Projets ITINERA ELECTRONICA - HODOI ELEKTRONIKAI - HELIOS

Actu' ITINERA+ (Actualités - Nouvelles)


  Accueil     Liste des actualités     Recherche     Actualité     Administration  

Date :     18-05-2007

Sujets :
Fiches de lecture : 6 ajouts; Lecture : Sénèque et les esclaves (P. VEYNE); HODOI ELEKTRONIKAI : nouveaux environnements hypertextes : Arrien, Démosthène, Élien, Flavius Josèphe, Quintus de Smyrne;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> GREC :
  • FLAVIUS JOSÈPHE, Histoire de la guerre des juifs contre les Romains, VII
  • PLATON, Les lois, livre XII
  • QUINTUS de SMYRNE, Les Posthomériques, II

Nouvelles étincelles glanées :

  • A propos du fleuve Sabbatique
  • Le suicide collectif des habitants de MASADA
  • A propos du fleuve Paphlagonien
  • Platon et les 4 sortes d'étrangers visiteurs
  • Quelles offrandes faire aux dieux ?
  • A propos des frais de sépulture


2. Lecture : Sénèque et les esclaves :

Livre : Paul VEYNE, Sénèque. Une introduction
Éditions Tallandier, "Texto", 2007, 295 pp.

Extrait : pp. 217-220

"... Sénèque professe que tous les hommes sont frères et place très haut la vertu d'humanité, mais il écrit sur les gladiateurs des phrases qui nous laissent pantois. Il a écrit aussi une lettre, humaine et généreuse, elle, sur le devoir de traiter les esclaves comme d'humbles amis ; cette lettre 47 mérite qu'on s'y arrête.

Il faut savoir d'abord que la prescription de traiter humainement les esclaves n'avait rien de révolutionnaire et n'était pas propre au stoïcisme ; depuis quatre siècles, l'élégance morale, chez les riches et les puissants, voulait que l'on manifestât le souci de se montrer simple envers les inférieurs, facile à tous, clément envers les vaincus, si du moins on le pouvait sans se faire du tort à soi-même; cela s'appelait la vertu d'humanité, dont le nom remplissait la bouche. Elle voulait que, lorsqu'on avait le choix, on prît l'attitude la plus humaine : faire l'aumône sans amoindrir le patrimoine de ses héritiers, laisser la vie sauve aux vaincus, si la sécurité nationale n'exigeait pas qu'on les passât au fil de l'épée; car, là où il y a nécessité, on n'est plus libre et la vertu n'a plus de marge où se manifester; l'humanité se pratiquait dans ce qu'on peut appeler la marge charitable ; un esclave demeure un esclave, mais on le traitera humainement, sans aller jusqu'à mettre en doute la légitimité de l'esclavage.

Les païens avaient donc deux attitudes et les chrétiens feront de même ; un maître qui exigeait de ses esclaves un service impeccable et les punissait avec férocité (on en verra des exemples dans la lettre 47) pouvait aussi affranchir par testament ses esclaves méritants et leur laisser une petite rente; il était plus humain de se faire aimer de ses esclaves que de se faire craindre; il convenait, entre amis, de dire que les esclaves étaient des hommes comme nous, et les enfants l'apprenaient quand on leur faisait étudier à l'école les sentences et proverbes de la sagesse courante.

L'attitude des esclaves était double comme celle de leurs maîtres ; un bon esclave aime et admire son maître, jusqu'à sacrifier sa vie pour lui. Le stoïcisme a repris à son compte la vertu d'humanité, marginalité comprise : il ne conteste pas la légitimité de l'esclavage; il se contentera de rendre les dénominations plus correctes.

Laissons l'élégance morale et les proverbes et passons aux penseurs. Platon et Aristote savent très bien que les esclaves sont des êtres humains, mais le second (pour s'en tenir à lui) ajoute aussitôt que ce sont des hommes de seconde zone; cette doctrine d'Aristote mérite quelque détail, car le stoïcisme en prend à peu près le contre-pied. Sous son allure d'exhortation un peu rhétorique, la lettre 47 repose sur des fondements conceptuels très fermes.

1. Pour Aristote, l'esclave est un homme, mais destiné par la nature à remplir des tâches manuelles ; il suffit d'en regarder un pour le savoir : son corps est grossier, musclé, tandis que celui des hommes libres est mince et élégant; son esprit serait incapable de s'appliquer aux études libérales. Il y a assurément des exceptions, car la nature ne fonctionne qu'en gros ; on a vu des hommes libres avoir des rejetons qui ne valaient pas mieux que des esclaves; et puis, il arrive qu'après la prise de leur cité des hommes libres soient vendus comme esclaves. Pour les stoïciens, au contraire, la nature humaine se réduit à l'âme, à sa raison, et ne prend pas en compte les muscles ou la lenteur d'esprit.

2. Pour Aristote, les travaux manuels sont indignes d'un homme libre, de par la nature ; les stoïciens montrent au contraire que la nature n'a rien décrété de tel, puisqu'on voit des hommes libres parvenir à travailler de leurs mains, dans des situations de famine où il leur faut cultiver la terre, ou encore à la guerre, quand ils portent eux-mêmes leur équipement. La Nature stoïcienne n'a pris de décret que sur l'âme, pour la créer pareille chez tous.

3. Pour Aristote, l'esclave est possédé par le maître au même titre qu'un objet mobilier, qu'un outil (sauf que l'outil en question est doué de parole). Pour les stoïciens, il est contre nature de s'imaginer qu'on peut posséder un homme, puisque la raison est libre et souveraine; l'esclave ne peut pas plus être possédé que son maître. Conclusion : il faut changer les dénominations; si l'esclave travaille pour son maître, c'est en tant qu'être souverain; autrement dit, en vertu d'un contrat, comme des sujets juridiques égaux peuvent en conclure entre eux. D'où la formule de Chrysippe, que Sénèque a soin de citer : « L'esclave est en réalité un salarié à perpétuité.»

Le débat ne porte pas sur l'unité du genre humain, qui est acquise depuis toujours, mais sur ce qui fait de l'homme un homme. Pour les stoïciens, la raison seule importe et elle suffit; Chrysippe vient de rendre à la raison ses droits. De même, pour saint Paul, l'homme se définit par son âme immortelle; or l'esclavage n'empêche personne de faire son salut ; donc, « esclaves, obéissez à vos maîtres », conclut l'apôtre. Dans l'armée cosmique stoïcienne, la Fortune distribue les rôles entre les combattants; l'empereur jouera consciencieusement son rôle de combattant, comme fera Marc Aurèle, et l'esclave exécutera consciencieusement le libre contrat de salarié à perpétuité que la Fortune a implicitement signé pour lui. Aux termes de ce contrat, l'esclave travaillera et son maître le nourrira et l'habillera.

Pratiquement, le stoïcisme aboutit au même statu quo qu'Aristote et que Platon. Le salariat perpétuel est assigné par le destin individuel, si bien que le contrat n'est qu'un mot. L'esclave ne peut résilier ce contrat, qui est perpétuel. Et que fera-t-il si son maître ne tient pas ses engagements et le nourrit mal ? Les textes conservés ne le disent pas, mais on suppose aisément que la folie du maître, qui traite l'esclave comme sa chose, ne dispense pas l'esclave sage de respecter ses propres obligations; la folie d'autrui n'excuse pas un sage. ..."

Source : SÉNÈQUE, Lettres à Lucilius, V, 47 :

"... (10) Vis tu cogitare istum quem seruum tuum uocas ex isdem seminibus ortum eodem frui caelo, aeque spirare, aeque uiuere, aeque mori! tam tu illum uidere ingenuum potes quam ille te seruum. Variana clade multos splendidissime natos, senatorium per militiam auspicantes gradum, fortuna depressit: alium ex illis pastorem, alium custodem casae fecit. Contemne nunc eius fortunae hominem in quam transire dum contemnis potes. (11) Nolo in ingentem me locum immittere et de usu seruorum disputare, in quos superbissimi, crudelissimi, contumeliosissimi sumus. Haec tamen praecepti mei summa est: sic cum inferiore uiuas quemadmodum tecum superiorem uelis uiuere. Quotiens in mentem uenerit quantum tibi in seruum liceat, ueniat in mentem tantundem in te domino tuo licere. (12) 'At ego' inquis 'nullum habeo dominum.' Bona aetas est: forsitan habebis. Nescis qua aetate Hecuba seruire coeperit, qua Croesus, qua Darei mater, qua Platon, qua Diogenes? (13) Viue cum seruo clementer, comiter quoque, et in sermonem illum admitte et in consilium et in conuictum. ..."

"... Songez un peu que cet homme que vous appelez votre esclave est né de la même semence que vous, qu'il jouit du même ciel, respire le même air, et, comme vous, vit et meurt. Il peut vous voir esclave, comme vous pouvez le voir libre. A la défaite de Varus, que de Romains d'une illustre naissance, à qui leurs exploits allaient ouvrir le sénat, se sont vus rabaissés par la fortune! De l'un elle a fait un berger, de l'autre un gardien de chaumière. Méprisez donc un homme pour sa condition, qui, toute vile qu'elle vous paraît, peut devenir la vôtre. Je ne veux point entreprendre une tâche immense, discuter l'emploi que l'on doit faire de ces esclaves, victimes de notre orgueil, de notre cruauté, de nos mépris; je réduis mes préceptes à un seul : « Traitez votre inférieur comme vous voudriez être traité par votre supérieur. » Ne pensez jamais à votre pouvoir sur votre esclave, sans songer en même temps à celui qu'un maître aurait sur vous. - Mais je n'ai pas de maître. - Vous êtes dans l'âge heureux de votre vie; peut-être en aurez-vous. Ne savez-vous donc plus à quel âge Hécube, Crésus, la mère de Darius, Platon, Diogène, sont devenus esclaves? Traitez les vôtres avec indulgence et même avec familiarité; admettez-les à votre conversation, à votre confidence, à votre intimité. ..."

Environnement hypertexte : Traiter avec bonté ses esclaves


3. HODOI ELEKTRONIKAI : nouveaux environnements hypertextes :

Pendant cette dernière semaine de cours à l'Univ' avant le "blocus" et les examens de juin 2007, Christian Ruell a pu constituer, nonobstant, 5 nouveaux environnements hypertextes :

  • Arrien, Les Entretiens d'Épictète, livre IV [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Démosthène, Contre Leptine, discours complet [Texte grec et Traduction français repris au site de Philippe Remacle]
  • Élien, Histoires diverses, livre VI [Traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Flavius Josèphe, La guerre des Juifs contre les Romains, livre VII [Texte grec et Traduction française repris au site de Philippe Remacle]
  • Quintus de Smyrne, Les Posthomériques (La fin de l'Iliade), chant II [Traduction française reprise au site MÉDITERRANÉES d'Agnès Vinas]

Les textes bruts de ces eouvres sont disponibles dans le Dépôt HODOI ELEKTRONIKAI.

Traitements terminés pour : Flavius Josèphe, La guerre des juifs contre les Romains : 7 livres; Platon, Les Lois : 12 livres


Jean Schumacher 18 mai 2007


 
UCL | FLTR | Itinera Electronica | Bibliotheca Classica Selecta (BCS) |
Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher

Dernière mise à jour : 17/02/2002