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Date :     30-10-2009

Sujets :
Fiches de lecture : 6 ajouts; Lecture : La ruse, côté femme et côté homme (Simone BERTIÈRE); HODOI ELEKTRONIKAI : 5 nouveaux environnements hypertextes : Aristophane (x 4), Callimaque;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> GREC :

  • ARISTOPHANE, L'assemblée des femmes , Les Oiseaux, Les Thesmophories
  • CALLIMAQUE, Hymnes

  • A propos des Cyclopes et de leurs travaux
  • Les femmes gouvernent : Tous les biens sont mis en commun
  • Aristophane cite le coq pour preuve de ce que les oidseaux auraient règné, jadis, sur les hommes
  • Aristophane à propos de l'origine du monde
  • Aristophane : aujourd'hui on a changé de mode, on a l'ornithomanie
  • Les griefs des femmes contre Euripide


2. Lecture : La ruse, côté femme et côté homme :

Livre : Simone BERTIÈRE, Apologie pour Clytemnestre.
Paris, Éditions du Fallois, 2004.

Extrait : p. 218

"... Puis-je m'attarder ici un instant sur l'ambiguïté qui s'attache à la ruse chez nous, les Grecs. Arme de faible, arme de femme, traîtresse et déloyale, aux antipodes de la vaillance héroïque, on n'a pas de mots trop durs pour la qualifier. Toujours ? Ah que non ! il y a ruse et ruse. Elle n'est méprisable que quand c'est une femme qui la pratique. Entre les mains d'un homme, elle devient ingéniosité, astuce, habileté. Tout dépend aussi de la victime sur laquelle elle s'exerce. Entre nobles guerriers, elle est répréhensible. Mais s'il s'agit de tromper un ennemi – voyez le cheval de Troie ou Ulysse se cachant sous le ventre d'un bélier pour sortir de la grotte de Polyphème , elle devient admirable. S'il faut tromper une femme pour faire sa conquête, une épouse pour prévenir des objections de sa part, elle reste licite. Bref dans le cercle très fermé des héros épiques, la ruse est à usage externe, exclusivement. ..."

Exemples de ruses :

synonymes : avis, sagesse, habileté, fraude, tour, résolution, sagacité, dessein, idée, réflexion, ...

vocabulaire grec : δόλος, ου (ὁ) - μῆτις, ιος / ιδος (ἡ) - μηχάνημα, ατος (τὸ) - τέχνημα, ατος (τὸ), ...

  • ACHILLES TATIUS, Leucippé et Clitophon, V, 5 : La ruse de Philomèle

    [5,5] Ἡ δὲ Λευκίππη λέγει πρός με (φιλόμυθον γάρ πως τὸν τῶν γυναικῶν γένος)· "Τί βούλεται τῆς εἰκόνος ὁ μῦθος; καὶ τίνες αἱ ὄρνιθες αὗται; καὶ τίνες αἱ γυναῖκες; καὶ τίς ὁ ἀναιδὴς ἐκεῖνος ἀνήρ;" κἀγὼ καταλέγειν ἄρχομαι· "Ἀηδὼν καὶ χελιδὼν καὶ ἔποψ, πάντες ἄνθρωποι καὶ πάντες ὄρνιθες. ἔποψ ὁ ἀνήρ· αἱ δύο γυναῖκες, Φιλομήλα χελιδών, καὶ Πρόκνη ἀηδών. πόλις αὐταῖς Ἀθῆναι. Τηρεὺς ὁ ἀνήρ· Πρόκνη Τηρέως γυνή. βαρβάροις δέ, ὡς ἔοικεν, οὐχ ἱκανὴ πρὸς Ἀφροδίτην μία γυνή, μάλισθ´ ὅταν αὐτῷ καιρὸς διδῷ πρὸς ὕβριν τρυφᾶν. καιρὸς οὖν γίνεται τῷ Θρᾳκὶ τούτῳ χρήσασθαι τῇ φύσει Πρόκνης ἡ φιλοστοργία· πέμπει γὰρ ἐπὶ τὴν ἀδελφὴν τὸν ἄνδρα τὸν Τηρέα. ὁ δὲ ἀπῄει μὲν ἔτι Πρόκνης ἀνήρ, ἀναστρέφει δὲ Φιλομήλας ἐραστής, καὶ κατὰ τὴν ὁδὸν ἄλλην αὑτῷ ποιεῖται τὴν Φιλομήλαν Πρόκνην. τὴν γλῶτταν τῆς Φιλομήλας φοβεῖται, καὶ ἕδνα τῶν γάμων αὐτῇ δίδωσι μηκέτι λαλεῖν καὶ κείρει τῆς φωνῆς τὸ ἄνθος. ἀλλὰ πλέον ἤνυσεν οὐδέν· ἡ γὰρ Φιλομήλας τέχνη σιωπῶσαν εὕρηκε φωνήν. ὑφαίνει γὰρ πέπλον ἄγγελον καὶ τὸ δρᾶμα πλέκει ταῖς κρόκαις, καὶ μιμεῖται τὴν γλῶτταν ἡ χείρ, καὶ Πρόκνης τοῖς ὀφθαλμοῖς τὰ τῶν ὤτων μηνύει καὶ πρὸς αὐτὴν ἃ πέπονθε τῇ κερκίδι λαλεῖ. ἡ Πρόκνη τὴν βίαν ἀκούει παρὰ τοῦ πέπλου καὶ ἀμύνασθαι καθ´ ὑπερβολὴν ζητεῖ τὸν ἄνδρα.

    [5,5] Leucippé me dit alors — car toutes les femmes adorent les histoires : « Quelle est la légende représentée sur ce tableau ? Quels sont ces oiseaux ? Quelles sont ces femmes, quel est cet homme si cruel ? » Et moi, je me mets à lui raconter : « Ce sont un rossignol, une hirondelle et une huppe; tous, des êtres humains, et, en même temps, tous des oiseaux. La huppe est l'homme; des deux femmes, Philomèle est l'hirondelle et Procné le rossignol. Elles sont d'Athènes. L'homme, c'est Térée, et Procné est la femme de Térée. Les barbares, apparemment, n'avaient pas assez d'une seule femme à la fois pour satisfaire leurs sens, surtout lorsque l'occasion leur était donnée de s'abandonner sans retenue à leurs passions. Et l'occasion se présenta, pour le Thrace en question, à cause du naturel affectueux de Procné. C'est elle qui envoya son mari Térée chercher sa soeur. Et lui, lorsqu'il partit, il était encore le mari de Procné, mais quand il revint, il était l'amant de Philomèle, et, pendant le voyage, il s'était fait de Philomèle une seconde Procné. Redoutant la langue de Philomèle, il lui donna en présent de noces le don de ne plus bavarder, en lui arrachant la faculté de parler. Mais il n'obtint pas le résultat cherché, car la ruse de Philomèle sut trouver une parole muette. Elle tisse un voile qui soit son messager, elle inscrit son histoire dans la trame, et sa main assume le rôle de sa langue. Elle révèle aux yeux de Procné ce qui aurait dû appartenir à ses oreilles et se sert de la navette pour lui conter ses malheurs. Procné apprend le viol en le lisant sur le voile et cherche à tirer de son mari une vengeance exemplaire. ...

  • CICÉRON, Des devoirs, III, 26 : La ruse d'Ulysse

    [3,26] XXVI. (97) Utile uidebatur Ulixi, ut quidem poetae tragici prodiderunt, nam apud Homerum, optimum auctorem, talis de Ulixe nulla suspicio est, sed insimulant eum tragoediae simulatione insaniae militiam subterfugere uoluisse. Non honestum consilium, at utile, ut aliquis fortasse dixerit, regnare et Ithacae uiuere otiose cum parentibus, cum uxore, cum filio. Ullum tu decus in cotidianis laboribus cum hac tranquillitate conferendum putas? Ego uero istam contemnendam et abiciendam, quoniam quae honesta non sit ne utilem quidem esse arbitror. (98) Quid enim auditurum putas fuisse Ulixem, si in illa simulatione perseuerasset? Qui cum maximas res gesserit in bello, tamen haec audiat ab Aiace : "Cuius ipse princeps iuris iurandi fuit, Quod omnes scitis, solus neglexit fidem. Furere adsimulare, ne coiret, institit. Quod ni Palamedi perspicax prudentia Istius percepisset malitiosam audaciam Fide sacratae ius perpetuo falleret." (99) Illi uero non modo cum hostibus, uerum etiam cum fluctibus, id quod fecit, dimicare melius fuit quam deserere consentientem Graeciam ad bellum barbaris inferendum.

    [3,26] XXVI. - Il paraissait utile à Ulysse (tel du moins que le représentent les tragiques, car, dans Homère, qui est la meilleure autorité, il n'est soupçonné de rien de tel) de se soustraire à l'obligation de faire la guerre en simulant la folie. Dessein fort peu glorieux, il est vrai, mais, dira-t-on peut-être, ayant l'avantage de lui assurer un règne et une vie paisibles à Ithaque, entouré de ses parents, de sa femme, de son fils. Peut-on comparer un éclat quelconque acheté par des fatigues et des dangers quotidiens avec cette tranquillité ? Pour moi je la déclare méprisable et la repousse parce que je crois que, n'étant pas honorable, elle ne peut même pas être utile. Quelles paroles penses-tu qu'Ulysse aurait entendues s'il avait persisté dans cette simulation, lui qui, après bien des hauts faits, s'entend dire par Ajax : "Après avoir le premier conseillé le serment que tous vous savez, seul il a manqué à l'engagement et, pour ne pas se joindre aux autres, commencé de simuler la folie. Si Palamède, perspicace, avisé, n'avait pas déjoué sa ruse audacieuse, il se fût jusqu'au bout dérobé à l'obligation qu'imposait la foi jurée". Mieux valait pour Ulysse combattre non seulement l'ennemi, mais, comme il le fit, les flots soulevés que de déserter la cause de la Grèce se dressant d'un seul coeur contre les Barbares. ...

  • PLUTARQUE, Vie de Jules César, ch. 49 : La ruse de Cléopâtre :

    [49] Κἀκείνη παραλαβοῦσα τῶν φίλων Ἀπολλόδωρον τὸν Σικελιώτην μόνον, εἰς ἀκάτιον μικρὸν ἐμβᾶσα, τοῖς μὲν βασιλείοις προσέσχεν ἤδη συσκοτάζοντος· ἀπόρου δὲ τοῦ λαθεῖν ὄντος ἄλλως, ἡ μὲν εἰς στρωματόδεσμον ἐνδῦσα προτείνει μακρὰν ἑαυτήν, ὁ δ´ Ἀπολλόδωρος ἱμάντι συνδήσας τὸν στρωματόδεσμον εἰσκομίζει διὰ θυρῶν πρὸς τὸν Καίσαρα. καὶ τούτῳ τε πρώτῳ λέγεται τῷ τεχνήματι τῆς Κλεοπάτρας ἁλῶναι λαμυρᾶς φανείσης, καὶ τῆς ἄλλης ὁμιλίας καὶ χάριτος ἥττων γενόμενος, διαλλάξαι πρὸς τὸν ἀδελφὸν ὡς συμβασιλεύσουσαν. ...

    [49] (1) Elle [Cléopâtre] partit sur-le-champ, et ne prit de tous ses amis que le seul Apollodore de Sicile ; elle se mit dans un petit bateau, et arriva de nuit devant le palais d'Alexandrie. (2) Comme elle ne pouvait y entrer sans être reconnue, elle s'enveloppa dans un paquet de couvertures, qu'Apollodore lia avec une courroie, et qu'il fit entrer chez César par la porte même du palais. (3) Cette ruse de Cléopâtre fut, dit-on, le premier appât auquel César fut pris ; il en conçut une idée favorable de son esprit, et, vaincu ensuite par sa douceur, par les grâces de sa conversation, il la réconcilia avec son frère, à condition qu'elle partagerait le trône.

  • QUINTILIEN, Les Institutions oratoires, II, 17, 19 : La ruse d'Hannibal

    (19) Ego rhetoricen nonnumquam dicere falsa pro ueris confitebor, sed non ideo in falsa quoque esse opinione concedam, quia longe diuersum est ipsi quid uideri et ut alii uideatur efficere. Nam et imperator falsis utitur saepe: ut Hannibal, cum inclusus a Fabio, sarmentis circum cornua boum deligatis incensisque, per noctem in aduersos montes agens armenta speciem hosti abeuntis exercitus dedit: sed illum (20) fefellit, ipse quid uerum esset non ignorauit.

    J'avoue que la rhétorique plaide quelquefois le faux au lieu du vrai; mais je n'accorde pas pour cela qu'elle prenne le faux pour le vrai ; car autre chose est de se tromper soi-même, autre chose de tromper les autres. Ainsi, un général a souvent recours à la ruse : témoin Annibal, qui, se voyant enveloppé par Fabius, fit attacher des sarments aux cornes d'un grand nombre de bœufs, y fit mettre le feu, et, faisant ensuite chasser ces animaux vers les hauteurs qui étaient opposées à l'ennemi, donna ainsi à croire qu'il battait en retraite. Or, ce fut Fabius qu'il trompa; mais lui, il savait bien ce qu'il en était. ...

  • ÉRASME, Lettre n° 116 à Jan Sixtin (1499), ch. 4-6 : La ruse de Caïn

    [116,4] Iubentibus illis "Erat" inquam "Caym ille homo quemadmodum industrius, ita famelicus et auidus. Is a parentibus persaepe audierat in uiridario illo unde fuissent depulsi, segetes sua sponte prouenire laetissimas spicis amplissimis, granis praegrandibus, culmis adeo proceris ut alnum nostratem aequarent ; eis nec lolium, nec spinam ullam aut carduum internasci. Haec quum ille probe meminisset uideretque eam tellurem quam tum uexabat aratro, uix malignam minutamque frugem producere, dolum addidit industriae. Angelum illum paradisi custodem adiit, eumque ueteratoriis technis adortus magnis promissis corrupit, ut sibi ex felicioribus illis segetibus uel paucula grana clam largiretur. Dicebat Deum iam olim huius rei securum ac negligentem esse ; tum si maxime rescisset, facile impune futurum, cum res esset nullius momenti, modo de pomis illis nihil attingeretur, de quibus solis fuerat interminatus Deus.

    [116,4] Ils m'y invitèrent. « Ce Caïn, dis-je, était un homme industrieux, mais insatisfait et avide. Il avait souvent entendu dire à ses parents que, dans le jardin dont ils avaient été chassés, les plantes poussaient spontanément, abondantes en grands épis, en grains énormes, en tiges si élevées qu'elles égalaient l'aulne de nos pays ; qu'entre elles ne s'insinuaient ni ivraie, ni épine, ni chardon. Comme il se rappelait fort bien ces choses et qu'il voyait la terre qu'il fatiguait de sa charrue donner à peine une moisson chiche et petite, il ajouta la ruse à son industrie. Il alla trouver cet ange qui est le gardien du paradis et, l'ayant abordé grâce à des moyens pleins de ruse, il le corrompit par de grandes promesses afin de se faire donner par lui, secrètement, quelques graines seulement de ces plantes si généreuses. Il disait que Dieu, sûr depuis longtemps de ces biens, ne s'en occupait plus ; et l'impunité était certaine si la chose venait à être sue, pourvu que l'on ne touchât pas à ces fruits sur lesquels, à l'exclusion de tous les autres, Dieu avait jeté son interdiction.

    [116,5] "Eia" inquit "ne ianitor sis nimium diligens. Quid si ingrata etiam est illi nimia tua saedulitas? Quid si falli etiam cupit, magisque illum hominum callida industria quam iners ocium delectabit ? An uero tu tibi isto munere magnopere places ? Ex angelo carnificem te fecit, ut miseros nos et perditos crudelis arceres a patria ; te foribus cum romphaea alligauit, cui muneri nos canes nuper coepimus addicere. Nos quidem sumus miserrimi, at tu mihi uidere conditione non paulo afflictiore. Nos quidem paradiso caremus, quia pomum nimium dulce gustauimus. Tu ut inde nos arceas, pariter et coelo cares et paradiso ; hoc miserior, quod nobis quidem huc atque illuc, quo fert animi libido, uagari liberum est. Habet et haec nostra regio, si nescis, quibus exilium nostrum consolemur, nemora comis uirentibus, mille arborum genera et quibus uixdum inuenimus uocabula, fonticulos passim ex cliuis, ex rupibus scaturientes; flumina limpidissimis aquis ripas herbidas lambentia, montes aerios, ualles opacas, ditissima maria. Nec dubito quin in intimis illis suis uisceribus claudat tellus aliquid bonarum mercium; quas ut eruam, scrutabor omnes eius uenas, aut si mihi defuerit aetas, nepotes certe mei facient. Sunt et hic aurea mala, sunt fici pinguissimi, sunt frugum omniiuga genera. Multa adeo passim sponte nascuntur ut paradisum istum non magnopere desyderemus, si liceat hic aeternum uiuere. Infestamur morbis ; et huic rei inueniet remedium humana industria. Video herbas mirum quiddam spirantes. Quid si et hic inueniatur aliqua quae uitam faciat immortalem ? Nam scientia ista non uideo quid ad rem pertineat. Quid mihi cum his quae nihil ad me attinent? Quanquam in hac parte non cessabo, quando nihil est quod non expugnet pertinax industria. Ita nos pro uno hortulo mundum latissimum accepimus, tu utrinque exclusus nec paradiso frueris neque coelo neque terra, perpetuo his affixus foribus, romphaeam semper uersans, quid nisi ut cum uento pugnes ? Eia age, si sapis, tibi simul et nobis consule. Da quod sine tuo detrimento largiri potes, et accipe nostra uicissim quae tibi facimus communia. Miser faue miseris, exclusus exciusis, damnatis damnatior". `

    [116,5] «Allons, dit-il, ne sois pas un portier trop pointilleux. Que feras-tu si ton zèle excessif vient à lui déplaire ? S'il désire même être trompé, si l'habile industrie des hommes lui est plus agréable qu'une paresseuse oisiveté ? Trouves-tu vraiment un si grand plaisir à la charge que tu occupes ? De toi, un ange, elle a fait un bourreau, puisque tu écartes cruellement de leur patrie les malheureux, les ruinés que nous sommes. Elle t'a lié à l'extérieur avec une lance, pour un office en vue duquel nous avons récemment commencé à dresser nos chiens. Nous sommes à vrai dire très malheureux, mais ta condition me paraît encore bien plus déplorable. Nous sommes privés du paradis pour avoir goûté à un fruit trop doux. Et toi, qui nous en interdis l'entrée, tu es privé à la fois et du ciel et du jardin ; plus malheureux en ceci qu'il nous est permis de nous promener ici et là, où nous en avons envie. Et notre région, pour le cas où tu l'ignorerais, a de quoi nous consoler de notre exil ; des forêts aux chevelures verdoyantes, mille espèces d'arbres et pour lesquelles nous avons peine à trouver des noms, de petites sources qui jaillissent un peu partout des pentes et des roches, des fleuves aux eaux transparentes qui caressent des rives herbues, de hautes montagnes, de sombres vallées ombragées, des mers abondantes. Je suis sûr que dans ses profondes entrailles la terre renferme de bonnes marchandises ; je scruterai toutes ses veines afin de les amener au jour, ou, si ma vie n'y suffit pas, mes neveux le feront sûrement. Chez nous aussi il y a des pommes d'or, il y a de grasses figues, il y a toutes les espèces de fruits. Beaucoup poussent spontanément un peu partout, si bien que nous ne regrettons pas beaucoup votre paradis, à condition qu'il nous soit accordé de vivre ici éternellement. Nous sommes inquiétés par des maladies ; mais à cela même l'industrie humaine trouvera des remèdes. Je vois des herbes qui respirent une vertu merveilleuse. Et si l'on en découvrait une capable de rendre la vie immortelle ? Car votre science, je ne vois pas à quoi elle est utile. Qu'ai-je à faire de choses qui ne me concernent en rien ? Et cependant je ne suspendrai pas mon effort, car il n'est rien qu'un labeur obstiné ne puisse réaliser. C'est ainsi qu'en échange d'un petit jardin nous avons reçu l'immense univers, tandis que toi, exclu de l'un et de l'autre, tu ne jouis ni du paradis, ni du ciel, ni de la terre, perpétuellement attaché à cette porte, agitant sans cesse ta lance, et qu'est-ce d'autre que de te battre contre le vent ? Allons, allons, si tu es raisonnable, agis dans ton intérêt aussi bien que dans le nôtre. Donne ce que tu peux accorder sans te nuire et accepte en échange nos biens dont nous te faisons part. Malheureux, aide des malheureux ; exclu, aide des exclus, aide des condamnés, toi, plus condamné qu'eux».

    [116,6] "Persuasit pessimam causam uir pessimus, orator optimus. Paucula grana furtim accepta diligenter obruit, enata sunt non sine foenore, id foenus rursum terrae gremio commissum, iterumque atque iterum, aliud atque aliud. Nec sepius aestas recurrit, cum ille iam ingentem spatiosumque agrorum tractum hac semente occupauit. Quae res ubi euidentior esse coepisset quam ut superos latere posset, uehementer iratus Deus "Quantum intelligo," inquit "iuuat hunc furem labor et sudor. Eum ego illi magnifice cumulabo". Simulque cum dicto confertissimum undique agmen immittit in segetem, formicarum, gurgulionum, bufonum, erucarum, murium, locustarum, scropharum, auium aliarumque id genus pestium, quae segetem partim adhuc humo conditam, partim herbescentem, partim iam flauam, partim horreo compositam depascerentur. Accessit ingens coelo calamitas grandinis et uenti uis tanta ut quernis roboribus aequales culmi illi stipulae aridae in morem defringerentur. Angelus ille custos mutatus atque quod hominibus faueret, humano corpori inclusus. Caym, quum Deum incensis frugibus placare studeret, nec fumus subuolaret, certam illius iram intelligens desperat".

    [116,6] Cet homme mauvais, excellent orateur, gagna cette mauvaise cause. Il enfouit quelques graines qu'il avait furtivement reçues ; elles germèrent et rapportèrent avec usure ; ce revenu fut confié au sein de la terre une seconde, une troisième fois, puis encore et encore. Chaque fois que revint l'été, Caïn occupa de cette semence une immense étendue de champs. Lorsque l'entreprise devint trop évidente pour pouvoir plus longtemps échapper à ceux du ciel, Dieu en fut violemment irrité. "Si je comprends bien", dit-il, ce voleur profite de son travail et de sa peine. Je vais le combler de la belle façon". Il parlait encore qu'il envoyait déjà contre les semailles, de tous les côtés, un escadron serré de fourmis, charançons, crapauds, chenilles, souris, sauterelles, truies, oiseaux et autres fléaux du même genre qui dévorèrent la récolte, en partie alors qu'elle était encore cachée dans la terre, en partie quand elle fut en herbe, en partie déjà blonde, en partie quand elle fut rentrée dans le grenier. Puis s'abattit du ciel une grêle formidable et calamiteuse et un vent d'une force telle que les fûts des chênes rouvres était fracassés comme des brins de paille sèche. L'ange chargé de la garde fut transformé et, pour avoir agi en faveur des hommes, inclus dans un corps humain. Caïn tenta d'apaiser Dieu par un holocauste de grains ; mais la fumée refusait de monter ; comprenant que la colère de Dieu était irrévocable, il tomba dans le désespoir". ...

  • PLATON, Le Banquet, p. 203 : Les ruses de l'Amour

    ... οὗτοι δὴ οἱ δαίμονες πολλοὶ καὶ παντοδαποί εἰσιν, εἷς δὲ τούτων ἐστὶ καὶ ὁ Ἔρως. Πατρὸς δέ, ἦν δ᾽ ἐγώ, τίνος ἐστὶ καὶ μητρός; (203b) Μακρότερον μέν, ἔφη, διηγήσασθαι· ὅμως δέ σοι ἐρῶ. ὅτε γὰρ ἐγένετο ἡ Ἀφροδίτη, εἱστιῶντο οἱ θεοὶ οἵ τε ἄλλοι καὶ ὁ τῆς Μήτιδος ὑὸς Πόρος. ἐπειδὴ δὲ ἐδείπνησαν, προσαιτήσουσα οἷον δὴ εὐωχίας οὔσης ἀφίκετο ἡ Πενία, καὶ ἦν περὶ τὰς θύρας. ὁ οὖν Πόρος μεθυσθεὶς τοῦ νέκταρος, οἶνος γὰρ οὔπω ἦν, εἰς τὸν τοῦ Διὸς κῆπον εἰσελθὼν βεβαρημένος ηὗδεν. ἡ οὖν Πενία ἐπιβουλεύουσα διὰ τὴν αὑτῆς ἀπορίαν παιδίον ποιήσασθαι ἐκ τοῦ Πόρου, κατακλίνεταί (203c) τε παρ᾽ αὐτῷ καὶ ἐκύησε τὸν ἔρωτα. διὸ δὴ καὶ τῆς Ἀφροδίτης ἀκόλουθος καὶ θεράπων γέγονεν ὁ Ἔρως, γεννηθεὶς ἐν τοῖς ἐκείνης γενεθλίοις, καὶ ἅμα φύσει ἐραστὴς ὢν περὶ τὸ καλὸν καὶ τῆς Ἀφροδίτης καλῆς οὔσης. ἅτε οὖν Πόρου καὶ Πενίας ὑὸς ὢν ὁ Ἔρως ἐν τοιαύτῃ τύχῃ καθέστηκεν. πρῶτον μὲν πένης ἀεί ἐστι, καὶ πολλοῦ δεῖ ἁπαλός τε καὶ καλός, οἷον οἱ πολλοὶ οἴονται, ἀλλὰ σκληρὸς (203d) καὶ αὐχμηρὸς καὶ ἀνυπόδητος καὶ ἄοικος, χαμαιπετὴς ἀεὶ ὢν καὶ ἄστρωτος, ἐπὶ θύραις καὶ ἐν ὁδοῖς ὑπαίθριος κοιμώμενος, τὴν τῆς μητρὸς φύσιν ἔχων, ἀεὶ ἐνδείᾳ ξύνοικος. κατὰ δὲ αὖ τὸν πατέρα ἐπίβουλός ἐστι τοῖς καλοῖς καὶ τοῖς ἀγαθοῖς, ἀνδρεῖος ὢν καὶ ἴτης καὶ σύντονος, θηρευτὴς δεινός, ἀεί τινας πλέκων μηχανάς, καὶ φρονήσεως ἐπιθυμητὴς καὶ πόριμος, φιλοσοφῶν διὰ παντὸς τοῦ βίου, δεινὸς γόης καὶ φαρμακεὺς καὶ σοφιστής· καὶ οὔτε ὡς (203e) ἀθάνατος πέφυκεν οὔτε ὡς θνητός, ἀλλὰ τοτὲ μὲν τῆς αὐτῆς ἡμέρας θάλλει τε καὶ ζῇ, ὅταν εὐπορήσῃ, τοτὲ δὲ ἀποθνῄσκει, πάλιν δὲ ἀναβιώσκεται διὰ τὴν τοῦ πατρὸς φύσιν, τὸ δὲ ποριζόμενον ἀεὶ ὑπεκρεῖ· ὥστε οὔτε ἀπορεῖ Ἔρως ποτὲ οὔτε πλουτεῖ, σοφίας τε αὖ καὶ ἀμαθίας ἐν μέσῳ ἐστίν. ...

    Ces démons sont nombreux ; il y en a de toutes sortes ; l'un d'eux est l'Amour. — De quel père, dis-je, et de quelle mère est-il né? — C'est un peu long à raconter, répondit Diotime; je vais pourtant te le dire. Quand Aphrodite naquit, les dieux célébrèrent un festin, tous les dieux, y compris Poros, fils de Métisso. Le dîner fini, Pénia, voulant profiter de la bonne chère, se présenta pour mendier et se tint près de la porte. Or Poros, enivré de nectar, car il n'y avait pas encore de vin, sortit dans le jardin de Zeus, et, alourdi par l'ivresse, il s'endormit. Alors Pénia, poussée par l'indigence, eut l'idée de mettre à profit l'occasion, pour avoir un enfant de Poros : elle se coucha près de lui, et conçut l'Amour. Aussi l'Amour devint-il le compagnon et le serviteur d'Aphrodite, parce qu'il fut engendré au jour de naissance de la déesse, et parce qu'il est naturellement amoureux du beau, et qu'Aphrodite est belle. Etant fils de Poros et de Pénia, l'Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et, loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile; sans avoir jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence ni dans l'opulence, et qu'il tient de même le milieu entre la science et l'ignorance,. ...

Opération MÊTIS : compte-rendu - intitulé Lettrés de banlieue - de Willy LE DEVIN dans le journal LE SOIR, édition du mardi 27 octobre 2009 concernant le livre :

Augustin D'HUMIÈRES, Homère et Shakespeare en banlieue. Paris, Grasset, 2009, 208 pp.


3. HODOI ELEKTRONIKAI & environnements hypertextes :

Christian RUELL, l'artisan infatigable, a pu construire, cette semaine-ci, 5 nouveaux environnements hypertextes :

  • Aristophane, L'Assemblée des femmes, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Aristophane, Les Chevaliers, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Aristophane, Les Oiseaux, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Aristophane, Les Thesmophories, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Callimaque, Hymnes, texte complet [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt HODOI ELEKTRONIKAI.


Jean Schumacher
30 octobre 2009


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002