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Date :     24-09-2010

Sujets :
Lecture : César et les pirates (C. McCULLOUGH) ; Lecture : Vitruve, Archiméde, la couronne d'or et la baignoire ; Lecture : Vitruve, les athlètes et les sages ; Lecture : MINUCIUS FELIX, Octavius : Rome ne doit sa grandeur qu'au crime, aux rapines et au brigandage ! ; Lecture : AULU-GELLE : L'alouette et le maître des champs : ITINERA ELECTRONICA : 8 nouveaux evvironnements hypertextes : Cicéron, Columelle, Lactance, Palladius, Pline l'Ancien, Vitruve (x 3) ;

Notice :

1. Lecture : César et les pirates (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, La colère de Spartacus
Tome IV de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : Caesar's Women (1995)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions de l'Archipel, Paris, 1997, 395 pp.

Extrait : p. 48-49:

" ... César fronça les sourcils, mais garda ses pensées pour lui. Elles tournaient autour des exigences inhérentes à un système qui contraignait pratiquement un gouverneur de province à la délinquance bureaucratique : la tradition avait consacré son droit à vendre la citoyenneté, les contrats, les exemptions d'impôts, comme leur collecte, et à verser l'argent ainsi réuni dans sa propre bourse. Le Sénat, comme le Trésor, encourageaient officieusement ces pratiques, afin de réduire les frais ; cela expliquait qu'il fût si difficile de réunir un jury de sénateurs pour condamner un gouverneur. Mais des provinces exploitées signifiaient la haine de Rome – chose très inquiétante pour l'avenir.
– J'ai cru comprendre que nous allions partir en guerre contre les pirates, Publius Servilius ? demanda-t-il.
– En effet, répondit le gouverneur, entouré de piles de papier.
Manifestement, l'aspect administratif de ses fonctions lui plaisait fort. Pour le reste, ce n'était pas, de toute évidence, un homme particulièrement cupide, et il n'avait pas besoin d'accroître sa fortune en exploitant sa province – d'autant plus que lutter contre les pirates pourrait lui valoir, tout à fait légitimement, le droit de s'approprier leurs gains mal acquis.
– Malheureusement, reprit Vatia, il va me falloir retarder ma campagne, en raison de la misère à laquelle la province a été réduite, suite aux activités de mon prédécesseur. Cette année devra être consacrée aux affaires intérieures.
– Alors, as-tu vraiment besoin de moi ? demanda César, trop jeune [il avait 21 ans] pour goûter l'idée de passer sa carrière militaire derrière un bureau.
– En effet, reprit le gouverneur : tu auras pour tâche de rassembler une flotte.
– J'ai une certaine expérience en ce domaine, dit César en grimaçant.
– Je sais ; c'est pourquoi je voulais que tu sois là. Il faudra que ce soit une flotte de premier ordre, assez grande pour être fragmentée en plusieurs unités si nécessaire. Le temps où les pirates fendaient les flots sur des hemoliai ou des myoparones de petite taille est terminé. Ces temps-ci, ils ont des birèmes, des trirèmes et même des quinquérèmes, et ils se rassemblent en flottes sous la direction d'amiraux qu'ils appellent des strategoi. Ils sillonnent les mers en arborant des drapeaux de pourpre brodés d'or, ils vivent comme des rois dans leurs bases secrètes, en obligeant des hommes libres enchaînés à satisfaire leurs caprices, ils ont des arsenaux remplis d'armes et s'accordent tout le luxe dont un riche Romain pourrait rêver. Lucius Cornelius a veillé à ce que le Sénat comprenne bien pourquoi il m'envoyait dans un endroit aussi perdu et peu important que la Cilicie : c'est là que les pirates ont établi leurs bases les plus importantes, et c'est donc par là qu'il faudra commencer la tâche de nettoyage.
– Je pourrais me rendre utile en découvrant quelles sont leurs places fortes – je suis sûr que je n'aurais pas de problème en ce domaine.
– C'est inutile, César : nous connaissons déjà l'emplacement des plus grosses bases – Coracesium, en particulier. Mais elle est si bien fortifiée, par la nature comme par les hommes, que je crains que personne ne puisse jamais la prendre. J'entends donc commencer par l'autre extrémité de mon territoire, la Pamphylie et la Lycie. Un roi pirate nommé Zénicétès contrôle tout le golfe pamphylien, y compris Attaleia. C'est lui qui subira le premier la colère de Rome.
– L'année prochaine ?
– Sans doute, mais pas avant la fin de l'été, car je ne peux lancer une guerre contre les pirates tant que la Cilicie n'est pas réorganisée, et que je ne dispose pas de la force navale et militaire nécessaire pour vaincre.
– Tu comptes être prorogé plusieurs années de suite ?
– Le Dictateur [Sylla] et le Sénat m'ont assuré qu'ils ne me presseraient pas. Je suis censé disposer d'autant d'années qu'il le faudra. Lucius Cornelius s'est désormais retiré, bien sûr, mais je ne crois pas que les sénateurs iront contre ses voeux. ..."

Source : APPIEN, Les guerres civiles - La guerre de Mithridate, XCII :

[92] Μιθριδάτης ὅτε πρῶτον Ῥωμαίοις ἐπολέμει καὶ τῆς Ἀσίας ἐκράτει, Σύλλα περὶ τὴν Ἑλλάδα πονουμένου, ἡγούμενος οὐκ ἐς πολὺ καθέξειν τῆς Ἀσίας, τά τε ἄλλα, ὥς μοι προείρηται, πάντα ἐλυμαίνετο, καὶ ἐς τὴν θάλασσαν πειρατὰς καθῆκεν, οἳ τὸ μὲν πρῶτον ὀλίγοις σκάφεσι καὶ μικροῖς οἷα λῃσταὶ περιπλέοντες ἐλύπουν, ὡς δὲ ὁ πόλεμος ἐμηκύνετο, πλέονες ἐγίγνοντο καὶ ναυσὶ μεγάλαις ἐπέπλεον. Γευσάμενοι δὲ κερδῶν μεγάλων, οὐδ' ἡττωμένου καὶ σπενδομένου τοῦ Μιθριδάτου καὶ ἀναχωροῦντος ἔτι ἐπαύοντο· οἱ γὰρ βίου καὶ πατρίδων διὰ τὸν πόλεμον ἀφῃρημένοι, καὶ ἐς ἀπορίαν ἐμπεσόντες ἀθρόαν, ἀντὶ τῆς γῆς ἐκαρποῦντο τὴν θάλασσαν, μυοπάρωσι πρῶτον καὶ ἡμιολίαις, εἶτα δικρότοις καὶ τριήρεσι κατὰ μέρη περιπλέοντες, ἡγουμένων λῃστάρχων οἷα πολέμου στρατηγῶν. Ἔς τε ἀτειχίστους πόλεις ἐμπίπτοντες, καὶ ἑτέρων τὰ τείχη διορύττοντες ἢ κόπτοντες ἢ πολιορκίᾳ λαμβάνοντες, ἐσύλων· καὶ τοὺς ἄνδρας, οἷς τι πλέον εἴη, ἐς ναυλοχίαν ἐπὶ λύτροις ἀπῆγον. Καὶ τάδε τὰ λήμματα, ἀδοξοῦντες ἤδη τὸ τῶν λῃστῶν ὄνομα, μισθοὺς ἐκάλουν στρατιωτικούς. Χειροτέχνας τε εἶχον ἐπ' ἔργοις δεδεμένους, καὶ ὕλην ξύλου καὶ χαλκοῦ καὶ σιδήρου συμφέροντες οὔποτε ἐπαύοντο· ἐπαιρόμενοι γὰρ ὑπὸ τοῦ κέρδους, καὶ τὸ λῃστεύειν οὐκ ἐγνωκότες ἔτι μεθεῖναι, βασιλεῦσι δ' ἤδη καὶ τυράννοις ἢ στρατοπέδοις μεγάλοις ἑαυτοὺς ὁμοιοῦντες, καὶ νομίζοντες, ὅτε συνέλθοιεν ἐς τὸ αὐτὸ πάντες, ἄμαχοι γενήσεσθαι, ναῦς τε καὶ ὅπλα πάντα ἐτεκταίνοντο, μάλιστα περὶ τὴν τραχεῖαν λεγομένην Κιλικίαν, ἣν κοινὸν σφῶν ὕφορμον ἢ στρατόπεδον ἐτίθεντο εἶναι, φρούρια μὲν καὶ ἄκρας καὶ νήσους ἐρήμους καὶ ναυλοχίας ἔχοντες πολλαχοῦ, κυριωτάτας δὲ ἀφέσεις ἡγούμενοι τὰς περὶ τήνδε τὴν Κιλικίαν, τραχεῖάν τε καὶ ἀλίμενον οὖσαν καὶ κορυφαῖς μεγάλαις ἐξέχουσαν. Ὅθεν δὴ καὶ πάντες ὀνόματι κοινῷ Κίλικες ἐκαλοῦντο, ἀρξαμένου μὲν ἴσως τοῦ κακοῦ παρὰ τῶν Τραχεωτῶν Κιλίκων, συνεπιλαβόντων δὲ Σύρων τε καὶ Κυπρίων καὶ Παμφύλων καὶ τῶν Ποντικῶν καὶ σχεδὸν ἁπάντων τῶν ἑῴων ἐθνῶν οἳ πολλοῦ καὶ χρονίου σφίσιν ὄντος τοῦ Μιθριδατείου πολέμου δρᾶν τι μᾶλλον ἢ πάσχειν αἱρούμενοι τὴν θάλασσαν ἀντὶ τῆς γῆς ἐπελέγοντο.

[92] Quand Mithridate engagea la première fois la guerre contre les Romains et soumit la province de l'Asie (Sylla était alors en difficultés en Grèce), il pensa qu'il ne garderait pas la province longtemps, et c'est pourquoi il la pilla de toutes les sortes de manières, comme je l'ai mentionné plus haut, et envoya des pirates en mer. Au commencement ils rôdaient aux alentours avec quelques petits navires harcelant les habitants comme des voleurs. Comme la guerre se prolongeait ils devinrent plus nombreux et attaquaient avec de plus gros navires. Savourant leurs grands profits, ils ne renoncèrent pas quand Mithridate fut défait, eut fait la paix et se fut retiré. Comme ils avaient perdu leurs biens et leur pays en raison de la guerre et qu'ils étaient tombés dans un dénuement extrême, ils moissonnèrent la mer au lieu de la terre, au début avec des chaloupes et des hemiolii, puis avec des birèmes et des trirèmes, naviguant en escadrons sous le commandement de chefs de pirates, qui étaient comme des généraux d'une armée. Ils attaquèrent les villes non fortifiées. Ils minaient ou renversaient les murailles des autres, ou les prenaient par siège en règle et les pillaient. Ils enlevaient les citoyens les plus riches pour les amener dans leur repaire et en tiraient rançon. Ils dédaignaient le nom de voleurs et appelaient bénéfices les prises de guerre. Ils faisaient enchaîner des artisans pour leur service et rassemblaient continuellement comme matériaux du bois de construction, du bronze et du fer. Excités par leurs gains et déterminés à ne pas changer encore leur mode de la vie, ils se comparèrent à des rois, à des gouverneurs, et à de grands chefs d'armées, et pensèrent que s'ils arrivaient tout ensemble dans un même endroit ils deviendraient invincibles. Ils construisirent des navires et toutes sortes d'armes. Leur capitale se trouvait dans un endroit appelé les Rochers de Cilicie, qu'ils avaient choisie comme base et comme campement communs. Ils avaient partout des fortins, des tours, des îles désertes et des mouillages. Ils choisirent comme lieu principal de rendez-vous la côte de Cilicie là où elle était rocheuse, inhospitalière et surplombée de crêtes élevées, raison pour laquelle ils se firent tous appeler du nom commun de Ciliciens. Peut-être ce fléau débuta chez les hommes des Rochers de la Cilicie, mais il y avait aussi des Syriens, des Chypriotes, des Pamphyliens, des originaires du Pont et de presque toutes les nations orientales, qui, à cause de la longueur de la guerre contre Mithridate, préférèrent faire le mal plutôt que de le souffrir, et à cette fin choisirent la mer plutôt que la terre.

Livre : Jules-M. SESTIER, La piraterie dans l'Antiquité, ch. XVIII (Paris, A. Marescq, 1880, 320 pp.):

" ... Le moment était réellement bien favorable pour l'extension de la puissance des pirates dans la Méditerranée. Aucune nation maritime n'exerçait plus l'empire de la mer. Rome avait détruit toutes les flottes de ses voisins, mais après la victoire, soit par une singulière négligence politique, soit plutôt que la marine ne convînt pas à son génie, elle ne songeait plus à conserver sa domination sur les eaux et encore moins à y faire la police. Il est vrai, du reste, que l'état de la république était alors lamentable. Déjà épuisée par la guerre contre Mithridate, Rome n'était-elle pas horriblement déchirée par la guerre civile entre Marius et Sylla et par les luttes sanglantes contre Sertorius et Spartacus ?
Tandis que le peuple romain était ainsi occupé dans les différentes parties de la terre, dit Florus [Bellum piraticum, III, 7.], les pirates avaient envahi les mers. Ils y régnaient en maîtres depuis les côtes de l'Asie-Mineure jusqu'aux colonnes d'Hercule. Leur nombre s'était accru infiniment à la suite de la ruine de Carthage et de Corinthe et du licenciement des matelots de Mithridate exigé par Sylla. Les vaincus aimaient mieux être bandits qu'esclaves. La mer immense, la mer libre, comme le dit si bien Duruy [Histoire des Romains, II, 23.], fut l'asile de tous ceux qui refusèrent de vivre sous la loi romaine [Appien, Guerre mithridatique, XCII.]. Ils se firent pirates, et comme le Sénat avait détruit toutes les marines militaires, sans les remplacer, les profits étaient certains, le danger nul. Aussi ce brigandage prit-il en peu d'années un développement inattendu. Les pirates n'avaient d'abord que des brigantins légers, «appelés myoparons et hémioles, barques-souris », mais, devenus plus hardis par l'impunité et enrichis par le pillage de l'Asie et des îles autorisé par Mithridate, ils furent bientôt en état d'armer de gros bâtiments et des trirèmes.
Ils formèrent des corps de troupes et prétendant anoblir leur profession, ils répudièrent le nom de pirates pour prendre celui de soldats aventuriers, et appelèrent avec impudence le produit de leurs vols "la solde militaire ". ..."

Dessin : brigantins

Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de DAREMBERG et SAGLIO : HEMIOLIA ; MYOPARO

Témoignage : PLUTARQUE, Vie de Lucullus, XIII :

... αὐτὸς δέ, τῆς ὁλκάδος ἐφ´ ἧς ἔπλει μήτε πρὸς τὴν γῆν εὐπαρακομίστου διὰ μέγεθος ἐν σάλῳ μεγάλῳ καὶ κύματι τυφλῷ παρισταμένης τοῖς κυβερνήταις, πρός τε τὴν θάλασσαν ἤδη βαρείας καὶ ὑπεράντλου γενομένης, μετεμβὰς εἰς λῃστρικὸν μυοπάρωνα καὶ τὸ σῶμα πειραταῖς ἐγχειρίσας, ἀνελπίστως καὶ παραβόλως εἰς τὴν Ποντικὴν Ἡράκλειαν ἐξεσώθη. ...

... Le Roi lui-même [Mithridate] s'aperçut que le transport à bord duquel il était, ne pouvait, à cause de ses dimensions, être amené à terre dans la grande agitation des flots, qui aveuglait les pilotes, ni continuer d'affronter la mer, car il était déjà pesant et faisait eau; il s'embarqua donc sur un brigantin; et, confiant sa personne aux pirates qui le montaient, il parvint sain et sauf, contre toute espérance et par une chance inattendue, à Héraclée de Pont. ...


2. Lecture : Vitruve, Archiméde, la couronne d'or et la baignoire :

VITRUVE, De l'architecture, IX, préface :

<9> Archimedis uero cum multa miranda inuenta et uaria fuerint, ex omnibus etiam infinita sollertia id, quod exponam, uidetur esse expressum. Nimium Hiero enim Syracusis auctus regia potestate, rebus bene gestis cum auream coronam uotiuam diis inmortalibus in quodam fano constituisset ponendam, manupretio locauit faciendam et aurum ad sacomam adpendit redemptori. Is ad tempus opus manu factum subtiliter regi adprobauit et ad sacomam pondus coronae uisus est praestitisse. <10> Posteaquam indicium est factum dempto auro tantundem argenti in id coronarium opus admixtum esse, indignatus Hiero se contemptum esse neque inueniens, qua ratione id furtum reprehenderet, rogauit Archimeden, uti in se sumeret sibi de eo cogitationem. Tunc is, cum haberet eius rei curam, casu uenit in balineum, ibique cum in solium descenderet, animaduertit, quantum corporis sui in eo insideret, tantum aquae extra solium effluere. Itaque cum eius rei rationem explicationis ostendisset, non est moratus, sed exiluit gaudio motus de solio et nudus uadens domum uerius significabat clara uoce inuenisse, quod quaereret; nam currens identidem graece clamabat: Εὕρηκα, Εὕρηκα! <11> Tum uero ex eo inuentionis ingressu duas fecisse dicitur massas aequo pondere, quo etiam fuerat corona, unam ex auro et alteram ex argento. Cum ita fecisset, uas amplum ad summa labra impleuit aquae, in quo dimisit argenteam massam. Cuius quanta magnitudo in uasum depressa est, tantum aquae effluxit. Ita exempta massa quanto minus factum fuerat, refudit sextario mensus, ut eodem modo, quo prius fuerat, ad labra aequaretur. Ita ex eo inuenit, quantum ad certum pondus argenti ad certam aquae mensuram responderet. <12> Cum id expertus esset, tum auream massam similiter pleno uaso demisit et ea exempta, eadem ratione mensura addita inuenit ex aquae numero non tantum esse: minore quanto minus magno corpore eodem pondere auri massa esset quam argenti. Postea uero repleto uaso in eadem aqua ipsa corona demissa inuenit plus aquae defluxisse in coronam quam in auream eodem pondere massam, et ita ex eo, quod fuerit plus aquae in corona quam in massa, ratiocinatus reprehendit argenti in auro mittionem et manifestum furtum redemptoris.

9. Archimède a fait une foule de découvertes aussi admirables que variées. Parmi elles, il en est une surtout dont je vais parler, qui porte le cachet d'une grande intelligence. Hiéron régnait à Syracuse. Après une heureuse expédition, il voua une couronne d'or aux dieux immortels, et voulut qu'elle fût placée dans un certain temple. Il convint du prix de la main d'oeuvre avec un artiste, auquel il donna au poids la quantité d'or nécessaire. Au jour fixé, la couronne fut livrée au roi, qui en approuva le travail. On lui trouva le poids de l'or qui avait été donné. 10. Plus tard, on eut quelque indice que l'ouvrier avait soustrait une partie de l'or, et l'avait remplacée par le même poids en argent mêlé dans la couronne. Hiéron, indigne d'avoir été trompé, et ne pouvant trouver le moyen de convaincre l'ouvrier du vol qu'il avait fait, pria Archimède de penser à cette affaire. Un jour que, tout occupé de cette pensée, Archimède était entré dans une salle de bains, il s'aperçut par hasard qu'à mesure que son corps s'enfonçait dans la baignoire, l'eau passait par-dessus les bords. Cette découverte lui donna l'explication de son problème. Il s'élance immédiatement hors du bain, et, dans sa joie, se précipite vers sa maison, sans songer à s'habiller. Dans sa course rapide, il criait de toutes ses forces qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait, disant en grec : Εὕρηκα, Εὕρηκα! 11. Aussitôt après cette première découverte, il fit faire, dit-on, deux masses de même poids que la couronne, l'une d'or, l'autre d'argent; ensuite il remplit d'eau jus-qu'aux bords un grand vase, et y plongea la masse d'argent qui, à mesure qu'elle enfonçait, faisait sortir un volume d'eau égal à sa grosseur. Ayant ensuite ôté cette masse, il mesura l'eau qui manquait, et en remit un setier dans le vase pour qu'il fût rempli jusqu'aux bords, comme auparavant. Cette expérience lui fit connaître quel poids d'argent répondait à une certaine mesure d'eau. 12. Il plongea aussi de même la masse d'or dans le vase plein d'eau; et après l'en avoir retirée et avoir également mesuré l'eau qui en était sortie, il reconnut qu'il n'en manquait pas autant, et que le moins répondait à celui qu'avait le volume de la masse d'or comparé avec le volume de la masse d'argent qui était de même poids. Le vase fut rempli une troisième fois, et la couronne elle-même y ayant été plongée, il trouva qu'elle en avait fait sortir plus d'eau que la massé d'or, qui avait le même poids, n'en avait fait sortir; et, calculant d'après le volume d'eau que la couronne avait fait sortir de plus que la masse d'or, il découvrit la quantité d'argent qui avait été mêlée à l'or, et fit voir clairement ce que l'ouvrier avait dérobé.

Témoignage : PLUTARQUE, Oeuvres morales - Qu'il n'est pas même possible de vivre agréablement selon la doctrine d'Épicure, ch. 11 : Archimède dans la baignoire : HEUREKA !


3. Lecture : Vitruve, les athlètes et les sages :

VITRUVE, De l'architecture, IX, préface :

<1> Nobilibus athletis, qui Olympia, Isthmia, Nemea uicissent, Graecorum maiores ita magnos honores constituerunt, uti non modo in conuentu stantes cum palma et corona ferant laudes, sed etiam, cum reuertantur in suas ciuitates cum uictoria, triumphantes quadrigis in moenia et in patrias inuehantur e reque publica perpetua uita constitutis uetigalibus fruantur. Cum ergo id animaduertam, admiror, quid ita non scriptoribus eidem honores etiamque maiores sint tributi, qui infinitas utilitates aeuo perpetuo omnibus gentibus praestant. Id enim magis erat institui dignum, quod athletae sua corpora exercitationibus efficiunt fortiora, scriptores non solum suos sensus, sed etiam omnium, libris ad discendum et animos exacuendos praeparant praecepta. <2> Quid enim Milo Crotoniates, quod fuit inuictus, prodest hominibus aut ceteri, qui eo genere fuerunt uictores, nisi quod, dum uixerunt ipsi, inter suos ciues habuerunt nobilitatem. Pythagorae uero praecepta, Democriti, Platonis, Aristotelis ceterorumque sapientium cotidiana perpetuis industriis culta non solum suis ciuibus, sed etiam omnibus gentibus recentes et floridos edunt fructus. E quibus qui a teneris aetatibus doctrinarum abundantia satiantur, optimos habent sapientae sensus, instituunt ciuitatibus humanitatis mores, aequa iura, leges, quibus absentibus nulla potest esse ciuitas incolumis. <3> Cum ergo tanta munera ab scriptorum prudentia priuatim publiceque fuerint hominibus praeparata, non solum arbitror palmas et coronas his tribui oportere, sed etiam decerni triumphos et inter deorum sedes eos dedicando iudicari.

1. Les célèbres athlètes qui sortaient victorieux des jeux Olympiques, Pythiens, Isthmiques et Néméens, recevaient autrefois des Grecs de magnifiques honneurs. La palme et la couronne dont on les décorait au milieu de l'assemblée, n'étaient pas les seules récompenses qu'on leur accordait : lorsqu'ils retournaient dans leur patrie, c'était sur des chars de triomphe qu'ils étaient portés, et le trésor public pourvoyait à leurs besoins pendant toute leur vie. A la vue de telles distinctions, je suis étonné qu'on n'ait pas rendu les mêmes honneurs, et de plus grands encore, à ceux dont les écrits rendent d'immenses services dans tous les temps et chez tous les peuples. Et il y eût eu certes plus de justice, puisque l'athlète se borne à donner par l'exercice plus de force à son corps, tandis que l'écrivain, tout en perfectionnant son esprit, dispose celui des autres à la science par les leçons utiles qu'il répand dans ses ouvrages. 2. Milon le Crotoniate ne fut jamais vaincu! Quel avantage les hommes en ont-ils retiré ? Et tous ceux qui, comme lui, furent vainqueurs, ont-ils fait autre chose que de jouir pendant leur vie d'une glorieuse réputation au milieu de leurs concitoyens? Mais il n'en est pas de même des préceptes de Pythagore, de Démocrite, de Platon, d'Aristote et des autres sages : journellement lus et mis en pratique, ils produisent sans cesse des fruits toujours nouveaux, non seulement pour leurs concitoyens, mais encore pour tous les peuples. Ceux qui, dès leur jeunesse, puisent à la source de leur doctrine, possèdent les excellents principes de la sagesse, et dotent les villes de bonnes moeurs, de droits basés sur la justice, de sages lois, sans lesquelles il n'est point d'État qui puisse subsister. 3. Puisque, grâce à leurs connaissances, les écrivains peuvent procurer à tous les hommes de si grands avantages, ce n'est pas seulement par des palmes et des couronnes qu'il convient, à mon avis, de les honorer, il faudrait encore leur décerner des triomphes, et les mettre au rang des dieux.


4. Lecture : MINUCIUS FELIX, Octavius : Rome ne doit sa grandeur qu'au crime, aux rapines et au brigandage ! :

MINUCIUS FELIX, Octavius, ch. XXV :

Nimirum insignis et nobilis iustitia Romana ab ipsis imperii nascentis incunabulis auspicata est! Nonne in ortu suo et scelere collecti et muniti immanitatis suae terrore creuerunt? Nam asylo prima plebs congregata est: confluxerant perditi, facinerosi, incesti, sicarii, proditores, et ut ipse Romulus imperator et rector populum suum facinore praecelleret, parricidium fecit. Haec prima sunt auspicia religiosae ciuitatis! Mox alienas uirgines iam desponsatas, iam destinatas et nonnullas de matrimonio mulierculas sine more rapuit, uiolauit, inlusit, et cum earum parentibus, id est cum soceris suis bellum miscuit, propinquum sanguinem fudit. Quid inreligiosius, quid audacius, quid ipsa sceleris confidentia tutius? Iam finitimos agro pellere, ciuitates proximas euertere cum templis et altaribus, captos cogere, damnis alienis et suis sceleribus adolescere cum Romulo regibus ceteris et posteris ducibus disciplina communis est."Ita quicquid Romani tenent, colunt, possident, audaciae praeda est: templa omnia de manubiis, id est de ruinis urbium, de spoliis deorum, de caedibus sacerdotum."Hoc insultare et inludere est uictis religionibus seruire, captiuas eas post uictorias adorare. Nam adorare quae manu ceperis, sacrilegium est consecrare, non numina. Totiens ergo Romanis inpiatum est quotiens triumphatum, tot de diis spolia quot de gentibus et tropaea.

Ah! certes, ils [les Romains] nous ont laissé de grandes marques de leur probité et de leur justice dès la naissance de leur empire! N'est-ce pas le crime qui les a assemblés, qui les a rendus terribles aux peuples circonvoisins, qui leur a servi de remparts pour établir leur domination; car c'était d'abord un asile de voleurs, de traîtres d'assassins et de sacrilèges; et, afin que celui qui était le plus grand fût aussi le plus criminel, il tua son frère : voilà les premiers auspices de cette sainte ville. Aussitôt, contre le droit des gens, ils ravissent des filles déjà promises, déjà fiancées, quelques-unes même déjà mariées; ils les violent et les déshonorent. Ensuite ils font la guerre à leurs pères, à ceux dont ils avaient épousé les filles, et répandent le sang de leurs alliés. Quelle impiété! quelle audace! enfin chasser ses voisins, piller leurs temples et leurs autels, détruire leurs villes, les emmener captifs, s'agrandir par des rapines et par la ruine des hommes, c'est la doctrine de Romulus et de ses successeurs ; si bien que tout ce qu'ils tiennent, tout ce qu'ils adorent, tout ce qu'ils possèdent, n'est que brigandage : leurs temples ne sont bâtis que des dépouilles des peuples, du sac des villes, du débris des autels, du pillage des dieux, du meurtre des prêtres. Quelle impiété et quelle profanation de s'agenouiller devant des dieux qu'ils traînent captifs en triomphe! Adorer ce qu'on a pris, n'est-ce pas consacrer son larcin? Autant de victoires autant de crimes; autant de trophées autant de sacrilèges.

Cf. Fiches de lecture :


5. Lecture : AULU-GELLE : L'alouette et le maître des champs :

AULU-GELLE, Les Nuits attiques, II, 29 :

[2,29] XXIX. Apologus Aesopi Phrygis memoratu non inutilis. 1 Aesopus ille e Phrygia fabulator haut inmerito sapiens existimatus est, cum, quae utilia monitu suasuque erant, non seuere neque imperiose praecepit et censuit, ut philosophis mos est, sed festiuos delectabilesque apologos commentus res salubriter ac prospicienter animaduersas in mentes animosque hominum cum audiendi quadam inlecebra induit. 2 Velut haec eius fabula de auiculae nidulo lepide atque iucunde promonet spem fiduciamque rerum, quas efficere quis possit, haut umquam in alio, set in semetipso habendam. 3 "Auicula" inquit "est parua, nomen est cassita. 4 Habitat nidulaturque in segetibus id ferme temporis, ut appetat messis pullis iam iam plumantibus. 5 Ea cassita in sementes forte congesserat tempestiuiores; propterea frumentis flauescentibus pulli etiam tunc inuolucres erant. 6 Dum igitur ipsa iret cibum pullis quaesitum, monet eos, ut, si quid ibi rei nouae fieret dicereturue, animaduerterent idque uti sibi, ubi redisset, nuntiarem. 7 Dominus postea segetum illarum filium adulescentem uocat et "uidesne" inquit "haec ematuruisse et manus iam postulare? idcirco die crastini, ubi primum diluculabit, fac amicos eas et roges, ueniant operamque mutuam dent et messim hanc nobis adiuuent." 8 Haec ubi ille dixit, et discessit. Atque ubi redit cassita, pulli tremibundi, trepiduli circumstrepere orareque matrem, ut iam statim properet inque alium locum sese asportet: "nam dominus" inquiunt "misit, qui amicos roget, uti luce oriente ueniant et metant". 9 Mater iubet eos otioso animo esse: "si enim dominus" inquit "messim ad amicos reicit, crastino seges non metetur neque necessum est, hodie uti uos auferam."10 Die" inquit "postero mater in pabulum uolat. Dominus, quos rogauerat, opperitur. Sol feruit, et fit nihil; it dies, et amici nulli eunt. 11 Tum ille rursum sum ad filium: "amici isti magnam partem" inquit "cessatores sunt. Quin potius imus et cognatos adfinesque nostros oramus, ut assint creas temperi ad metendum?" Itidem hoc pulli pauefacti matri nuntiant. 12 Mater hortatur, ut tum quoque sine metu ac sine cura sint; cognatos adfinesque nullos ferme tam esse obsequibiles ait, ut ad laborem capessendum nihil cunctentur et statim dicto oboediant: "uos modo" inquit "aduertite, si modo quid denuo dicetur". 13 Alia luce orta auis in pastum profecta est. Cognati et adfines operam, quam dare rogati sunt, supersederunt. 14 Ad postremum igitur dominus filio: "ualeant" inquit "amici cum propinquis. Afferes primo luci falces duas; unam egomet mihi et tu tibi capies alteram, et frumentum nosmetipsi manibus nostris cras metemus". 15 Id ubi ex pullis dixisse dominum mater audiuit: "tempus" inquit "est cedendi et abeundi; fiet nunc dubio procul, quod futurum dixit. In ipso enim iam uertitur, cuia res est, non in alio, unde petitur". 16 Atque ita cassita nidum migrauit, seges a domino demessa est." 17 Haec quidem est Aesopi fabula de amicorum et propinquorum quorum leui plerumque et inani fiducia. 18 Sed quid aliud sanctiores libri philosophorum monent, quam ut in nobis tantum ipsis nitamur, alia autem omnia, quae extra nos extraque nostrum animum sunt, neque pro nostris neque pro nobis ducamus? 19 Hunc Aesopi apologum Q. Ennius in satiris scite admodum et uenuste uersibus quadratis composuit. 20 Quorum duo postremi isti sunt, quos habere cordi et memoriae operae pretium esse hercle puto: hoc erit tibi argumentum semper in promptu situm: "ne quid exspectes amicos, quod tute agere possies".

[2,29] CHAPITRE XXIX Apologue curieux d'Ésope le Phrygien. Ésope le Phrygien, ce fabuliste célèbre, fut mis avec raison, au nombre des sages les plus distingués. Ses fables, peines de conseils et de leçons de la plus grande utilité, n'affectent point le ton sévère et impérieux de l'altier philosophe. L'apologue, entre ses mains, emprunte le langage des grâces et de la gaieté. C'est par ce charme séduisant qu'il s'insinue dans l'âme de ses lecteurs, et qu'il leur fait goûter les diverses peintures qu'il trace d'une main si sage et si judicieuse. Sa fable de l'alouette et de ses petits, écrite avec autan


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002