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Date :     13-07-2007

Sujets :
Fiches de lecture : 11 ajouts; Lecture : Néron aime Rome et Néron met le feu à Rome (A. DECAUX); Lecture : Lettres de Pétrarque à Boccace (V. DEVELAY); ITINERA ELECTRONICA : nouveaux environnements hypertextes : Hermas, Macrobe, Pétrarque (x 2);

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> LATIN :
  • PÉTRARQUE, Mon secret, dialogue III et Lettres à Boccace

Nouvelles étincelles glanées :

  • Pétrarque à propos de Laure
  • Souvent il faut peu de choses pour faire (re)plonger l'âme dans un abîme de maux
  • L'exemple d'autres personnes peut constituer une grande consolation
  • Il est naturel de supporter avec résignation une canitie prématurée
  • Pourquoi les miroirs ont-ils été inventés?
  • Pétrarque a failli livrer aux flammes son poème Afrique inachevé
  • L'existence tout entière de l'homme ressemble à un seul jour
  • Pétrarque à propos de l'imitation et de la ressemblance
  • La vie que nous menons est une fumée, une ombre, un songe, une illusion
  • A propos de la passion d'apprendre jusque tard dans la vie
  • Pétrarque : Il reste et restera toujours beaucoup à faire !


2. Lecture : Néron aime Rome et Néron met le feu à Rome :

Livre : Alain DECAUX, La Révolution de la Croix. Néron et les chrétiens
Paris, Perrin, 2007, 323 pp.

  • pp. 120-123 :

    Néron aime Rome. On l'imagine, du haut de la terrasse de son palais, s'attardant à considérer l' Urbs et ses collines. Les bruits de la ville montent jusqu'au Palatin. D'heure en heure, s'accroît la rumeur d'une population continuellement en mouvement et qui étouffe entre ses murs. Faire tenir 1 200 000 habitants sur une aire de 2 000 hectares, cette réalité ne peut être que préoccupante. Aux 700 000 citoyens reconnus comme tels, il faut ajouter la garnison, la masse des pérégrins non identifiés — les immigrés de l'époque — et surtout la foule immense des esclaves. En Italie, on en estime le nombre à deux ou trois millions. La seule ville de Pergame en compte environ 40 000, soit le tiers de la population adulte. Faut-il croire aussi à un tiers d'esclaves à Rome ? Les textes montrent l'empereur sans cesse occupé de cette ville reconstruite, après son anéantissement par les Gaulois, dans un désordre auquel la République, puis l'Empire, ont tenté de remédier sans y parvenir. Néron voudrait des voies nouvelles, des quartiers remodelés. Rêve impossible. Ce qui l'obsède — comme déjà Jules César —, ce sont les incendies qui ravagent régulièrement la ville. Auguste a fait naître des corps de vigiles et de pompiers ; Néron fait élever à ses frais des « portiques » devant la façade d'un grand nombre de demeures. Du haut de ceux-ci, on pourra plus efficacement lutter contre les flammes.

    D'année en année, s'aggrave l'antinomie entre les lieux dits officiels — Forums, Capitole, Champ de Mars —, ceux où règne le luxe, et les quartiers populaires. On passe des magnifiques demeures du Quirinal ou du Pincio aux immeubles agglutinés et souvent chancelants des rues étroites, ruelles, impasses des quartiers du Vélabre ou de Subure. Située au fond d'une dépression inondée chaque fois que le Tibre sort de son lit, cette zone souvent bourbeuse s'imprègne, l'été, d'une puanteur que les habitants accusent d'être génératrice des fièvres dont ils souffrent.

    Comment opposer des règles d'urbanisme au déferlement d'une population surgissant de toutes les provinces d'Occident et d'Orient dans l'espoir de trouver l'aisance et qui sombre en fait dans la pire des précarités ? Les hors-la-loi de plus en plus nombreux terrorisent les pauvres gens. La disette est de règle. Que pensent les habitants des beaux quartiers ? Sénèque : «Les yeux des nobles qui sont offusqués chez eux par la moindre tache supportent allégrement au-dehors les ruelles sales et boueuses, la crasse des passants, la vue des immeubles aux murs écaillés, lézardés, disjoints. » Oublié l'ordre d'Auguste qui a fixé aux demeures une hauteur ne pouvant dépasser vingt mètres. On ne compte plus maintenant les immeubles de cinq étages et plus. Juvénal plaisante cette « Rome aérienne » qui ne tient debout que sur des poutrelles de bois aussi minces que des flûtes. Il se plaint comiquement de la cohue qui, à toute heure du jour, voire de la nuit, encombre les rues étroites. S'y faufiler devient un exploit. Les coups de coude ne sont que babioles comparés au danger de recevoir sur la tête une solive ou une barrique brandies, à bout de bras, par des porteurs qui tentent à grands cris de s'ouvrir un passage.

    Pire est la nuit. Les règles fixées par Jules César sont toujours en vigueur : ce n'est qu'après le coucher du soleil que circulent les charrois. Le poète Martial [Épigramme, XII, 57] se plaint du vacarme ininterrompu qui lui brise les oreilles : « A Rome, il n'est pas possible au pauvre de penser ou de se reposer. Impossible de vivre en paix le matin à cause des maîtres d'école, la nuit à cause des boulangers, toute la journée à cause des marteaux des chaudronniers. Ici un changeur inoccupé fait rouler sur sa table crasseuse des piles de pièces à l'effigie de Néron. Là un ouvrier espagnol bat du sable d'or et frappe de son maillet sa pierre usée. Rien n'arrête la troupe fanatique des fidèles de Bellone, ni le naufragé verbeux à la poitrine entourée de bandages, ni le juif auquel sa mère a appris à mendier, ni le colporteur chassieux qui vend ses allumettes soufrées. » La plèbe circule, commente, bavarde, se bouscule aux fêtes et aux jeux, ouvre toutes grandes ses oreilles aux nouvelles.

    Aucune ville, en aucun temps, ne semble avoir bénéficié d'autant de faveurs. Au cours d'une année, le peuple dispose de 202 jours fériés. Les chômeurs – il y en 150 000 à Rome – perçoivent des indemnités non négligeables. Ceux qui préfèrent travailler – cela arrive – bénéficient d'un jour et demi de repos rémunéré pour chaque journée d'activité.

    Les Romains raffolent des jeux et, les associant au pain, on sait qu'ils en redemandent. Sachant qu'ils brûlent volontiers ce qu'ils ont adoré et tenant à la paix civile, Néron leur offre l'un et les autres. En 57, il fait édifier au Champ de Mars un amphithéâtre en bois d'une ampleur si considérable qu'il faudra une année pour l'achever. On y accueille des spectacles de gladiateurs avec cette restriction novatrice : d'ordre de l'empereur toute mise à mort est interdite. Au cirque comme au théâtre, il va plus loin, proposant, entre autres, les jeux Juvénaux et ceux célébrés pour la gloire de l'Empire. A l'instar de César et d'Auguste, il y fait tirer des loteries. Des billets sont projetés sur la foule et, selon l'intarissable Suétone [Vie de Néron, XI], ceux qui s'en saisissent – les plus agiles – gagnent « des oiseaux par milliers, des mets à profu- sion, des bons payables en blé, des vêtements, de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, des perles, des tableaux, des esclaves, des bêtes de somme, des bêtes sauvages apprivoi- sées, jusqu'à des vaisseaux, des immeubles de rapport, des terres ».

  • pp. 175-177

    Néron a-t-il, de sa propre volonté, fait incendier Rome ? A l'époque, on l'a dit, on l'a cru. Dans l'ordre des témoignages, on trouve en premier lieu celui du tribun de cohorte Subrius Flavius, rapporté par Tacite [Annales, XV, 38-40]. Il fut arrêté plus tard comme ayant conspiré avec Pison et conduit devant l'empereur, Néron s'étonnera qu'il ait pu trahir son serment de soldat. La sincérité de la réponse de Flavius ne peut que frapper :

    – Nul soldat ne te fut jamais plus fidèle aussi longtemps que tu as mérité d'être aimé. J'ai commencé à te haïr après que tu t'es révélé meurtrier de ta mère et de ton épouse, cocher, histrion et incendiaire [ibidem, XV, 67].

    Fluctuant entre doute et désir d'y croire, Tacite se hasarde : « Et personne n'osait lutter contre l'incendie, devant les menaces de gens qui, nombreux, défendaient de l'éteindre, et parce que d'autres lançaient ouvertement les torches et hurlaient qu'ils le faisaient sur ordre, soit dans le dessein de pouvoir piller plus aisément, soit qu'on le leur eût commandé. »

    Pline l'Ancien [Histoire naturelle, XVII, 4] – il a quarante et un ans à l'été 64 – pré- sente l'événement comme un fait incontestable : «Néron a brûlé Rome.» L'auteur anonyme de la tragédie Octavie explique l'incendie ordonné par Néron comme une vengeance à l'égard du peuple qui, au Palatin, avait manifesté devant son palais et injurié Poppée. Héros de théâtre, Néron s'écrie :

    – Pour punir cette populace qui a osé menacer du feu mes pénates, faire la loi à son prince, arracher à mon lit ma chaste épouse et l'outrager, c'est trop peu que la mort !... Que les toits de la ville s'abîment dans les flammes allumées par moi, que l'incendie et la ruine accablent ce peuple coupable, avec l'affreuse misère, le deuil, la faim cruelle !

    Ecrivant cinquante ans après l'événement, Tacite se demande honnêtement si l'incendie « fut le fait du hasard ou un attentat du Prince, les deux interprétations ayant été avancées par les auteurs » et se contente de citer la « rumeur infamante selon laquelle l'incendie avait été allumé sur l'ordre de Néron ». Suétone [Vie de Néron, XXXVIII] n'hésite pas à dénoncer l'impérial incendiaire : « Il n'épargna même pas le peuple de Rome ni les murs de sa patrie. Un de ses familiers ayant cité, dans la conversation, ce vers grec : Que tout s'embrase et périsse après moi, "Non, répondit-il, que ce soit de mon vivant" ; et il accomplit sa menace. Choqué, à ce qu'il disait, du mauvais goût des anciens édifices, du peu de largeur et de l'irrégularité des rues, il fit mettre le feu à la ville si ouvertement que plusieurs consulaires, surprenant dans leurs propriétés des esclaves de sa chambre avec des étoupes et des flambeaux, n'osèrent pas les arrêter. » Dion Cassius ne doute pas davantage que l'incendie soit né de la volonté de Néron : « Il envoya en sous-main quelques hommes qui, feignant d'être ivres ou de vouloir accomplir quelque mauvais coup, mirent le feu, les uns ici, les autres là, en un, en deux endroits et plus. »

    Face à tant de « témoignages », la croyance en un Néron incendiaire a conservé, aujourd'hui encore, une sorte de vérité. Urbaniste d'intention, n'est-il pas logique qu'il soit passé à l'acte ? A cette hypothèse longtemps retenue, on oppose nombre d'arguments dont le principal se résume en peu de mots : en mettant le feu au Circus Maximus, les agents de Néron auraient-ils couru le risque de transmettre l'incendie au Palatin voisin, de livrer aux flammes le palais impérial — ce qui est arrivé — et de réduire en cendres les chefs-d'oeuvre de l'art qu'il y avait réunis et lui étaient si chers ? « L'empereur fut la première victime et le premier sinistré de Rome. » Autre argument de poids : on accusait Néron de vouloir assainir la ville en faisant mettre le feu aux taudis ; le Trastévère avec ses immondices fut épargné et les beaux quartiers ont été anéantis. ...


3. Lecture : Lettres de Pétrarque à Boccace :

Victor DEVELAY, Lettres de François Pétrarque à Jean Boccace.
Paris, Flammarion, 1891

pp. I à VIII :

"C'EST en se rendant à Rome, pour le jubilé de 1350, que Pétrarque [1304-1374] se lia avec Boccace [1313-1375]. Né dans l'exil, il n'avait jamais vu sa patrie. Celte fois les portes lui en étaient ouvertes, et Florence se faisait une fête de le recevoir. Boccace nourrissait depuis longtemps une vive admiration pour Pétrarque, qu'il regardait comme son maître. Il se distingua par son empressement à lui souhaiter la bienvenue, et il le fit avec une effusion qui alla au coeur du poète. De tels souvenirs sont de ceux qu'on n'oublie point. Aussi, dix ans après, Petrarque rappelait cette scène à son ami avec une émotion visible.

"C'était le soir, lui dit-il, et le jour était sur son déclin, quand, de retour d'un long exil, et arrêté enfin dans les murs de ma patrie, vous m'avez accueilli avec une salutation plus courtoise et plus respectueuse que je ne méritais. Vous avez renouvelé l'entrevue poétique qu'eut avec Anchise le roi arcadien [Évandre] qui, dans l'ardeur de son âge, brûlait d'adresser la parole à ce héros et de serrer sa main dans la sienne [Virgile, Énéide, VIII, 163-164]. Car, quoique je ne marchasse point comme lui, plus haut que tous, mais plus humble, votre coeur n'en fut pas moins ardent. Vous m'avez introduit non dans les murs de Phénée, mais dans le sanctuaire de votre amitié. Je ne vous ai point donné un superbe carquois et des flèches lyciennes, mais mon affection sincère et éternelle. Inférieur sous bien des rapports, je ne le céderais volontiers en cela ni à Nisus, ni à Pythias, ni à Lélius.»

Cette liaison, formée sous de tels auspices, dura vingt-cinq ans sans un refroidissement, et ne cessa que par la mort. Ils différaient essentiellement de caractère et de goûts. Boccace, inconstant et léger, ami du monde, qui le recherchait pour son esprit jovial, n'était pas moins licencieux dans sa conduite que dans ses écrits. Pétrarque, ferme et persévérant, ami de la solitude et des grandes pensées qu'elle inspire, avait la pureté de moeurs et la piété d'un ascète. Ils se ressemblaient par l'amour de l'indépendance et la passion exclusive des lettres. Mais Boccace éprouvait de plus pour Pétrarque les pieux sentiments d'un fils. Il voyait en lui un maître, un père et un seigneur très vénérable. Il ne le dépouilla jamais de cette triple auréole. Désespérant d'atteindre à la perfection du Canzoniere, il avait brûlé la plupart de ses poésies italiennes. Quoique médiocrement enclin à l'exaltation, il ne peut se défendre d'un certain lyrisme chaque fois qu'il en parle :

« L'illustre François Pétrarque, mon maître, dit-il, négligeant les principes de certains écrivains qui atteignent à peine le seuil de la poésie, commença à prendre la route de l'antiquité avec une telle force de caractère, un tel enthousiasme et une telle perspicacité, qu'il ne fut arrêté par aucun obstacle, ni effrayé par la raideur du chemin. Loin de là, écartant les ronces et les broussailles, dont il le trouva couvert par la négligence des mortels, et réparant par une chaussée solide les roches à demi rongées par les inondations, il se fraya un passage, à lui et à ceux qui voudront monter après lui. Ensuite, nettoyant la fontaine de l'Hélicon du limon et des joncs marécageux, il rendit à son onde sa première limpidité. II ouvrit la grotte de Castalie, fermée par un entrelacement de rameaux sauvages, et fit disparaître les épines du bosquet de lauriers. Après avoir rétabli Apollon sur son siège et restitué aux Muses enlaidies par la rusticité leur ancienne parure, il monta jusqu'aux plus hauts sommets du Parnasse. S'étant tressé une couronne du feuillage de Daphné et l'ayant mise autour de sa tête, il montra au peuple romain, avec les applaudissements du sénat, ce qu'il n'avait pas vu peut-être depuis plus de mille ans. Il força les portes du vieux Capitole à tourner en grinçant sur leurs gonds rouillés, et, à la grande joie des Romains, il signala leurs annales par un triomphe inaccoutumé. O spectacle glorieux! O acte mémorable! Cet homme, par cet effort prodigieux et par ses œuvres devenues célèbres partout, comme s'il eût fait retentir dans tout l'univers la trompette de la Renommée, répandit le nom de la poésie ramenée par lui des ténèbres à la lumière; il réveilla dans les âmes généreuses l'espoir à peu près perdu, et il fit voir, ce que la plupart ne croyaient pas, que le Parnasse était praticable et que sa cime était accessible. Je ne doute point qu'il n'en ait excité plusieurs à le gravir. »

Il dit ailleurs : « Pétrarque, vivant dès sa jeunesse dans le célibat, a tellement horreur des impuretés de l'amour déraisonnable que, pour ceux qui le connaissent, il est le plus bel exemple de l'honnêteté. Ennemi mortel du mensonge, il déteste tous les vices. Sanctuaire vénérable de la vérité, ornement et joie des vertus, il est le modèle de la sainteté catholique. Pieux, doux et dévot, il est si modeste qu'on le nomme un second Parthénias. Il est, de plus, la gloire de l'art poétique. Orateur agréable et éloquent, la philosophie pour lui n'a point de secrets. Son esprit est d'une perspicacité surhumaine, sa mémoire tenace est remplie de toutes les connaissances autant qu'il est donné à l'homme. C'est pour cela que ses écrits en prose et en vers, qui sont si nombreux, brillent de tant d'éclat, respirent tant de charme, sont ornés de tant de fleurs, renferment dans les mots une si douce harmonie et dans les pensées un suc si merveilleux qu'on les croit l'oeuvre d'un génie divin plutôt qu'humain. Bref, il est assurément au-dessus de l'homme et il dépasse de beaucoup les forces de l'humanité. Je ne recommande point par de telles louanges un homme ancien et mort depuis des siècles. Tout au contraire, je retrace les mérites d'un homme vivant et bien portant, s'il plaît à Dieu. Si vous n'en croyez point ces lignes, esprits mordants, vous pouvez le voir de vos yeux. Je ne crains pas qu'il lui arrive ce qui est arrivé à la plupart des hommes fameux dont, comme dit Claudien, la présence a diminué la réputation. Bien plus, j'affirme hardiment que sa présence surpasse sa réputation. Il se distingue par une telle dignité de caractère, par une éloquence si agréable, par une si grande urbanité et par une vieillesse si bien ordonnée, que l'on peut dire de lui ce qu'on lit de Socrate dans Sénèque le moraliste, que ses auditeurs ont plus appris par ses moeurs que par ses discours.» [Lettres à Lucilius, VI]

Les Florentins, qui venaient de fonder une université, pensèrent avec raison que Pétrarque en serait le plus bel ornement. Ils le réintégrèrent dans son patrimoine, qui avait été confisqué, et ils chargèrent Boccace d'aller le trouver à Padoue pour lui proposer une chaire. Pétrarque fit à son ami l'accueil le plus tendre, et le renvoya porteur de ses remerciements et de la promesse qu'il déférerait au voeu de ses compatriotes. Mais, lorsqu'on s'attendait à le voir paraître pour prendre possession de sa chaire, on apprit qu'il avait franchi les Alpes et qu'il se rendait à Vaucluse. Le décret de confiscation fut rétabli, et le poète ne revit plus sa patrie.

Dans sa propagande en faveur de la renaissance des lettres, Pétrarque n'eut pas de collaborateur plus zélé que Boccace. Ils étaient tous deux idolâtres de l'antiquité, idolâtres des livres qui la révélaient et la perpétuaient.

"J'éprouve plus de plaisir, écrivait Boccace, avec mes quelques petits livres, que vos rois n'en éprouvent avec leur superbe diadème. » Ils recherchaient avec soin les ouvrages rares, les faisaient copier, et ne dédaignaient point de les copier eux-mêmes. C'est ainsi que Pétrarque transcrivit d'un bout à l'autre les LETTRES FAMILIÈRES de Cicéron, qu'il avait découvertes, et que Boccace fit don à son ami d'oeuvres introuvables de Varron et de Cicéron, copiées de sa main. Leurs efforts ne se bornèrent pas à la latinité. On leur doit l'introduction de la langue grecque en Italie. C'est grâce à Boccace qu'une chaire de grec fut instituée à Florence, c'est par les soins et aux frais des deux amis que le Calabrais Pilate traduisit pour la première fois Homère en latin.

Les contemporains de Pétrarque remarquaient avec étonnement non seulement qu'il n'avait pas lu la DIVINE COMÉDIE, mais qu'il évitait de louer Dante, et même de prononcer son nom. On l'accusait, non sans quelque vraisemblance, de nourrir contre son rival un sentiment de jalousie. Boccace ne craignit pas de se faire auprès de lui l'interprète de l'opinion publique. Il en obtint une éloquente justification, où, tout en rendant hommage au génie de son prédécesseur, Pétrarque essaye de se laver de cet odieux soupçon.

Son séjour à Milan, auprès des Visconti, dont il s'était fait le conseiller, blessait le patriotisme des Florentins. Boccace lui reprocha avec aigreur ce qu'il considérait comme une désertion. Pétrarque, dont les vues étaient différentes, lui pardonna la vivacité de ces reproches, et leur amité n'en souffrit pas.

Croirait-on que Boccace, dont la verve caustique s'exerça sans relâche et sans mesure aux dépens des moines, allait trembler d'épouvante et tomber dans un véritable désespoir sur la seule parole d'un moine? C'est pourtant la vérité. Un chartreux au lit de mort, averti par une vision, lui fit dire de corriger sa vie, de réparer par la pénitence le scandale qu'il avait causé, de renoncer à ses études et de se préparer à bien mourir. Boccace, terrifié, ne se proposait rien moins que de vendre ses livres et de se retirer dans un couvent. Pétrarque, avec son grand sens et sa religion éclairée, rétablit le calme dans cette âme troublée. Il lui prouva par le raisonnement et par les faits que les lettres n'avaient rien d'incompatible avec la piété.

Boccace était un de ces amis d'élite avec lesquels Pétrarque aurait été heureux de vivre en commun. Il le lui offrit bien des fois, dans le double désir de satisfaire son inclination et de venir en aide à la détresse de son ami. Cette joie lui fut refusée. Il s'en dédommagea en lui écrivant fréquemment. C'est à lui que sont adressées les dernières lettres de sa vaste correspondance. Ce qu'il n'aurait pas fait pour tout autre, il traduisit en latin le conte de GRISÉLIDIS [écrit en italien par Boccace], afin de répandre plus avant dans la mémoire des hommes le nom de son ami. Il l'inscrivit sur son testament, en témoignant le regret de laisser si peu de chose à un si grand homme. ..."

V. DEVELAY présente dans son livre cité ci-dessus la traduction française de 28 lettres numérotées de I à XXVIII. Nous avons conservé cette numérotation à côte de la nôtre.

Mais, en ce qui concerne le texte latin de ces lettres, dans THE PETRARCHAN GROTTO, nous n'avons trouvé trace que de 17 de ces 28 lettres.

Dans l'édition moderne (depuis 1964) des oeuvres de Pétrarque (Edizione nazionale delle opere di Francesco Petrarca), nous avons retrouvé le texte latin d'une des 11 lettres recherchées (Lettres de ma vieillesse, XV, 8; lettre ayant le numéro XXV dans la traduction de Develay). Mais rien pour les autres lettres.

C'est pourquoi nous livrons ci-dessous à la sagacité de nos lecteurs la liste des 10 lettres pour lesquelles le texte latin original nous fait défaut en leur demandant de nous communiquer, s'il échet, des références pouvant nous permettre de les retrouver et de constituer pour elles aussi des environnements hypertextes.

LISTE :

  • Develay XIV : Lettres de ma vieillesse, III, 1 (INCIPIT : Praesentiam tuam)
  • Develay XV : Lettres de ma vieillesse, III, 2 (INCIPIT : Casus nostros)
  • Develay XVI : Lettres de ma vieillesse, III, 5 (INCIPIT : Satis superque)
  • Develay XVIII : Lettres de ma vieillesse, V, 1 (INCIPIT : Fecisti optime)
  • Develay XIX : Lettres de ma vieillesse, V, 2 (INCIPIT : Habeo tibi)
  • Develay XX : Lettres de ma vieillesse, V, 3 (INCIPIT : Meum tibi)
  • Develay XXI : Lettres de ma vieillesse, VI, 1 (INCIPIT : Tres ingentes)
  • Develay XXIII : Lettres de ma vieillesse, VIII, 1 (INCIPIT : Mos est)
  • Develay XXIV : Lettres de ma vieillesse, VIII, 8 (INCIPIT : Annus est)
  • Develay XI : Lettres diverses, 25 (INCIPIT : Iucundum negotium)


4. ITINERA ELECTRONICA : nouveaux environnements hypertextes :

Une dernière salve avant les vacances ! Christian Ruell a trouvé cette semaine-ci les ressources et le temps nécessaires pour constituer (encore) 4 nouveaux environnements :

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


Jean Schumacher
13 juillet 2007


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002