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Date :     05-12-2008

Sujets :
Fiches de lecture : 18 ajouts; Livre : Yann LE BOHEC, Histoire militaire des guerres puniques; HODOI ELEKTRONIKAI : 7 nouveaux environnements hypertextes : Dion Chrysostome (x 5; traductions anglaises), Plutarque, Polybe;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> GREC :

  • DION CHRYSOSTOME, Discours, VI, IX, XIV et XXXI
  • LUCIEN de Samosate, Comment faut-il écrire l'histoire ?, 62
  • PLATON, Le Sophiste
  • PLUTARQUE, Oeuvres morales
  • POLYBE, Histoire, XXXVII

  • Sostrate de Cnide et l'inscription sur le phare d'Alexandrie
  • De l'utilité des voyelles
  • A propos de la reine Bérénice et d'une Spartiate qui lui rend visite
  • Le souverain bien de l'homme ne réside pas dans les sens et dans les plaisirs
  • Autrefois, on exposait les malades en public
  • Les anciens ont donné à l'homme le même nom qu'à la lumière
  • A propos du séjour après la mort (pour les justes et pour les méchants)
  • Dans les jeux du cirque, il y a une compassion naturelle pour l'athlète le plus faible
  • A Athènes, avant d'exécuter un condamné à mort, son nom est d'abord rayé de la liste des citoyens [trad. anglaise]
  • C'est faire perdre sa valeur à la couronne olympique faite de feuilles d'olivier, signe de la victoire, que de l'offrir à tous les potentats qui se montrent aux jeux [trad. anglaise]
  • A propos du mode de vie (général) de Diogène de Sinope, philosophe cynique [trad. anglaise]
  • Diogène de Sinope : Pourquoi Zeus a-t-il puni Prométhée ? [trad. anglaise]
  • Diogène de Sinope : Un tyran ne se fie à personne; il ne passe pas de jour sans crainte [trad. anglaise]
  • Pourquoi, Diogène, assistez-vous aux jeux Isthmiques ? [trad. anglaise]
  • On venait de loin pour voir et écouter Diogène de Sinope [trad. anglaise]
  • Diogène en dialogue avec un vainqueur aux jeux Isthmiques : Quelle est la valeur d'une victoire à la course? [trad. anglaise]
  • A propos d'un homme pauvre au caractère trempé et à l'hospitalité appropriée [trad. anglaise]
  • Discussion : Quel homme est libre et quel homme est esclave ? [trad. anglaise]


2. Livre : L'armée carthaginoise :

Livre : Yann LE BOHEC, Histoire militaire des guerres puniques
Éditions du Rocher (L'Art de la guerre), Monaco, 1996, 345 pp.

Documents : Couverture; 4e de couverture

Extrait : pp. 39-55 (partim) :

L'armée carthaginoise :

"Les schémas traditionnels ne sortent pas davantage indemnes d'un examen comparé des forces militaires en présence. Certes, en raison des lacunes de la documentation, l'étude est difficile, en particulier en ce qui concerne Carthage ; les historiens, en général, se bornent à décrire son armée au temps d'Hannibal, parce qu'ils possèdent là-dessus davantage d'informations. Et, quand ils parlent de la première guerre punique, tout au plus conseillent-ils de montrer beaucoup de scepticisme sur les quelques chiffres qui nous sont parvenus.

Tentons néanmoins de faire le point, de voir ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. En 264, l'armée de Carthage ressemblait aux armées grecques. Au combat, elle était organisée suivant le modèle de la phalange (la mention de « légions carthaginoises » constitue une impropriété du point de vue du vocabulaire ; elle est rarement employée au demeurant, et s'explique par une habitude des anciens, qui prêtaient toujours aux autres leurs caractéristiques propres). Cette façon de se battre avait été poussée à un point de perfection par les Macédoniens : les soldats, épaule contre épaule, protégés par les boucliers et les cuirasses, formaient une muraille de fer. Ils utilisaient une lance de cinq à six mètres de long appelée « sarisse » ; cette tactique avait été diffusée largement après les succès d'Alexandre le Grand. On ignore si les Carthaginois utilisaient des sarisses. On sait, en revanche, que des Libyens servaient comme phalangites, mercenaires des rois hellénistiques, et que, dans l'ordre de bataille des Puniques, les hommes étaient alignés au coude à coude, formant un mur hérissé de dards, contre lequel se brisaient les assauts de l'ennemi, ou qui écrasait ce dernier par sa masse. Leurs armées comprenaient également des archers et des frondeurs, de la cavalerie, lourde et légère, celle-ci venant surtout de Numidie. Le dispositif initial comprenait, comme partout à cette époque, trois éléments principaux (un centre, une aile droite et une aile gauche), auxquels s'ajoutaient parfois une réserve et toujours un camp où étaient entreposés les bagages et, éventuellement, le butin récolté les jours précédents. Le général n'avait guère le choix qu'entre deux possibilités : soit percer (séparer le centre d'une aile), soit envelopper (encercler une aile).

Le succès de la manoeuvre, qui impliquait bien sûr que l'ennemi ait été devancé, provoquait le plus souvent la fuite d'adversaires qui avaient tôt compris que, pour eux, la partie était perdue. D'où, souvent, un nombre de morts et de blessés relativement bas. Mais les lois de la guerre laissaient le choix au vainqueur : tuer les vaincus, ou les capturer pour les réduire en esclavage, destin normal et légal du prisonnier. A partir du moment où les hommes étaient en contact les uns avec les autres, la bataille pouvait se transformer en une série de duels, mais les différents peuples étaient plus ou moins bien équipés pour cette phase des opérations. Les Macédoniens, par exemple, n'avaient guère prévu que le choc en unités constituées. On le voit, cette tactique restait rudimentaire ; elle se situait davantage au niveau du jeu de dames qu'à celui du jeu d'échecs. Le génie cependant pouvait s'exprimer parfois, quand le général enrichissait ses manoeuvres par une astuce, un stratagème ; par la suite, après la période qui nous occupe, quelques auteurs, comme Frontin, ont recueilli les plus remarquables de ces traits d'habileté. Les soldats se protégeaient avec un casque et un bouclier rond et, pour tuer, utilisaient une lance et une épée courte. Philippe de Macédoine avait prouvé, en 338, dans la plaine de Chéronée, la supériorité de la tactique de sa phalange sur celle des hoplites, qui, eux, ne combattaient pas en rangs aussi serrés, mais presque « en tirailleurs ».

Une légende veut que ces fantassins n'aient été fournis que par le mercenariat. Les écrivains latins, et leurs amis grecs, pouvaient ainsi stigmatiser la prétendue lâcheté punique : « Les Carthaginois ont toujours fait la guerre sans jamais mettre leur confiance dans des soldats citoyens », dit Diodore (V, 38, 3). En réalité, les cités puniques, et leur métropole au premier chef, ont fourni une partie de ces troupes et, à Ecnome par exemple, sur mer il est vrai, les « soldats citoyens » étaient même majoritaires, nous semble-t-il. Sur terre, en outre, c'étaient eux qui constituaient la cavalerie lourde. Toutefois, leurs effectifs paraissent avoir diminué, lentement mais régulièrement, et avoir été employés de préférence en Afrique, semble-t-il, surtout dans les derniers temps.

Dans une bataille, pour préserver le corps civique, l'état-major engageait d'abord les étrangers, mis en première ligne. Ceux-ci étaient présents à des titres divers. Les peuples sujets devaient présenter des contingents à toute réquisition, exigence ressentie comme une manifestation de l'impérialisme carthaginois. Les alliés, qu'il est parfois difficile de distinguer des précédents, devaient se soumettre à la même obligation, mais dans ce cas par suite d'un traité plus ou moins imposé. Ensuite, en fonction des besoins et des possibilités, on recrutait des mercenaires gaulois, ibères, ligures, corses, grecs, africains aussi, et même italiens, ou encore des frondeurs des Baléares.

Particularité non négligeable, l'armée punique utilisait des éléphants, les blindés de l'Antiquité qui, lancés en premier contre les lignes ennemies, les faisaient éclater. De plus, ils effrayaient les chevaux, désorganisant ainsi les unités de cavalerie. Au combat, le recours à ces animaux n'était cependant pas sans inconvénients : blessés, ils devenaient furieux et pouvaient se retourner contre les leurs ; il fallait alors les abattre : le cornac, à l'aide d'un maillet, enfonçait une pointe de fer dans la nuque de la bête devenue dangereuse.
Le problème de leur origine a été posé. Certes, on trouvait encore nombre de ces animaux au Maghreb ; mais, contrairement à ce que l'on pourrait croire, Carthage n'avait pas innové dans ce domaine, se bornant à imiter le roi d' Épire, Pyrrhus (mort en 272), qui lui-même imitait Alexandre, lequel avait appris cette tactique lors de sa grande expédition en Inde (le cornac était d'ailleurs toujours appelé «l'indien », indus en latin, quel qu'ait été son lieu de naissance). Si la technique est orientale, les animaux sont africains.

Nous en reparlerons, mais nous devons déjà évoquer une « histoire d'éléphants », que raconte un collègue belge, dans un court article : les monnaies et deux blocs sculptés trouvés à Alba Fucens, en Italie, montrent que les éléphants de l'armée punique étaient dotés de longues oreilles, ce qui prouve leur origine maghrébine ; on a cependant constaté qu'une monnaie porte un autre type d'éléphant, à petites oreilles celui-ci, donc « asiatique », et en fait syrien. D'où l'hypothèse, fragile, que Carthage aurait employé des éléphants asiatiques. Mais il faut bien voir qu'un éléphant ne fait pas un troupeau, et il est bien possible que le graveur ait pris pour modèle le sujet d'une émission grecque, le recopiant sans réfléchir, jusque dans ses moindres détails. La lecture d'Appien (VIII, 11, 79) fait en effet pencher la balance en faveur de la thèse d'une origine africaine.

Nous connaissons très mal l'encadrement de ces troupes Les textes littéraires ne parlent guère que des généraux et des amiraux, qui étaient élus par le peuple, et auxquels ils donnent des titres grecs ou latins, par exemple Poenorum imperator ou classi praefectus ; ils étaient distincts des sufetes, ces derniers étant confinés au domaine des affaires civiles. Bien qu'ils aient bénéficié d'un avantage – la continuité –, ils sont souvent taxés d'incompétence, une tare qui est volontiers opposée à la valeur des troupes ; en fait, ce contraste constitue un lieu commun des littératures antiques, et il faut en atténuer la portée. On verra plus loin des exemples édifiants. Souvent courageux et intelligents, les officiers étaient en proie à la jalousie à la fois de leurs concurrents et surtout de la plèbe, parce qu'ils étaient pris dans l'aristocratie. Des raisons littéraires, sociales et politiques expliquent donc au moins en partie les critiques qu'on leur adresse. Il n'en reste pas moins qu'à cette époque le plus petit échec était sanctionné, souvent avec cruauté (lapidation, crucifixion, etc.), soit sur place, soit au retour à Carthage. Pour le premier cas, on remarquera au passage qu'une telle rigueur s'expliquerait mal venant de mercenaires ; elle inciterait à croire davantage à la présence de « soldats citoyens ». Le tribunal des Cent quatre était particulièrement chargé de les surveiller. Il est bien établi, en outre, que les soldats stipendiés, groupés en contingents nationaux, ainsi qu'il a été dit, avaient pour supérieurs directs des cadres issus de leurs rangs, parlant leur langue. Des inscriptions, qui ne sont par malheur pas souvent datées, mentionnent des titres difficiles à traduire : RB MSTRT ou RB HMSTRT, « chef », sans doute « de l'intendance militaire », RB M'T, « centurion », et RB MHNT, « chef de l'armée ».

Même si la tactique était simple, il n'en fallait pas moins se préparer aux manoeuvres qu'elle impliquait. D'où l'importance de l'exercice ~ : l'entraînement a toujours été ce qui fait la différence entre une bonne et une mauvaise armée, et ce point de vue vaut également pour l'Antiquité ; les modernes l'oublient trop souvent. Hélas, l'information sur ce sujet brille par son imprécision.

Les généraux de Carthage connaissaient cependant d'autres formes de combat que l'engagement en rase campagne ; ils avaient même atteint un niveau d'excellence dans l'art des sièges, la poliorcétique, un domaine où les influences hellénistiques se faisaient tout particulièrement sentir. Les archéologues ont pu le constater à Carthage, sur différents sites de Sicile (nous reviendrons plus loin sur les uns et les autres) ; la question a été particulièrement étudiée dans le Cap Bon, pour la forteresse du Djebel el-Fortass, qui date du ve siècle avant J.-C., et à Kelibia également. Les architectes puniques savaient construire des remparts, des tours et des portes fortifiées, doubler des murs, creuser des mines et des contre-mines, se défendre contre un siège aussi bien qu'assiéger un adversaire quelconque. On leur a même attribué l'invention du bélier, une poutre suspendue par des cordes à un bâti de bois ; à l'aide de cet instrument, ils pouvaient enfoncer une porte ou battre un mur. Comme leurs adversaires, ils utilisaient d'autres machines, empruntées aux Grecs et sans doute améliorées, des pièces d'artillerie, catapultes, balistes, etc., qui projetaient des pierres, des flèches, des javelots ; ces instruments étaient mus par la torsion d'un nerf de boeuf ou d'un écheveau de crins, ou encore par la tension imposée à une plaque de métal (il est très difficile, voire impossible, d'expliquer ce qui différencie une baliste d'une catapulte).

Ce tableau montre que Carthage possédait une armée de terre analogue dans sa composition et son organisation à beaucoup d'autres armées de son temps, et sans doute plus efficace que les autres en raison au moins de ses effectifs. Cette constatation, à savoir que les troupes africaines avaient atteint un haut niveau d'efficacité, ne saurait surprendre : l'infanterie a toujours été la reine des batailles ; sans elle, Carthage n'aurait jamais pu bâtir son empire, même si cet empire était largement maritime.

Il n'empêche : la marine punique s'est acquis une plus grande célébrité. Elle utilisait surtout de légères trirèmes et de lourdes quinquérèmes (on comptait en tout 200 hommes sur une trirème, et 300 sur une quinquérème). Les chercheurs ne se sont pas accordés sur le sens qu'il faut donner à ces mots. Soit ils désignaient le nombre de rangs de rameurs superposés, soit ils désignaient le nombre d'hommes attachés à une rame. Des documents plus tardifs, datant de l'Empire montrent d'impressionnants empilements de rangs de rameurs. On sait qu'ont existé des hexères (communément appelées par les chercheurs d'une abréviation : des « six ») 5, des heptères (des « sept »), etc., et on ne voit pas bien à quoi correspondaient ces noms quand ils dépassent un nombre de rangs de rameurs raisonnable (comment, dans l'une et l'autre de ces interprétations, imaginer un « quarante » ?). Le recours à la voile, surtout pendant les traversées, soulageait les efforts de ces malheureux. De toute façon, il semble bien que l'on ait privilégié les gros vaisseaux. Ceux de Carthage étaient, disait-on, plus mobiles et plus rapides que ceux dont disposait Rome notamment parce qu'ils pouvaient avoir deux gouvernails et deux timoniers en même temps ; ce dispositif, jugé dangereux, n'était possible que grâce à l'habileté des équipages.

Et on connaît mieux ces navires depuis quelques années : deux d'entre eux, coulés sans doute pendant la première guerre punique, ont été repérés au large de Marsala et sont en cours d'étude, découverte qui, on l'a dit, présente un caractère extraordinaire. Des premières informations disponibles, il ressort que ces navires étaient construits bien et rapidement, en quelque sorte « en préfabriqué » : les menuisiers, utilisant surtout du pin, un bois léger, préparaient des pièces à la chaîne, les marquaient chacune par une lettre ou un mot, et les transmettaient aux charpentiers qui se chargeaient de l'assemblage. W. Johnstone a identifié les mots puniques W, WW, « le » ou « les clous », et BHR, « la quille ». Grâce à ces symboles, les ouvriers mettaient à leur place d'abord la quille, puis la coque ; ils assemblaient les « virures » (planches de la coque) à l'aide de chevilles et de clous. Les dimensions sont mal connues ; pour un des deux navires de Marsala, on les estime à trente-cinq mètres pour la longueur et à moins de mètres pour la largeur.

L'ordre de bataille, sur mer, reproduisait ce que l'on a observé sur terre. Les escadres, réparties entre deux ailes et un centre, manoeuvraient comme l'infanterie. Mais les amiraux disposaient de plusieurs possibilités. En gros, ils devaient d'abord procéder comme leurs homologues de l'armée de terre, et chercher soit à séparer une aile du centre, soit à envelopper une aile. Ensuite, ils passaient à la destruction de l'ennemi, ce qui pouvait se faire de trois façons différentes. De loin, l'artillerie causait de gros dégâts. Face à un adversaire malhabile, l'éperonnage direct permettait de percer le flanc du navire ennemi sous la ligne de flottaison (ce choc était appelé par les Grecs le periplus). Ou encore le commandant recourait au diecplus, qui demandait deux temps : par un premier passage, le navire punique détruisait les rames de l'adversaire, qui était éperonné au deuxième passage. Bien entendu, periplus et diecplus pouvaient être utilisés contre une escadre ou contre un navire isolé. Les marins puniques semblent avoir évité l'abordage, même s'ils l'ont pratiqué, ne serait-ce que pour y avoir été contraints par les Romains. Enfin, autre tactique, les navires transportaient des fantassins et les débarquaient sur le territoire ennemi où ils causaient un maximum de ravages avant de repartir.

Armée de terre et marine servaient à appliquer une stratégie. Il fallait protéger le domaine de Carthage. Dans le cas de la guerre en Sicile, la plupart du temps, le quartier général avait été installé à Lilybée ; de grandes bases avaient été mises en place à Drépane pour la marine et, à l'occasion, à Agrigente pour l'armée de terre ; des garnisons plus petites avaient été placées là où il avait paru bon d'en mettre, en particulier près de Palerme et au mont Eryx. ..."

Témoignages (tirés des HODOI ELEKTRONIKAI) :

  • A propos de l'incompétence des généraux carthaginois ; contexte : en 256 av. J.-Chr., le consul romain Regulus vient de battre l'armée carthaginoise (1ière guerre punique) :

    POLYBE, Histoire, livre I, 32 :

    [1,32] Περὶ δὲ τοὺς καιροὺς τούτους καταπλεῖ τις εἰς τὴν Καρχηδόνα ξενολόγος τῶν ἀπεσταλμένων εἰς τὴν Ἑλλάδα πρότερον {εἰς τὴν Καρχηδονίων}, ἄγων στρατιώτας πλείστους, ἐν οἷς καὶ Ξάνθιππόν τινα Λακεδαιμόνιον, ἄνδρα τῆς Λακωνικῆς ἀγωγῆς μετεσχηκότα καὶ τριβὴν ἐν τοῖς πολεμικοῖς ἔχοντα σύμμετρον. ὃς διακούσας τὸ γεγονὸς ἐλάττωμα καὶ πῶς καὶ τίνι τρόπῳ γέγονεν, καὶ συνθεωρήσας τάς τε λοιπὰς παρασκευὰς τῶν Καρχηδονίων καὶ τὸ πλῆθος τῶν ἱππέων καὶ τῶν ἐλεφάντων παραυτίκα συνελογίσατο καὶ πρὸς τοὺς φίλους ἐνεφάνισε διότι συμβαίνει τοὺς Καρχηδονίους οὐχ ὑπὸ Ῥωμαίων, αὐτοὺς δ´ ὑφ´ αὑτῶν ἡττᾶσθαι διὰ τὴν ἀπειρίαν τῶν ἡγουμένων. ταχὺ δὲ διὰ τὴν περίστασιν τῶν τοῦ Ξανθίππου λόγων διαδοθέντων εἰς τὰ πλήθη καὶ τοὺς στρατηγούς, ἔγνωσαν οἱ προεστῶτες ἀνακαλεῖσθαι καὶ πεῖραν αὐτοῦ λαμβάνειν. ὁ δὲ παραγενόμενος εἰς τὰς χεῖρας ἔφερε τοῖς ἄρχουσι τοὺς ἀπολογισμοὺς καὶ παρὰ τί νῦν σφαλείησαν, καὶ διότι πεισθέντες αὐτῷ καὶ χρησάμενοι τοῖς ἐπιπέδοις τῶν τόπων ἔν τε ταῖς πορείαις καὶ στρατοπεδείαις καὶ παρατάξεσιν εὐχερῶς ἑαυτοῖς τε τὴν ἀσφάλειαν δυνήσονται παρασκευάζειν καὶ τοὺς ὑπεναντίους νικᾶν. οἱ δὲ στρατηγοὶ δεξάμενοι τὰ λεγόμενα καὶ πεισθέντες αὐτῷ παραχρῆμα τὰς δυνάμεις ἐνεχείρισαν. ἦν μὲν οὖν καὶ κατὰ ταύτην τὴν παρὰ τοῦ Ξανθίππου διαδιδομένην φωνὴν ὁ θροῦς καὶ λαλιά τις εὔελπις παρὰ τοῖς πολλοῖς· ὡς δ´ ἐξαγαγὼν πρὸ τῆς πόλεως τὴν δύναμιν ἐν κόσμῳ παρενέβαλε καί τι καὶ κινεῖν τῶν μερῶν ἐν τάξει καὶ παραγγέλλειν κατὰ νόμους ἤρξατο, τηλικαύτην ἐποίει διαφορὰν παρὰ τὴν τῶν πρότερον στρατηγῶν ἀπειρίαν ὥστε μετὰ κραυγῆς ἐπισημαίνεσθαι τοὺς πολλοὺς καὶ σπεύδειν ὡς τάχιστα συμβαλεῖν τοῖς πολεμίοις, πεπεισμένους μηδὲν ἂν παθεῖν δεινὸν ἡγουμένου Ξανθίππου. τούτων δὲ γινομένων οἱ στρατηγοὶ συνιδόντες τοὺς ὄχλους ἀνατεθαρρηκότας παραδόξως ταῖς ψυχαῖς, παρακαλέσαντες αὐτοὺς τὰ πρέποντα τῷ καιρῷ μετ´ ὀλίγας ἡμέρας ὥρμησαν ἀναλαβόντες τὴν δύναμιν. αὕτη δ´ ἦν πεζοὶ μὲν εἰς μυρίους καὶ δισχιλίους, ἱππεῖς δὲ τετρακισχίλιοι, τὸ δὲ τῶν ἐλεφάντων πλῆθος ἔγγιστά που τῶν ἑκατόν.

    [1,32] Ce fut dans ces conjonctures qu'arriva à Carthage, à la tête d'une troupe considérable, un des racoleurs de mercenaires qu'on avait envoyés en Grèce ; parmi ses recrues se trouvait un Lacédémonien nommé Xanthippe, qui avait reçu l'éducation nationale de Sparte et possédait une longue pratique du métier des armes. Quand on lui raconta le désastre et les circonstances où il s'était produit, quand il vit les munitions qui restaient aux Carthaginois, le nombre de leurs chevaux et de leurs éléphants, il se prit à penser et déclara à ses amis que ce n'était pas à la valeur des Romains que les Carthaginois devaient imputer leur défaite, mais à eux-mêmes, à l'incapacité de leurs chefs. L'assertion de Xanthippe se répandit dans la foule qui l'entourait et parvint aux oreilles des généraux ; les magistrats décidèrent de le convoquer et de lui demander sur quoi il fondait ses allégations. Il comparaît devant eux, justifie ce qu'il avait avancé et leur montre la cause de leur récente défaite ; si on voulait l'en croire, on se tiendrait toujours en filaine, que ce fût pour une marche, pour un campement ou pour une bataille rangée ; on n'aurait ainsi plus rien à craindre des ennemis et on se mettrait facilement en état de les vaincre. Les généraux l'approuvèrent, adoptèrent son plan et remirent sur-le-champ l'armée entre ses mains. Dès que les paroles de Xanthippe se répandirent, on commença, dans le peuple, à causer de l'avenir avec plus de confiance ; mais quand il fit avancer les troupes hors de la ville, qu'il les rangea en bon ordre, fit évoluer tel ou tel corps selon les règles, fit faire l'exercice en mesure, le contraste était si manifeste avec l'incapacité de ses prédécesseurs que tous poussèrent des cris de joie et demandèrent à attaquer l'ennemi immédiatement, convaincus que sous la conduite de Xanthippe ils ne pouvaient éprouver aucun échec. Tout en voyant leurs soldats si bien réconfortés, les généraux jugèrent cependant à propos de leur adresser encore quelques encouragements, et peu de jours après l'armée se mit en marche. Elle comptait douze mille fantassins, quatre mille cavaliers et une centaine d'éléphants.

  • A propos de la poliorcétique :

    POLYBE, Histoire, livre I, 42 :

    [1,42] τὴν μὲν οὖν σύμπασαν Σικελίαν τῇ θέσει τετάχθαι συμβαίνει πρὸς τὴν Ἰταλίαν καὶ τἀκείνης πέρατα παραπλησίως τῇ τῆς Πελοποννήσου θέσει πρὸς τὴν λοιπὴν Ἑλλάδα καὶ τὰ ταύτης ἄκρα, τούτῳ δ´ αὐτῷ διαφέρειν ἀλλήλων, ᾗ ´κείνη μὲν χερρόνησός (ἐστιν, αὕτη δὲ νῆσος)· ἧς μὲν γὰρ ὁ μεταξὺ τόπος ἐστὶ πορευτός, ἧς δὲ πλωτός. τὸ δὲ σχῆμα τῆς Σικελίας ἐστὶ μὲν τρίγωνον, αἱ δὲ κορυφαὶ τῶν γωνιῶν ἑκάστης ἀκρωτηρίων λαμβάνουσι τάξεις, ὧν τὸ μὲν πρὸς μεσημβρίαν νεῦον, εἰς δὲ τὸ Σικελικὸν πέλαγος ἀνατεῖνον Πάχυνος καλεῖται, τὸ δ´ εἰς τὰς ἄρκτους κεκλιμένον ὁρίζει μὲν τοῦ πορθμοῦ τὸ πρὸς δύσεις μέρος, ἀπέχει δὲ τῆς Ἰταλίας ὡς δεκαδύο στάδια, προσαγορεύεται δὲ Πελωριάς. τὸ δὲ τρίτον τέτραπται μὲν εἰς αὐτὴν τὴν Λιβύην, ἐπίκειται δὲ τοῖς προκειμένοις τῆς Καρχηδόνος ἀκρωτηρίοις εὐκαίρως, διέχον ὡς χιλίους σταδίους, νεύει δ´ εἰς χειμερινὰς δύσεις, διαιρεῖ δὲ τὸ Λιβυκὸν καὶ τὸ Σαρδῷον πέλαγος, προσαγορεύεται δὲ Λιλύβαιον. ἐπὶ δὲ τούτῳ πόλις ὁμώνυμος κεῖται τῷ τόπῳ, περὶ ἣν τότε συνέβαινε τοὺς Ῥωμαίους συνίστασθαι τὴν πολιορκίαν, τείχεσί τε διαφερόντως ἠσφαλισμένην καὶ πέριξ τάφρῳ βαθείᾳ καὶ τενάγεσιν ἐκ θαλάττης, δι´ ὧν ἐστιν εἰς τοὺς λιμένας εἴσπλους πολλῆς δεόμενος ἐμπειρίας καὶ συνηθείας. ταύτῃ δὲ προσστρατοπεδεύσαντες ἐξ ἑκατέρου μέρους οἱ Ῥωμαῖοι καὶ τὰ μεταξὺ τῶν στρατοπέδων τάφρῳ καὶ χάρακι καὶ τείχει διαλαβόντες ἤρξαντο προσάγειν ἔργα κατὰ τὸν ἔγγιστα κείμενον τῆς θαλάττης πύργον ὡς πρὸς τὸ Λιβυκὸν πέλαγος. προσκατασκευάζοντες δ´ ἀεὶ τοῖς ὑποκειμένοις καὶ παρεκτείνοντες τῶν ἔργων τὰς κατασκευὰς τέλος ἓξ πύργους τοὺς συνεχεῖς τῷ προειρημένῳ κατέβαλον, τοὺς δὲ λοιποὺς πάντας ἅμα κριοκοπεῖν ἐνεχείρησαν. γινομένης δ´ ἐνεργοῦ καὶ καταπληκτικῆς τῆς πολιορκίας, καὶ τῶν πύργων τῶν μὲν πονούντων ἀν´ ἑκάστην ἡμέραν, τῶν δ´ ἐρειπομένων, ἅμα δὲ καὶ τῶν ἔργων ἐπιβαινόντων ἀεὶ καὶ μᾶλλον ἐντὸς τῆς πόλεως, ἦν ἰσχυρὰ διατροπὴ καὶ κατάπληξις παρὰ τοῖς πολιορκουμένοις, καίπερ ὄντων ἐν τῇ πόλει χωρὶς τοῦ πολιτικοῦ πλήθους αὐτῶν τῶν μισθοφόρων εἰς μυρίους. οὐ μὴν ἀλλ´ ὅ γε στρατηγὸς αὐτῶν Ἰμίλκων οὐδὲν παρέλειπε τῶν δυνατῶν, ἀλλὰ τὰ μὲν ἀντοικοδομῶν, τὰ δ´ ἀντιμεταλλεύων οὐ τὴν τυχοῦσαν ἀπορίαν παρεῖχε τοῖς ὑπεναντίοις. ἔτι δὲ καθ´ ἑκάστην ἡμέραν ἐπιπορευόμενος καὶ τοῖς ἔργοις ἐγχειρῶν, εἴ πως δύναιτο πῦρ ἐμβαλεῖν, πολλοὺς ὑπὲρ τούτου τοῦ μέρους καὶ παραβόλους ἀγῶνας δὴ συνίστατο καὶ μεθ´ ἡμέραν καὶ νύκτωρ, ὥστε πλείους ἐνίοτε γίνεσθαι νεκροὺς ἐν ταῖς τοιαύταις συμπλοκαῖς τῶν εἰωθότων πίπτειν ἐν ταῖς παρατάξεσι.

    [1,42] La Sicile, dans son ensemble, est située par rapport à l'Italie et à ses limites comme le Péloponèse par rapport au reste de la Grèce et aux montagnes qui la bornent, — avec cette différence que le Péloponèse est une presqu'île et la Sicile une île; un isthme donne accès dans l'un, un détroit dans l'autre. La Sicile a la forme d'un triangle ; les sommets des divers angles sont des promontoires. L'un d'eux, orienté vers le midi, s'avance dans la mer de Sicile : c'est le cap Pachynos. Un autre, tourné vers le nord, forme la rive occidentale du détroit, à douze stades environ de la côte d'Italie : c'est le Pélorias. Le troisième fait face aux promontoires africains qui défendent Carthage, ce qui est d'un grand intérêt stratégique ; il en est à mille stades environ et se dirige vers l'occident : c'est le cap Lilybée, qui sépare la mer d'Afrique de la mer de Sardaigne. C'est sur cette pointe qu'est située la ville du même nom, dont les Romains faisaient le siège. Elle était bien fortifiée, entourée de fossés profonds et de chenaux vaseux, par lesquels on ne pouvait pénétrer dans le port qu'avec beaucoup d'expérience et d'habitude. Les Romains s'établirent des deux côtés de la ville, relièrent leurs deux campements par un fossé flanqué d'un remblai et d'une palissade, et dirigèrent leurs travaux d'approche contre la tour la plus voisine du rivage, du côté de la mer d'Afrique. A force d'avancer, à mesure que de nouvelles galeries s'ajoutaient aux précédentes, ils finirent par faire tomber six tours contiguës à celle dont j'ai parlé, et essayèrent en même temps de démolir toutes les autres à coups de bélier. Le siège était mené avec une vivacité étonnante ; chaque jour, de nouvelles tours menaçaient ruine ou s'écroulaient ; les travaux étaient poussés toujours plus avant et pénétraient jusque dans la ville. Aussi la confusion et la consternation régnaient-elles parmi les assiégés. La garnison comprenait pourtant dix mille mercenaires, sans compter les habitants ; et le commandant de la place, Himilcon, faisait tout son possible pour la défendre : il réparait les brèches, creusait des contre-mines et donnait fort à faire aux assiégeants. Chaque jour il les harcelait, guettait l'occasion de mettre le feu à leurs machines ; pour cela il les attaquait à l'improviste de jour ou de nuit, et ces escarmouches étaient parfois plus meurtrières que ne le sont généralement les batailles rangées.


3. HODOI ELEKTRONIKAI & environnements hypertextes :

La forge de Christian RUELL a fonctionné à plein rendement : 7 nouveaux environnements hypertextes ont vu le jour :

  • Dion Chrysostome, Un mythe libyen (discours V) [traduction anglaise]
  • Dion Chrysostome, Diogène ou Sur la tyrannie (discours VI) [traduction anglaise]
  • Dion Chrysostome, Diogène ou Sur la vertu (discours VIII) [traduction anglaise]
  • Dion Chrysostome, Diogène ou Discours Isthmique (discours IX) [traduction anglaise]
  • Dion Chrysostome, Aux Rhodiens (discours XXXI) [traduction anglaise]
  • Plutarque, Oeuvres morales - S'il est vrai qu'il faille mener une vie cachée [Texte grec et traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Polybe, Histoire, livre XXVII (fragments) [Texte grec et traduction française repris au site de Philippe Remacle]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt HODOI ELEKTRONIKAI.


Jean Schumacher
5 décembre 2008


 
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Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher

Dernière mise à jour : 17/02/2002