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Date :     14-08-2009

Sujets :
Culture : Les bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan; Livre : Colleen McCULLOUGH, Antoine et Cléopâtre : Césarion, fils de César ? ; Livre : Claude IMBERT, Le tombeau d'Aurélien : le mythe de Prométhée ;

Notice :

1. Culture : Les bouddhas de Bamiyan :

A deux reprises déjà, nous avons consacré, dans les Actu'ITINERA, une notice aux bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan :

  • ACTU du 12 mars 2001 :

    BAMIYAN: ville afghane qui était jusqu'il y a quelques années un des sites touristiques les plus visités d'Afghanistan. Aux 3-4ième siècles de notre ère et, puis, au 5ième siècle y ont été taillés dans le roc deux statues géantes de Bouddha; l'une mesure 38 m de haut et montre un bouddha assis, l'autre mesure 55 m de haut et représente un bouddha debout. Deux siècles plus tard, ce lieu, situé sur la route de la soie allant de Rome en Chine, comptait de l'ordre de 10 monastères et un bon millier de moines dont les cellules étaient creusées elles aussi dans le roc. Au XIIième siècle les hommes de Genghis Khan ont complètement détruit la ville de Bamiyan et ont anéanti sa population. Au XVII et XVIII ièmes siècles les statues géantes ont servi de cible aux canons des occupants successifs.

    La destruction par les talibans des Bouddhas géants de Bamiyan a suscité un concert de protestations dont il faut se réjouir. Motif invoqué pour ces destructions: le retour à l'idolâtrie qui met en péril l'Islam.

  • ACTU du 17 juin 2005 :

    Sarah HALIFA-LEGRAND a présenté, dans Le Nouvel Observateur du jeudi 9 juin 2005, le film que David ADAMS a pu tourner à Bamayian en novembre 2000, peu avant la destruction des bouddhas géants; film que la châine de télévision Voyage a donné à voir le lundi 13 juin 2005 à 22H35 :

    "Documentaire. "Au bout de la terre: tes bouddhas perdus d'Afghanistan". Les dernières images. Un photographe de guerre a pu immortaliser les bouddhas de Bamiyan. Aujourd'hui, il ne reste d'eux qu'un amas de pierres écroulées.

Anne NIVAT, dans le numéro 1923 de la revue Le POINT, numéro daté du 23 juillet 2009, revient sur cette "région oubliée à l'ombre des bouddhas dynamités" en 2001 par les talibans. "Une destruction symbolique, dit-elle, de l'obscurantisme des talibans, qui reviennent aujourd'hui [2009] en force" dans cette région.

Malgré des promesses d'occupation de ces niches par d'autres bouddhas géants, trouvés couchés et conservés dans des musées, huit ans après le dynamitage, rien n'a encore été fait, comme le montre bien la photo insérée dans l'article.

Nous avons jugé indiqué de donner ici un (faible) écho à l'état actuel de cet héritage culturel mondial perdu.


2. Livre :

Livre : Colleen McCULLOUGH, Antoine et Cléopâtre. Le festin des fauves
Traduit de l'anglais par Mélanie CARPE
Titre original : Antony and Cleopatra (2007)
Paris, Éditions de l'Archipel, 2009, 365 pp.

Pages numérisées : couverture ; 4e de couverture

Extrait : p. 36

"Le menton reposant paresseusement sur la main, Cléopâtre observait son fils s'appliquer sur ses tablettes de cire sous l'oeil attentif de Sosigène. La présence du philosophe à la droite de son élève se révélait presque superflue ; l'enfant se trompait peu et n'avait jamais tort. Le poids accablant du chagrin remua dans sa poitrine, lui rendant la déglutition pénible. Lorsqu'elle posait le regard sur son fils, c'était César qu'elle voyait. Avec sa gracieuse silhouette élancée, ses cheveux dorés, son long nez bosselé et sa bouche pleine et amusée prolongée en plis délicats aux commissures, Césarion s'imposait comme la réincarnation de son père au même âge. Oh, César ! César ! Comment vivre sans lui ? Et songer qu'ils l'avaient brûlé, ces barbares de Romains ! Lorsque viendrait son heure, elle rejoindrait un tombeau vide, sans César pour s'élever avec elle et parcourir le royaume des morts. Ils avaient versé ses cendres dans une urne et édifié un monstrueux rond de marbre pour l'abriter.

L'épitaphe dorée « VENI•VIDI•VICI » avait été gravée dans la pierre noire polie, selon le souhait de son ami Caius Matius. Elle n'avait jamais vu sa tombe, jamais voulu la voir. De lui ne lui restait qu'une encombrante masse de chagrin qui ne la quittait plus, hantait ses rêves lorsqu'elle trouvait enfin le sommeil et riait de ses aspirations en regardant leur fils. Pourquoi ne songeait-elle jamais aux temps heureux ? Ainsi s'exprimait donc la perte ? Par cette incapacité à détourner ses pensées de la vanité du moment présent ? Depuis que ces Romains pharisaïques avaient assassiné César, son monde s'était réduit en cendres condamnées à ne jamais se mêler à celles de l'être aimé. Ainsi songeait Cléopâtre, le coeur en larmes. ..."

Sources antiques :

  • Plutarque, Vie de César, ch. 49 :

    καταλιπὼν δὲ τὴν Κλεοπάτραν βασιλεύουσαν Αἰγύπτου καὶ μικρὸν ὕστερον ἐξ αὐτοῦ τεκοῦσαν υἱόν, ὃν Ἀλεξανδρεῖς Καισαρίωνα προσηγόρευον, ὥρμησεν ἐπὶ Συρίας.

    [Jules] César donna tout le royaume d'Égypte à Cléopâtre, qui, peu de temps après, accoucha d'un fils que les Alexandrins appelèrent Césarion, et aussitôt César partit pour la Syrie.

  • DION CASSIUS, L'Histoire romaine, livre XLIX, 41 :

    μετὰ δὲ τοῦτο ὁ Ἀντώνιος τούς τε Ἀλεξανδρέας εἱστίασε, καὶ τὴν Κλεοπάτραν τούς τε παῖδας αὐτῆς ἐν ἐκκλησίᾳ παρεκαθίσατο, δημηγορήσας τέ τινα ἐκείνην τε βασιλίδα βασιλέων καὶ τὸν Πτολεμαῖον, ὃν Καισαρίωνα ἐπωνόμαζον, βασιλέα βασιλέων καλεῖσθαι ἐκέλευσε. καὶ αὐτοῖς καὶ τὴν Αἴγυπτον τήν τε Κύπρον, ἄλλην διανομήν τινα ποιησάμενος, ἔδωκε· τοῦ τε γὰρ προτέρου Καίσαρος τὴν μὲν γυναῖκα τὸν δὲ υἱὸν ὄντως γεγονέναι ἔλεγε, καὶ ἐς τὴν ἐκείνου δὴ χάριν ταῦτα ποιεῖν ἐσκήπτετο, ὅπως τὸν Καίσαρα τὸν Ὀκταουιανὸν ἐκ τούτου, ὅτι ποιητὸς ἀλλ´ οὐ γνήσιος αὐτοῦ παῖς ἦν, διαβάλλοι.

    A la suite de ce triomphe, Antoine donna un banquet aux Alexandrins, et, au milieu du peuple assemblé, il fit asseoir près de lui Cléopâtre et ses enfants; puis, après avoir prononcé quelques paroles, il ordonna d'appeler Cléopâtre reine des rois, et Ptolémée, surnommé Césarion, roi des rois. Il leur donna, par un nouveau partage, l'Egypte et Chypre : il répétait que Cléopâtre avait été la femme du premier César [Jules César] et que Ptolémée était véritablement son fils, et feignait d'agir ainsi par amitié pour l'ancien dictateur, afin de rendre odieux César Octavien [Auguste], qui n'était son fils que par adoption et non par la nature.

  • DION CASSIUS, L'Histoire romaine, livre L, 1

    ... καὶ παρὰ πάντα ἐπέφερεν αὐτῷ τήν τε Κλεοπάτραν καὶ τοὺς παῖδας οὓς ἐξ αὐτῆς ἀνῄρητο, τά τε δωρηθέντα σφίσι, καὶ ἐν τοῖς μάλιστα ὅτι τὸν Καισαρίωνα ἐπωνόμαζεν οὕτω καὶ ἐς τὸ τοῦ Καίσαρος γένος ἦγε.

    ... et, par-dessus tout, il [Auguste] lui [Marc-Antoine] reprochait Cléopâtre, les enfants qu'il avait d'elle et qu'il élevait, les dons qu'il leur avait faits, et principalement le nom de Césarion donné au fils de cette femme et son intrusion dans la famille de [Jules] César.

  • DION CASSIUS, L'Histoire romaine, livre LI, 6

    καὶ τά τε ἄλλα ὡς ἐπὶ ταχεῖ πολέμῳ παρεσκευάζοντο, καὶ τοὺς υἱεῖς, Κλεοπάτρα μὲν Καισαρίωνα Ἀντώνιος δὲ Ἄντυλλον, ὃν ἐκ τῆς Φουλουίας γεννηθέντα οἱ εἶχεν, ἐς ἐφήβους ἐσέγραψαν, ἵν´ οἵ τε Αἰγύπτιοι ὡς καὶ ἀνδρός τινος ἤδη βασιλεύοντός σφων προθυμηθῶσι, καὶ οἱ ἄλλοι προστάτας ἐκείνους, ἄν γέ τι δεινόν σφισι συμβῇ, ἔχοντες καρτερήσωσι. καὶ τοῖς μὲν μειρακίοις καὶ τοῦτο αἴτιον τοῦ ὀλέθρου ἐγένετο· οὐδετέρου γὰρ αὐτῶν ὁ Καῖσαρ, ὡς καὶ ἀνδρῶν ὄντων καὶ πρόσχημά τι προστασίας ἐχόντων, ἐφείσατο·

    Tout en se préparant activement pour la guerre, ils inscrivirent parmi les éphèbes, Cléopâtre, son fils Césarion et Antoine, son fils Antyllus, qu'il avait eu de Fulvie, afin que les Égyptiens, se sentant désormais un homme pour roi, fussent remplis d'ardeur, et que les autres, avec de tels chefs, s'il arrivait quelque malheur, eussent la force de rester fidèles. Cela même perdit ces jeunes gens. César [Auguste], en effet, les considérant comme des hommes qui avaient une apparence de souveraineté, n'épargna ni l'un ni l'autre.


3. Livre :

Nous poursuivons, cette semaine-ci, la mise en parallèle d'extraits du livre de Claude IMBERT, Le tombeau d'Aurélien ( Paris, Grasset, 2000) - livre, dans lequel se déroule une corespondance imaginaire entre un fonctionnaire romain du IVe s. ap. J.-Chr. et un personnage contemporain (fin du XXe siècle) - avec des sources ou des témoignages antiques.

Extrait (pp. 36-38 ; c'est Antoine, personnage contemporain, qui écrit à Aurélien, le fonctionnaire romain) : Le mythe de Prométhée :

"... Tu dois saisir, cher Aurélien, que durant les siècles qui nous séparent, la machine est devenue l'auxiliaire obligée et comme le prolongement même de l'homme. C'est grâce à elle, avec elle, et, qui sait, pour elle que nous avons commencé de soutenir contre les dieux la grande revanche de Prométhée. Que nous avons à nouveau dérobé le feu dans les forges du ciel et entrepris la conquête de l'univers visible et invisible. Nous disposons, pour cela, je te l'ai dit, de machines pour rouler, pour voler; nous en avons pour expédier des images d'un bout à l'autre de la terre, d'autres encore pour nous parler à distance. Nous avons des machines sous nos pieds, dans nos mains, à nos lèvres, des machines chantantes, des machines pour souffler, aspirer, chauffer, laver, découper, refroidir, des ma- chines qui moissonnent, égrènent et concassent, et aussi des machines à estropier, à exploser, à tuer... Et je me dis parfois que cette machinerie omniprésente devient notre servante maîtresse... Mais enfin, ne boudons pas nos triomphes !

Cette fameuse étincelle que notre moderne Prométhée a volée chez Vulcain, c'est — tu l'as compris — l'énergie que la science fit sourdre des entrailles de la nature, l'énergie multiforme qui nous donne sur le monde des leviers inconnus. Et d'abord l'énergie de l'huile fossile dont la combustion nous fait rouler à grande vitesse sur les routes ou sur des voies fixes de métal où nous circulons en convois. Et jusque dans les airs d'où je t'écris, bien affalé sur mon siège, savourant un vin d'Aquitaine, un oeil sur l'océan qui se montre entre les nuages, sous notre machine volante. Ce que je ne puis te peindre, tant le tableau serait vaste, c'est la diversité et l'efficacité prodigieuses des forces que nous avons domestiquées. Dis-toi qu'à l'énergie combustible nous avons ajouté une onde, un courant que nous disons électrique : en brûlant du charbon pour en transmuer la chaleur, en canalisant le flux impétueux des rivières pour en capter la vigueur, nous avons créé la fée électricité : elle éclaire de mille feux nos villes en pleine nuit et peut déplacer d'un coup de sa baguette des masses considérables. Mieux encore : nous avons découvert une force qui effraie l'univers par sa puissance. Elle nous vient de l'explo- sion contrôlée des atomes dont ton Lucrèce, après Epicure et Démocrite, avait chanté la réalité au coeur infinitésimal de la matière.

J'arrête là... Sache seulement que toute cette magie de machines, cette volonté de puissance, cette aptitude à nous transporter comme des lièvres, à voler comme des oiseaux, à nous promener dans l'espace comme les anges ou démons de tes fables, sache que toute cette féerie nous fut donnée seulement dans les deux derniers siècles et dans une accélération qui, je te l'avoue, nous étourdit un peu... Pense que mon grand-père labourait son champ avec un soc semblable à celui de Cincinnatus, tiré par deux grands boeufs échappés des Géorgiques. On s'éclairait chez lui avec des lampes à huile qui enfumaient son plafond comme ceux de Pompéi. Lorsqu'il m'amenait, petit enfant, aux offices chrétiens, nous y allions au trot d'une carriole à cheval, toute semblable au cisium à deux roues qui te met les reins en compote sur les pavés de la voie Narbonnaise. Or, aujourd'hui, soixante ans plus tard, on ne trouve plus de boeufs derrière les charrues ni de chevaux devant les carrioles. Plus trace de cette traction animale qui a soulagé l'homme pendant trente siècles : partout des machines, des machines... Non, vois-tu, ce n'est que depuis peu, très peu de temps — le court espace de deux longues vies — que l'homme est devenu un géant orgueilleux dont la tête touche à la voûte des cieux. Vale, Antoine

Témoignage antique : PLATON, Protagoras, p. 320 sqq. :

Ἦν γάρ ποτε χρόνος ὅτε θεοὶ μὲν ἦσαν, θνητὰ δὲ γένη (320d) οὐκ ἦν. ἐπειδὴ δὲ καὶ τούτοις χρόνος ἦλθεν εἱμαρμένος γενέσεως, τυποῦσιν αὐτὰ θεοὶ γῆς ἔνδον ἐκ γῆς καὶ πυρὸς μείξαντες καὶ τῶν ὅσα πυρὶ καὶ γῇ κεράννυται. ἐπειδὴ δ´ ἄγειν αὐτὰ πρὸς φῶς ἔμελλον, προσέταξαν Προμηθεῖ καὶ Ἐπιμηθεῖ κοσμῆσαί τε καὶ νεῖμαι δυνάμεις ἑκάστοις ὡς πρέπει. Προμηθέα δὲ παραιτεῖται Ἐπιμηθεὺς αὐτὸς νεῖμαι, "Νείμαντος δέ μου," ἔφη, "ἐπίσκεψαι·" καὶ οὕτω πείσας νέμει. νέμων δὲ τοῖς μὲν ἰσχὺν ἄνευ τάχους προσῆπτεν, (320e) τοὺς δ´ ἀσθενεστέρους τάχει ἐκόσμει· τοὺς δὲ ὥπλιζε, τοῖς δ´ ἄοπλον διδοὺς φύσιν ἄλλην τιν´ αὐτοῖς ἐμηχανᾶτο δύναμιν εἰς σωτηρίαν. ἃ μὲν γὰρ αὐτῶν σμικρότητι ἤμπισχεν, πτηνὸν φυγὴν ἢ κατάγειον οἴκησιν ἔνεμεν·

[321] ἃ δὲ ηὖξε μεγέθει, τῷδε (321a) αὐτῷ αὐτὰ ἔσῳζεν· καὶ τἆλλα οὕτως ἐπανισῶν ἔνεμεν. ταῦτα δὲ ἐμηχανᾶτο εὐλάβειαν ἔχων μή τι γένος ἀϊστωθείη· ἐπειδὴ δὲ αὐτοῖς ἀλληλοφθοριῶν διαφυγὰς ἐπήρκεσε, πρὸς τὰς ἐκ Διὸς ὥρας εὐμάρειαν ἐμηχανᾶτο ἀμφιεννὺς αὐτὰ πυκναῖς τε θριξὶν καὶ στερεοῖς δέρμασιν, ἱκανοῖς μὲν ἀμῦναι χειμῶνα, δυνατοῖς δὲ καὶ καύματα, καὶ εἰς εὐνὰς ἰοῦσιν ὅπως ὑπάρχοι τὰ αὐτὰ ταῦτα στρωμνὴ οἰκεία τε καὶ αὐτοφυὴς ἑκάστῳ· καὶ (321b) ὑποδῶν τὰ μὲν ὁπλαῖς, τὰ δὲ {θριξὶν καὶ} δέρμασιν στερεοῖς καὶ ἀναίμοις. τοὐντεῦθεν τροφὰς ἄλλοις ἄλλας ἐξεπόριζεν, τοῖς μὲν ἐκ γῆς βοτάνην, ἄλλοις δὲ δένδρων καρπούς, τοῖς δὲ ῥίζας· ἔστι δ´ οἷς ἔδωκεν εἶναι τροφὴν ζῴων ἄλλων βοράν· καὶ τοῖς μὲν ὀλιγογονίαν προσῆψε, τοῖς δ´ ἀναλισκομένοις ὑπὸ τούτων πολυγονίαν, σωτηρίαν τῷ γένει πορίζων. ἅτε δὴ οὖν οὐ πάνυ τι σοφὸς ὢν ὁ Ἐπιμηθεὺς ἔλαθεν αὑτὸν (321c) καταναλώσας τὰς δυνάμεις εἰς τὰ ἄλογα· λοιπὸν δὴ ἀκόσμητον ἔτι αὐτῷ ἦν τὸ ἀνθρώπων γένος, καὶ ἠπόρει ὅτι χρήσαιτο. ἀποροῦντι δὲ αὐτῷ ἔρχεται Προμηθεὺς ἐπισκεψόμενος τὴν νομήν, καὶ ὁρᾷ τὰ μὲν ἄλλα ζῷα ἐμμελῶς πάντων ἔχοντα, τὸν δὲ ἄνθρωπον γυμνόν τε καὶ ἀνυπόδητον καὶ ἄστρωτον καὶ ἄοπλον· ἤδη δὲ καὶ ἡ εἱμαρμένη ἡμέρα παρῆν, ἐν ᾗ ἔδει καὶ ἄνθρωπον ἐξιέναι ἐκ γῆς εἰς φῶς. ἀπορίᾳ οὖν σχόμενος ὁ Προμηθεὺς ἥντινα σωτηρίαν τῷ ἀνθρώπῳ εὕροι, (321d) κλέπτει Ἡφαίστου καὶ Ἀθηνᾶς τὴν ἔντεχνον σοφίαν σὺν πυρί—ἀμήχανον γὰρ ἦν ἄνευ πυρὸς αὐτὴν κτητήν τῳ ἢ χρησίμην γενέσθαι—καὶ οὕτω δὴ δωρεῖται ἀνθρώπῳ. τὴν μὲν οὖν περὶ τὸν βίον σοφίαν ἄνθρωπος ταύτῃ ἔσχεν, τὴν δὲ πολιτικὴν οὐκ εἶχεν· ἦν γὰρ παρὰ τῷ Διί. τῷ δὲ Προμηθεῖ εἰς μὲν τὴν ἀκρόπολιν τὴν τοῦ Διὸς οἴκησιν οὐκέτι ἐνεχώρει εἰσελθεῖν—πρὸς δὲ καὶ αἱ Διὸς φυλακαὶ φοβεραὶ ἦσαν—εἰς δὲ τὸ τῆς Ἀθηνᾶς καὶ Ἡφαίστου οἴκημα τὸ κοινόν, ἐν ᾧ (321e) ἐφιλοτεχνείτην, λαθὼν εἰσέρχεται, καὶ κλέψας τήν τε ἔμπυρον τέχνην τὴν τοῦ Ἡφαίστου καὶ τὴν ἄλλην τὴν τῆς Ἀθηνᾶς δίδωσιν ἀνθρώπῳ,

[322] καὶ ἐκ τούτου εὐπορία μὲν ἀνθρώπῳ τοῦ (322a) βίου γίγνεται, Προμηθέα δὲ δι´ Ἐπιμηθέα ὕστερον, ᾗπερ λέγεται, κλοπῆς δίκη μετῆλθεν. Ἐπειδὴ δὲ ὁ ἄνθρωπος θείας μετέσχε μοίρας, πρῶτον μὲν διὰ τὴν τοῦ θεοῦ συγγένειαν ζῴων μόνον θεοὺς ἐνόμισεν, καὶ ἐπεχείρει βωμούς τε ἱδρύεσθαι καὶ ἀγάλματα θεῶν· ἔπειτα φωνὴν καὶ ὀνόματα ταχὺ διηρθρώσατο τῇ τέχνῃ, καὶ οἰκήσεις καὶ ἐσθῆτας καὶ ὑποδέσεις καὶ στρωμνὰς καὶ τὰς ἐκ γῆς τροφὰς ηὕρετο. ...

"Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles. Quand le temps que le destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre d'un mélange de terre et de feu et des éléments qui s'allient au feu et à la terre. Quand le moment de les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Epiméthée de les pourvoir et d'attribuer à chacun des qualités appropriées. Mais Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser faire seul le partage. Quand je l'aurai fini, dit-il, tu viendras l'examiner. Sa demande accordée, il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes à ceux-ci, les refusa à ceux-là, mais il imagina pour eux d'autres moyens de conservation ; car a ceux d'entre eux qu'il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ;

[321] pour ceux qui avaient l'avantage d'une grande taille, leur grandeur suffit à les conserver, et il appliqua ce procédé de compensation à tous les animaux. Ces mesures de précaution étaient destinées à prévenir la disparition des races. Mais quand il leur eut fourni les moyens d'échapper à une destruction mutuelle, il voulut les aider a supporter les saisons de Zeus ; il imagina pour cela de les revêtir de poils épais et de peaux serrées, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les protéger contre la chaleur et destinées enfin à servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres a chacun d'eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de corne, soit des peaux calleuses et dépourvues de sang ; ensuite il leur fournit des aliments variés suivant les espèces, aux uns l'herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; à quelques-uns même il donna d'autres animaux à manger ; mais il limita leur fécondité et multiplia celle de leurs victimes, pour assurer le salut de la race.

Cependant Epiméthée, qui n'était pas très réfléchi, avait, sans y prendre garde, dépensé pour les animaux toutes les facultés dont il disposait et il lui restait la race humaine à pourvoir, et il ne savait que faire. Dans cet embarras, Prométhée vient pour examiner le partage ; il voit les animaux bien pourvus, mais l'homme nu, sans chaussures, ni couverture, ni armes, et le jour fixé approchait où il fallait l'amener du sein de la terre à la lumière. Alors Prométhée, ne sachant qu'imaginer pour donner à l'homme le moyen de se conserver, vole à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts avec le feu ; car, sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile ; et il en fait présent à l'homme. L'homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie ; mais il n'avait pas la science politique ; celle-ci se trouvait chez Zeus, et Prométhée n'avait plus le temps de pénétrer dans l'acropole que Zeus habite et où veillent d'ailleurs des gardes redoutables. Il se glisse donc furtivement dans l'atelier commun où Athéna et Héphaïstos cultivaient leur amour des arts, il y dérobe au dieu son art de manier le feu et à la déesse l'art qui lui est propre, et il en fait présent à l'homme, [322] et c'est ainsi que l'homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite, Prométhée fut, dit-on, puni du larcin qu'il avait commis par la faute d'Epiméthée. XII. - Quand l'homme fut en possession de son lot divin, d'abord à cause de son affinité avec les dieux, il crut à leur existence, privilège qu'il a seul de tous les animaux, et il se mit à leur dresser des autels et des statues ; ensuite il eut bientôt fait, grâce à la science qu'il avait, d'articuler sa voix et de former les noms des choses, d'inventer les maisons, les habits, les chaussures, les lits, et de tirer les aliments du sol. ...


Jean Schumacher
14 aout 2009


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002