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Date :     01-10-2010

Sujets :
Lecture : Sertorius et le faon blanc (C. McCULLOUGH) ; Lecture : Une fable attribuée à Ésope : La grue et le renard ; Lecture : Guillaume de Tyr, L'Histoire des Croisades livre I, préface : Du devoir de l'historien ; Didactique : L'ardoise virtuelle, un outil de communication ; ITINERA ELECTRONICA : 9 nouveaux environnements hypertextes : Bocacce, Cicéron (x 2), Pétrarque (x 6) ;

Notice :

1. Lecture : Sertorius et le faon blanc (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La colère de Spartacus
Tome IV de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : Caesar's Women (1995)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions de l'Archipel, Paris, 1997, 395 pp.

Extrait : p. 106-108

" ... La réunion prit fin, et Sertorius s'en fut nourrir son faon blanc. L'animal, que la couleur de son pelage semblait doter de pouvoirs magiques, avait pris une importance énorme aux yeux des partisans hispaniques de Sertorius : ils voyaient en lui la preuve des pouvoirs magiques, confiés par les dieux, dont disposait leur général. Celui-ci n'avait rien perdu, au fil des années, de ses pouvoirs sur les bêtes sauvages, et quand, pour la seconde fois, il parvint en Hispanie, il était parfaitement conscient de l'effet qu'avait sur les peuples locaux sa capacité à faire venir les animaux vers lui d'un simple claquement de doigts. Le faon blanc, qui apparemment n'avait plus de mère, était venu à lui voilà deux ans, sortant des montagnes du centre du pays, minuscule et timide : ébloui par sa beauté, Sertorius s'était jeté à genoux sans réfléchir, pour lui passer les bras autour du cou et le réconforter. Les Hispaniques qui l'entouraient, cependant, avaient eu des murmures craintifs et, à partir de ce jour, l'avaient regardé d'un oeil tout autre. Ils étaient en effet convaincus que le faon blanc était l'incarnation de leur principale déesse, qui témoignait ainsi sa faveur à Sertorius et l'élevait au-dessus de tous les autres. Et il le savait, puisqu'il s'était agenouillé pour l'adorer humblement.

Depuis, le faon blanc ne l'avait plus quitté : il le suivait comme un chien. Sertorius était le seul à pouvoir l'approcher. Plus surprenant encore – encore un signe magique ! – il n'avait jamais grandi, restant un petit animal qui gambadait autour de son maître en réclamant des caresses, dormait à côté de son lit sur une peau de mouton et l'accompagnait même quand Sertorius était en campagne. Pendant les batailles, il l'attachait à un piquet dans un endroit sûr, car, sinon, l'animal aurait cherché à le rejoindre dans la mêlée, et il ne pouvait se permettre de le voir mourir : ses troupes le croiraient abandonné par la déesse. A la vérité, Sertorius lui-même avait commencé à penser que le faon blanc était bel et bien un signe de la faveur divine ; il en était de plus en plus convaincu.

L'animal vint vers lui, avide de caresses. Il s'agenouilla, passa les bras autour de la forme frémissante, posa les lèvres sur sa tête luisante et douce, tandis que de la main il lui tirait l'oreille : le faon adorait cela. Quand Sertorius conférait avec ses légats, il le tenait toujours à l'écart : aussi l'animal était-il tout triste, certain d'avoir offensé son maître. Il l'accueillait donc dans une frénésie de remords et de contrition qu'il fallait récompenser par des caresses et des mots tendres : ce n'est qu'ensuite qu'il consentait à manger. Il est peut-être compréhensible que Sertorius ait pensé plus souvent à lui qu'à son épouse et à leur fils. Sa mère était la seule qu'il aimât plus que le faon, et il ne l'avait pas revue depuis sept ans. ..."

Sources :

  • Aulu-Gelle, Les Nuits attiques, XV, 22 :

    [15,22] CAPITVLVM XXII : Historia de Sertorio, egregio duce, deque astu eius commenticiisque simulamentis, quibus ad barbaros milites continendos conciliandosque sibi utebatur. (1) Sertorius, uir acer egregiusque dux, et utendi regendique exercitus peritus fuit. Is in temporibus difficillimis et mentiebatur ad milites, si mendacium prodesset, et litteras compositas pro ueris legebat et somnium simulabat et falsas religiones conferebat, si quid istae res eum apud militum animos adiutabant. (2) Illud adeo Sertorii nobile est: (3) Cerua alba eximiae pulchritudinis et uiuacissimae celeritatis a Lusitano ei quodam dono data est. (4) Hanc sibi oblatam diuinitus et instinctam Dianae numine conloqui secum monereque et docere, quae utilia factu essent, persuadere omnibus instituit ac, si quid durius uidebatur, quod imperandum militibus foret, a cerua sese monitum praedicabat. Id cum dixerat, uniuersi tamquam si deo libentes parebant. (5) Ea cerua quodam die, cum incursio esset hostium nuntiata, festinatione ac tumultu consternata in fugam se prorupit atque in palude proxima delituit et postea requisita perisse creditast. (6) Neque multis diebus post inuentam esse ceruam Sertorio nuntiatur. (7) Tum, qui nuntiauerat, iussit tacere ac, ne cui palam diceret, interminatus est praecepitque, ut eam postero die repente in eum locum, in quo ipse cum amicis esset, inmitteret. Admissis deinde amicis postridie uisum sibi esse ait in quiete ceruam, quae perisset, ad se reuerti et, ut prius consuerat, quod opus esset facto, praedicere; (8) tum seruo, quod imperauerat, significat, cerua emissa in cubiculum Sertorii introrupit, clamor factus et orta admiratio est. Eaque hominum barbarorum credulitas Sertorio in magnis rebus magno usui fuit. (9) Memoriae proditum est ex his nationibus, quae cum Sertorio faciebant, cum multis proeliis superatus esset, neminem umquam ab eo desciuisse, quamquam id genus hominum esset mobilissimum.

    [15,22] XXII. Trait de la vie de Sertorius ; son habileté, ses ruses et ses artifices pour s'attacher les soldats barbares. Sertorius fut homme actif, général distingué, habile à manier et à régir une armée. Dans les conjonctures difficiles, il mentait à ses soldats, s'il y avait utilité à mentir ; il leur lisait des lettres, imaginait des songes, de fausses inspirations, quand les expédients lui semblaient propres à agir sur l'esprit des soldats. Voici un trait remarquable de ce général : Un Lusitanien lui avait donné une biche blanche, d'une rare beauté et d'une même vivacité ; il sut persuader à tous qu'elle était un don du ciel, qu'inspirée par Diane, elle s'entretenait avec lui, lui donnait des conseils, et lui apprenait ce qu'il avait à faire. Avait-il à commander à ses troupes quelque chose de pénible, il ne faisait qu'exécuter ce qu'avait dit la biche : aussitôt tous s'empressaient de lui obéir comme à un dieu. Un jour, cette biche, effrayée par le tumulte du camp à la nouvelle d'une attaque des ennemis, prit la fuite, et se cacha dans un marais voisin. Après d'inutiles recherches, on la crut morte. Quelques jours après, on vint annoncer à Sertorius qu'elle était retrouvée. Il recommanda le silence à celui qui était venu lui en apporter la nouvelle, avec menace de le punir s'il parlait ; il lui ordonna de lâcher tout à coup la biche le lendemain dans le lieu où il se trouverait avec ses amis. Le lendemain donc, il réunit ses amis, et leur raconta qu'il avait vu pendant son sommeil sa biche, que l'on croyait morte, revenir à lui, et l'instruire comme par le passé ; aussitôt il fait un signe à l'esclave, et la biche se précipita dans la chambre, au milieu des cris que l'étonnement fit jeter. Sertorius sut, dans des occasions importantes, tirer un grand parti de cette crédulité des barbares. Il est avéré que de toutes les peuplades qui faisaient cause commune avec lui, pas un homme, malgré de nombreux revers, ne fit défection ; et l'on sait combien ces peuples sont versatiles.

  • Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, VIII, 50 :

    ... sunt aliquando et candido colore, qualem fuisse tradit Q- Sertorii ceruam, quam esse fatidicam Hispaniae gentibus persuaserat.

    7) On en trouve qui sont blancs, comme fut, dit-on, la biche de Q. Sertorius, lequel avait persuadé aux nations espagnoles qu'elle rendait des oracles. ...

  • Frontin, Les Stratagèmes, I, 11 :

    ... Q- Sertorius, cum barbaro et rationis indocili milite uteretur, ceruam candidam insignis formae per Lusitaniam ducebat et ab ea se, quae agenda aut uitanda essent, praenoscere asseuerabat, ut barbari ad omnia tamquam diuinitus imperata oboedirent. Hoc genere strategematon non tantum ea parte utendum est, qua imperitos existimabimus esse, apud quos his utemur, sed multo magis ea, qua talia erunt, quae excogitabuntur, ut a diis monstrata credantur.

    XIII. Q. Sertorius, ayant à conduire des barbares rebelles à la raison, menait avec lui à travers la Lusitanie une biche blanche d'une grande beauté, et feignait d'être averti par elle de ce qu'il fallait faire ou éviter; en sorte que les barbares obéissaient à tous ses commandements, comme à des ordres d'en haut. On ne doit user de ce genre de stratagèmes qu'avec des gens qu'on sait assez simples pour y avoir foi. Il en est d'autres qui peuvent être imaginés de telle sorte, qu'ils paraissent l'ouvrage des dieux eux-mêmes. ...


2. Lecture : Une fable attribuée à Ésope : La grue et le renard :

Sur le site MUSAGORA (forum de discussion) cette fable a fait l'objet d'une recherche et Bernard SAINT-RIQUIER a pu indiquer l'endroit où elle figurait :

Plutarque, Oeuvres morales - Propos de table, I,1 :

... ὥσπερ γὰρ τὰ σώματα πινόντων δι´ ὀρχήσεως καὶ χορείας νενόμισται σαλεύειν, ἂν δ´ ὁπλομαχεῖν ἀναστάντας ἢ δισκεύειν ἀναγκάζωμεν αὐτούς, οὐ μόνον ἀτερπὲς ἀλλὰ καὶ βλαβερὸν ἔσται τὸ συμπόσιον, οὕτω τὰς ψυχὰς αἱ μὲν ἐλαφραὶ ζητήσεις ἐμμελῶς καὶ ὠφελίμως κινοῦσιν, ’ἐριδαντέων‘ δὲ κατὰ Δημόκριτον καὶ ’ἱμαντελικτέων‘ λόγους ἀφετέον, οἳ αὐτούς τε κατατείνουσιν ἐν πράγμασι γλίσχροις καὶ δυσθεωρήτοις τούς τε παρατυγχάνοντας ἀνιῶσιν· δεῖ γὰρ ὡς τὸν οἶνον κοινὸν εἶναι καὶ τὸν λόγον, οὗ πάντες μεθέξουσιν. οἱ δὲ τοιαῦτα προβλήματα καθιέντες οὐδὲν ἂν τῆς Αἰσωπείου γεράνου καὶ ἀλώπεκος ἐπιεικέστεροι πρὸς κοινωνίαν φανεῖεν· ὧν ἡ μὲν ἔτνος τι λιπαρὸν κατὰ λίθου πλατείας καταχεαμένη * ἀλλὰ γέλωτα παρέχουσαν, ἐξέφευγε γὰρ ὑγρότητι τὸ ἔτνος τὴν λεπτότητα τοῦ στόματος αὐτῆς· ἐν μέρει τοίνυν ἡ γέρανος αὐτῇ καταγγείλασα δεῖπνον ἐν λαγυνίδι προὔθηκε λεπτὸν ἐχούσῃ καὶ μακρὸν τράχηλον, ὥστ´ αὐτὴν μὲν καθιέναι τὸ στόμα ῥᾳδίως καὶ ἀπολαύειν, τὴν δ´ ἀλώπεκα μὴ δυναμένην κομίζεσθαι συμβολὰς πρεπούσας. οὕτω τοίνυν, ὅταν οἱ φιλόσοφοι παρὰ πότον εἰς λεπτὰ καὶ διαλεκτικὰ προβλήματα καταδύντες ἐνοχλῶσι τοῖς πολλοῖς ἕπεσθαι μὴ δυναμένοις, | ἐκεῖνοι δὲ πάλιν ἐπ´ ᾠδάς τινας καὶ διηγήματα φλυαρώδη καὶ λόγους βαναύσους καὶ ἀγοραίους ἐμβάλλωσιν ἑαυτούς, οἴχεται τῆς συμποτικῆς κοινωνίας τὸ τέλος καὶ καθύβρισται ὁ Διόνυσος. ...

... Car, de même qu'il est d'usage dans les festins de n'offrir au corps d'autre agitation que celle de la danse et des choeurs, et que si nous forcions les convives en se levant de table à s'escrimer les armes à la main ou à lancer le disque, notre festin serait pour eux non seulement odieux, mais deviendrait en outre funeste ; de même, l'esprit est agréablement et utilement remué par des questions légères. Mais celles qui sont querelleuses, comme dit Démocrite, et embarrassées, ne doivent pas y intervenir. Car elles engagent ceux qui les font dans une série de raisonnements plus subtils et plus abstraits les uns que les autres, et elles fatiguent horriblement ceux qui ont la mauvaise chance de se trouver là. Aussi bien que le vin, la conversation doit être commune, de manière à ce que tous y prennent part. Jeter des questions d'un certain genre, ce serait se montrer aussi peu convenable envers une compagnie que la grue et le renard d'Esope. Le renard avait versé sur une pierre plate une sorte de purée claire, et c'était moins pour régaler la grue qu'il l'avait invitée, que pour se moquer d'elle. On juge quel fut le désappointement de celle-ci, quand la limpidité du brouet échappait à la longueur de son bec. A son tour donc la grue, lui ayant adressé une invitation à dîner, servit le repas dans une bouteille à col mince et étroit : de sorte qu'elle y introduisait facilement son bec et savourait le tout, tandis que le renard ne put en prendre une part honnête. Eh bien, pareillement, lorsque les philosophes, au milieu d'un repas, se plongent dans des questions subtiles et d'une dialectique épineuse, de manière à fatiguer des gens qui ne peuvent pas les suivre, et que d'une autre part ces derniers se lancent dans des chansons, dans des récits oiseux, dans des propos d'artisans et de carrefour, le but de cette réunion de convives est manqué, et il y a injure commise envers Bacchus. ...


3. Lecture : Guillaume de Tyr (vers 1130 - 1184), L'Histoire des Croisades livre I, préface : Du devoir de l'historien :

... Periculosum esse et grandi plenum alea regum gesta describere, uirorum prudentium nemo est qui dubitet. Nam, ut laborem, iuge studium, perennes uigilias, quibus huiusmodi solent indigere negotia, penitus omittamus, duplex historiographis certum est imminere praecipitium: quorum uix est, ut alterutrum declinare ualeant. Effugientes enim Charybdim, Scyllam incurrunt, quae succincta canibus, non minus nouit procurare naufragia. Aut enim rerum gestarum ueritatem prosequentes, multorum in se conflabunt inuidiam; aut indignationis gratia leniendae, rerum occultabunt seriem in quo certum est non deesse delictum. Nam rerum ueritatem studiose praeterire, et occultare de industria, contra eorum officium esse dignoscitur. Ab officio autem cadere, procul omni dubio, culpa est; si tamen uere dicitur officium, congruus actus uniuscuiusque personae, secundum mores et instituta patriae. Rerum autem incontaminatam prosequi gestarum seriem, et ueritatis regulam non deserere, res est quae indignationem solet saepius excitare, iuxta illud quod uetere prouerbio dici solet: Obsequium amicos, ueritas odium parit. Aut igitur a suae professionis cadent officio, obsequium praestantes indebitum; aut rei ueritatem prosequentes, odium, cuius ipsa mater est, eos oportebit sustinere. Haec nimirum frequentius ita sibi solent aduersari, et se mutua importunitate reddere molesta. Nam iuxta Ciceronis nostri sententiam: Molesta est ueritas, siquidem ex ea nascitur odium, quod est amicitiae uenenum; molestius tamen obsequium, quod uitiis indulgens, amicum sinit ire praecipitem: quod in se uidetur implere, qui obsequii gratia, contra officii debitum supprimit ueritatem. Nam eorum qui adulationis studio rerum gestarum articulis inuoluunt impudenter mendacia, tam detestabile factum creditur, ut nec scriptorum numero debeant sociari. Si enim rerum ueritatem gestarum occultare secus est, et deficiens a scriptoris officio, multo fortius peccatum reputabitur, mendacii naeuum ueris immiscere; et quod a uero deficit, credulae pro uero posteritati contradere. Ad haec, nihilominus aeque uel amplius formidabile historiarum scriptoribus solet discrimen occurrere, totis uiribus fugiendum; uidelicet, ne rerum gestarum dignitas, sermonis ariditate et oratione ieiuna sui dispendium patiatur. Verba enim rebus, de quibus agitur, decet esse cognata; nec a materiae nobilioris elegantia, scriptoris linguam degenerare. Unde magnopere cauendum ne amplitudo materiae tractatus debilitate succumbat, et uitio narrationis exeat macilentum uel debile, quod in sui natura pingue solidumque subsistit. Nam, ut ait orator eximius in Tusculanarum primo (I, 3) : Mandare quemquam litteris cogitationes suas, qui eas nec disponere nec illustrare possit, nec delectatione aliqua lectorem allicere, hominis est intemperanter abutentis et litteris et otio. ...

Qu'il soit périlleux et grandement difficile de raconter les actions des rois, c'est ce dont aucun homme sage ne peut douter. Sans parler des travaux, des recherches, des longues veilles qu'exige une telle entreprise, les historiens marchent entre deux précipices, et ils ont grande peine à éviter l'un ou l'autre. S'ils veulent fuir Charybde ils tombent dans Scylla, qui, avec sa ceinture de chiens, n'est pas moins féconde en naufrages. Ou ils recherchent en effet la vérité sur tous les événements, et alors ils soulèvent contre eux la haine de beaucoup de gens; ou, pour échapper à toute colère, ils dissimulent une partie de ce qui s'est passé; et c'est là bien certainement un grave délit, car on sait que rien n'est plus contraire à leur office que de passer artificieusement sous silence et de cacher à dessein ce qui est vrai; or, manquer à son office, c'est à coup sûr une faute, puisque l'office de chacun c'est la conduite qui lui convient, selon sa situation, les mœurs et les lois de sa patrie. Mais, en revanche, rapporter sans aucune altération tout ce qui s'est fait et ne jamais s'écarter de la vérité, c'est une chose qui excite communément la colère, selon ce vieux proverbe: « La complaisance procure des amis, et la vérité enfante la haine. (Térence, L'Andrienne, v. 68)» Ainsi, ou les historiens manqueront au devoir de leur profession en montrant une complaisance illégitime; ou, s'ils demeurent fidèles à la vérité, ils auront à supporter la haine dont elle est la mère; ce sont là les deux périls qu'ils encourent et qui les travaillent tour â tour péniblement. Notre Cicéron dit en effet (De l'amitié, XXIV) : « La vérité est fâcheuse, car elle enfante souvent la haine, ce poison de l'amitié; mais la complaisance est plus fâcheuse encore, car, par notre indulgence pour les vices d'un ami, nous le laissons courir à sa ruine ». Paroles qui se rapportent évidemment à celui qui, par complaisance et contre son devoir, passe sous silence la vérité. Quant à ceux qui par flatterie mêlent impudemment des mensonges à leurs récits, c'est, comme on sait, une action si détestable qu'ils ne méritent pas d'être comptés au nombre des historiens; si l'omission de la vérité est en effet une faute contraire au devoir de l'historien, combien plus grave sera le péché de mêler le faux au vrai et de transmettre à la postérité crédule le mensonge au lieu de la vérité? Il est encore un autre écueil, autant et peut-être même plus redoutable, que les historiens doivent fuir de tout leur pouvoir; c'est que la dignité des actions ne soit obscurcie et abaissée par la sécheresse du langage et la pauvreté du récit; les paroles doivent convenir aux choses dont il s'agit, et il ne faut pas que le langage de l'écrivain demeure au dessous de la noblesse du sujet. Il faut donc prendre bien garde que la grandeur du sujet ne disparaisse par suite de la faiblesse de l'ouvrier, et que des faits grands et importants en eux-mêmes ne deviennent petits et misérables par le vice de la narration; car, ainsi que le dit l'illustre orateur dans le premier livre de ses Tusculanes (I, 3): « Confier à l'écriture ses pensées quand on ne sait ni les bien disposer, ni les présenter avec éclat, ni attirer le lecteur par le charme de la parole, c'est la conduite d'un homme qui abuse follement des lettres et de son loisir. » ...


4. Didactique : L'ardoise virtuelle, un outil de communication :

A trois reprises déjà, nous avons attiré l'attention du public sur cette ardoise virtuelle, application informatique écrite par Boris MAROUTAEFF et qui s'est avérée être un outil de communication simple et d'une utilisation aisée. Bien des enseignants en langues anciennes y recourent que ce soit à l'Université ou dans l'enseignement secondaire. Et comme tout le monde - enseignants comme étudiants - est maintenant bien "rentré", il nous a paru indiqué d'en rappeler ici l'existence.

Adresse de l'outil disponible en accès libre sur la Toile : L'ardoise virtuelle

Lieu : L'application est installée sur le serveur qui abrite aussi le site HELIOS. HELIOS est un serveur éducatif dont les contenus pédagogiques sont élaborés au sein des Académies de Grenoble et de Toulouse alors que l'accompagnent TICE est du ressort de l'UCL à Louvain-la-Neuve.

Description : Lors de la mise en oeuvre de l'application, deux parties distinctes s'offrent à la vue :

  • la partie supérieure réservée aux coordonnées de l'étudiant, à l'énoncé ("Références") du travail à faire ; une rubrique (Travail à faire") est disponible pour recevoir les données du travail à faire

  • la partie inférieure réservée au "Travail fait" (les réponses de l'étudiant) ainsi qu'à la communication : en indiquant l'adresse du courrier électronique de l'enseignant dans cette rubrique ainsi que celle de l'étudiant lui-même (séparation entre les deux adresses : une virgule), le travail est envoyé, via la voie du courrier électronique, à la fois à l'un et à l'autre. L'enseignant reçoit le "travail fait" sous la forme d'un message électronique et l'étudiant dispose, chez lui, d'une "attestation" du travail transmis.
    L'enseignant peut lire, chez lui, le "travail" reçu soit comme message soit au travers d'un traitement de texte. Il peut annoter et corriger le "travail" et le renvoyer à l'étudiant via le courrier électronique.

Conclusion : l'application fonctionne aussi avec des données de la langue grecque (grec polytonique). Ce programme est même devenu, au fil des ans, une sorte d'outil passe-partout qui convient à la fois à des travaux de traduction - de là vient l'ancienne appellation "le traducteur" - mais à bien d'autres "devoirs" encore que l'étudiant peut exécuter à loisir tout en envoyant son pensum réalisé à l'enseignant via la voie du courrier électronique.


5. ITINERA ELECTRONICA et environnements hypertextes :

Christian RUELL continue de nous épater : il a mis sur pied, en quelques jours, 9 nouveaux environnements hypertextes :

  • Bocacce, Des femmes de renom, ch. 17 :De Médée, reine de Colchos
  • Cicéron, Lettres à Atticus, livre XI [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Cicéron, Lettres à Atticus, livre XV [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Petrarque sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux : Des avantages du pays natal (chapitre 15)
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Petrarque sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux : De la vie champêtre (chapitres 57 et 59)
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Petrarque sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux : De l'amour (chapitre 69)
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Petrarque sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux : De la royauté et de l'empire (chapitre 96)
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Petrarque sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux : Du bonheur (chapitre 108)
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Petrarque sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux : De la mort et de l'immortalité de l'âme (chapitre 119)

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


Jean Schumacher
1er octobre 2010


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002