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Date :     21-03-2008

Sujets :
Fiches de lecture : 25 ajouts; ITINERA ELECTRONICA : 6 nouveaux environnements hypertextes : Apulée (x 4), Aulu-Gelle, Celse; Livre : Eva CANTARELLA, Ithaque : Que chantaient les Sirènes ?;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> LATIN :
  • APULÉE, Florides, Du monde, De la doctrine de Platon
  • AULU-GELLE, Les nuits attiques, livre X
  • CELSE, De la médecine, livre III
  • POMPONIUS MELA, Description de la terre, livre I

Nouvelles étincelles glanées :

  • A propos des gymnosophistes Indiens
  • A propos du perroquet et de sa capacité d'imiter la voix humaine
  • A propos des quatre coupes d'un festin
  • Quand neige-t-il ?
  • Pourquoi croit-on que l'éclair précède le tonnerre?
  • La puissance céleste agit à la façon d'une marionnette
  • Quand l'armée se met en mouvement ...
  • A propos des trois Parques
  • Socrate, le songe, le cygne et Platon
  • Platon reconnaît trois espèces de dieux
  • Platon et les trois parties de l'âme
  • Platon et les deux fausses sciences
  • Platon estime qu'il est des êtres humains qui méritent d'être rayés du nombre des vivants
  • Platon : Le sage ne doit pas hâter l'heure de son trépas
  • Platon et la définition d'une cité
  • Platon : Dès leur première éducation, les enfants seront séparés de leurs parents
  • Platon à propos de l'aristocratie; de l'oligarchie, de la démocratie et de le tyrannie
  • Pourquoi les Grecs et les Romains portaient-ils un anneau à la main gauche, au doigt voisin du plus petit ?
  • Autrefois, à Rome, les femmes devaient s'abstenir de l'usage du vin
  • A propos des âges de l'enfance, de la jeunesse et de la vieillesse
  • A propos de l'agitation du pouls
  • A propos des Colonnes d'Hercule
  • A propos des eaux du Nil
  • A propos du labyrinthe de Psammétichus
  • A propos des femmes qui vivent le long des côtes du Bosphore


2. ITINERA ELECTRONICA & environnements hypertextes :

Christian RUELL, assailli de toutes parts, a réussi, nonobstant, à constituer 6 nouveaux environnements hypertextes :

  • Apulée, De la doctrine de Platon, livre I [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Apulée, De la doctrine de Platon, livre II [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Apulée, Florides [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Apulée, Du monde [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Aulu-Gelle, Les Nuits attiques, livre X [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Celse, De la médecine, livre III [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.

C'est pour nous un grand plaisir de vous signaler que Thierry VEBR, qui participe aussi à l'enrichissement du site de Philippe Remacle, a mis à la disposition des ITINERA deux textes latins, pour lesquels il n'existe pas encore, hélas, de traduction française libre de droits :


3. Livre : Que chantaient les Sirènes ? :

Livre : Eva CANTARELLA, Ithaque.
De la vengeance d'Ulysse à la naissance du droit.
Titre original : Ithaca. Eroi, donne, potere tra vendetta e diritto (2002)
Traduction française par Pierre-Emmanuel DAUZAT
Paris, Albin Michel, 2003, 296 pp.

Extrait (pp. 195-198) :

"Que chantaient les Sirènes : éros et les prés fleuris.

Dans sa Vie de Tibère, Suétone raconte que l'empereur harcelait les grammairiens avec cette question : « Que chantaient les Sirènes ? » Les grammairiens ne savaient que répondre. Homère, en fait, s'en tient pour ainsi dire à des généralités : dans son récit, les Sirènes promettent le don de la connaissance à qui répondra à leur invitation. « Nous savons tout ce que voit passer la terre nourricière », disent-elle à Ulysse. Qui écoute leur chant repart « plus riche en savoir ».

Trop riche, peut-être, sachant plus de choses qu'il n'est permis aux mortels d'en savoir. D'une certaine façon, l'attitude de qui les écoute paraît semblable à celle de Prométhée, qui voulait voler le feu aux dieux. De même, qui veut tout connaître — passé, présent et futur — ne reconnaît pas, à l'instar de Prométhée, les limites de sa nature mortelle : il croit être, il voudrait être l'égal des dieux.

Mais si l'on réfléchit attentivement à l'épisode, si on lit non seulement ce qui y est dit explicitement, mais aussi ce qu'il sous-entend, le chant des Sirènes ne promet pas uniquement la connaissance. Ou, mieux, ce n'est pas une connaissance générique qu'il promet : les Sirènes possèdent et transmettent un savoir spécifique, et le récit des mésaventures qui adviennent à qui les écoute met en garde contre le désir de posséder ce savoir-là.

Les Sirènes sont femmes. Quelles connaissances peuvent avoir les femmes ? Quel savoir peuvent-elles transmettre ? Il n'y a qu'une seule réponse : le savoir de l'amour. L'art de la séduction. L'enchantement de la passion. Le chant des Sirènes est une invitation sexuelle, une provocation des sens. C'est l'arme invincible par laquelle les femmes (certaines femmes) attirent les hommes. Une arme qui emporte, qui ensorcelle, qui anéantit toute capacité de résistance. Qui écoute les Sirènes ne reverra jamais sa femme, ses enfants qui l'attendent, parce qu'il a cédé à la séduction extraconjugale, à l'appel d'un sexe désordonné, incontrôlable, qui n'a pas pour fin la reproduction.

Bref, la rencontre d'Ulysse avec les Sirènes est porteuse d'une leçon évidente, quoique cachée : il existe des femmes dangereuses, dont il faut se méfier et se garder. Des femmes qui prennent des initiatives, qui suscitent le désir hors des lieux physiques et institutionnels qui lui sont réservés.

En vérité, les lieux réservés à l'exercice de l'éros légitime sont fort limités. Il n'y en a même qu'un seul : le mariage, la chambre nuptiale. Les femmes honnêtes, les épouses, n'ont que cette possibilité d'exercer les armes qu'éros, inévitablement, doit de quelque façon leur fournir : sans cela, comment pourraient-elles s'acquitter de leurs fonctions reproductrices ? Mais les autres, celles qui ne sont pas des épouses, ont bien d'autres libertés de mouvement et de fantaisie : ce sont les Sirènes qui le disent. Elles ont à leur disposition des prés fleuris, sur lesquels elles s'allongent mollement pour chanter leurs chansons (Od., XII, 158-159).

Σειρήνων μὲν πρῶτον ἀνώγει θεσπεσιάων
φθόγγον ἀλεύασθαι καὶ λειμῶν᾽ ἀνθεμόεντα.

Elle nous invite d'abord à nous garder des Sirènes charmeuses,
de leur voix et deleur pré fleuri; ...

À première vue, le pré semble être un lieu approprié : dans la littérature, pas seulement grecque, comme dans la réalité, les prés favorisent les amours — ce n'est pas un hasard si λειμῶν, « le pré », désigne aussi le sexe de la femme.. Il n'est donc pas surprenant que les prés soient fréquents dans la littérature amoureuse grecque : prairies fraîches, baignées de rosée, prés couverts de fleurs, prés parfumés...

Comme ceux, merveilleux, qui entourent la grotte de Calypso : molles prairies où verdoient persil et violettes, sources d'eau limpide, bois où poussent des aunes, des peupliers et des cyprès odorants, où nichent des geais et des corneilles de mer aux longues ailes (Od., V, 65-74).

65 ἔνθα δέ τ᾽ ὄρνιθες τανυσίπτεροι εὐνάζοντο,
σκῶπές τ᾽ ἴρηκές τε τανύγλωσσοί τε κορῶναι
εἰνάλιαι, τῇσίν τε θαλάσσια ἔργα μέμηλεν.
ἡ δ᾽ αὐτοῦ τετάνυστο περὶ σπείους γλαφυροῖο
ἡμερὶς ἡβώωσα, τεθήλει δὲ σταφυλῇσι.
70 κρῆναι δ᾽ ἑξείης πίσυρες ῥέον ὕδατι λευκῷ,
πλησίαι ἀλλήλων τετραμμέναι ἄλλυδις ἄλλη.
ἀμφὶ δὲ λειμῶνες μαλακοὶ ἴου ἠδὲ σελίνου
θήλεον. ἔνθα κ᾽ ἔπειτα καὶ ἀθάνατός περ ἐπελθὼν
θηήσαιτο ἰδὼν καὶ τερφθείη φρεσὶν ᾗσιν.

...et sous les branches nichaient des oiseaux de large envergure,
chouettes, faucons, tapageuses corneilles marines
qui besognent sur la mer. Aux parois de la grotte, une vigne
déployait ses rameaux vivaces, d'où les grappes
pendaient en abondance. Quatre fontaines versaient une eau claire;
elles étaient voisines et dirigées en sens divers.
Tout autour, de molles prairies de violettes et de persil
étaient en fleur. Un Immortel même, entrant là, se fût émerveillé
du spectacle et réjoui dans son esprit.

Difficile d'imaginer plus bel endroit : « Dès l'abord en ces lieux, dit Homère, il n'est pas d'Immortel qui n'aurait eu les yeux charmés, l'âme ravie.» Y a-t-il cadre mieux adapté à une tentative de séduction ? Mais, comme on le verra, si les efforts de séduction de Calypso avaient abouti sur la durée, ils auraient privé Ulysse de sa vraie nature, de cet intarissable désir de connaissance, qui est sa caractéristique première et la raison de sa véritable immortalité : celle de son personnage.

Bref, les prairies sont le théâtre d'une séduction dangereuse. Elles sont toujours traîtres. Même quand ce sont des personnages de sexe masculin qui s'en servent. Pensons aux vertes prairies sur lesquelles, dans la version d'Eschyle, Zeus, sous la forme d'un magnifique taureau blanc, séduit puis viole Europe. Pensons encore (mais on pourrait dresser une liste bien plus nourrie) au pré couvert de fleurs odorantes où, dans l'Hymne homérique à Déméter, Korê est étourdie par la splendeur des roses, du safran des prés, des violettes et des iris, tandis que le parfum très intense des jacinthes l'attire vers le gouffre, qui la précipite aux Enfers.

Imaginons alors quand ce sont des femmes qui s'emploient à séduire sur des prés fleuris. Si, quand ce sont les hommes qui y recourent, les prairies sont le théâtre d'un éros prédateur, elles deviennent, avec les femmes, le lieu d'un éros inexorablement instrumental et trompeur.

Les Sirènes — des femmes qui transgressent les règles fondamentales du comportement des femmes : se taire et obéir — sont là pour le rappeler. Et, plus généralement, elles apprennent à identifier les femmes dangereuses, à les distinguer des autres et à connaître les conséquences de leurs arts de malheur. Une leçon dont, apparemment, on ressentait la nécessité en Grèce : à en juger d'après les rencontres féminines d'Ulysse, la Méditerranée était peuplée de séductrices ..."


Jean Schumacher
21 mars 2008


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002