la plus grande partie des Ambrons, regagnèrent leur poste, à la nuit tombante; mais l'armée ne fit pas entendre, comme il était naturel après un si grand avantage, des chants de joie et de victoire. Loin de penser à boire dans leurs tentes, à s'égayer en prenant ensemble leurs repas, ils ne se permirent même pas le délassement le plus agréable pour des hommes qui ont heureusement combattu, la douceur d'un sommeil paisible : ils passèrent toute la nuit dans le trouble et dans la frayeur. Leur camp n'avait ni clôture, ni retranchement. Il restait encore plusieurs milliers de Barbares qui n'avaient pas combattu ; et ceux des Ambrons qui s'étaient sauvés de la défaite s'étant joints à eux, ils poussèrent toute la nuit des cris horribles, qui ressemblaient non à des plaintes, ou à des gémissements humains, mais à des hurlements, à des mugissements de bêtes féroces, mêlés de menaces et de lamentations; les cris de cette multitude immense faisaient retentir les montagnes voisines et les concavités du fleuve. Ce bruit affreux remplissait toute la plaine; les Romains étaient saisis de terreur, et Marius lui-même, frappé d'étonnement, s'attendait à un combat de nuit, dont il craignait le désordre. Mais ils ne sortirent de leur camp, ni cette nuit, ni le jour du lendemain; ils les employèrent à se préparer et à se disposer pour la bataille. Cependant Marius, sachant qu'au-dessus du camp des Barbares il y avait des creux assez profonds et des vallons couverts de bois, y envoya Marcellus avec trois mille hommes de pied, pour s'y mettre en embuscade, et charger les ennemis par derrière, quand l'action serait engagée. Il ordonna au reste de ses troupes de prendre leur repas de bonne heure, et ensuite de se reposer. Le lendemain, dès la pointe du jour, il les range en bataille devant les retranchements, et envoie sa cavalerie dans la plaine. Dès que les Teutons l'eurent aperçue, ils n'attendirent pas que les Romains fussent descendus au pied de la colline, où ils auraient pu les combattre à avantage égal, sur un terrain uni. Frémissant de colère, ils s'arment avec précipitation, et vont les attaquer sur la hauteur même. Alors Marius envoie ses officiers porter dans tous les rangs l'ordre de s'arrêter, et d'attendre que l'ennemi soit à la portée du trait; de lancer alors leurs javelots, de mettre ensuite l'épée à la main, et de le pousser vigoureusement en le heurtant de leurs boucliers. Comme on était sur un terrain glissant, il avait prévu que les coups portés par les Barbares n'auraient point de force, et que leur ordonnance ne pourrait se maintenir, parce que leurs corps seraient sur ce terrain inégal, comme sur une mer orageuse, dans une agitation continuelle. XXII. Marius, aussi adroit que personne à manier les armes, et supérieur à tous en audace, était le premier à exécuter les ordres qu'il donnait.

[21] Ὡς οὖν ἀντιστάντες αὐτοῖς οἱ Ῥωμαῖοι καὶ συμπεσόντες ἔσχον ἄνω φερομένους, ἐκθλιβόμενοι κατὰ μικρὸν ὑπεχώρουν εἰς τὸ πεδίον· καὶ τῶν πρώτων ἤδη καθισταμένων εἰς τάξιν ἐν τοῖς ἐπιπέδοις, βοὴ καὶ διασπασμὸς ἦν περὶ τοὺς ὄπισθεν. ὁ γὰρ καιρὸς οὐκ ἔλαθε τὸν Μάρκελλον, ἀλλὰ τῆς κραυγῆς ὑπὲρ τοὺς λόφους ἄνω φερομένης, ἀναστήσας τοὺς μετ' αὐτοῦ δρόμῳ καὶ ἀλαλαγμῷ προσέπιπτε κατὰ νώτου, κτείνων τοὺς ἐσχάτους. οἱ δὲ τοὺς πρὸ αὑτῶν ἐπισπώμενοι, ταχὺ πᾶν τὸ στράτευμα ταραχῆς ἐνέπλησαν, οὐ πολύν τε χρόνον ἠνέσχοντο παιόμενοι διχόθεν, ἀλλὰ τὴν τάξιν λύσαντες (4) ἔφευγον. οἱ δὲ Ῥωμαῖοι διώκοντες αὐτῶν μὲν ὑπὲρ δέκα μυριάδας ἢ ζῶντας εἷλον ἢ κατέβαλον, σκηνῶν δὲ καὶ ἁμαξῶν καὶ χρημάτων κρατήσαντες, ὅσα μὴ διεκλάπη, (5) Μάριον λαβεῖν ἐψηφίσαντο. καὶ δωρεᾶς ταύτης λαμπροτάτης τυχών, οὐδὲν ἄξιον ἔχειν ὧν ἐστρατήγησεν ἐνομίσθη (6) διὰ τὸ τοῦ κινδύνου μέγεθος. ἕτεροι δὲ περὶ τῆς δωρεᾶς τῶν λαφύρων οὐχ ὁμολογοῦσιν οὐδὲ περὶ τοῦ πλήθους τῶν (7) πεσόντων. Μασσαλιήτας μέντοι λέγουσι τοῖς ὀστέοις περιθριγκῶσαι τοὺς ἀμπελῶνας, τὴν δὲ γῆν, τῶν νεκρῶν καταναλωθέντων ἐν αὐτῇ καὶ διὰ χειμῶνος ὄμβρων ἐπιπεσόντων, οὕτως ἐκλιπανθῆναι καὶ γενέσθαι διὰ βάθους περίπλεω τῆς σηπεδόνος ἐνδύσης, ὥστε καρπῶν ὑπερβάλλον εἰς ὥρας πλῆθος ἐξενεγκεῖν, καὶ μαρτυρῆσαι τῷ Ἀρχιλόχῳ λέγοντι πιαίνεσθαι πρὸς τοῦ (8) τοιούτου τὰς ἀρούρας. ἐπιεικῶς δὲ ταῖς μεγάλαις μάχαις ἐξαισίους ὑετοὺς ἐπικαταρρήγνυσθαι λέγουσιν, εἴτε δαιμονίου τινὸς τὴν γῆν καθαροῖς καὶ διιπετέσιν ἁγνίζοντος ὕδασι καὶ κατακλύζοντος, εἴτε τοῦ φόνου καὶ τῆς σηπεδόνος ἐξανιείσης ὑγρὰν καὶ βαρεῖαν ἀναθυμίασιν, ἣ τὸν ἀέρα συνίστησιν, εὔτρεπτον ὄντα καὶ ῥᾴδιον μεταβάλλειν ἀπὸ σμικροτάτης ἐπὶ πλεῖστον ἀρχῆς.

[21] Les Barbares, arrêtés par les Romains, qu'ils s'efforçaient d'aller joindre sur la hauteur, pressés ensuite vivement, lâchèrent pied, et regagnèrent peu à peu la plaine, où les premiers rangs commençaient à se mettre en bataille sur un terrain uni, lorsque tout à coup on entendit de grands cris partis des derniers rangs, qui étaient dans la confusion et dans le désordre. Marcellus avait saisi le moment favorable : le bruit de la première attaque n'était pas plutôt parvenu sur les hauteurs qu'il occupait, que, faisant lever sa troupe, il avait fondu avec impétuosité sur les Barbares en poussant de grands cris, et, les prenant en queue, il avait fait main-basse sur les derniers. Cette attaque imprévue, en obligeant ceux qui étaient les plus proches de se retourner pour soutenir les autres, eut bientôt mis le trouble dans l'armée entière. Chargés vigoureusement en tête et en queue, ils ne purent résister longtemps à ce double choc; ils furent mis en déroute, et prirent ouvertement la fuite. Les Romains s'étant mis à leur poursuite, en tuèrent ou en firent prisonniers plus de cent mille. Devenus maîtres de leurs tentes, de leurs chariots et de tout leur bagage, ils arrêtèrent, d'un commun consentement, de tout donner à Marius, excepté ce qui aurait été pillé. Quelque magnifique que fût ce présent, il parut encore bien au-dessous du service que ce général venait de rendre à sa patrie en la délivrant d'un si grand danger. Quelques historiens ne conviennent pas du don de ces dépouilles, ni du nombre des morts; ils disent seulement que depuis cette bataille les Marseillais firent enclore leurs vignes avec les ossements de ceux qui avaient été tués; que les corps consumés dans les champs, par les pluies qui tombèrent pendant l'hiver, engraissèrent tellement la terre, et la pénétrèrent à une si grande profondeur, que l'été suivant elle rapporta une quantité prodigieuse de fruits; ce qui vérifie ce mot d'Archiloque, que rien n'engraisse plus la terre que les corps qui y pourrissent. On dit aussi, avec beaucoup de vraisemblance, que les grandes batailles sont presque toujours suivies de pluies abondantes : soit qu'un dieu bienfaisant, pour laver et purifier la terre, l'inonde de ces eaux pures qu'il lui envoie du ciel, ou que l'air, qui s'altère facilement et éprouve de plus grands changements pour la plus légère cause, se condense par les vapeurs humides et pesantes qui s'exhalent du sein de cette corruption.

Harangue : SALLUSTE met dans la bouche de Marius une harangue devenue et restée célèbre :

Salluste, Guerre de Jugurtha, 85 :

[85] "Scio ego, Quirites, plerosque non isdem artibus imperium a uobis petere et, postquam adepti sunt, gerere: primo industrios supplices modicos esse, dein per ignauiam et superbiam aetatem agere. Sed mihi contra ea uidetur: nam quo pluris est uniuersa res publica quam consulatus aut praetura, eo maiore cura illam administrari quam haec peti debere. Neque me fallit, quantum cum maximo uestro beneficio negoti sustineam. Bellum parare simul et aerario parcere, cogere ad militiam eos quos nolis offendere, domi forisque omnia curare et ea agere inter inuidos occursantis factiosos opinione, Quirites, asperius est. Ad hoc, alii si deliquere, uetus nobilitas, maiorum fortia facta, cognatorum et affinium opes, multae clientelae, omnia haec praesidio assunt; mihi spes omnes in memet sitae, quas necesse est uirtute et innocentia tutari; nam alia infirma sunt. Et illud intellego, Quirites, omnium ora in me conuersa esse, aequos bonosque fauere--quippe mea bene facta rei publicae procedunt--, nobilitatem locum inuadendi quaerere. Quo mihi acrius annitendum est, uti neque uos capiamini et illi frustra sint. Ita ad hoc aetatis a pueritia fui, uti omnis labores et pericula consueta habeam. Quae ante uestra beneficia gratuito faciebam, ea uti accepta mercede deseram, non est consilium, Quirites. Illis difficile est in potestatibus temperare, qui per ambitionem sese probos simulauere; mihi, qui omnem aetatem in optimis artibus egi, bene facere iam ex consuetudine in naturam uertit. bellum me gerere cum Iugurtha iussistis, quam rem nobilitas aegerrime tulit. Quaeso, reputate cum animis uestris, num id mutare melius sit, si quem ex illo globo nobilitatis ad hoc aut aliud tale negotium mittatis, hominem ueteris prosapiae ac multarum imaginum et nullius stipendi: scilicet ut in tanta re ignarus omnium trepidet, festinet, sumat aliquem ex populo monitorem offici sui. Ita plerumque euenit, ut, quem uos imperare iussistis, is sibi imperatorem alium quaerat. Atque ego scio, Quirites, qui, postquam consules facti sunt, et acta maiorum et Graecorum militaria praecepta legere coeperint: praeposteri homines, nam gerere quam fieri tempore posterius, re atque usu prius est. Comparate nunc, Quirites, cum illorum superbia me hominem nouum. Quae illi audire aut legere solent, eorum partem uidi, alia egomet gessi; quae illi litteris, ea ego militando didici. Nunc uos existimate, facta an dicta pluris sint. Contemnunt nouitatem meam, ego illorum ignauiam; mihi fortuna, illis probra obiectantur. Quamquam ego naturam unam et communem omnium existimo, sed fortissimum quemque generosissimum. Ac si iam ex patribus Albini aut Bestiae quaeri posset, mene an illos ex se gigni maluerint, quid responsuros creditis nisi sese liberos quam optimos uoluisse? quod si iure me despiciunt, faciant item maioribus suis, quibus, uti mihi, ex uirtute nobilitas coepit. Inuident honori meo: ergo inuideant labori, innocentiae, periculis etiam meis, quoniam per haec illum cepi. Verum homines corrupti superbia ita aetatem agunt, quasi uestros honores contemnant; ita hos petunt, quasi honeste uixerint. Ne illi falsi sunt, qui diuersissimas res pariter expectant, ignauiae uoluptatem et praemia uirtutis. Atque etiam, cum apud uos aut in senatu uerba faciunt, pleraque oratione maiores suos extollunt: eorum fortia facta memorando clariores sese putant. Quod contra est. Nam quanto uita illorum praeclarior, tanto horum socordia flagitiosior. Et profecto ita se res habet: maiorum gloria posteris quasi lumen est, neque bona neque mala eorum in occulto patitur. Huiusce rei ego inopiam fateor, Quirites, uerum, id quod multo praeclarius est, meamet facta mihi dicere licet. Nunc uidete, quam iniqui sint. Quod ex aliena uirtute sibi arrogant, id mihi ex mea non concedunt, scilicet quia imagines non habeo et quia mihi noua nobilitas est, quam certe peperisse melius est quam acceptam corrupisse. Equidem ego non ignoro, si iam mihi respondere uelint, abunde illis facundam et compositam orationem fore. Sed in maximo uestro beneficio cum omnibus locis meque uosque maledictis lacerent, non placuit reticere, ne quis modestiam in conscientiam duceret. Nam me quidem ex animi mei sententia nulla oratio laedere potest: quippe uera necesse est bene praedicent, falsa uita moresque mei superant. Sed quoniam uestra consilia accusantur, qui mihi summum honorem et maximum negotium imposuistis, etiam atque etiam reputate, num eorum paenitendum sit. Non possum fidei causa imagines neque triumphos aut consulatus maiorum meorum ostentare, at, si res postulet, hastas, uexillum, phaleras, alia militaria dona, praeterea cicatrices aduerso corpore. Hae sunt meae imagines, haec nobilitas, non hereditate relicta, ut illa illis, sed quae ego meis plurimis laboribus et periculis quaesiui. Non sunt composita uerba mea: parui id facio. Ipsa se uirtus satis ostendit; illis artificio opus est, ut turpia facta oratione tegant. Neque litteras Graecas didici: parum placebat eas discere, quippe quae ad uirtutem doctoribus nihil profuerant. At illa multo optima rei publicae doctus sum: hostem ferire, praesidia agitare, nihil metuere nisi turpem famam, hiemem et aestatem iuxta pati, humi requiescere, eodem tempore inopiam et laborem tolerare. His ego praeceptis milites hortabor, neque illos arte colam, me opulenter, neque gloriam meam, laborem illorum faciam. Hoc est utile, hoc ciuile imperium. Namque cum tute per mollitiem agas, exercitum supplicio cogere, id est dominum, non imperatorem esse. Haec atque alia talia maiores uestri faciendo seque remque publicam celebrauere. Quis nobilitas freta, ipsa dissimilis moribus, nos illorum aemulos contemnit et omnis honores non ex merito, sed quasi debitos a uobis repetit. Ceterum homines superbissimi procul errant. maiores eorum omnia quae licebat illis reliquere: diuitias, imagines, memoriam sui praeclaram; uirtutem non reliquere, neque poterant: ea sola neque datur dono neque accipitur. Sordidum me et incultis moribus aiunt, quia parum scite conuiuium exorno neque histrionem ullum neque pluris preti coquum quam uilicum habeo. Quae mihi libet confiteri, Quirites. Nam ex parente meo et ex aliis sanctis uiris ita accepi, munditias mulieribus, uiris laborem conuenire, omnibusque bonis oportere plus gloriae quam diuitiarum esse; arma, non supellectilem decori esse. Quin ergo, quod iuuat, quod carum aestimant, id semper faciant: ament, potent; ubi adulescentiam habuere, ibi senectutem agant, in conuiuiis, dediti uentri et turpissimae parti corporis; sudorem, puluerem et alia talia relinquant nobis, quibus illa epulis iucundiora sunt. uerum non ita est. Nam ubi se flagitiis dedecorauere turpissimi uiri, bonorum praemia ereptum eunt. Ita iniustissime luxuria et ignauia, pessimae artes, illis, qui coluere eas, nihil officiunt, rei publicae innoxiae cladi sunt. Nunc quoniam illis, quantum mei mores, non illorum flagitia poscebant, respondi, pauca de re publica loquar. Primum omnium de Numidia bonum habete animum, Quirites. Nam quae ad hoc tempus Iugurtham tutata sunt, omnia remouistis: auaritiam, imperitiam atque superbiam. Deinde exercitus ibi est locorum sciens, sed mehercule magis strenuos quam felix. Nam magna pars eius auaritia aut temeritate ducum attrita est. Quam ob rem uos, quibus militaris aetas est, annitimini mecum et capessite rem publicam, neque quemquam ex calamitate aliorum aut imperatorum superbia metus ceperit. Egomet in agmine aut in proelio consultor idem et socius periculi uobiscum adero, meque uosque in omnibus rebus iuxta geram. Et profecto dis iuuantibus omnia matura sunt: uictoria, praeda, laus. Quae si dubia aut procul essent, tamen omnis bonos rei publicae subuenire decebat. Etenim nemo ignauia immortalis factus est, neque quisquam parens liberis, uti aeterni forent, optauit, magis uti boni honestique uitam exigerent. Plura dicerem, Quirites, si timidis uirtutem uerba adderent; nam strenuis abunde dictum puto."

[85] LXXXV. - "Je sais, citoyens, qu'en général on n'emploie pas les mêmes procédés pour vous demander le pouvoir et, après l'avoir obtenu, pour l'exercer ; on est d'abord actif, modeste, on a l'échine souple ; et puis on ne fait rien, tout en se montrant plein de morgue. Ce n'est pas là ma manière. Si la république entière est tout autre chose qu'un consulat ou une préture, il faut plus d'application pour l'administrer que pour solliciter ces magistratures. Je n'ignore pas tout ce que m'impose de travail votre très grande bienveillance. Préparer la guerre et en même temps économiser ; forcer au service des gens à qui on ne voudrait pas être désagréable ; veiller sur tout à Rome et au dehors, et cela, au milieu des jaloux, des opposants, des partis contraires, c'est une tâche, citoyens, plus rude qu'on ne peut croire. Les autres, s'ils se trompent, sont défendus par l'ancienneté de leur noblesse, les exploits de leurs ancêtres, la situation de leurs parents et de leurs proches, leur grosse clientèle ; moi, c'est en moi seul que je mets toutes mes espérances ; et mes seuls appuis sont mon mérite et ma probité ; tout le, reste est sans force. Je le comprends, citoyens, toits les yeux sont fixés sur moi : les citoyens justes et honnêtes me soutiennent - ils savent que la république est intéressée à mon succès - ; la noblesse ne cherche qu'une occasion de m'attaquer. Il me faut donc redoubler d'efforts pour vous empêcher d'être victimes et pour frustrer les nobles de leurs espérances. Depuis mon enfance jusqu'à ce jour, j'ai eu l'habitude des fatigues et des dangers. Ce que je faisais pour rien avant d'avoir éprouvé votre bienveillance, je n'ai pas le dessein d'y renoncer, maintenant, citoyens, que vous m'en avez récompensé. Il est difficile d'user du pouvoir avec modération quand c'est par ambition qu'on a feint d'être honnête. Mais chez moi, qui toute ma vie ai pratiqué la vertu, l'habitude du bien est devenue naturelle. Vous m'avez confié la direction de la guerre contre Jugurtha, décision dont la noblesse est furieuse. Réfléchissez, je vous prie : ne vaudrait-il pas mieux vous déjuger et prendre, dans ce bloc de la noblesse, pour lui donner cette charge ou telle autre semblable, un homme de souche ancienne, qui ait de nombreuses statues d'ancêtres, sans jamais avoir été soldat ? Dans une tâche de cette importance, il ignorerait tout, tremblerait, se démènerait, et irait enfin chercher dans le peuple quelqu'un pour lui apprendre son métier. Généralement, celui que vous avez choisi pour exercer le commandement suprême, essaie d'en trouver un autre qui lui commande à lui-même. J'en connais, citoyens, qui ont attendu d'être nommés consuls pour lire l'histoire de nos pères et les leçons militaires des Grecs, faisant ainsi tout à rebours ; sans doute on exerce une magistrature, après y avoir été appelé ; mais en fait, il faut, d'abord, par une action continue, s'y être préparé. Maintenant, citoyens, à ces hommes pleins de superbe comparez l'homme nouveau que je suis. Ce qu'ils ont appris par ouï-dire ou par les lectures, je l'ai vu, moi, ou bien je l'ai fait ; ce qu'ils savent par des livres, je le sais, moi, par mes campagnes. A vous de dire ce qui vaut mieux, les actes ou les paroles. Ils méprisent ma basse origine, je méprise leur lâcheté ; on m'objecte, à moi, un accident du hasard, d eux leur malhonnêteté. Sans doute, la nature est une, elle est la même pour tous ; mais le plus brave est le mieux né. Et si l'on pouvait demander aux ancêtres d'Albinus ou de Bestia qui, d'eux ou de moi, ils préféreraient avoir pour descendants, quelle serait, à votre avis, leur réponse ? ils voudraient avoir pour fils le plus honnête, S'ils ont raison de me dédaigner, qu'ils dédaignent aussi leurs ancêtres, devenus, comme moi, nobles par leur courage ! Ils m'envient l'honneur que vous m'avez fait ; qu'ils envient donc ma peine, ma probité, les dangers que j'ai courus, puisque c'est par ces moyens que j'ai obtenu cet honneur. Mais, pourris d'orgueil, ils vivent comme s'ils méprisaient les dignités que vous conférez, et, en même temps, ils les briguent, comme si leur conduite était honorable. Certes, leur erreur est grande à vouloir obtenir deux résultats incompatibles, les plaisirs de la paresse et les récompenses de la vertu. Leurs discours, devant nous ou devant le Sénat, sont pleins des éloges de leurs ancêtres ; ils pensent que le rappel de ces grandes actions ajoutera à leur propre illustration. Grave erreur : plus la vie de ceux-là a eu d'éclat, plus la lâcheté de ceux-ci est honteuse. Oui, oui, il en est ainsi : la gloire des ancêtres jette sur leurs descendants une vive lumière ; elle ne laisse dans l'ombre ni les vertus, ni les crimes. Je n'ai point d'ancêtres, je le confesse, citoyens, mais ce qui vaut mieux, je peux parler de ce que j'ai fait. Et vous voyez là toute leur injustice : ils se targuent de mérites qui ne sont pas les leurs, et me refusent celui que je dois à moi seul, probablement parce que je n'ai pas de statues d'ancêtres et que nul des miens n'a été noble avant moi. Mais ne vaut-il pas mieux créer soi-même sa noblesse que d'avilir celle qu'on a reçue ? Je n'ignore certes pas que, s'ils veulent me répondre, il leur sera facile de parler avec abondance et avec art. Mais comme, à propos du témoignage d'extrême bienveillance que vous m'avez donné, ils vont partout nous déchirer, vous et moi, de leurs calomnies, je n'ai pas voulu me taire, afin de ne pas laisser prendre ma modération pour un aveu. J'ai ma conscience pour moi, et aucun propos ne peut me blesser : vrai, il me fait forcément valoir ; faux, il est démenti par ma vie et mon caractère. Mais ce que l'on attaque, c'est la décision par laquelle vous m'avez imposé et l'honneur suprême et une lourde charge ; dès lors, réfléchissez bien, et voyez si vous n'aurez rien à regretter. Je ne peux pas, pour vous donner confiance, étaler sous vos yeux, les images de mes ancêtres, leurs triomphes et leurs consulats ; je puis du moins, s'il le faut, vous montrer mes lances, mon étendard, mes colliers, mes récompenses militaires, surtout mes blessures reçues par devant. Voilà mes images à moi, voilà ma noblesse, non transmise pat héritage, comme la leur, mais acquise par tous mes travaux et tous les dangers que j'ai courus. Mon langage est sans art : c'est peu de chose. Le mérite se suffit à lui-même. Ils ont, eux, besoin d'être habiles, pour voiler leurs turpitudes sous de grands mots. Je n'ai pas appris les lettres grecques ; il ne me plaisait guère de m'en instruire, du moment où je ne voyais pas ceux qui les enseignaient se perfectionner en vertu. ;Mais ce qui a pour l'État plus d'intérêt, cela, je le sais : frapper l'ennemi, tenir un poste militaire, craindre uniquement la mauvaise réputation, accepter également l'hiver et l'été, dormir sur la terre, supporter en même temps le dénuement et la peine. Telles sont les règles que je donnerai à mes soldats ; je ne les tiendrai pas serrés, étant moi-même bien à mon aise ; je n'édifierai pas ma gloire sur leurs fatigues. C'est ainsi qu'on commande dans l'intérêt de tous, ainsi qu'on commande à des citoyens. En effet, vivre dans la mollesse et soumettre son armée à une dure discipline, c'est être un maître, non un général. Par les moyens que je viens de dire et d'autres semblables, vos ancêtres ont couvert de gloire eux et le pays. C'est sur la mémoire de ces grands hommes que s'appuient les nobles d'aujourd'hui, si différents d'eux comme caractère, si pleins de dédain pour nous qui cherchons à les imiter ; ils réclament toutes les dignités, non qu'ils les méritent, mais comme un bien qui leur est dû. Grave erreur de leur orgueil extrême. Leurs ancêtres leur ont laissé tout ce qu'ils pouvaient leur transmettre : argent, statues, glorieux souvenirs ; ils ne leur ont pas laissé leur vertu : c'était impossible, la vertu étant la seule chose qui ne se donne ni ne se reçoive. Ils me traitent d'homme avare et grossier, parce que je suis malhabile à


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002