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Date :     19-09-2008

Sujets :
Palamède, Bulletin d'informations et d'échanges pédagogiques en langues anciennes : le numéro 2 (septembre 2008) a paru; Histoire : Ernest RENAN à propos des conséquences de la ruine de Jérusalem (en l'an 70 de notre ère);

Notice :

1. Palamède : le numéro 2 a paru :

C'est un plaisir pour nous de vous informer de la parution du numéro 2 (septembre 2008) de PALAMÈDE, Bulletin d'informations et d'échanges.

Nous avons mis à profit l'annonce de ce concours pour faire du premier extrait cité des Mémorables de Xénophon un texte d'étude du Projet HELIOS :

HERCULE et la leçon donnée par la Vertu

contenu repris chez deux autres auteurs antiques :

  • GREC : MAXIME de TYR, Dissertations, XIV, 1
  • LATIN : CICÉRON, Des devoirs, I, 32.

Nous nous proposons de soumettre à Danielle de Clercq, collaboratrice scientifique, le traitement du vocabulaire de cet extrait; vocabulaire qui prendra place alors dans le Lexique grec-français des HODOI ELEKTRONIKAI.


2. Histoire : Les conséquences de la ruine de Jérusalem :

Livre : Laudyce RÉTAT, Ernest RENAN, Histoire des origines du christianisme.
Tome II. Paris, Laffont, 1995, pp. 249-252 :

"... Titus revint à Rome vers le mois de mai ou de juin 71. Il tenait essentiellement à un triomphe qui surpassât tout ce qu'on avait vu jusque-là. La simplicité, le sérieux, les façons un peu communes de Vespasien n'étaient pas de nature à lui donner du prestige auprès d'une population qui avait été habituée à demander avant tout à ses souverains la prodigalité, le grand air. Titus pensa qu'une entrée solennelle serait d'un excellent effet et parvint à surmonter, à cet égard, les répugnances de son vieux père.

Le défilé fut une merveille ; toutes les curiosités, toutes les raretés du monde, les précieux produits de l'art oriental, à côté des oeuvres achevées de l'art gréco-romain, y figurèrent; il semble qu'au lendemain du plus grand danger que l'Empire eût couru, on tînt à faire un pompeux étalage de ses richesses. Des échafaudages roulants, s'élevant à la hauteur de trois et quatre étages, excitaient l'universelle admiration; on y voyait représentés tous les épisodes de la guerre ; chaque série de tableaux se terminait par la vive effigie de l'apparition étrange de Bar-Gioras et de la façon dont il fut pris. Le visage pâle et les yeux hagards des captifs étaient dissimulés par les superbes vêtements dont on les avait revêtus. Au milieu d'eux était Bar-Gioras, mené en grande pompe à la mort. Puis venaient les dépouilles du temple, la table d'or, le chandelier d'or à sept branches, les voiles de pourpre du Saint des Saints, et, pour clore la série des trophées, le captif, le vaincu, le coupable par excellence, le livre de la Thora.

On arriva ainsi par la voie Sacrée au temple de Jupiter Capitolin, terme ordinaire de la marche triomphale. Au pied du clivus capitolinus, on faisait une halte pour se débarrasser de la partie triste de la cérémonie : l'exécution des chefs ennemis. Cet odieux usage fut observé de point en point. Bar-Gioras, extrait de la troupe des captifs, se vit traîné, la corde au cou, avec d'ignobles outrages, à la roche Tarpéienne; là, on le tua. Quand un cri eut annoncé que l'ennemi de Rome n'était plus, une immense acclamation s'éleva; les sacrifices commencèrent. Après les prières accoutumées, les princes se retirèrent au Palatin ; le reste de la journée s'écoula, pour toute la ville, dans la joie et les festins.

La victoire était complète, en effet. Un capitaine de notre race [c.à.d. TITUS; les Flaviens étaient originaires de la Gaule Cisalpine] de notre sang, un homme comme nous, à la tête de légions dans le rôle desquelles nous rencontrerions, si nous pouvions le lire, plusieurs de nos aïeux, venait d'écraser la forteresse du sémitisme, d'infliger à la théocratie, cette redoutable ennemie de la civilisation, la plus grande défaite qu'elle eût jamais reçue. C'était le triomphe du droit romain ou plutôt du droit rationnel, création toute philosophique, ne présupposant aucune révélation, sur la Thora juive fruit d'une révélation. Ce droit, dont les racines étaient en partie grecques, mais où le génie pratique des Latins eut une si belle part, était le don excellent que Rome faisait aux vaincus en retour de leur indépendance. Chaque victoire de Rome était un progrès de la raison; Rome apportait dans le monde un principe meilleur à plusieurs égards que celui des juifs, je veux dire l'État profane, reposant sur une conception purement civile de la société.

Le triomphe de Rome était donc légitime à quelques égards. Jérusalem était devenue une impossibilité ; laissés à eux-mêmes, les juifs l'eussent démolie. Mais une grande lacune devait rendre cette victoire de Titus infructueuse. Nos races occidentales, malgré leur supériorité, ont toujours montré une déplorable nullité religieuse. Tirer de la religion romaine ou gauloise quelque chose d'analogue à l'Église était une entreprise impossible. Or tout avantage remporté sur une religion est inutile si on ne la remplace par une autre, satisfaisant au moins aussi bien qu'elle le faisait aux besoins du coeur. Jérusalem se vengera de sa défaite ; elle vaincra Rome par le christianisme, la Perse par l'islamisme détruira la patrie antique, deviendra pour les meilleures âmes la cité du coeur. La plus dangereuse tendance de sa Thora, loi en même temps morale et civile, donnant le pas aux questions sociales sur les questions militaires et politiques, dominera dans l'Église. Durant tout le Moyen Âge, l'individu, censuré, surveillé par la communauté, redoutera le prône, tremblera devant l'excommunication; et ce sera là un juste retour après l'indifférence morale des sociétés païennes, une protestation contre l'insuffisance des institutions romaines pour améliorer l'individu. C'est certainement un détestable principe que le droit de coercition accordé aux communautés religieuses sur leurs membres; c'est la pire erreur de croire qu'il y a une religion qui soit exclusivement la bonne, la bonne religion étant, pour chaque homme, celle qui le rend doux, juste, humble et bienveillant; mais la question du gouvernement de l'humanité est difficile ; l'idéal est bien haut et la terre est bien bas ; à moins de ne hanter que le désert du philosophe, ce qu'on rencontre à chaque pas, c'est la folie, la sottise et la passion. Les sages antiques ne réussirent à s'attribuer quelque autorité que par des impostures qui, à défaut de la force matérielle, leur donnaient un pouvoir d'imagination. Où en serait la civilisation si, durant des siècles, on n'avait cru que le brahmane foudroyait par son regard, si les barbares n'avaient été convaincus des vengeances terribles de saint Martin de Tours? L'homme a besoin d'une pédagogie morale, pour laquelle les soins de la famille et ceux de l'État ne suffisent pas ...".


Jean Schumacher
19 septembre 2008


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002