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Date :     22-10-2010

Sujets :
Lecture : Crassus et la décimation (C. McCULLOUGH) ; FEC (Folia Electronica Classica) : une avalanche de contributions nouvelles ; Pédagogie en langues anciennes : PALAMÈDE est parmi nous ; Lecture : Pour les athlètes, les fatigues et les blessures importent peu ! ; Outil TICE : Le LEXIQUE grec-français ; ITINERA ELECTRONICA : 9 nouveaux environnements hypertextes : Cassiodore, Tertullien (x 5), Palladius, Publius Syrus (x 2) ;

Notice :

1. Lecture : Crassus et la décimation (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La colère de Spartacus
Tome IV de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : Caesar's Women (1995)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions de l'Archipel, Paris, 1997, 395 pp.

Extrait : p. 282 - 285 :

" ... Sur ce, le général congédia son état-major, dont les membres sortirent de la tente sans trouver un mot à se dire. La décimation !
A l'aube, les six légions de Crassus furent rassemblées, l'une à côté de l'autre, formant les rangs ; face à elles, répartis en dix rangées de sept cent cinquante hommes chacune, les soldats qui seraient décimés. Mummius avait travaillé fiévreusement toute la nuit, afin de déterminer la procédure la plus simple et la plus rapide, qui s'appuierait sur chaque décurie de dix hommes.
Les survivants des quinze cohortes restèrent immobiles, en tunique et en sandales, mais chacun d'eux tenait un gourdin en main et avait reçu un numéro, compris entre un et dix, pour le tirage au sort. On les avait traités de lâches et ils se comportaient comme tels : tous tremblaient, les visages reflétaient l'épouvante, la sueur coulait sur les fronts en dépit de la froideur glacée de l'aube.
– Les pauvres ! dit César à un autre tribun militaire, Caius Popillius. Je ne sais pas ce qui les épouvante le plus : la pensée d'être celui qui va mourir, ou celle d'être un des neuf qui vont tuer le dixième. Ils ne sont pas doués pour la guerre.
– Ils sont trop jeunes.
– D'ordinaire, c'est un avantage, répondit César, qui ce matin-là portait sa toge de pontife, superbe vêtement entièrement composé de larges bandes de couleur alternativement écarlates et pourpres. Qu'est-ce qu'on peut savoir à dix-sept ou dix-huit ans ? Ils n'ont ni femme ni enfant dont ils devraient se préoccuper. La jeunesse est turbulente, toujours en quête d'exutoires à sa violence impulsive. Mieux vaut la bataille que le vin, les femmes et les querelles de taverne ! Par le combat, ils se rendent au moins utiles à l'État.
– Tu es très dur !
– Pas du tout ! Je suis simplement un homme pratique.
Crassus était prêt à agir. César s'avança vers l'endroit où se tiendrait le rituel, un pli de sa toge lui couvrant la tête. Chaque légion avait son prêtre et son augure, et c'est l'un de ceux-ci qui examina le foie du taurillon noir. La décimation relevant toutefois du seul imperium d'un général proconsulaire, il fallait une autorité religieuse de rang plus élevé ; c'est pourquoi César dut confirmer les observations de l'augure. Puis, après avoir annoncé d'une voix forte que Jupiter Stator, Sol Indiges et Bellone acceptaient le sacrifice, il prononça les prières mettant un terme à la cérémonie.
Ensuite, il eut un hochement de tête à l'adresse de Crassus pour lui signaler qu'il pouvait commencer.
Ainsi assuré de l'approbation divine, Crassus prit la parole du haut d'un tribunal dressé à côté des cohortes, qu'il occupait avec ses légats. César, prêtre officiant, était le seul tribun militaire à s'y tenir ; les autres étaient rassemblés autour d'une table au milieu de l'espace séparant les légions de vétérans et les cohortes qu'on allait décimer, car ils seraient chargés des tirages au sort.
– Légats, tribuns, cadets, centurions, hommes du rang, s'écria Crassus d'une voix aiguë et forte, vous êtes rassemblés ici aujourd'hui pour assister à un châtiment si rare et si sévère qu'il s'est passé bien des générations depuis qu'on l'a appliqué pour la dernière fois. La décimation est réservée aux soldats qui se sont révélés indignes d'appartenir aux légions romaines, qui ont déserté les aigles de la manière la plus impardonnable. J'ai ordonné que les quinze cohortes ici présentes en tunique soient décimées, et ce pour une excellente raison : depuis qu'elles ont été intégrées dans l'armée, au début de cette année, elles ont fui à plusieurs reprises les champs de bataille où on leur demandait de combattre. Lors de leur dernière débâcle, elles ont commis le pire des crimes : elles ont abandonné sur le terrain leurs armes et leurs armures, dont l'ennemi pourra faire usage. Aucun de leurs membres ne mérite de survivre, mais mon pouvoir ne me permet pas de faire exécuter tout le monde. C'est la prérogative du Sénat, et de lui seul. J'exercerai donc mon droit, en tant que commandant en chef proconsulaire, de décimer leurs rangs, en espérant que ce faisant, j'inspirerai à ceux qui survivront la volonté de combattre à l'avenir en véritables soldats romains – et pour montrer aux autres, mes fidèles et dévoués subordonnés, que je ne tolérerai la couardise sous aucun prétexte ! Et que tous nos dieux me soient témoins que j'espère venger ainsi l'honneur et le nom de chaque légionnaire romain !
Crassus atteignait sa péroraison ; César se tendit. Si les hommes des six légions poussaient des hourras, cela signifiait que le général avait l'approbation de l'armée ; s'ils restaient silencieux, il pouvait s'attendre à une mutinerie à plus ou moins long terme. Personne n'aimait la décimation ; c'est bien pourquoi aucun commandant en chef n'y recourait jamais. Crassus, si sagace en affaires et en politique, ferait-il preuve du même flair face aux vétérans ?
Les six légions l'acclamèrent du fond du coeur. Examinant Crassus de près, César le vit se détendre imperceptiblement : même lui avait douté !
Les tirages au sort commencèrent. Il y avait sept cent cinquante décuries : il y aurait donc autant de morts. Crassus et Mummius avaient réussi à accélérer un peu la procédure, forcément très longue, grâce à une excellente organisation. Sept cent cinquante tablettes s'entassèrent dans un énorme panier; soixante-quinze portaient le chiffre I, autant le chiffre II, et ainsi de suite jusqu'à X. Elles y furent jetées au hasard, puis longuement mêlées. Un tribun militaire, Caius Popillius, avait été chargé de compter soixante-quinze de ces petits carrés de bois de cinq centimètres de côté, puis de les verser dans dix paniers plus petits, chaque autre tribun s'en voyant remettre un dont il distribuerait le contenu.
Cela expliquait pourquoi les cohortes condamnées à la décimation avaient été réparties en dix rangées bien alignées, dont chacune comptait soixante-quinze décuries. Chaque tribun allait simplement d'un bout de sa rangée à l'autre, s'arrêtant devant chaque décurie, sortant une tablette de son panier, puis annonçant à voix haute le chiffre qu'elle portait. L'homme ainsi tiré au sort sortait des rangs ; il n'y avait plus qu'à passer à la décurie suivante.
Le massacre commençait aussitôt – au demeurant dans un ordre méticuleux. Les centurions des six légions de Crassus, qui ne connaissaient aucun des condamnés, avaient été chargés de superviser les exécutions. Leurs confrères des quinze cohortes avaient presque tous péri ; les survivants n'avaient pas été exemptés du châtiment et se mêlaient aux hommes du rang. Le malheureux désigné par le sort devait être mis à mort par les neuf autres de sa décurie, armés de gourdins. De cette manière, personne n'échappait à la souffrance, celui qui mourait comme les neuf qui survivaient. Les centurions chargés de veiller à l'application de la peine savaient comment s'y prendre : «Toi, agenouille-toi et ne bouge plus ! disaient-ils. Et vous, ajoutaient-ils à l'adresse des autres, cognez pour tuer. » Les neuf graciés étaient alors contraints de frapper de leurs gourdins le crâne de leur camarade. Une telle méthode empêchait au moins un excès de cruauté superflue. Mais aucun des exécutants n'avait évidemment envie de tuer : leurs coups n'étaient donc pas tous mortels, certains manquaient même entièrement leur cible. Les centurions continuèrent pourtant d'aboyer, d'aboyer, d'aboyer qu'il fallait frapper fort et juste, et, à mesure qu'ils s'avançaient parmi les décuries, le processus se fit plus rapide et plus efficace. Tel est le pouvoir de la répétition quand elle se combine à la résignation.
Il fallut treize heures pour en finir ; les derniers moments se déroulèrent à la lueur des torches. Crassus congédia son armée, exténuée d'avoir dû attendre, sans bouger, que le dernier homme fût mort. Les sept cent cinquante corps furent répartis sur trente bûchers funéraires et incinérés ; leurs cendres ne seraient pas envoyées à leurs familles, mais jetées dans les latrines du camp. Les testaments des condamnés seraient annulés ; le Trésor saisirait le peu qu'ils pouvaient avoir d'argent et de biens, de manière à rembourser les armes, les casques, les cottes de maille, les boucliers, abandonnés dans leur fuite.
Aucun de ceux qui avaient assisté à cette décimation – la première depuis de longues années – n'y resta insensible ; ses effets furent profonds sur presque tous. Ceux qui y avaient survécu oublièrent leur terreur, ravalèrent leur orgueil, pour s'efforcer frénétiquement de devenir de véritables légionnaires, comme Crassus l'avait exigé. ..."

Sources :

  • Plutarque, Vie de Crassus, ch. X :

    [10] Ταῦθ´ ἡ βουλὴ πυθομένη, τοὺς μὲν ὑπάτους πρὸς ὀργὴν ἐκέλευσεν ἡσυχίαν ἄγειν, Κράσσον δὲ τοῦ πολέμου στρατηγὸν εἵλετο, καὶ πολλοὶ διὰ δόξαν αὐτῷ καὶ φιλίαν συνεστράτευον τῶν ἐπιφανῶν. αὐτὸς μὲν οὖν ὑπέμεινε πρὸ τῆς Πικηνίδος, ὡς τὸν Σπάρτακον ἐκεῖ φερόμενον δεξόμενος, Μόμμιον δὲ πρεσβευτὴν ἄγοντα δύο τάγματα κύκλῳ περιέπεμψεν, ἕπεσθαι κελεύσας τοῖς πολεμίοις, μὴ συμπλέκεσθαι δὲ μηδ´ ἁψιμαχεῖν. ὁ δ´ ἅμα τῷ πρῶτον ἐπ´ ἐλπίδος γενέσθαι μάχην θέμενος, ἡττήθη, καὶ πολλοὶ μὲν ἔπεσον, πολλοὶ δ´ ἄνευ τῶν ὅπλων φεύγοντες ἐσώθησαν. ὁ δὲ Κράσσος αὐτόν τε τὸν Μόμμιον ἐδέξατο τραχέως, καὶ τοὺς στρατιώτας ὁπλίζων αὖθις, ἐγγυητὰς ᾔτει τῶν ὅπλων ὅτι φυλάξουσι, πεντακοσίους δὲ τοὺς πρώτους καὶ μάλιστα {τοὺς} τρέσαντας εἰς πεντήκοντα διανείμας δεκάδας, ἀφ´ ἑκάστης ἀπέκτεινεν ἕνα τὸν κλήρῳ λαχόντα, πάτριόν τι τοῦτο διὰ πολλῶν χρόνων κόλασμα τοῖς στρατιώταις ἐπαγαγών. καὶ γὰρ αἰσχύνη τοῦ θανάτου τῷ τρόπῳ πρόσεστι, καὶ δρᾶται πολλὰ φρικώδη καὶ σκυθρωπὰ περὶ τὴν κόλασιν, ἁπάντων θεωμένων.

    [10] Le sénat, indigné contre les consuls, leur envoya l'ordre de déposer le commandement, et nomma Crassus pour continuer la guerre. Un grand nombre de jeunes gens des premières familles le suivirent, attirés par sa réputation et par l'amitié qu'ils lui portaient. Crassus alla camper dans le Picénum, pour y attendre Spartacus qui dirigeait sa marche vers cette contrée ; il ordonna à son lieutenant Mummius de prendre deux légions et de faire un grand circuit pour suivre seulement l'ennemi, avec défense de le combattre, ou même d'engager aucune escarmouche. Mais Mummius, à la première lueur d'espérance qu'il vit briller, présenta la bataille à Spartacus, qui le battit et lui tua beaucoup de monde : le reste des troupes ne se sauva qu'en abandonnant ses armes. Crassus, après avoir traité durement Mummius, donna d'autres armes aux soldats et leur fit prendre l'engagement de les garder plus fidèlement que les premières. Prenant ensuite les cinq cents d'entre eux, qui, se trouvant à la tête des bataillons, avaient donné l'exemple de la fuite, il les partagea en cinquante dizaines, les fit tirer au sort, et punit du dernier supplice celui de chaque dizaine sur qui le sort était tombé. Il remit ainsi en vigueur une punition anciennement usitée chez les Romains et interrompue depuis longtemps. L'ignominie attachée à ce genre de mort, qui s'exécute en présence de toute l'armée, rend cette punition plus sévère et plus terrible pour les autres.

  • Suétone, Vie d'Auguste, XXIV :

    ... (4) Decimam legionem contumacius parentem cum ignominia totam dimisit, item alias immodeste missionem postulantes citra commoda emeritorum praemiorum exauctorauit. Cohortes, si quae cessissent loco, decimatas hordeo pauit.
    (5) Centuriones statione deserta, itidem ut manipulares, capitali animaduersione puniit, pro cetero delictorum genere uariis ignominis adfecit, ut stare per totum diem iuberet ante praetorium, interdum trunicatos discinctosque, nonnumquam cum decempedis, uel etiam cespitem portantes.

    ... (4) Il [Auguste] licencia ignominieusement la dixième légion qui s'était mutinée. Il donna le congé à d'autres qui le demandaient avec insolence, sans leur accorder les récompenses assurées aux vétérans. Il décima des cohortes qui avaient lâché pied, et les nourrit d'orge.
    (5) Il punit de mort des centurions, comme de simples soldats, pour avoir quitté leur poste. Il appliquait aux autres délits diverses peines infamantes : tantôt il condamnait les coupables à rester debout, toute la journée, devant la tente du général, en tunique flottante; tantôt il leur mettait à la main une toise ou une touffe de gazon.

  • Suétone, Vie de Caligula, XLVIII :

    (1) Prius quam prouincia decederet, consilium iniit nefandae atrocitatis legiones, quae post excessum Augusti seditionem olim mouerant, contrucidandi, quod et patrem suum Germanicum ducem et se infantem tunc obsedissent, uixque a tam praecipiti cogitatione reuocatus, inhiberi nullo modo potuit quin decimare uelle perseueraret.
    (2) Vocatas itaque ad contionem inermes, atque etiam gladiis depositis, equitatu armato circumdedit.
    (3) Sed cum uideret suspecta re plerosque dilabi ad resumenda si qua uis fieret arma, profugit contionem confestimque urbem petit, deflexa omni acerbitate in senatum, cui ad auertendos tantorum dedecorum rumores palam minabatur, querens inter cetera fraudatum se iusto triumpho, cum ipse paulo ante, ne quid de honoribus suis ageretur, etiam sub mortis poena denuntiasset.

    (1) Avant de quitter les Gaules, il [Caligula] conçut un projet d'une atrocité abominable; c'était de massacrer les légions qui autrefois s'étaient révoltées après la mort d'Auguste, parce qu'elles avaient tenu assiégé son père Germanicus, qui les commandait, et lui-même, qui alors était enfant. On eut beaucoup de peine à le faire revenir d'un aussi aveugle dessein. Il n'en persista pas moins à vouloir les décimer.
    (2) Il les assembla donc sans armes, même sans épées, et les fit cerner par sa cavalerie.
    (3) Mais voyant que les soldats se doutaient de son projet, et que la plupart s'échappaient pour reprendre leurs armes et résister à la violence, il prit la fuite, et revint aussitôt à Rome, reportant toute sa rancune sur le sénat, qu'il menaça publiquement, afin de détourner l'effet de bruits si déshonorants pour lui. Il se plaignait, entre autres choses, qu'on ne lui eût pas décerné le triomphe qu'il méritait, oubliant qu'il avait défendu, peu de temps auparavant, sous peine de mort, que l'on parlât jamais de lui rendre aucun honneur.

  • Polybe, Histoire, VI, 38 :

    [6,38] Ἐὰν δέ ποτε ταὐτὰ ταῦτα περὶ πλείους συμβῇ γενέσθαι καὶ σημαίας τινὰς ὁλοσχερῶς πιεσθείσας λιπεῖν τοὺς τόπους, τὸ μὲν ἅπαντας ξυλοκοπεῖν ἢ φονεύειν ἀποδοκιμάζουσι, λύσιν δὲ τοῦ πράγματος εὑρίσκονται συμφέρουσαν ἅμα καὶ καταπληκτικήν. συναθροίσας γὰρ τὸ στρατόπεδον ὁ χιλίαρχος καὶ προαγαγὼν εἰς (μέσον) τοὺς λελοιπότας, κατηγορεῖ πικρῶς, καὶ τὸ τέλος ποτὲ μὲν πέντε, ποτὲ δ´ ὀκτώ, ποτὲ δ´ εἴκοσι, τὸ δ´ ὅλον πρὸς τὸ πλῆθος αἰεὶ στοχαζόμενος, ὥστε δέκατον μάλιστα γίνεσθαι τῶν ἡμαρτηκότων, τοσούτους ἐκ πάντων κληροῦται τῶν ἀποδεδειλιακότων, καὶ τοὺς μὲν λαχόντας ξυλοκοπεῖ κατὰ τὸν ἄρτι ῥηθέντα λόγον ἀπαραιτήτως, τοῖς δὲ λοιποῖς τὸ μέτρημα κριθὰς δοὺς ἀντὶ πυρῶν ἔξω κελεύει τοῦ χάρακος καὶ τῆς ἀσφαλείας ποιεῖσθαι τὴν παρεμβολήν. λοιπὸν τοῦ μὲν κινδύνου καὶ φόβου τοῦ κατὰ τὸν κλῆρον ἐπ´ ἴσον ἐπικρεμαμένου πᾶσιν, ὡς ἂν ἀδήλου τοῦ συμπτώματος ὑπάρχοντος, τοῦ δὲ παραδειγματισμοῦ (τοῦ) κατὰ τὴν κριθοφαγίαν ὁμοίως συμβαίνοντος περὶ πάντας, τὸ δυνατὸν ἐκ τῶν ἐθισμῶν εἴληπται καὶ πρὸς κατάπληξιν καὶ διόρθωσιν τῶν συμπτωμάτων.

    [6,38] XXXVIII. — Si la même faute est commise par plusieurs hommes à la fois ou si un manipule tout entier a lâché pied sous la pression de l'ennemi, comme on ne peut pas bâtonner ou tuer tout le monde, on a recours à une mesure efficace et terrible. Le tribun rassemble la légion, fait avancer les coupables, leur adresse une sévère réprimande, puis tire au sort cinq, huit ou vingt de ces lâches, selon leur nombre, mais de façon à en prendre toujours environ un sur dix. Ceux qui sont désignés sont bâtonnés rigoureusement, de la façon que j'ai indiquée ci-dessus ; quant aux autres, ils ne touchent que de l'orge au lieu de blé et vont bivouaquer en dehors des retranchements, sans aucune protection. Comme la même menace est alors suspendue sur toutes les têtes et que tous ont, dans l'incertitude de ce qui les attend, les mêmes raisons de trembler, comme tous, d'autre part, subissent également l'affront de n'avoir que de l'orge à manger, c'est, de tous les moyens légaux, le plus capable d'effrayer les soldats et de les inciter à réparer leurs torts.

  • Tite-Live, L'Histoire romaine, II, 59 :

    ... (7) Cum maxime agmen e castris explicaretur, Volsci, ut eodem signo excitati, nouissimos adoriuntur. A quibus perlatus ad primos tumultus eo pauore signaque et ordines turbauit, ut neque imperia exaudiri neque instrui acies posset. Nemo uuius nisi fugae memor. (8) Ita effuso agmine per stragem corporum armorumque euasere, ut prius hostis desisteret sequi quam Romanus fugere. (9) Tandem collectis ex dissipato cursu militibus consul, cum reuocando nequiquam suos persecutus esset, in pacato agro castra posuit; aduocataque contione inuectus haud falso in proditorem exercitum militaris disciplinae, desertorem signorum, (10) ubi signa, ubi arma essent, singulos rogitans, inermes milites, signo amisso signiferos, (11) ad hoc centuriones duplicariosque, qui reliquerant ordines, uirgis caesos securi percussit; cetera multitudo sorte decumus quisque ad supplicium lecti.

    ... (7) Au moment où l'armée se déployait hors du camp, les Volsques, comme appelés par le même signal, viennent tomber sur l'arrière-garde. Le désordre gagne les têtes de colonne; les rangs, les corps, tout se confond; on n'entend plus les commandements, on ne peut se former en bataille. Chacun ne songe qu'à fuir; (8) toute l'armée débandée s'échappe à travers des monceaux d'armes et de cadavres : et tel est son effroi, que l'ennemi se lassa de poursuivre avant qu'on cessât de fuir. (9) Enfin, le consul parvient à réunir les débris épars de ses troupes qu'il a vainement poursuivies pour les arrêter dans leur fuite, et va camper hors du territoire ennemi. Là, il assemble l'armée, s'emporte avec raison contre une armée qui a lâchement trahi la discipline militaire, abandonné les aigles, (10) et demande à chaque soldat désarmé ce qu'il a fait de ses armes, à chaque porte-enseigne ce qu'il a fait de son étendard. (11) Bien plus, les centurions et les duplicaires qui ont quitté les rangs sont battus de verges et frappés de la hache; le reste de l'armée est décimé, et le sort désigne les victimes.

  • Denys d'Halicarnasse, Les Antiquités romaines, IX, 50 :

    ... ὥστε ὁ Ἄππιος ἠναγκάσθη ἀπάγειν τὸν στρατὸν ἐκ τῆς πολεμίας, καὶ οἱ Οὐολοῦσκοι ἀπιοῦσιν ἑπόμενοι πολλοὺς αὐτῶν ἀπέκτειναν. ὡς δ´ ἐν τῇ φιλίᾳ ἐγένοντο, συναγαγὼν εἰς ἐκκλησίαν αὐτοὺς ὁ ὕπατος καὶ πολλὰ ὀνειδίσας ἔφη χρήσεσθαι τῇ κατὰ τῶν λιποτακτῶν κολάσει. καὶ πολλὰ δεομένων τῶν πρεσβευτῶν καὶ τῶν ἄλλων τῶν ἐν τέλει μετριάσαι, καὶ μὴ συμφορὰν ἐπὶ συμφορᾷ προσθεῖναι τῇ πόλει, λόγον οὐδενὸς αὐτῶν ποιησάμενος ἐκύρωσε τὴν κόλασιν. καὶ μετὰ τοῦθ´ οἱ λοχαγοί τε, ὧν οἱ λόχοι ἔφυγον, καὶ οἱ πρόμαχοι τῶν σημείων, ὅσοι τὰ σημεῖα ἀπολωλέκεσαν, οἱ μὲν πελέκει τοὺς αὐχένας ἀπεκόπησαν, οἱ δὲ ξύλοις παιόμενοι διεφθάρησαν· ἐκ δὲ τοῦ ἄλλου πλήθους ἀπὸ δεκάδος ἑκάστης εἷς ἀνὴρ ὁ λαχὼν κλήρῳ πρὸ τῶν ἄλλων ἀπέθνησκεν. αὕτη Ῥωμαίοις πάτριός ἐστι κατὰ τῶν λιπόντων τὰς τάξεις ἢ προεμένων τὰς σημαίας ἡ κόλασις.

    XXIV. Appius fut donc contraint de se retirer des terres de l'ennemi. Les Volsques se mirent à ses trousses,, et lui tuèrent beaucoup de monde. Le consul arrivé sur les terres de la république, assemble ses soldats, leur reproche leur lâcheté et proteste qu'il va les punir comme déserteurs. En vain les plus anciens et les premiers officiers le conjurent de modérer sa colère pour ne pas ajouter mal sur mal : il n'écoute que ses ressentiments et ordonne la punition sans avoir égard, à leurs prières. Aussitôt les capitaines dont les compagnies avaient pris la fuite et les enseignes qui avaient perdu leurs étendards, furent condamnés à mort: les uns eurent la tête tranchée, les autres expirèrent sous les coups de bâton. A l'égard du reste des troupes; il les fit décimer : de chaque dizaine de soldats, celui sur qui le sort tomba, fut conduit au supplice et paya pour les autres. C'est la punition ordinaire chez les Romains, pour ceux qui ont quitté leur rang ou perdu leurs drapeaux.


2. FEC (Folia Electronica Classica) : une avalanche de contributions nouvelles :

Jacques POUCET, le directeur (oh combien dynamique !) de cette revue électronique en accès libre sur la Toile, nous présente lui-même les nouveaux articles parus dans cette revue :

Les Folia Electronica Classica (FEC), la revue électronique louvaniste consacrée à l'antiquité classique, a entamé en 2010 sa dixième année d'existence.

On trouvera ci-dessous la Table des Matières de son fascicule 19 (janvier-juin 2010) :

Ovide

La métamorphose ou les ondoyances du mythe. Du bon usage d'Ovide, par Paul-Augustin Deproost (html, 111 K) (inédit)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/Metamorphose.html

Droit athénien

Arbitraire et droit dans l'Athènes antique, par Drieu Godefridi (pdf, 98 K) (inédit)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/athenes.pdf

Anthropologie et histoire des religions

Le principal ingrédient de la cuisine du sacrifice grec... en France. Présence et importance du Saggio sul misticismo greco de Dario Sabbatucci dans les études de Marcel Detienne et de Jean-Pierre Vernant, par Alessandro Testa (pdf, 333 K) (inédit)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/Principal.pdf

Aristote

Aristote au miroir médiéval. II. Un imaginaire malicieux, par Marie-Paule Loicq-Berger (html 53 K, sans les illustrations) (inédit)
        http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/Aristote2/miroir2.htm

Christianisme et paganisme au IVe siècle

Autour du « Carmen contra Paganos », par Anne-Marie Boxus et Jacques Poucet (inédit)

Accueil (html, 6 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/CCP/00Accueil.htm
Présentation générale (html, 30 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/CCP/01Intro.htm
Texte latin et traduction française (html, 53 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/CCP/02Text.htm
Amorce de commentaire (html, 196 k)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/CCP/03Comm.htm
Bibliographie sélective (html, 33 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/CCP/Biblio.htm

Mythe, littérature et genre littéraire

Le mythe et les genres littéraires. Aspects théoriques, par Martin Degand (pdf, 226 K) (inédit)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/19/Degand.pdf

 

Quant au fascicule 20 (juillet-décembre 2010), toujours en cours d'élaboration, il propose déjà les articles suivants :

Sur le comparatisme dumézilien dans le monde samnite

Le culte des Samnites à la lumière de la comparaison indo-européenne. Une interprétation relative aux nouvelles découvertes archéologiques de Pietrabbondante, par Alessandro Testa (pdf, 1225 K, avec les illustrations)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Testa/Samnites.pdf

Sur la fin de la République romaine

L'interregnum de 55 av. J.-C. d'après Dion Cassius (XXXIX, 27-31) et l'inscription C.I.L., I2, I, p. 201, par Laurent Gohary (pdf, 500 K)
(à paraître dans la Revue Belge de Philologie et d'Histoire)

    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/Gohary/Interregnum.pdf

Sur Cicéron et la philosophie

Introduction à la philosophie de Cicéron, par Stéphane Mercier (inédit)

Page d'accueil (html, 8 K)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/INTCIC/Accueil.htm
I. Portée et limites de la connaissance humaine (pdf, 208 K)
     http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/INTCIC/Intro-1.pdf
II. La vertu comme conformité à la nature
(pdf, 205 K)
      http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/20/INTCIC/Intro-2.pdf
III. La cohére


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002