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Date :     15-11-2010

Sujets :
Didactique des langues anciennes : Dominique AUGÉ & une thèse de doctorat hors pair ; Lecture Un éloge funèbre (C. McCULLOUGH) ; ITINERA ELECTRONICA : 7 nouveaux environnements hypertextes : Cicéron (x 2), Commodien, Lactance, Macrobe (x 2), Tertullien ; Didactique des langues anciennes : PALAMÈDE : le numéro 9 est sorti ! ;

Notice :

1. Didactique des langues anciennes : Dominique AUGÉ & une thèse de doctorat hors pair :

Le vendredi 12 novembre 2010, nous avons assisté à Grenoble (Univ. Stendhal) à la défense de la thèse de doctorat de Dominique Augé.

Le résumé de la thèse nous apprend ceci:

"Nos recherches présentent la nécessité de penser une didactique des langues anciennes qui fasse des apprenants des lecteurs de la littérature antique. La réflexion théorique s'appuie sur l'apport d'autres didactiques disciplinaires pour penser une théorie de l'apprentissage. Il s'agit alors moins de transposer au domaine des langues anciennes un modèle emprunté que de réfléchir à la spécificité du champ disciplinaire pour en déduire des principes et une pratique pédagogique, largement appuyée sur l'intégration des technologies modernes, suffisamment cohérente et efficiente pour amener les étudiants à l'appropriation d'une culture par l'assimilation d'une langue."

Dominique Augé est une femme mariée, maman de 4 enfants. Elle est professeur de Lettres classiques au Lycée Vaugelas à Chambéry (France).

Elle a assumé, entre 2006 et 2010, la coordination en France du Projet HELIOS.

Le Projet HELIOS, né en 2005, est le fruit d'une collaboration entre les Académies de Grenoble et de Toulouse, dont les enseignants fournissent des contenus pédagogiques (langue latine ; langue grecque), et l'Université de Louvain (UCL-LLN), dont l'équipe informatique de La Faculté de philosophie, des arts et des lettres fournit l'appui TICE (cf. la boîte aux outils) et la gestion de l'infrastructure nécessaire au Projet HELIOS.

Grâce à Dominique AUGÉ, le Projet HELIOS a pris tout son essor : à partir d'une première leçon ou séquence pédagogique, placée sur le site en mars 2005 (Sophie van Esch : PLATON, Le Banquet. Le mythe des individus de forme ronde), les leçons construites se sont succédées à un rythme soutenu. Dominique Augé y a été de son propre capital : une vingtaine de parcours avec appui TICE.

Aujourd'hui, l'audience d' HELIOS dépasse, chaque mois, les 50.000 sessions de travail, ouvertes sur le site en période scolaire. Les autorités françaises, par ailleurs, ont fait de HELIOS un site de référence, un modèle de recours aux TICE pour l'apprentissage des langues et des cultures de l'Antiquité.

Si nous nous sommes permis cet excursus, c'est pour signaler et mettre en relief la place prépondérante prise par Dominique Augé dans l'agencement et le développement de ce site, dont les contenus ont été mis en oeuvre en classe et soumis à la critique dans le cadre des enseignements pratiqués par Dominique Augé au Lycée Vaugelas, tout d'abord, puis, à l'occasion de stages et de séminaires animés par elle, enfin, au travers de formations données à des enseignants, soit en place, soit en devenir.

Aujourd'hui, Dominique Augé poursuit les réflexions, les applications et les recherches en didactique des langues anciennes sur son site personnel :

Litteras legere

Cette pratique du terrain a nourri heureusement les recherches, actions et activités menées dans le cadre de la thèse. Thèse qu'elle a construite en 3 ans, sans avoir pris le moindre congé pédagogique et tout en poursuivant ses occupations familiales et ses obligations professionnelles. Comment a-t-elle fait pour mener tout de front ? La question reste posée.

Quant à la thèse elle-même, elle a, certes, fait l'objet de certaines critiques de la part des membres du jury - toute oeuvre humaine est perfectible - mais elle a été accueillie, surtout, par un concert d'éloges. Elle a valu à Dominique Augé d'être proclamée, après délibération, Docteur en lettres classiques avec la plus grande distinction et les félicitations unanimes du jury (summa cum laude).

L'Université de Grenoble 3 (Univ. Stendhal) peut s'enorgueillir d'avoir accepté cette thèse en son sein.

Il n'y a pas lieu ici, dans le cadre d'une actualité, de présenter ni de commenter la thèse en tant que telle ; nous nous bornerons dès lors à faire état de certains éloges et/ou commentaires du jury que nous partageons nous-mêmes.

Le titre de la thèse a paru (un peu) alambiqué. Un membre du jury aurait souhaité comme titre : Une nouvelle didactique en langues anciennes.

Mais, tout d'abord, tous les membres du jury ont été d'accord pour dire que la thèse était très bien écrite, qu'elle se lisait comme un roman. Un membre du jury a avoué que, pris par la lecture, il s'était souvenu, après avoir lu d'une traite plus de 50 pages, qu'il devait aussi exercer son esprit critique sur ce qu'il lisait.

Un autre membre a félicité Dominique Augé pour son attitude isocratique dans ses enseignements. Isocrate, en effet, dans son discours Contre les sophistes, au paragaphie 15, dit ceci :

(15) ἡ δὲ παίδευσις τοὺς μὲν τοιούτους τεχνικωτέρους καὶ πρὸς τὸ ζητεῖν εὐπορωτέρους ἐποίησεν, οἷς γὰρ νῦν ἐντυγχάνουσι πλανώμενοι, ταῦτ' ἐξ ἑτοιμοτέρου λαμβάνειν αὐτοὺς ἐδίδαξεν, τοὺς δὲ καταδεεστέραν τὴν φύσιν ἔχοντας ἀγωνιστὰς μὲν ἀγαθοὺς ἢ λόγων ποιητὰς οὐκ ἂν ἀποτελέσειεν, αὐτοὺς δ' ἂν αὑτῶν προαγάγοι καὶ πρὸς πολλὰ φρονιμωτέρως διακεῖσθαι ποιήσειεν.

(15) L'éducation les [étudiants] rend plus habiles; elle leur fournit de plus abondantes ressources pour faire des recherches, parce que, les choses qu'ils rencontraient en errant et comme au hasard, elle leur enseigne à les prendre comme dans un dépôt. Si elle ne peut pas faire que des hommes d'une nature inférieure deviennent des athlètes redoutables ou des orateurs distingués, du moins les rend-elle en quelque sorte supérieurs à eux-mêmes et plus capables à beaucoup d'égards.

D'après ce membre du jury, c'est à cela que s'est appliquée, avec succès, Dominique Augé tout au long de ses enseignements, dont la thèse fait état : faire en sorte que les étudiants deviennnent meilleurs qu'eux-mêmes.

L'importance accordée au plaisir de lecture (de textes authentiques longs) a aussi retenu l'attention du jury. Dominique Augé dit elle-même, à la page 276 de sa thèse, que la compétence que l'on souhaite installée au terme de la formation est "Une capacité à faire des débutants en fin d'année des lecteurs capables de lire et de prendre un plaisir à la lecture d'un texte accessible donné en latin ou en grec".

L'option prise par Dominique Augé d'une grammaire de lecture, qui se construit au fil des textes, plutôt que celle qui consiste à débuter par des tableaux grammaticaux complets, a aussi été saluée par le jury.

Pour un autre membre du jury, la thèse est ressentie comme un journal de bord dans lequel sont consignés toutes les expériences, toutes les expérimentations sucessives, - leurs succès ou leurs échecs -, conduites à l'aide des TICE. Un chacun peut ainsi mesurer le chemin parcouru, les investissements réalisés, les recherches conduites, les actions décidées pour l'apprentissage des langues anciennes (ne pas dire "langues mortes").

L'apprentissage du lexique a retenu toute l'attention du jury. Dominique Augé en parle ainsi à la page 175 de sa thèse :

" ... Cet apprentissage du lexique constitue une pierre angulaire de la pédagogie des langues anciennes et il est légitime d'attendre d'un manuel, quand on voit en lui un outil de formation, qu'il soit un instrument pour aider à l'appropriation d'un vocabulaire jugé indispensable. Il ne suffit pas de répéter qu'un élève au terme de son apprentissage doit posséder 1000 ou même 1800 mots, encore faut-il mettre en oeuvre des paliers et des modalités d'appréhension. Le chantier est là encore ouvert. Si les manuels imprimés ne parviennent pas à mettre en place de façon satisfaisante un outil d'appropriation, il est temps d'envisager les ressources offertes par les nouvelles technologies, dans un glissement de l'existant à l'innovant. ...

Mais la toute grosse question de la part du jury a été la suivante : le recours aux TICE (Technologies d'Information et de Communication pour l'Enseignement) , dans le cadre de l'apprentissage, est-ce une réponse - la réponse actuelle ? - aux problèmes que connaissent les langues anciennes un peu partout ? Dans l'affirmative, les méthodes avec TICE, pratiquées par Dominique Augé avec succès dans ses enseignements, sont-elles transposables à d'autres enseignants? Seront-elles pertinentes pour tous les étudiants ?

Les TICE traversent, en effet, cette thèse d'un bout à l'autre et participent à son originalité pour la recherche en didactique des langues anciennes. Elles paraissent même en constituer un des chevaux de bataille.

De plus, plusieurs membres du jury se sont déclarés (encore) peu habitués au recours aux TICE dans l'enseignement.

Les réponses de Dominique Augé sont claires : les TICE constituent un matériau comme un autre pour l'apprentissage ; les réserves à faire quant à leur succès sont très nombreuses : le peu d'heures disponibles pour leur utilisation en classe informatique, les infrastructures matérielles présentes ici et absentes ailleurs, la formation aux TICE des enseignants assurée ici et peu développée ailleurs, etc. etc.

Mais les TICE ont certainement des aspects positifs, comme il a plu à Dominique Augé de le souligner : les TICE rendent les élèves actifs et constituent pour eux des techniques intellectuelles leur imposant, entre autres, d'apprendre à faire des choix.

En conclusion, - nonobstant le peu d'observations, de remarques et de commentaires du jury qui ont pu être relatés ici - le jury a considéré que la thèse était exceptionnelle et qu'elle présentait un état de recherche abouti - et novateur ! - en didactique des langues anciennes.

S'il est bien vrai que le doctorat obtenu sied très bien à Dominique Augé, nous nous permettons d'émettre un souhait pour l'au-delà de la thèse, souhait que certains membres du jury ont présente eux-mêmes, à savoir de transformer l'essai, comme on dit en langage de rugby : après avoir démontré brillamment que l'objectif - un des objectifs - de la thèse - penser une théorie de l'apprentissage - avait été pleinement atteint, s'atteler maintenant à présenter une théorie de l'apprentissage des langues anciennes au travers d'un Manuel à publier.

Certes, des manuels d'apprentissage, il en existe par milliers, mais un tel manuel, complet, avec recours aux TICE, reposant sur un travail de terrain de plusieurs années, devrait être rare si pas inexistant à l'heure actuelle, du moins pour l'apprentissage des langues anciennes. Et une enseignante habilitée à ce point pour l'écrire est chose plus rare encore.

A notre tour, nous avons aussi soumis ce souhait à Dominique Augé. A la réception après proclamation, des collaborations pour la rédaction de ce Manuel se sont déclarées immédiatement et spontanément. En ce qui nous concerne, si nous devions avoir une place dans l'équipe qui sera constituée, nous l'assumerions avec plaisir.

Toutes nos félicitations au nouveau Docteur en Lettres classiques.

Jean Schumacher, UCL-LLN, le 15 novembre 2010


2. Lecture : Un éloge funèbre :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La colère de Spartacus
Tome IV de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : Caesar's Women (1995)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions de l'Archipel, Paris, 1997, 395 pp.

Extrait : p. 389-390:

" ... Et Rome survint en masse [pour l'éloge funèbre] : des milliers et des milliers de gens ordinaires, qui ne se souciaient nullement des interdictions, des décrets de mise hors la loi ou de sacrilège. Ils avaient enfin l'occasion de rendre hommage à Caius Marius et à son fils. Comme leurs masques avaient l'air imposant, portés par des acteurs aussi grands qu'eux ! Toutefois, le neveu de Caius Marius [César] paraissait plus impressionnant encore, vêtu d'une toge de deuil noire, qui faisait un contraste saisissant avec sa chevelure blonde et son visage très pâle. Si beau ! D'allure si divine ! C'était la première fois qu'il se présentait à une aussi vaste foule depuis le temps où il s'était occupé du vieux Marius, presque infirme, et il lui fallait s'assurer que le peuple de Rome ne l'oublierait pas. Car il comptait bien que tous ceux venus assister aux funérailles de sa tante sachent qui il était : l'héritier de Caius Marius.
Il prononça l'éloge funèbre du haut des rostres : c'était la première fois qu'il prenait la parole d'un tel perchoir et qu'il voyait une mer de visages tournés vers lui. Julia elle-même avait fait l'objet des soins les plus minutieux et paraissait avoir retrouvé sa jeu- nesse. D'autres femmes étaient présentes : une de cinquante ans qui, comme les agents de Lucius Decumius le chuchotaient à la foule, n'était autre que la mère de César ; une autre, proche de la quarantaine, dont la chevelure, d'un rouge doré, suffisait à montrer qu'elle était la fille de Sylla ; et une troisième, petite, brune, très enceinte, installée dans une chaise à porteurs, dont on apprit qu'elle était l'épouse de César – avec sur les genoux la plus jolie petite fille qu'on pût voir.
–Ma famille, s'écria César d'une voix haut perchée, ne comprend plus que des femmes ! Il n'y a plus d'hommes, qu'ils soient de la génération de mon père ou de la mienne, et je suis le seul aujourd'hui à pouvoir pleurer la mort de Julia, la plus illustre de ma lignée, une femme sans égale à Rome ! Elle avait la beauté, la douceur, toute la fidélité que puisse réclamer un époux, un fils, un ami, la chaleur d'une nature aimante, la bonté d'une âme généreuse ! Je ne puis la comparer qu'à cette autre patricienne, Cornelia, mère des Gracques, qui elle aussi perdit très tôt son mari et ses fils. Cornelia et Julia souffrirent de se voir arracher un fils qui fut décapité, sans qu'il lui soit accordé de funérailles. Laquelle connut le plus grand chagrin ? L'une vit périr ses fils ; l'autre perdit son unique enfant, endurant de surcroît la honte qui s'attachait à un époux déshonoré. Cornelia vécut jusqu'à quatre-vingts ans ; Julia jusqu'à cinquante-neuf. Mais je suis ici pour honorer Julia, et non Cornelia. Julia des Julii Caesares, dont la lignée est la plus noble de toutes, car les dieux fondateurs de Rome s'y mêlent à ses premiers rois. Elle eut pour mère Marcia, fille cadette de Quintus Marcius Rex, augure descendant du quatrième souverain de Rome, Ancus Marcius, dont on se souvient chaque jour avec gratitude, car c'est lui qui offrit à la cité les fontaines de chaque place publique, de chaque carrefour. Elle eut pour père Caius Julius César, fils cadet de Sextus Julius César. Des patriciens de la tribu Fabia, descendants des rois d'Alba Longa, et de Julus, fils d'Enée, lui-même fils de la déesse Vénus. Dans les veines de Julia coulait donc le sang d'une divinité puissante, mais aussi celui de Mars et de Romulus – car qui était Rhea Silvia, la mère de Romulus et Remus ? Une Julia ! A dix-huit ans, ma tante épousa un homme que le dernier d'entre vous connaît et que beaucoup ici ont eu l'occasion de voir.
Elle épousa Caius Marius, sept fois consul, surnommé le Troisième Fondateur de Rome, vainqueur du roi numide Jugurtha, vainqueur des Germains, vainqueur des premières batailles livrées lors de la guerre contre les Italiques. Et jusqu'à la mort de ce grand homme, au faîte de son pouvoir, elle resta sa fidèle épouse, lui donnant un fils, Caius Marius le Jeune, qui fut premier consul de Rome à l'âge de vingt-six ans. Si la réputation de son époux, comme celle de son fils, ne sont pas restées sans tache, elle n'y est pour rien. Ce n'est pas de sa faute non plus si, victime de l'ostracisme, elle dut quitter la demeure où elle avait vécu vingt-huit ans durant pour aller s'installer, beaucoup plus modestement, en bordure du Quirinal, où le vent du nord souffle si fort. Ce n'est pas de sa faute si la Fortune ne lui laissa rien ou presque. Ce n'est pas de sa faute si elle est morte prématurément. Ce n'est pas de sa faute si l'on a interdit l'exposition des masques funéraires de son mari et de son fils. Je l'ai bien connue dès mon enfance, car je me suis occupé de Caius Marius pendant cette terrible année où sa seconde attaque fit de lui un infirme. Chaque jour je me rendais chez eux pour m'occuper de lui et recevoir les doux remerciements de ma tante.
J'avais pour elle un amour que jamais je n'ai eu pour aucune femme, car ma mère fut contrainte d'être aussi mon père et ne pouvait se permettre le luxe des caresses et des baisers, qui après tout ne sont pas du domaine d'un homme. Pour cela, j'avais ma tante Julia et, même si je dois vivre mille ans, jamais je n'oublierai aucun baiser, aucune caresse, aucun regard aimant venu de ses grands yeux gris. Et je te le dis, peuple de Rome : pleure-la ! Pleure son destin, pleure la tristesse imméritée de sa vie ! Pleure sur les destins de son époux et de son fils, dont je vous montre les imagines en cette morne journée. On me dit que je n'en ai pas le droit ; qu'on peut même me priver de mon rang, de ma citoyenneté, pour avoir exhibé ici deux images de cire peinte ! Je dirai donc que si cela est ordonné, si je dois être dépouillé de mon rang, de ma citoyenneté, qu'il en soit ainsi ! Car j'entends honorer ma tante comme elle doit l'être, j'entends honorer son dévouement aux Marii, père et fils ! Si je vous montre ces imagines, c'est en l'honneur de Julia, et je ne permettrai à aucun magistrat de cette ville de les ôter de son cortège funèbre ! Avance-toi, Caius Marius, avance-toi, Caius Marius le Jeune ! Honorez votre épouse et votre mère, Julia des Julii Caesares, fille de rois et de dieux !
La foule pleurait à chaudes larmes ; mais quand les acteurs portant les masques des deux Marius s'avancèrent pour s'incliner devant la dépouille, un murmure naquit, qui s'enfla et céda la place aux clameurs, avant d'exploser en hourras ! Hortensius et Metellus le Chevreau, qui suivaient la scène depuis les marches du Sénat, s'éclipsèrent, déconfits. Le crime de Caius Julius César ne pourrait être puni en justice : tout Rome l'approuvait du fond du coeur. ..."

Sources :

  • Suétone, Vie de César, VI :

    (1) Quaestor Iuliam amitam uxoremque Corneliam defunctas laudauit e more pro rostris.
    (2) Et in amitae quidem laudatione de eius ac patris sui utraque origine sic refert: "Amitae meae Iuliae maternum genus ab regibus ortum, paternum cum diis inmortalibus coniunctum est. Nam ab Anco Marcio sunt Marcii Reges, quo nomine fuit mater; a Venere Iulii, cuius gentis familia est nostra. est ergo in genere et sanctitas regum, qui plurimum inter homines pollent, et caerimonia deorum, quorum ipsi in potestate sunt reges."

    (1) Étant questeur, il fit, à la tribune aux harangues et selon l'usage reçu, l'éloge de sa tante Julie et de sa femme Cornélie, qui venaient de mourir.
    (2) Dans le premier, il établit ainsi la double origine de sa tante et celle de son propre père: "Par sa mère, ma tante Julie est issue des rois; par son père, elle se rattache aux dieux immortels. En effet, d'Ancus Marcius descendaient les Marcius Rex, dont le nom fut celui de sa mère; de Vénus descendent les Jules, dont la race est la nôtre. On voit donc unis dans notre famille et la majesté des rois, qui sont les maîtres des hommes, et la sainteté des dieux, qui sont les maîtres des rois eux-mêmes."

  • Plutarque, Vie de César, V :

    [5] Τοῦ δὲ δήμου πρώτην μὲν ἀπόδειξιν τῆς πρὸς αὐτὸν εὐνοίας ἔλαβεν, ὅτε πρὸς Γάϊον Ποπίλιον ἐρίσας ὑπὲρ χιλιαρχίας πρότερος ἀνηγορεύθη· δευτέραν δὲ καὶ καταφανεστέραν, ὅτε τῆς Μαρίου γυναικὸς Ἰουλίας ἀποθανούσης, ἀδελφιδοῦς ὢν αὐτῆς, ἐγκώμιόν τε λαμπρὸν ἐν ἀγορᾷ διῆλθε, καὶ περὶ τὴν ἐκφορὰν ἐτόλμησεν εἰκόνας Μαρίων προθέσθαι, τότε πρῶτον ὀφθείσας μετὰ τὴν ἐπὶ Σύλλα πολιτείαν, πολεμίων τῶν ἀνδρῶν κριθέντων. ἐπὶ τούτῳ γὰρ ἐνίων καταβοησάντων τοῦ Καίσαρος, ὁ δῆμος ἀντήχησε, λαμπρῷ δεξάμενος κρότῳ καὶ θαυμάσας ὥσπερ ἐξ Ἅιδου διὰ χρόνων πολλῶν ἀνάγοντα τὰς Μαρίου τιμὰς εἰς τὴν πόλιν. τὸ μὲν οὖν ἐπὶ γυναιξὶ πρεσβυτέραις λόγους ἐπιταφίους διεξιέναι πάτριον ἦν Ῥωμαίοις, 〈ἐπὶ〉 νέαις δ´ οὐκ ὂν ἐν ἔθει, πρῶτος εἶπε Καῖσαρ ἐπὶ τῆς ἑαυτοῦ γυναικὸς ἀποθανούσης. καὶ τοῦτ´ ἤνεγκεν αὐτῷ χάριν τινα καὶ συνεδημαγώγησε τῷ πάθει τοὺς πολλοὺς ὡς ἥμερον ἄνδρα καὶ περίμεστον ἤθους ἀγαπᾶν.

    [5] (1) César reçut une première marque de l'affection du peuple lorsqu'il se trouva en concurrence avec Caïus Pompilius, pour l'emploi de tribun des soldats ; il fut nommé le premier. (2) Il en eut une seconde encore plus grande quand, à la mort de la femme de Marius, dont il était le neveu, il prononça avec beaucoup d'éclat son oraison funèbre dans la place publique, et qu'il osa faire porter à son convoi les images de Marius, qui n'avaient pas encore paru depuis que Sylla, maître dans Rome, avait fait déclarer Marius et ses partisans ennemis de la patrie. (3) Quelques personnes s'étant récriées sur cette audace, le peuple s'éleva hautement contre elles, et par les applaudissements les plus prononcés témoigna son admiration pour le courage que César avait eu de rappeler, pour ainsi dire, des enfers les honneurs de Marius, ensevelis depuis si longtemps. (4) C'était, de toute ancienneté, la coutume des Romains de faire l'oraison funèbre des femmes qui mouraient âgées ; mais cet usage n'avait pas lieu pour les jeunes femmes. César fut le premier qui prononça celle de sa femme, morte jeune. (5) Cette nouveauté lui fit honneur, lui concilia la faveur publique, et le rendit cher au peuple, qui vit dans cette sensibilité une marque de ses moeurs douces et honnêtes. ...


3. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

Christian RUELL nous offre une nouvelle salve d'environnements hypertextes :

  • Cicéron, De l'invention, livre II [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Cicéron, Lettres à Quintus, livre III [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Commodien, Les Instructions, livre I [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Lactance, De l'ouvrage de Dieu, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Macrobe, Les Saturnales, livre II [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Macrobe, Les Saturnales, livre VI [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Tertullien, De la couronne du soldat, texte complet [Traduction française reprise au site TERTULLIAN.org]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


4. Didactique en langues anciennes & PALAMÈDE :

Nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie du numéro 9 de PALAMÈDE, Bulletin d'informations et d'échanges pédagogiques en langues anciennes.

Site de PALAMÈDE : version électronique

Sont disponibles en ligne sur la Toile : le sommaire ainsi que, comme convenu, une des contributions de ce numéro : Catherine LUDEWIG, La plus belle fille de Crotone

Le texte, qui a inspiré cette suggestion pédagogique est le suivant :

Cicéron, De l'invention, II, 1 :

[2,1] I. <1> Crotoniatae quondam, cum florerent omnibus copiis et in Italia cum primis beati numerarentur, templum Iunonis, quod religiosissime colebant, egregiis picturis locupletare uoluerunt. Itaque Heracleoten Zeuxin, qui tum longe ceteris excellere pictoribus existimabatur, magno pretio conductum adhibuerunt. Is et ceteras conplures tabulas pinxit, quarum nonnulla pars usque ad nostram memoriam propter fani religionem remansit, et, ut excellentem muliebris formae pulchritudinem muta in se imago contineret, Helenae pingere simulacrum uelle dixit; quod Crotoniatae, qui eum muliebri in corpore pingendo plurimum aliis praestare saepe accepissent, libenter audierunt. Putauerunt enim, si, quo in genere plurimum posset, in eo magno opere elaborasset, egregium sibi opus illo in fano relicturum. <2> Neque tum eos illa opinio fefellit. Nam Zeuxis ilico quaesiuit ab iis, quasnam uirgines formosas haberent. Illi autem statim hominem deduxerunt in palaestram atque ei pueros ostenderunt multos, magna praeditos dignitate. Etenim quodam tempore Crotoniatae multum omnibus corporum uiribus et dignitatibus antisteterunt atque honestissimas ex gymnico certamine uictorias domum cum laude maxima rettulerunt. Cum puerorum igitur formas et corpora magno hic opere miraretur: "Horum," inquiunt illi, "sorores sunt apud nos uirgines. Quare, qua sint illae dignitate, potes ex his suspicari." "Praebete igitur mihi, quaeso," inquit, "ex istis uirginibus formonsissimas, dum pingo id, quod pollicitus sum uobis, ut mutum in simulacrum ex animali exemplo ueritas transferatur." <3> Tum Crotoniatae publico de consilio uirgines unum in locum conduxerunt et pictori quam uellet eligendi potestatem dederunt. Ille autem quinque delegit; quarum nomina multi poetae memoriae prodiderunt, quod eius essent iudicio probatae, qui pulchritudinis habere uerissimum iudicium debuisset. Neque enim putauit omnia, quae quaereret ad uenustatem, uno se in corpore reperire posse ideo, quod nihil simplici in genere omnibus ex partibus perfectum natura expoliuit. Itaque, tamquam ceteris non sit habitura quod largiatur, si uni cuncta concesserit, aliud alii commodi aliquo adiuncto incommodo muneratur.

[2,1] I. Crotone, célèbre par son opulence, et regardée comme une des plus heureuses villes d'Italie, voulut jadis orner de peintures excellentes le temple de Junon, sa divinité tutélaire. On fit venir à grands frais Zeuxis d'Héraclée, regardé comme le premier peintre de son siècle. Après avoir peint plusieurs tableaux, dont le respect des peuples pour ce temple a conservé une partie jusqu'à nos jours, l'artiste, pour donner dans un tableau le modèle d'une beauté parfaite, résolut de faire le portrait d'Hélène. Ce projet flatta les Crotoniates qui avaient entendu vanter le talent singulier de Zeuxis pour peindre les femmes; et ils pensèrent que s'il voulait développer tous ses moyens et tout son talent, dans un genre où il excellait, il ne pouvait manquer d'enrichir leur temple d'un chef-d'oeuvre. Leur attente ne fut point trompée. D'abord Zeuxis demanda s'ils avaient de jeunes vierges remarquables par leur beauté. On le conduisit aussitôt au gymnase, où il vit, dans un grand nombre de jeunes gens, la figure la plus noble et les plus belles proportions : car il fut un temps où les Crotoniates se distinguèrent par leur vigueur, par l'élégance et la beauté de leurs formes, et remportèrent les victoires les plus éclatantes et les plus glorieuses dans les combats gymniques. Comme il admirait les grâces et la beauté de toute cette jeunesse : Nous avons leurs soeurs, vierges encore, lui dit-on; ce que vous voyez peut vous donner une idée de leurs charmes. -- Que l'on me donne les plus belles pour modèles dans le tableau que je vous ai promis, s'écria l'artiste, et l'on trouvera dans une image muette toute la vérité de la nature. Alors un décret du peuple rassembla dans un même lieu toutes les jeunes vierges, et donna au peintre la liberté de choisir parmi elles. Il en choisit cinq; les poètes se sont empressés de nous transmettre les noms de celles qui obtinrent le prix de la beauté, au jugement d'un artiste qui devait savoir si bien l'apprécier. Zeuxis ne crut donc pas pouvoir trouver réunies dans une seule femme toutes les perfections qu'il voulait donner à son Hélène. En effet, la nature en aucun genre ne produit rien de parfait : elle semble craindre d'épuiser ses perfections en les prodiguant à un seul individu, et fait toujours acheter ses faveurs par quelque disgrâce.


Jean Schumacher
15 novembre 2010


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002