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Date :     23-10-2009

Sujets :
Fiches de lecture : 8 ajouts; Lecture : La vengeance de Cassandre (Simone BERTIÈRE); HODOI ELEKTRONIKAI : 6 nouveaux environnements hypertextes : Aristote, Euripide, Pindare (x 3), Sophocle; Culture : La couronne civique;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> GREC :

  • CALLIMAQUE, Hymnes
  • PINDARE, Odes
  • SOPHOCLE, Les Trachiniennes

  • Déjanire, épouse d'Hercule, et le philtre d'amour
  • Différences et ressemblances entre les dieux et les hommes
  • La gloire seule reste aux héros au-delà du trépas
  • Au bonheur injuste est réservé une fin cruelle
  • Les hommes meurent, leur gloire seule leur survit
  • Ixion et sa roue
  • Dieu seul est le dispensateur du bonheur
  • À Jupiter appartiennent les rois


2. Lecture : La vengeance de Cassandre :

Livre : Simone BERTIÈRE, Apologie pour Clytemnestre
Paris, Éditions du Fallois, 2004, 296 pp.

Extrait : pp. 191-193 :

"... Je [Clytemnestre] me secouai. Il fallait en finir. Je tendis à mon époux [Agamemnon] le somptueux vêtement de voile brodé préparé par moi pour sa sortie de bain. Émergeant de l'eau, il l'enfila, ses pieds s'empêtrèrent dans les plis et les replis multipliés à dessein, ses bras se prirent dans les vastes manches dont j'avais cousu les poignets. Il m'était livré sans défense. Égisthe avait surgi à pas feutrés, il se tenait derrière lui, prêt à l'immobiliser en cas de résistance. Ce ne fut pas nécessaire. Il me tendit une épée et je frappai, par deux fois. Agamemnon poussa deux cris, puis ses membres s'affaissèrent. Il ne comprit pas ce qui lui arrivait. L'espace d'un instant, je pus lire sur son visage une intense stupéfaction. Il n'eut pas le temps de prononcer le moindre mot, de proférer la moindre malédiction. D'un troisième coup, je le vouai aux dieux souterrains. Déjà il crachait sa vie dans un âpre jet de sang noir, dont les gouttes m'éclaboussèrent, comme l'avait éclaboussé autrefois, lui, le sang de notre Iphigénie. Dix ans après, justice était faite.

C'est le moment que choisit Cassandre pour faire irruption dans la salle où nous nous tenions immobiles, muscles et nerfs relâchés après l'extrême tension. Certes j'avais prévu de la mettre à mort avec celui dont elle osait se dire la femme. Cependant, si elle s'était tenue à l'écart, peut-être me serais-je contentée de la réduire à son sort d'esclave : il n'est pas facile de tuer, de sang-froid, à retardement, un être devenu inoffensif. Mais elle se dressait devant nous fière, froide et dure comme la pierre. Elle avait dépouillé ses insignes de prêtresse et brisé son bâton sacré. Rien ne subsistait de l'effroi qui faisait trembler sa voix quand elle prophétisait les horreurs à venir. Toute crainte l'avait quittée. Elle nous défiait. Elle jeta sur le cadavre ensanglanté un regard qui le transperçait et elle éclata d'un rire strident, insensé, hystérique. Une furieuse colère m'aveugla, je brandis l'épée. D'elle-même elle offrit sa gorge à la lame, en murmurant quelques mots où je voulus voir un adieu à son amant. Elle ploya son cou blanc de cygne et s'effondra à ses côtés. Je les proclamai unis dans la mort comme ils l'avaient été dans la vie, pour leur malheur.

D'un geste machinal, j'essuyai l'épée sanglante sur la tête d'Agamemnon, moins pour prévenir sa vengeance que pour éteindre le feu de cette chevelure étincelante que j'avais toujours détestée. Ma violence retomba. Je peinais à reprendre mes esprits. Je m'en voulais d'avoir perdu le plein contrôle de la situation. La mise à mort d'Agamemnon s'était déroulée selon mon plan, sans accroc, et j'y voyais la preuve que ma cause était juste. Celle de Cassandre au contraire n'avait pas été menée par moi, mais par elle. Quelque chose n'allait pas dans l'image du couple qu'elle formait avec lui. Les récits montrant les captives amoureuses de leurs vainqueurs m'avaient toujours laissée sceptique : comment peut-on aimer celui qui vient de vous arrachér, par le fer et le feu, famille, patrie et biens ? Puis j'avais dû me rendre à l'évidence. Chez la plupart d'entre elles, l'instinct de survie l'emportait et elles finissaient par s'attacher à un maître qui leur épargnait les tâches les plus rudes. Mais le cas de Cassandre était différent. Le temps lui avait manqué pour s'habituer à Agamemnon, et elle n'était pas d'une nature à se soumettre aisément. Non, il y avait autre chose.

Il me sembla soudain qu'un voile se déchirait. En un éclair, je compris. La vérité, comme souvent, était à l'opposé de l'apparence. Je revis ses yeux, fixés sur le cadavre d'Agamemnon. Ce qu'il fallait y lire, ce n'était pas l'amour, mais la haine, une haine intense, féroce, à côté de laquelle la mienne faisait pâle figure. Son rire était de joie, de triomphe sur l'ennemi abattu. Nous étions soeurs, en quelque sorte. Nous avions l'une et l'autre machiné, chacune de notre côté, le piège où devait se prendre Agamemnon. Mais elle me surclassait. Elle s'était servie de moi à mon insu. En feignant de l'aimer, en obtenant de lui le rang d'épouse, elle me poussait à le tuer, elle le vouait à la mort. Pis encore. Loin de me savoir gré d'exécuter pour son compte les basses oeuvres, elle m'englobait dans la haine qu'elle lui portait. Pas en tant que rivale, oh non ! en tant que membre de la famille honnie, responsable des malheurs de sa patrie. Elle m'a donc contrainte ensuite à la tuer, elle. Il fallait que je la tue – meurtre gratuit, inutile, inexcusable, qui retomberait sur moi de surcroît, pour faire bonne mesure. Son rire triomphal ne saluait pas seulement la mort d'Agamemnon, il annonçait la chute inéluctable de la maison des Atrides. La prétendue folle s'était superbement jouée de nous tous. Sciemment, lucidement, elle avait fait de sa servitude l'instrument de sa revanche et y avait sacrifié sa vie. Elle pouvait arriver chez les morts la tête haute. Grâce à elle, Troie serait vengée. ..."

Témoignage : ESCHYLE, Agamemnon, vers 1256-1294 :

(ΚΑΣΣΑΝΔΡΑ) παπαῖ, οἷον τὸ πῦρ? ἐπέρχεται δέ μοι. ὀτοτοῖ, Λύκει´ Ἄπολλον, οἲ ἐγὼ ἐγώ. αὕτη δίπους λέαινα συγκοιμωμένη λύκῳ, λέοντος εὐγενοῦς ἀπουσίᾳ, κτενεῖ με τὴν τάλαιναν? ὡς δὲ φάρμακον τεύχουσα κἀμοῦ μισθὸν ἐνθήσει ποτῷ? ἐπεύχεται, θήγουσα φωτὶ φάσγανον, ἐμῆς ἀγωγῆς ἀντιτείσεσθαι φόνον. τί δῆτ´ ἐμαυτῆς καταγέλωτ´ ἔχω τάδε, καὶ σκῆπτρα καὶ μαντεῖα περὶ δέρῃ στέφη; σὲ μὲν πρὸ μοίρας τῆς ἐμῆς διαφθερῶ. ἴτ´ ἐς φθόρον? πεσόντα γ´ ὧδ´ ἀμείβομαι. ἄλλην τιν´ Ἄτην ἀντ´ ἐμοῦ πλουτίζετε. ἰδοὺ δ´, Ἀπόλλων αὐτὸς ἐκδύων ἐμὲ χρηστηρίαν ἐσθῆτ´, ἐποπτεύσας δέ με κἀν τοῖσδε κόσμοις καταγελωμένην μετὰ φίλων ὑπ´ ἐχθρῶν οὐ διχορρόπως μάτην. κακουμένη δέ, φοιτὰς ὡς ἀγύρτρια, πτωχὸς τάλαινα λιμοθνὴς ἠνεσχόμην? 1275 καὶ νῦν ὁ μάντις μάντιν ἐκπράξας ἐμὲ ἀπήγαγ´ ἐς τοιάσδε θανασίμους τύχας. βωμοῦ πατρῴου δ´ ἀντ´ ἐπίξηνον μένει, θερμῷ κοπείσης φοίνιον προσφάγματι. οὐ μὴν ἄτιμοί γ´ ἐκ θεῶν τεθνήξομεν. ἥξει γὰρ ἡμῶν ἄλλος αὖ τιμάορος, μητροκτόνον φίτυμα, ποινάτωρ πατρός? φυγὰς δ´ ἀλήτης τῆσδε γῆς ἀπόξενος κάτεισιν, ἄτας τάσδε θριγκώσων φίλοις? ὀμώμοται γὰρ ὅρκος ἐκ θεῶν μέγας, ἄξειν νιν ὑπτίασμα κειμένου πατρός. τί δῆτ´ ἐγὼ κάτοικτος ὧδ´ ἀναστένω; ἐπεὶ τὸ πρῶτον εἶδον Ἰλίου πόλιν πράξασαν ὡς ἔπραξεν, οἳ δ´ εἷλον πόλιν οὕτως ἀπαλλάσσουσιν ἐν θεῶν κρίσει. ἰοῦσα πράξω? τλήσομαι τὸ κατθανεῖν. Ἅιδου πύλας δὲ τάσδ´ ἐγὼ προσεννέπω? ἐπεύχομαι δὲ καιρίας πληγῆς τυχεῖν, ὡς ἀσφάδᾳστος, αἱμάτων εὐθνησίμων ἀπορρυέντων, ὄμμα συμβάλω τόδε.

(CASSANDRE) Dieux! Quel feu me dévore ! O ciel! O Apollon, Dieu destructeur des loups! Triste Cassandre ! Cette lionne, qui, dans l'absence du lion généreux, s'est unie avec un loup, va t'immoler, malheureuse, à ton tour : elle cherche une excuse, tu serviras de prétexte à sa fureur. C'est pour le punir de m'avoir amenée, dit-elle en aiguisant son poignard, qu'elle égorge son époux. Pourquoi gardé-je encore ce sceptre, ces couronnes, qui n'ont fait de moi qu'un objet de risée? Vains ornements, soyez brisés avant ma mort; c'est tout ce que je vous dois. Allez parer quelque autre infortunée. Viens, Apollon, viens reprendre cette robe prophétique. Sous cet appareil, tu m'as vue en butte aux railleries, certes trop injustes, et de mes amis, et de mes ennemis. Traitée, comme les femmes à prestiges, de misérable, de mendiante, de famélique, j'ai dû tout endurer. Aujourd'hui, Dieu prophète, à quelle mort mènes-tu ta prophétesse? Au lieu de l'autel où mon père fut immolé, c'est sur le plus infâme tronc, que je vais être égorgée. Toutefois, les Dieux ne laisseront point ma mort impunie. Bientôt, celui qui doit la punir reviendra. Rejeton matricide, vengeur de son père, maintenant, exilé, errant loin de cette terre, il reviendra, pour combler les maux de sa famille; l'imprécation d'un père mourant le ramènera. Mais quoi! étrangère, ai-je donc à déplorer les maux de cette maison? J'ai vu le destin d'Ilion; celui de ses vainqueurs est une justice des Dieux. Allons. Il le faut. Supposons mon trépas, puisque les Dieux l'ont irrévocablement juré. Portes des Enfers, je vous invoque, ouvrez-vous! Que la mort, au moins, me frappe d'un seul coup; que mon sang s'écoule à grands flots; et que mes yeux se ferment sans effort !

Témoignage : SÉNÈQUE, Agamemnon, vers 1001-1013 :

[CLYTEMNESTRE]
At ista poenas capite persoluat suo
captiua coniunx, regii pellex tori.
trahite, ut sequatur coniugem ereptum mihi.
(Cassandra) Ne trahite, uestros ipsa praecedam gradus.
1005 perferre prima nuntium Phrygibus meis
propero: repletum ratibus euersis mare,
captas Mycenas, mille ductorem ducum,
ut paria fata Troicis lueret malis,
perisse dono, feminae, stupro, dolo.
[1010] nihil moramur, rapite, quin grates ago:
iam, iam iuuat uixisse, post Troiam, iuuat.
(Clytaemnestra) Furiosa, morere.
(Cassandra) Veniet et uobis furor.

Quant à cette odieuse captive, qui fut l'épouse de son vainqueur et la maîtresse d'un prince adultère, qu'elle expie son crime. Arrachez-la de l'autel, et qu'elle aille rejoindre l'époux qu'elle m'a ravi.
(Cassandre) - Il n'est pas nécessaire de m'en arracher; j'irai moi-même au-devant de vous. Je suis pressée d'aller annoncer la première à mes chers Troyens que la mer est couverte des naufrages de la Grèce, que Mycènes est captive, que le chef de tant de rois, pour expier les malheurs de Troie par une destinée semblable, a péri victime du présent d'une femme, de l'adultère et de la perfidie. Je suis prête ; entraînez-moi : je vous remercie même, [1010] car c'est vous qui m'avez fait trouver du bonheur à survivre à la ruine de Troie.
(Clytemnestre) - Meurs, furieuse!
(Cassandre) - Un furieux me vengera.


3. HODOI ELEKTRONIKAI & environnements hypertextes :

Nonobstant les 24H cyclistes de Louvain-la-Neuve, Christian Ruell - qui a participé (en pédalant) à ces 24 H ! - a pu créer 6 nouveaux environnements hypertextes :

  • Aristote, La Métaphysique, livre VII [Texte grec et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Euripide, Rhesus, tragédie complète [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Pindare, Odes - Les Isthmiques [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Pindare, Odes - Les Néméennes [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Pindare, Odes - Les Pythiques [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Sophocle, Les Trachiniennes , tragédie complète [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt HODOI ELEKTRONIKAI.


4. Culture : La couronne civique :

Sur le site MÉDITERRANÉES d'Agnès VINAS est présentée une notice complète consacrée à la Corona, décoration militaire. Notice tirée du Dictionnaire des Antiquités romaines d'Anthony RICH..

Témoignage : SUÉTONE, Vie de Jules César, II :

(1) Stipendia prima in Asia fecit Marci Thermi praetoris contubernio; a quo ad accersendam classem in Bithyniam missus desedit apud Nicomeden, non sine rumore prostratae regi pudicitiae; quem rumorem auxit intra paucos rursus dies repetita Bithynia per causam exigendae pecuniae, quae deberetur cuidam libertino clienti suo.

(2) Reliqua militia secundiore fama fuit et a Thermo in expugnatione Mytilenarum corona ciuica donatus est.

(1) César fit ses premières armes en Asie, où l'avait emmené le préteur Marcus Thermus. Chargé par lui d'aller chercher une flotte en Bithynie, il s'arrêta chez le roi Nicomède, à qui on le soupçonna de s'être prostitué. Ce qui confirma ce bruit, c'est qu'on le vit, peu de jours après, retourner en Bithynie, sous prétexte de faire payer une certaine somme, due à un affranchi, son client.

(2) Le reste de la campagne fut plus favorable à sa réputation; et, à la prise de Mytilène, il reçut de Thermus une couronne civique

Heuristique : La base de données CLCLT-7, consacrée à la littérature latine depuis les origines, connaît 8 références pour la corona ciuica.


Jean Schumacher
23 octobre 2009


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002