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Date :     10-09-2010

Sujets :
Lecture : Le sagum, l'habit militaire ; Lecture : Bocacce (1313-1375) et Pandora ; Lecture : Pétrarque et Auguste le Corinthiaire ; Lecture : Pline l'Ancien et l'Arabie heureuse ; ITINERA ELECTRONICA : 11 nouveaux environnements hypertextes : Bocacce (x 3), Cicéron (x 3), Pétrarque (x 5) ; Photos : Lumières de Sicile (Anne FILLON) ;

Notice :

1. Lecture : Le sagum, l'habit militaire (C. McCULLOUGH) :

Livre : Colleen McCULLOUGH, Les lauriers de Marius
ou encore : L'amour et le pouvoir
Tome I de la série : Les maîtres de Rome
Titre original : The first man in Rome (1990)
Traduction française par Jean-Paul MOURLON
Éditions de l'Archipel, Paris, 2002, 395 pp.

Extrait : p. 341-342:

" ... L'armée d'Afrique [de Marius] n'ignorait pas que de grandes choses se préparaient pour le printemps, bien que seul le haut commandement sût lesquelles. Les ordres prévoyaient un ordre de marche léger, ce qui signifiait qu'il n'y aurait pas d'interminables convois tirés par des boeufs, mais seulement des chariots auxquels on attellerait des mules ; ils pourraient suivre le rythme des légions, et s'abriter chaque soir dans le camp.

Chaque soldat devrait porter son équipement sur son dos, ce qu'il faisait sans trop d'efforts, grâce à une tige en forme de Y placée sur son épaule gauche : tuniques et bas de rechange, nécessaire de rasage, culottes de cuir contre le froid, foulards épais pour protéger le cou de l'irritation que provoquait toujours le frottement de la cotte de mailles, le tout roulé dans sa couverture. Sa cape circulaire – son sagum – était pliée dans un sac de cuir. Il se chargeait également de ses couverts, d'une marmite, d'une outre, d'un minimum de trois jours de rations, parfois de divers outils, de quoi nettoyer et entretenir ses armes et son armure, et de son bouclier, enveloppé dans un étui de chevreau. Il pouvait y ajouter son casque, ou le pendre à sa poitrine, mais ne le mettait sur la tête qu'en prévision d'une attaque. Il fixait à sa ceinture, du côté droit, son épée dans son fourreau, et de l'autre sa dague.

Chaque groupe de huit hommes se voyait allouer une mule, qui emportait une tente de cuir et ses piquets, ainsi que les lances, parfois des rations supplémentaires. Quatre-vingts légionnaires, et vingt non-combattants, formaient une centurie, dirigée par un centurion. Chacune disposait d'un chariot tiré par une mule, qui convoyait tout le supplément – vêtements, outils, armes, et bien d'autres choses encore. Si l'armée était en marche et ne comptait pas revenir sur ses pas avant la fin de la campagne, tout ce qu'elle possédait – de l'artillerie au butin qu'elle avait pu amasser – était entassé dans des chariots tirés par des boeufs, qui la suivaient de loin sous bonne garde.

Quand, au printemps, Marius se mit en route pour la partie occidentale de la Numidie, il laissa évidemment derrière lui un aussi lourd bagage ; ce fut cependant un impressionnant défilé, qui paraissait s'étendre à l'infini, car il emmenait ses six légions au complet, ainsi que sa cavalerie. Celle-ci, toutefois, étant répartie sur les flancs de l'infanterie, la longueur totale de la colonne n'atteignait qu'un peu plus de deux lieues [une lieu romaine = 2,223 km ; ndlr]. ..."

Dossier (tiré de Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio) :

" ... SAGUM (g-Sagos). Le sagum était un vêtement gaulois, de nom et d'origine'. On fabriquait des sagum à Arras, à Tournai', à Langres, chez les Bituriges. C'était le vêtement des Germains et des Ligures. De la Gaule, ce vêtement s'était répandu dans les autres parties de l'Empire, en Espagne en Afrique, en Égypte. Les inscriptions nous révèlent l'existence, dans des régions diverses, de sagarii ou de negotiatores sagarii en Gaule, à Vienne, à Narbonne", à Lyon où ils formaient une corporation; en Italie, à Milan, à Rome, à Terracine, à Pouzzoles, à Pompéi, etc.

Le sagum était une pièce d'étoffe carrée. C'est ce qu'attestent les textes cités, et ce que confirment certains usages exceptionnels que l'on fit du sagum : on s'en servit, en effet, pour berner, pour remplacer des voiles de vaisseaux en en cousant plusieurs ensemble ; pour enlever les terres, à défaut de panier. Il se jetait sur les épaules et s'attachait par une fibule. C'est ainsi qu'il est porté par le Dispater ou dieu au marteau des Gaulois. Une statuette , de Besancon, en offre un bel exemple (fig. 6040). Les pauvres, dans les campagnes, remplaçaient la fibule par une épine ou un noeud. Les riches avaient quelquefois des fibules en or; il en existait, en effet, de bien ornées, de pourpre ou de couleurs variées, même chez les peuples barbares. Un sagum grossier était le costume habituel du peuple. Il était généralement d'une étoffe de laine rude, à longs poils, quelquefois rayée. Columelle recommande aux agriculteurs de défendre leurs employés contre le froid et la pluie, en leur faisant porter un sagum à capuchon (saga cucullata). On portait le sagum noir en signe de deuil. Il y avait des saga épais et lourds pour l'hiver, plus légers pour l'été.

Chez les Romains, le sagum fut l'habit militaire par excellence, de telle sorte que les expressions : saga sumere, ire ad saga, ad saga converti, sont synonymes de partir en guerre; esse in sagis, être en état de guerre ; saga ponere ou deponere, ou reiicere, faire la paix.

Dans des textes nombreux, les mots sagum et toga sont opposés comme symboles, le premier de la guerre, le second de la paix Le sagum était un habit militaire très pratique, laissant à celui qui s'en couvrait toute la liberté de ses mouvements. On voit dans la figure 6041 un frondeur vêtu du sagum, prêt à lancer une pierre de son bras droit dégagé, l'autre tient le bouclier. Dans la figure 6042, un soldat romain, les bras étendus, pousse devant lui un prisonnier barbare : le premier porte le sagum attaché comme une chlamyde; le second un manteau analogue, qui peut être ce qu'on appelait sagochlamys. Il n'a pas été possible jusqu'à présent de déterminer avec précision ce qui distinguait pour les anciens des vêtements à peu près semblables, tels que l'ABOLLA, la LACERNA, la chlamyde, qui s'attachaient sur l'épaule ou devant le cou ; il en est de même de la sagochlamys. Comme on ne connaît pas bien la différence du sagum et de la chlamys, on ne saurait non plus dire ce que tenait de l'un et de l'autre le vêtement qui réunissait les deux noms. Nos dessins sont empruntés à la colonne Trajane ; on trouve de nombreux exemples du sagum, aussi bien que sur la colonne Antonine, sur les arcs de triomphe et sur les monuments funèbres (fig. 1493, 3729, 4459, 4483, 3684).

Le sagum du soldat était le sagum gregale. Le sagum des officiers s'appelait aussi sagum, mais plus souvent sagulum ; il différait de celui du soldat par une couleur plus éclatante. Celui du général en chef était rouge et aussi celui de ses licteurs pendant la guerre. Il y avait, pour la troupe, des sagum d'hiver et des sagum d'été.

Le sagum du général en chef ne devait pas différer du PALUDAMENTUM. On appelait également sagum des couvertures de cheval, couvertures parfois luxueuses. On donnait aussi ce nom au morceau d'étoffe que l'on place sous la selle pour que le bois ne blesse pas le cheval [SELLA EQUESTRIS]. ..."

Témoignages :

  • Diodore de Sicile, La Bibliothèque historique, V, 30 :

    [5,30] ἐσθῆσι δὲ χρῶνται καταπληκτικαῖς, χιτῶσι μὲν βαπτοῖς χρώμασι παντοδαποῖς διηνθισμένοις καὶ ἀναξυρίσιν, ἃς ἐκεῖνοι βράκας προσαγορεύουσιν· ἐπιπορποῦνται δὲ σάγους ῥαβδωτοὺς ἐν μὲν τοῖς χειμῶσι δασεῖς, κατὰ δὲ τὸ θέρος ψιλούς, πλινθίοις πυκνοῖς καὶ πολυανθέσι διειλημμένους ...

    [5,30] Les Gaulois portent des habits très singuliers, comme des tuniques peintes de toutes sortes de couleurs et des hauts-de-chausses qu'ils appellent bracques. Par-dessus leur tunique, ils mettent une casaque d'une étoffe rayée ou divisée en petits carreaux, épaisse en hiver et légère en été, et ils l'attachent avec des agrafes.

    La Bibliothèque historique, V, 33 :

    ... φοροῦσι δ´ οὗτοι σάγους μέλανας τραχεῖς καὶ παραπλήσιον ἔχοντας τὸ ἔριον ταῖς αἰγείαις θριξίν.

    Les Celtibériens s'habillent tous d'un sayon noir et velu, dont la laine ressemble fort au poil de chèvre. ...

  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, VIII, 21, 1 :

    [8,21] 54 Capere eos ardui erat quondam operis, foueisque maxime. principatu Claudii casus rationem docuit, pudendam paene talis ferae nomine, a pastore Gaetuliae sago contra ingruentis impetum obiecto, quod spectaculum in harenam protinus tralatum est, uix credibili modo torpescente tanta illa feritate quamuis leui iniectu operto capite, ita ut deuinciatur non repugnans. uidelicet omnis uis constat in oculis, ...

    [8,21] (1) C'était jadis une chose fort laborieuse que de les [les lions] prendre; on employait surtout les fosses. Sous le règne de Claude, le hasard enseigna un procédé qu'on peut presque dire honteux pour le nom d'un tel animal : un berger de Gétulie jeta son surtout sur un de ces animaux qui l'attaquait; cela fut aussitôt transporté dans l'arène. On peut à peine croire jusqu'à quel point une enveloppe légère, jetée sur sa tête, arrête sa férocité : il se laisse enchaîner sans résistance; c'est que toute sa vigueur est dans ses yeux. ...

  • Tacite, La Germanie, XVII :

    [17] Tegumen omnibus sagum fibula aut, si desit, spina consertum: cetera intecti totos dies iuxta focum atque ignem agunt. Locupletissimi ueste distinguuntur, non fluitante, sicut Sarmatae ac Parthi, sed stricta et singulos artus exprimente. Gerunt et ferarum pelles, proximi ripae neglegenter, ulteriores exquisitius, ut quibus nullus per commercia cultus. ...

    [17] XVII. Ils [Les Germains] ont tous pour vêtement un sayon qu'ils attachent avec une agrafe, ou, à défaut d'agrafe, avec une épine. A cela près ils sont nus, et passent les journées entières auprès de leur foyer. Les plus riches se distinguent par un habillement, non pas flottant comme chez les Sarmates et les Parthes, mais serré et qui marque toutes les formes. Ils portent aussi des peaux de bêtes, plus grossières vers le Rhin, plus recherchées dans l'intérieur, où le commerce ne fournit point d'autre parure ...

  • Cicéron, Philippiques, VI, 3 : (9) Sed cum se Brutum esse meminisset uestraeque libertati natum, non otio suo, quid egit aliud, nisi ut paene corpore suo Gallia prohiberet Antonium? Ad hunc utrum legatos an legiones ire oportebat? Sed praeterita omittamus; properent legati, quod uideo esse facturos; uos saga parate. Est enim ita decretum, ut, si ille auctoritati senatus non paruisset, ad saga iretur. Ibitur; non parebit; nos amissos tot dies rei gerendae queremur.

    Mais il s'est ressouvenu qu'il était Brutus, qu'il était né pour votre liberté et non pour son repos; puis il a trouvé tout naturel de faire de son corps un rempart pour éloigner Antoine de la Gaule. A ce dernier étaient-ce des députés ou des légions qu'il fallait envoyer? Mais laissons le passé. Que les députés se gâtent, et je sais qu'ils s'y disposent : vous, préparez l'habit de guerre. Tels sont, en effet, les termes du décret, que s'il ne se soumettait pas à l'autorité du sénat, on prendrait l'habit de guerre. On en viendra là : il n'obéira point, et nous regretterons tant de jours perdus pour agir.

  • Columelle, De l'agriculture, I, 11, 21 :

    (21) Cultam uestitamque familiam utiliter magis habeat, quam delicate, id est munitam diligenter a frigoribus et imbribus; quae utraque prohibentur optime pellibus manicatis et sagaceis cucullis : idque si fiat, omnis pene hiemalis dies in opere tolerari possit. Quare tam uestem seruitiorum, quam, ut dixi, ferramenta bis debebit omnibus mensibus recensere : nam frequens recognitio nec inpunitatis spem nec peccandi locum praebet. ...

    (21) Les gens de la maison seront tenus proprement, et vêtus plutôt commodément qu'avec élégance, c'est-à-dire qu'ils seront soigneusement protégés contre le froid et la pluie; on atteindra ce but en leur donnant des habits de peau à manches et des saies à capuchon : moyennant ces précautions, ils pourront supporter, en travaillant, tous les jours d'hiver. Le métayer devra donc deux fois par mois visiter tous les vêtements des esclaves, ainsi que leurs outils, comme je viens de le dire; car une fréquente revue ne laisse pas l'espoir de l'impunité, ni l'occasion de commettre des fautes. ...


2. Lecture : Bocacce (1313-1375) et Pandora :

  • BOCACCE, De la généalogie des dieux païens, livre IV, 45

    [4,45] CAP. XLV : De Pandore homine a Prometheo facto. Pandora dicit Fulgentius nominatum eum, quem Prometheus primum ex luto confecit, quod a Fulgentio ob id dictum puto, quia Pandore significatum sit in latino omnium munus, eo quod non ex notitia unius tantum rei componatur sapiens, sed ex multis et uerius ex omnibus, sed talis solus est deus. Posset preterea dici Pandora a pan quod est totum, et doris quod est amaritudo, quasi Pandorus omni amaritudine plenus. Nil enim in presenti uita potest homo absque amaritudine possidere, quod utrum uerum sit, se unusquisque exentiat et uidebit. Iob autem uir sanctus et patientie insigne specimen, uolens hoc humano improperare generi, dixit: homo natus de muliere, breui uiuens tempore, multis repletus miseriis etc.

    De Pandore homme fait par Prométhée. Fulgence [le Mythographe, IV (?) - Ve (?) s. de notre ère] dit que Pandora est nommée le premier homme que Prométhée fit et forma de la boue et de la terre. Ceci est dit par Fulgence parce que "pandora" signifie en latin "moins de tous" [sic]. Parce que le sage n'est pas fait et composé par la connaissance et la science seulement d'une chose mais de plusieurs et plus vraiment de toutes mais dieu seul est tel. Pandora aussi peut être dit de cette diction grecque "pan" qui signifie en latin "tout" et "doris" qui est "amertume". Ainsi Pandorus est comme plein de toute amertume car l'homme en cette présente vie ne peut aucune chose faire sans amertume. Un chacun pense en soi si ceci est vrai et il le verra car Job, homme saint et exemple noble et renommé de patience, voulant (adresser) ce reproche à l'humain lignage, dit : l'homme, né de femme, vit bref temps et est rempli de moultes misères.

  • TRADUCTION FRANçAISE (datant de 1498 ; page numérisée [feuillet LXXI]) : http://itinera.fltr.ucl.ac.be/actualites/pandora_tradfr.pdf

  • SOURCE : Fulgentius Mythographus - Mitologiarum libri tres.

    Livre 2, ch. 6 : "Denique Pandoram dicitur formasse; Pandora enim Grece dicitur omnium munus, quod anima munus sit omnium generale".

  • TÉMOIGNAGE : Hésiode, Les travaux et les jours, v. 70 - 82 :

    70 {αὐτίκα δ' ἐκ γαίης πλάσσεν κλυτὸς Ἀμφιγυήεις παρθένῳ αἰδοίῃ ἴκελον Κρονίδεω διὰ βουλάς· ζῶσε δὲ καὶ κόσμησε θεὰ γλαυκῶπις Ἀθήνη· ἀμφὶ δέ οἱ Χάριτές τε θεαὶ καὶ πότνια Πειθὼ ὅρμους χρυσείους ἔθεσαν χροΐ· ἀμφὶ δὲ τήν γε 75 Ὧραι καλλίκομοι στέφον ἄνθεσιν εἰαρινοῖσιν· πάντα δέ οἱ χροῒ κόσμον ἐφήρμοσε Παλλὰς Ἀθήνη.} ἐν δ' ἄρα οἱ στήθεσσι διάκτορος Ἀργεϊφόντης ψεύδεά θ' αἱμυλίους τε λόγους καὶ ἐπίκλοπον ἦθος {τεῦξε Διὸς βουλῇσι βαρυκτύπου· ἐν δ' ἄρα φωνὴν} 80 θῆκε θεῶν κῆρυξ, ὀνόμηνε δὲ τήνδε γυναῖκα Πανδώρην, ὅτι πάντες Ὀλύμπια δώματ' ἔχοντες δῶρον ἐδώρησαν, πῆμ' ἀνδράσιν ἀλφηστῇσιν.

    Aussitôt l'illustre Vulcain, soumis à ses volontés, façonna avec de la terre une image semblable à une chaste vierge ; la déesse aux yeux bleus, Minerve, l'orna d'une ceinture et de riches vêtements ; les divines Grâces et l'auguste Persuasion lui attachèrent des colliers d'or, et les Heures à la belle chevelure la couronnèrent des fleurs du printemps. Minerve entoura tout son corps d'une magnifique parure. Enfin le meurtrier d'Argus, docile au maître du tonnerre, lui inspira l'art du mensonge, les discours séduisants et le caractère perfide. Ce héraut des dieux lui donna un nom et l'appela Pandore, parce que chacun des habitants de l'Olympe lui avait fait un présent pour la rendre funeste aux hommes industrieux.

  • RÉFÉRENCE (Bocacce) : WIKIPEDIA :

    " ... "Genealogia deorum gentilium" (« Généalogie des dieux des païens »), divisé en quinze livres, est une des anthologies les plus complètes de légendes de la mythologie grecque, auxquelles Boccace donne une interprétation allégorique et philosophique. Il commence cette œuvre avant 1350, à la demande de Hugo de Lusignan, roi de Chypre, à qui est dédicacé le livre. Il continue de le corriger jusqu‘à sa mort. Ce livre de référence a été l'un des plus consultés par les écrivains jusque bien tard dans le XIXe siècle. ..."


3. Lecture : Pétrarque et Auguste le Corinthiaire :

Texte : Pétrarque, Entretiens familiers de Pétrarque Sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux. CHAPITRE 42 : Des ouvrages de fonte et de la vaisselle d'or et d'argent, III

[42,3] (Gaudium) Vasis Corinthiis delector.
(Ratio) Mirarer magis, nisi Augustum modestissimum licet atque grauissimum principem lectum esset apud egregios scriptores delectatione hac usque adeo correptum precipitemque actum ut proscriptione triumuirali condemnasse aliquos nullam aliam ob causam nisi huiusmodi uasorum desiderio putaretur utque eius ad statuam famoso epigrammate apposito ad eternam laudati ducis infamiam Corinthiarius diceretur. Quod si credimus, inter hunc optimum pessimumque omnium Antonium hac in parte quid intersit, nisi quod hunc ad iniuriam causa mouit humilior? Et est omne peccatum eo maius quo et maior qui peccat et minor causa peccandi: nec peccantis magnitudo atque imperium lingue uel calami uulnus euadunt iudiciisque hominum eximuntur, illos magis in se acuunt atque irritant. Non parcit regum maculis uulgus loquax; etsi palam metuit, clam libertate utitur. In cauernis sibilat, gannit in tenebris, dubias uoces in nubibus, acres uersus in triuiis serit, subscribit statuis, nutu loquitur, silentio exclamat minaturque oculis, lingua ferit. Sic sepe leuibus ex causis graues contrahuntur infamie et claris quoque nominibus obscura cognomina idque si principum maximo euenire potuit, quid priuati sperent, quibus esse debeat amica mediocritas, inimica luxuria?

[42,3] Il est vrai que je m'étonnerais davantage de ta folie sans que je sais qu'Auguste, ce prince si sage et si modéré, fut, au rapport d'excellents auteurs, si touché de la même passion qui t'emporte qu'en cette fameuse proscription que fit le triumvirat on crut qu'il n'avait condamné quelques personnes que pour l'amour des vases qu'il espérait acquérir par la perte de leurs possesseurs. C'est pourquoi on attacha un pasquin {un écrit satirique} à sa statue qui l'appellait le "Corinthiaire" et flétrissait d'une note éternelle d'infamie un homme, qui d'ailleurs avait reçu et mérité tant de louanges (Suétone, Vie d'Auguste, LXX, 2). Or, si cela est véritable, je ne vois pas quelle différence on peut mettre entre ce bon prince et le méchant Antoine, si ce n'est que cet empereur fit une haute injustice pour un moindre sujet. Or, tout péché est d'autant plus grand que celui qui pèche est plus grand lui-même et qu'il a moins de raison de faillir. L'empire et la majesté d'un homme qui fait mal ne l'excemptent point des blessures de langue ou de la plume ni des jugements des hommes, au contraire, ils les aiguisent davantage. Un peuple qui est toujours grand parleur n'épargne point les taches des rois; s'il craint en public, il se sert en particulier de sa liberté de tout dire; il siffle dans les lieux retirés, caquette parmi les ténèbres, jette des cris à double entente par l'air, sème des libelles diffamatoires par les rues, met des souscriptions injurieuses au pied des statues, parle par signes, peste par son silence, menace des yeux et frappe de la langue. Ainsi bien souvent on souffre une griève infamie pour des choses bien légères et les noms les plus illustres sont couverts par des surnoms ignomineux. Or si ce malheur a pu arriver au plus grand des princes, que doivent attendre des personnes privées à qui la médiocrité doit être aussi chère que le luxe doit être odieux raisonnablement ?

Source : Suétone, Vie d'Auguste, LXX, 3-4 :

(3) Notatus est et ut pretiosae supellectilis Corinthiorumque praecupidus et aleae indulgens.

(4) Nam et proscriptionis tempore ad statuam eius ascriptum est: "Pater argentarius, ego Corinthiarius," cum existimaretur quosdam propter uasa Corinthia inter proscriptos curasse referendos; et deinde bello Siciliensi epigramma uulgatum est: "Postquam bis classe uictus naues perdidit, Aliquando ut uincat, ludit assidue aleam."

(3) On blâma aussi son goût [d'Auguste] pour les meubles précieux et les vases de Corinthe, ainsi que sa passion pour les jeux de hasard. À l'époque des proscriptions, on mit au bas de sa statue:
Mon père était banquier, et moi je suis bronzier.
parce qu'on croyait qu'il avait porté quelques citoyens sur les listes de proscription pour s'approprier leurs vases de Corinthe. Pendant la guerre de Sicile, on répandit l'épigramme suivante:
Deux fois le malheureux s'est fait battre sur mer,
Et, pour se rattraper, il joue un jeu d'enfer.


4. Lecture : Pline l'Ancien et l'Arabie heureuse :

Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XII, 41 sqq. :

[12,41] 82 Non sunt eorum cinnamomum aut casia, et tamen felix appellatur Arabia, falsi et ingrati cognominis, quae hoc acceptum superis ferat, cum plus ex eo inferis debeat. beatam illam fecit hominum etiam in morte luxuria quae dis intellexerant genita inurentium defunctis. 83 periti rerum adseuerant non ferre tantum annuo fetu, quantum Nero princeps nouissimo Poppaeae suae die concremauerit. aestimentur post ea toto orbe singulis annis tot funera aceruatimque congesta honori cadauerum quae dis per singulas micas dantur. nec minus propitii erant mola salsa supplicantibus, immo uero, ut palam est, placatiores. uerum Arabiae etiamnum felicius mare est; 84 ex illo namque margaritas mittit. minimaque computatione miliens centena milia sestertium annis omnibus India et Seres et paeninsula illa imperio nostro adimunt: tanti nobis deliciae et feminae constant. quota enim portio ex illis ad deos, quaeso, iam uel ad inferos pertinet?

[12,41] XLI. (XVIII.) <1> Le cinnamome et la casia (laurus casia) n'appartiennent pas à l'Arabie, qu'on nomme cependant Heureuse. Trompée et ingrate, elle croit tenir du ciel son surnom, et elle le doit bien plus aux enfers. Ce qui l'a faite Heureuse, c'est le luxe déployé par les hommes même dans la mort, et employant à brûler les défunts avec ce que l'Arabie pensait avoir été produit pour honorer lés dieux. Les gens du métier assurent que ce pays ne donne pas en une année autant de parfums que Néron en brûla lors de la mort de son épouse Poppée. Qu'on fasse maintenant le calcul de toutes les funérailles, par an, dans l'univers entier, et des masses d'encens consacrées à honorer des cadavres, d'un encens qu'on n'accorde aux dieux que par miettes.
<2> Certes les dieux n'étaient pas moins propices quand on les suppliait en leur offrant un gâteau salé; et ils l'étaient bien davantage, les faits le prouvent. Mais la mer de l'Arabie est encore plus Heureuse; c'est elle, en effet, qui fournit les perles; 100 millions de sesterces (21,000,000 f.), au calcul le plus bas, sont annuellement enlevés à notre empire par l'Inde, la Sérique, et cette presqu'île Arabique; tant nous coûtent cher le luxe et les femmes ! Quelle portion, je vous le demande, en revient aux dieux du ciel et de l'enfer?

Dossier (WIKIPEDIA) : Arabie heureuse


5. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

  • Bocacce, Des femmes de renom - ch. 2 : De Semiramis, reine des Assiriens
  • Bocacce, Des femmes de renom - ch. 12 : De Tisbé, jeune fille de Babylon
  • Bocacce, Des femmes de renom - ch. 92 : De Pompeia Paulina, femme de Sénèque
  • Cicéron, Lettres à Atticus, livre VI [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Cicéron, Lettres à Atticus, livre IX [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Cicéron, Lettres à Atticus, livre X [Texte latin et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Pétrarque Sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux, ch. 23 : Des filles coquettes
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Pétrarque Sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux, ch. 26 : Des fausses louanges
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Pétrarque Sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux, ch. 41 et 44 : Des vices de la jeunesse
  • Pétrarque, Entretiens familiers de Pétrarque Sur la bonne et mauvaise fortune ou L'Art de vivre heureux, ch.42: Des ouvrages de fonte et de la vaisselle d'or et d'argent

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


6. Photos : Lumières de Sicile :

Anne FILLON, professeur de Lettres en FR et collaboratrice scientifique bénévole aux Projets ITINERA ELECTRONICA et HODOI ELEKTRONIKAI, nous est bien connue : elle a, entre autres, constitué, pour le Projet HELIOS, des leçons avec TICE qui ont fait date et qui sont devenues, pour ainsi dire, incontournables au fil des ans :

  • TITE-LIVE (Deux grands hommes : Hannibal et Scipion),
  • CICÉRON (Un maître de l'éloquence : Cicéron contre Verrès) ,
  • ESCLAVES (Maîtres et esclaves : des rapports complexes) ,
  • SOCRATE (Socrate, une grande figure d'Athènes) , ...

Elle a été en SICILE, en mars 2010, avec une de ses classes et elle nous a rapporté de là de nombreuses et belles photos : Lumières de Sicile : Agrigente, l'Etna, Syracuse, Taormine, Palerme, Ségeste ... : un merveilleux album.
Merci, Anne !


Jean Schumacher
10 septembre 2010


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002