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Date :     06-08-2010

Sujets :
Lecture : Casanova (1725-1798) et Cicéron; Lecture : Les dialogues de LUCIEN de Samosate et l'Arminius d'Ulrich von HUTTEN ; Lecture : Suétone, Plutarque et Pétrarque à propos de César et du franchissement du Rubicon ; Lecture : Pétrarque, Sur la bonne et la mauvaise fortune ; HODOI ELEKTRONIKAI : 11 nouveaux environnements hypertextes : Dinarque, Hermès Trismégiste (x 5), Lysias (x 2), La Septante, Socrate le Scolastique, Théodoret de Cyr ;

Notice :

1. Lecture : Casanova (1725-1798) et Cicéron :

Dans le magazine Le POINT, numéro 1975, édition du 22 juillet 2010, Jean-Paul ENTHOVEN, consacre un long article à Casanova (1725-1798) - "Casanova, trésor national" - à l'occasion de l'arrivée en France du manuscrit des Mémoires de cet auteur.

A la page 73 dudit magazine figure le fac-similé de la Préface de l'Histoire de ma vie de Casanova. Nous avons eu l'attention attirée par la citation latine figurant juste au-dessus du titre "Préface" :

Nequiquam sapit qui sibi non sapit.

Grâce à nos outils de recherche informatisés, nous avons pu retrouver aisément l'auteur et la référence précise de cette citation : CICÉRON, Ad familiares, VII, 6 :

In omnibus meis epistulis, quas ad Caesarem aut ad Balbum mitto, legitima quaedam est accessio commendationis tuae, nec ea uulgaris sed cum aliquo insigni indicio meae erga te beneuolentiae. Tu modo ineptias istas et desideria urbis et urbanitatis depone et, quo consilio profectus es, id adsiduitate et uirtute consequere. Hoc tibi tam ignoscemus nos amici, quam ignouerunt Medeae, “quae Corinthum arcem altam habebant matronae opulentae, optimates, ” quibus illa manibus gypsatissimis persuasit ne sibi uitio illae uerterent, quod abesset a patria; nam “Multi suam rem bene gessere et publicam patria procul; Multi, qui domi aetatem agerent, propterea sunt improbati. ” Quo in numero tu certe fuisses, nisi te extrusissemus. Sed plura scribemus alias. Tu, qui ceteris cauere didicisti, in Britannia ne ab essedariis decipiaris caueto et (quoniam Medeam coepi agere) illud semper memento: “qui ipse sibi sapiens prodesse non quit, nequiquam sapit. ” Cura ut ualeas.

Je n'adresse pas une lettre à César ou à Balbus, sans y mettre un mot pour vous [Trebatius], non pas un mot banal, mais de ces mots significatifs qui disent hautement tout le bien qu'on veut aux gens. De votre côté, point de faiblesses, point de regrets frivoles de Rome et de ses habitudes. Vous êtes parti avec un but : mettez-y de la suite, du courage, et arrivez. Vos amis vous pardonnent votre absence, comme pardonnèrent autrefois à Médée « les riches et puissantes matrones de la haute ville de Corinthe,» à qui elle sut persuader par artifice qu'elles ne devaient pas lui faire un crime de s'être éloignée de sa patrie. Que de fois n'a-t-on pas été utile à soi et à ses concitoyens loin de sa patrie ! que de fois n'a-t-on pas trouvé la honte sur le sol natal ! C'est ce qui vous attendait, si nous ne vous eussions chassé de Rome. Je reviendrai une autre fois sur ce texte. En attendant, vous qui enseignez si bien aux autres à prendre leurs sûretés, prenez les vôtres contre les chariots bretons, et puisque j'ai déjà fait parler Médée, souvenez-vous toujours de son conseil : « n'est sage que qui sait être sage à son profit. » Ayez soin de votre santé.

Casanova a dû citer de mémoire car, comme on peut le voir ci-dessus, la phrase que Cicéron, dans ses Lettres familières, reprend à la tragédie Medea d'ENNIUS est un peu différente. Chez ENNIUS, la formulation semble avoir été la suivante : nequiquam sapere sapientem, qui ipse sibi prodesse non quiret. POMPEIUS FESTUS (2es. de notre ère) a rendu ce fragment de la tragédie perdue d'Ennius comme suit : Nec quisquam sophiam sapientia quae perhibetur, in somnis uidit prius quam sam discere coepit.

Comment CICÉRON envisage-t-il d'être sage ? Il le précise dans son traité Des Devoirs, III, 4 :

Itaque iis omnes, in quibus est uirtutis indoles, commouentur. Nec uero, cum duo Decii aut duo Scipiones fortes uiri commemorantur, aut cum Fabricius, aut Aristides iustus nominatur, aut ab illis fortitudinis aut ab his iustitiae tamquam a sapiente petitur exemplum; nemo enim horum sic sapiens, ut sapientem uolumus intellegi, nec ii, qui sapientes habiti et nominati, M- Cato et C- Laelius, sapientes fuerunt, ne illi quidem septem, sed ex mediorum officiorum frequentia similitudinem quandam gerebant speciemque sapientium.

Tous ceux en qui existe quelque disposition à la vertu y trouvent des mobiles d'action. Quand on glorifie en effet le courage des deux Decius ou celui des deux Scipion ou encore qu'on donne à Fabricius le nom de juste, ce n'est pas à des sages qu'on demande un exemple de courage ou de justice. Aucun de ces hommes n'a été un sage au sens que nous voulons donner à ce mot, Marcus Caton et Lélius qui passèrent pour des sages et portèrent ce nom, n'ont pas non plus été des sages en ce sens, non plus d'ailleurs que les sept qu'on énumère en Grèce, mais, par la façon dont ils ont souvent conformé leurs actes aux règles de la moralité moyenne, ils ont acquis une certaine ressemblance avec les sages, ils ont fait figure de sages.

Conclusion (semble-t-il): Celui qui sait conformer ses actes à la morale peut être considéré comme sage. Est-ce ainsi que l'entendait Casanova ?


2. Lecture : Les dialogues de LUCIEN de Samosate et l'Arminius d'Ulrich von HUTTEN :

En 1506, Thomas MORE traduit en latin les dialogues de LUCIEN de Samosate. Ulrich von HUTTEN (1488-1523) s'en inspire, entre autres, pour la rédaction de son Arminius. Dans cette oeuvre, conçue comme un dialogue, apparaissent Arminius, Minos, Mercure, Alexandre, Scipion, Hannibal et Tacite.

Jean DELUMEAU, dans son ouvrage La Civilisation de la Renaissance, en parle à la page 39 :

La redécouverte de la Germanie de Tacite, publiée en 1500 par Conrad Celtis, suscita en Allemagne toute une littérature écrite en latin mais résolument nationaliste, dont le dialogue Arminius, composé en 1520 par Ulrich von Hutten, fournit un bon exemple. Arminius devenait le héros national et le symbole de la résistance allemande à Rome : allusion évidente à la révolte luthérienne contre la papauté.

ARMINIUS est le héros de la Varusschlacht ("désastre de Teutoburg"), bataille durant laquelle plusieurs légions romaines furent complètement anéanties. Ce qui fit dire à l'empereur Auguste la célèbre phrase rapportée par SUÉTONE : "Varus, rends-moi mes légions" :

SUÉTONE, Vie d'Auguste, XXIII :

Graues ignominias cladesque duas omnino nec alibi quam in Germania accept, Lollianam et Varianam, sed Lollianam maioris infamiae quam detrimenti, Varianam paena exitiabilem, tribus legionibus cum duce legatisque et auxiliis omnibu caesis. Hac nuntiata excubias per urbem indixit, ne quis tumultus existeret, et praesidibus prouinciarum propagauit imperium, ut a peritis et assuetis socii continerentur. Vouit et magnos ludos Ioui Optimo Maximo, si res p. in meliorem statum uertisset: quod factum Cimbrico Marsicoque bello erat. Adeo denique consternatum ferunt, ut per continuos menses barba capilloque summisso caput interdum foribu illideret, uociferans: Quintili Vare, legiones redde! diemque cladis quot annis maestum habuerit a lugubrem.

(1) Il n'essuya de défaites ignominieuses que celles de Lollius et de Varus, toutes deux en Germanie. La première fut plutôt un affront qu'une perte. La seconde faillit être funeste à l'État : trois légions furent taillées en pièces avec leur chef, ses lieutenants et ses troupes auxiliaires. (2) À cette nouvelle, il disposa des sentinelles dans Rome pour prévenir tout désordre, et confina dans leur place les commandants des provinces, afin que leurs lumières et leur expérience retinssent les alliés dans le devoir. (3) Il consacra de grands jeux à Jupiter pour le rétablissement des affaires de la République, ainsi qu'on l'avait fait dans la guerre des Cimbres et des Marses. (4) Enfin on dit qu'Auguste fut tellement consterné de ce désastre, qu'il laissa croître sa barbe et ses cheveux plusieurs mois de suite, et qu'il se frappait de temps en temps la tête contre la porte, en s'écriant: " Quintilius Varus, rends-moi mes légions". L'anniversaire de cette défaite fut toujours pour lui un jour de tristesse et de deuil.

Rappelons que nous avons déjà parlé de ce fait historique dans l'actualité du 13 octobre 2006 en citant Anatole FRANCE, Les légions de Varus.

Dans le dialogue inventé par Ulrich von HUTTEN, Arminius veut obtenir de Minos, juge des Enfers, le premier rang parmi les chefs d'armée qui vivent heureux aux Champs Élysées :

Arminius, ch. 1

... queri me uero decet, quod, cum honorem habes, et ueluti praemia statuis Imperatoribus qui ubique fuerunt optimis, ipsum me, quasi qui non uixerim, si praeteris. Iampridem enim sententiam ferente te, Imperatorum primus, loto Elysio campo et beatorum hac regione, pronunciatus est Alexander Macedo, ab eoque secundus honore Romanus Scipio, et tertius Carthaginensis (Annibal) Solus in nullo ego habitus sum numero, qui tamen, si certandum mihi cum illis unquam putauissem, equidem in nullo posuerim dubio, quin, te iudice, principem locum obtinuissem.

J'ai lieu de me plaindre que, disposant des honneurs et des récompenses à décerner aux Chefs qui furent les plus dignes en tous pays, tu m'oublies, moi, absolument comme si je n'avais pas existé. II y a longtemps, en effet, que parmi les Généraux qui vivent heureux aux Champs-Élysées, le premier rang, de par ta sentence, est assigné au Macédonien Alexandre, le second au Romain Scipion et le troisième au Carthaginois Annibal. Moi seul, je n'ai pas eu de place marquée. Cependant, si j'avais pu soupçonner qu'il y eût à choisir entre eux et moi, je n'eusse, en vérité, fait aucun doute que, t'ayant pour juge, j'eusse obtenu la première.

Dans la suite, au chapitre 3b, Arminius revient sur la Varusschlacht et la réaction de l'empereur Auguste :

Nec leuibus uero momentis tantae molis initia auspicatus sum. Tres primo statim impetu legiones, et in iis Martiam, cum auxiliis omnibus fortissimum exercitum, et quo non alius disciplina magis ac rei militaris experientia, uique et uirtute Romanos inter milites tunc ualebat, ipsumque simul ducem et legatos ad internicionem usque occidi et deleui. Quo tempore in unius mea persona, patriae incolumitas constitit. Ut dicere non debeat Scipio, tam consternatam se rem Romanam, tamque accisam restaurasse, quam ego penitus proculcatam et discerptam breui Germaniam restitui. Quanquam rei ipsius magnitudinem, non est quod uerbis ego assequi studeam, ipsi cotidie hic ueteres Romani loquuntur hoc, quantae eis calamitati fuerim tunc, quam misere potentissimam ciuitatem, Imperium florentissimum confuderim, et quod non alius magis illos rerum dominos gentemque togatam, metu et trepidatone consternauerit. Certe enim quod tu non effecisti, Annibal, ad urbis usque portas obequitans, ego in ultima constitutus Germania, tanto interuallo, tanto mediis fluminibus ac paludibus, tot interpositis montibus, ac locis nullo dum itinere hominum exploratis, aut cognitis, ipsis etiam dirimentibus montium altissimis Alpibus, eo desperationis adegi ciuitatem Romanam, ut ille Augustus Imperator, quem solum alioqui perpetuo felicem uocant homines, et quo nemo potentior, quod omnes sciunt, Imperio illi praefuit, ita obstinate primum mori decreuerit, ne uideret puto, quod mihi in mentem nunquam uenerat, Romam capi a me, ut caput foribus illisisse eum memoriae proditum sit, tandem excubias tota urbe, in portis stationes, extra praesidia disposuerit, rectoribus prouinciarum imperium prorogauerit, Ioui Optimo Maximo, si in meliorem statum uertisset Rempublicam magnos ludos uouerit; breuiter, ita de rerum summa consultauerit ac in suprema necessitate fieri solet, neque alio tempore sollicitius cautum illud Romae sit, ne quid detrimenti Respublica caperet, pauor ubique confusissimus hominum mentes perculerit. Fuit enim grauissima haec Romanis clades, pene exitiabilis etiam.

Je n'avais pas douté un seul instant, dès le début, du succès d'une si grave entreprise. Au premier choc j'ai détruit trois légions, et parmi elles la Légion de Mars; j'ai anéanti une armée que ses auxiliaires rendaient la plus puissante, celle qui, de toutes les troupes Romaines, valait le mieux pour la discipline, l'expérience de l'art militaire, la solidité et le courage; j'ai tué son chef et exterminé jusqu'au dernier de ses lieutenants. A ce moment le salut de la patrie reposa sur moi seul. Et Scipion ne saurait prétendre que, quand il l'a relevée, la situation de Rome était abattue et ruinée autant que la Germanie était foulée aux pieds et déchirée quand je l'ai si rapidement remise debout. Mais à quoi bon m'étudierais-je à vanter par mes paroles la grandeur de cet exploit? Les vieux Romains qui sont ici disent chaque jour quel fléau je fus alors pour eux, à quelle misère j'ai réduit la Cité la plus puissante, combien j'ai confondu l'Empire le plus florissant, et dans quel trouble, dans quelle consternation incomparables, ces maîtres de l'univers, cette nation vêtue de la toge, ont été plongés par moi. Oui certes, ce que tu n'as su faire, toi Annibal, qui chevauchais aux portes de Rome, moi, relégué au fond de la Germanie, à une distance énorme, séparé par quantité de fleuves, de marais et de montagnes qui m'interceptaient la route, au milieu de régions où les hommes ne s'étaient encore frayé aucun chemin, ou qui étaient ignorées, ayant le passage barré par les Alpes mêmes, les plus hautes montagnes, je l'ai fait : j'ai mis la cité Romaine dans une situation si désespérée qu'Auguste, le seul Empereur cité comme ayant été perpétuellement heureux, celui dont la puissance, chacun le sait, fut le plus incontestable, cet Empereur résolut de mourir, plutôt, je pense, que de voir Rome prise par moi. Et pourtant je n'y avais jamais songé! Et l'on rapporte qu'il se frappa la tête contre les murs, qu'il fit monter la garde dans toute la ville, mit des garnisons aux portes, disposa des postes à l'extérieur, prolongea le pouvoir des gouverneurs de province, fit voeu de donner des jeux magnifiques en l'honneur de Jupiter Tout Puissant, s'il améliorait la situation de la République ; bref, il délibéra, comme c'est l'habitude de le faire dans une suprême extrémité (et jamais dans aucun autre temps on n'avait désespéré si vite à Rome), de faire proclamer la République en danger; à tel point que tous les esprits en furent remplis de terreur et de confusion. Et en effet, cette défaite des Romains fut terrible et presque mortelle.

Nous avons préparé l'environnement hypertexte pour ce dialogue. C. RUELL pourra le constituer dès son retour de vacances.

Texte latin :
http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/files/AclassFTP/Textes/von_Hutten/Arminius_lat.txt

Traduction française :
http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/files/AclassFTP/Textes/von_Hutten/Arminius_fr.txt


3. Lecture : Suétone, Plutarque et Pétrarque à propos de César et du franchissement du Rubicon :

  • SUÉTONE, Vie de César, ch. XXXII

    (1) Cunctanti ostentum tale factum est. (2) Quidam eximia magnitudine et forma in proximo sedens repente apparuit harundine canens; ad quem audiendum cum praeter pastores plurimi etiam ex stationibus milites concurrissent interque eos et aeneatores, rapta ab uno tuba prosiliuit ad flumen et ingenti spiritu classicum exorsus pertendit ad alteram ripam. (3) Tunc Caesar: "Eatur," inquit, "quo deorum ostenta et inimicorum iniquitas uocat. Iacta alea est," inquit.

    (1) Il [César] hésitait; un prodige le détermina. (2) Un homme d'une taille et d'une beauté remarquables apparut tout à coup, assis à peu de distance et jouant du chalumeau. Des bergers et de très nombreux soldats des postes voisins, parmi lesquels il y avait des trompettes, accoururent pour l'entendre. Il saisit l'instrument d'un de ces derniers, s'élança vers le fleuve, et, tirant d'énergiques accents de cette trompette guerrière, il se dirigea vers l'autre rive. (3) "Allons, dit alors César, allons où nous appellent les signes des dieux et l'injustice de nos ennemis: le sort en est jeté!"

  • PLUTARQUE, Vie de César, ch. XXXII

    ... πολλὰ δὲ καὶ τῶν φίλων τοῖς παροῦσιν, ὧν ἦν καὶ Πολλίων Ἀσίνιος, συνδιηπόρησεν, ἀναλογιζόμενος ἡλίκων κακῶν ἄρξει πᾶσιν ἀνθρώποις ἡ διάβασις, ὅσον τε λόγον αὐτῆς τοῖς αὖθις ἀπολείψουσι. τέλος δὲ μετὰ θυμοῦ τινος ὥσπερ ἀφεὶς ἑαυτὸν ἐκ τοῦ λογισμοῦ πρὸς τὸ μέλλον, καὶ τοῦτο δὴ τὸ κοινὸν τοῖς εἰς τύχας ἐμβαίνουσιν ἀπόρους καὶ τόλμας προοίμιον ὑπειπὼν „ἀνερρίφθω κύβος,“ ὥρμησε πρὸς τὴν διάβασιν, καὶ δρόμῳ τὸ λοιπὸν ἤδη χρώμενος, εἰσέπεσε πρὸ ἡμέρας εἰς τὸ Ἀρίμινον, καὶ κατέσχε. λέγεται δὲ τῇ προτέρᾳ νυκτὶ τῆς διαβάσεως ὄναρ ἰδεῖν ἔκθεσμον· ἐδόκει γὰρ αὐτὸς τῇ ἑαυτοῦ μητρὶ μείγνυσθαι τὴν ἄρρητον μίξιν.

    ... Il en conféra longtemps avec ceux de ses amis qui l'accompagnaient, parmi lesquels était Asinius Pollion. Il se représenta tous les maux dont le passage de ce fleuve allait être suivi, et tous les jugements qu'on porterait de lui dans la postérité. (8) Enfin, n'écoutant plus que sa passion, et rejetant tous les conseils de la raison, pour se précipiter aveuglément dans l'avenir, il prononça ce mot si ordinaire à ceux qui se livrent à des aventures difficiles et hasardeuses : « Le sort en est jeté ! » et, passant le Rubicon, il marcha avec tant de diligence qu'il arriva le lendemain à Ariminium avant le jour et s'empara de la ville. (9) La nuit qui précéda le passage de ce fleuve, il eut, dit-on, un songe affreux : il lui sembla qu'il avait avec sa mère un commerce incestueux.

  • PÉTRARQUE, De gestis Caesaris, ch. XXI

    Dum Rauenne igitur substitisset Cesar, ne prouincie sue terminos transgrediendo aperte agere contra rempublicam uideretur, audiens tribunos, qui pro eo erant, contemptui habitos et uel ui urbe depulsos uel sua sponte digressos, Rome omnes unanimiter contra se sentire, omnia sui odio diuina atque humana misceri ac peruerti, se quoque per patientiam contemptum iri cogitans, neque iam amplius ferendum dissimulandumque aliquid existimans, euocatis legionibus, ubicumque essent, premissisque clam, que tunc aderant, cohortibus, ne quam noui motus opinionem turbido abitu preberet, die illa et conuiuio et spectaculis otiosus interfuit, sero autem clandestino egressu secretum iter paucis comitatus arripuit. In quo quum tota nocte deerrasset, uix ad auroram uie ducem casus obtulit, quo preuio ad rectum iter perplexo ac difficili calle reuersus, inuentisque cohortibus, quas premiserat, ad Rubiconem uenit, amnem exiguum, sed magnarum tunc limitem regionum. Ibi parumper cogitabundus substitit, secum tacitus examinans, quantum opus aggrederetur. Tandem reuersus ad comites: Adhuc, inquit, ceptis absistere ac reuerti licet; at si riuum hunc transgredimur, ferro gerenda nobis erunt omnia. Ibi herens dubiusque animi huiuscemodi uisione firmatus est: quidam sibi et statura et specie corporis supra humanum modum subito uisus est, qui amnis ad ripam sedens pastoria modulabatur arundine. Ad quem, ut animal non uisum, quum et pastores locorum et quidam quoque militum concurrissent, ille subito, unius e manu tubicinum arrepta tuba, uehementi flatu increpuit gurgitemque pertransiit. Motus Cesar spectaculo: Eatur ergo, ait, quo deorum prodigia atque hostium uocat iniquitas. "Cepta res est". Hec dicens transiit ac traduxit exercitum, Ariminumque, urbem proximam, longa pace tranquillam attigit, et, patentibus portis, introgressus, tribunis plebis, qui propter eius odium pulsi sibi obuiam ueniebant, astantibus, concionem habuit ad exercitum. ...

Il n'existe pas encore de traduction française libre de droits pour cette oeuvre. Le TEXTE LATIN se trouve à l'adresse suivante :

http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/files/AclassFTP/Textes/Petrarque/de_gestis_caesaris.txt


4. Lecture : Pétrarque, Sur la bonne et la mauvaise fortune :

PÉTRARQUE (1304-1374), un des premirrs auteurs de la Renaissance, écrivant à la fois en latin et en italien, a aussi composé un traité intitulé Entretiens familiers de Pétrarque sur la bonne et la mauvaise fortune ou l'Art de vivre heureux.

En 2002, Christophe CARRAUD en a donné une traduction française : Pétrarque. Les remèdes aux deux fortunes.

Cette traduction n'est pas libre de droits mais une autre traduction, établie en 1673, l'est bien. Elle est disponible à l'adresse suivante :

Texte latin : De remediis utriusquae fortunae ; texte repris à la BIBLIOTECA ITALIANA

Traduction française (volume II ; au format PDF) : Sur la bonne et la mauvaise fortune

Nous avons préparé des environnements hypertextes pour deux chapitres de cette oeuvre :

Nous vous proposons ici un bref extrait de ces deux chapitres :

  • De gloria ex aedificiis sperata; 118, 7

    [118,7] VII. (Spes)
    Relinquo opera edificiorum, quibus moriens ipse mecum glorior, et a posteris gloriam spero.
    (Ratio)
    Gloriatus est Augustus ipse de quo dixi, quod urbem marmoream relinqueret quam lateritiam accepisset; que tamen gloria, nisi aliis rebus adiuta esset, quonam fuerit peruentura conspicimus; proinde cum melioribus curis morere stabilesque spes amplectere. Ista etenim quibus fidis, et nullius pretii sunt et te illico consequentur inque ipsam unde sumpta terram reuertentur.
    (Spes)
    Edificaui domos unde laudem spero.
    (Ratio)
    Laudabunt forsitan qui illas inhabitabunt: breuis laus et angusta! Qui post uenient, uel illas non inuenient uel a paganis, ut uulgo dicitur, factas dicent: tuum nomen ignotum erit.

    [118,7] VII. Et ne te flatte point sur le respect que nos neveux porteront à ta mémoire en voyant les chefs-d'oeuvre de ta main en tant de belles maisons. Auguste, à la vérité, se vanta en mourant de ce qu'ayant trouvé une ville de brique il la laissait tout de marbre. Mais si cette vanité qu'il se donnait n'eut été couverte par la gloire légitime de tant d'autres actions éclatantes et si sa vie n'eut plus fait parler de lui que ces édifices, son nom serait mort avec lui. Songe donc à mourir avec des soins plus élevés et embrasse de plus fermes espérances. Ces sujets sur qui tu établis ta confiance et qui n'ont aucun prix légitime s'enseveliront avec toi et, comme ils viennent de la terre, ils s'en retourneront en terre. Tes Palais seront peut-être loués de ceux qui y logeront mais ceux qui viendront après, ou il ne les trouveront plus ou ils diront qu'ils ont été faits par des manoeuvres. Ainsi ton nom demeurera inconnu, quoiqu'à présent tes peines soient fort visibles et ta vanité manifeste.

    Cf. SUÉTONE, Vita Augusti, ch. 28 :

    ... (5) Vrbem neque pro maiestate imperii ornatam et inundationibus incendiisque obnoxiam excoluit adeo, ut iure sit gloriatus "marmoream se relinquere, quam latericiam accepisset".

    (5) La beauté de Rome ne répondait point à la majesté de l'empire: elle était exposée aux inondations et aux incendies. Il l'embellit tellement, qu'il se vanta avec raison d'avoir trouvé une ville de briques et d'en avoir laissé une de marbre.

  • De studio famae anxio in morte, 130, 1 :

    (Dolor)
    Quid de me loquentur?
    (Ratio)
    Quid respondeam, nisi illud doctissimi atque omnium eloquentissimi Ciceronis. “Quid de te alii loquantur, ipsi uiderint, sed loquentur tamen. Sermo autem omnis ille et angustiis cingitur iis regionum quas uides, nec unquam de ullo perennis fuit, et obruitur hominum interitu et obliuione posteritatis extinguitur.”

    Toutefois, si tu me demandes quels discours on tiendra de toi, je ne te répondrai point autrement que par l'organe de Cicéron, un des plus savants et le plus éloquent de tous les hommes. C'est à faire à ceux qui viendront après toi, dit-il, de voir ce "qu'ils en doivent dire, ils en parleront pourtant. Mais tous les discours qu'ils en pourront faire seront limités par les bornes de ces régions que tu vois : toutefois, la mémoire d'aucun n'a été éternelle en ce monde; la renommée s'affaiblit par la mort des hommes et s'éteint par l'oubli de la postérité".

    Cf. CICÉRON, De republica, VI, 18 :

    Quocirca si reditum in hunc locum desperaueris, in quo omnia sunt magnis et praestantibus uiris, quanti tandem est ista hominum gloria, quae pertinere uix ad unius anni partem exiguam potest? Igitur, alte spectare si uoles atque hanc sedem et aeternam domum contueri, neque te sermonibus uulgi dederis nec in praemiis humanis spem posueris rerum tuarum! Suis te oportet illecebris ipsa uirtus trahat ad uerum decus; quid de te alii loquantur, ipsi uideant! Sed loquentur tamen; sermo autem omnis ille et angustiis cingitur iis regionum, quas uides, nec umquam de ullo perennis fuit et obruitur hominum interitu et obliuione posteritatis exstinguitur.'

    C'est pourquoi, si tu désespères de revenir dans ce séjour, où se trouvent tous les biens des grandes âmes, poursuis cette ombre qu'on appelle la gloire humaine, et qui peut à peine durer quelques jours d'une seule année. Mais si tu veux porter tes regards en haut et les fixer sur ton séjour naturel et ton éternelle patrie, ne donne aucun empire sur toi aux discours du vulgaire; élève tes vœux au-dessus des récompenses humaines ; que la vertu te montre le chemin de la véritable gloire, et t'y attire par ses charmes. C'est aux autres à savoir ce qu'ils devront dire de toi: ils en parleront sans doute; mais la plus belle renommée est tenue captive dans ces bornes étroites où votre monde est réduit; elle n'a pas le don de l'immortalité, elle périt avec les hommes et s'éteint dans l'oubli de la postérité.

Ces entretiens familiers sont de courts textes pour lesquels les ITINERA ELECTRONICA disposent à la fois de la version latine et d'une traduction française du XVIIe siècle (cf. supra).

A propos de cette oeuvre, ne pourrait-on imaginer des EXERCICES dans lesquels les étudiants pourraient s'investir (aussi) linguistiquement : prendre un chapitre, - il y en a près de 400 -, et transcrire en orthographie d'aujourd'hui les traductions françaises - fort libres, il est vrai - datant du XVIIe siècle. A l'occasion de ces transcriptions, les étudiants constateraient, entre autres, les variations orthographiques que la langue française a connues. A titre d'exemple : champestre pour champêtre, bastimens pour bâtiments, sçauroit pour saurait, pery pour péri, etc.etc. Allez-y !


5. HODOI ELEKTRONIKAI & environnements hypertextes :

Juste avant de partir en vacances, Christian RUELL a livré un ultime baroud : 11 nouveaux environnements hypertextes ont été établis :

  • Dinarque, Contre Démmosthène, plaidoyer complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Hermès Trismégiste, livre I - 3ième partie : Le discours sacré [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Hermès Trismégiste, livre I - 4ième partie : Le cratère ou la monade [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Hermès Trismégiste, livre I - 5ième partie : Le dieu invisible [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Hermès Trismégiste, livre I - 10ième partie : La clé [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Hermès Trismégiste, livre I - 13ième partie : De la renaissance [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Lysias

 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002