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Date :     15-12-2006

Sujets :
Fiches de lecture : 15 ajouts; Lecture : Françoise WAQUET, Le latin ou l'empire d'un signe; ITINERA - HODOI : nouveaux environnements hypertextes : Augustin - Achilles Tatius, Chariton d'Aphrodise, Longus, Philostrate; Culture : A propos de trésors engloutis, retrouvés et perdus (suite) - fresques du XIIIe s. - Exposition & Séminaire HOMÈRE;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> LATIN :
  • AUGUSTIN, La Cité de Dieu, livre XXI

  • ==> GREC :
  • PHILOSTRATE, La vie d'Apollonius de Tyane, livre II
  • CHARITON d'Aphrodise, Chéréas et Callirhoé, livre VI

Nouvelles étincelles glanées :

  • A propos de la chaux vive et de la chaux éteinte
  • A propos d'une lampe dont la lumière est inextinguible
  • Varron à propos de l'étoile de Venus, dite aussi Vesperugo ou Hesperon
  • A propos de la terre de Sodome
  • Cicéron et les 8 genres de peine
  • Seul, Zoroastre rit à sa naissance
  • La fable de Prométhée enchaîné
  • A propos de Porus, roi de l'Inde et adversaire d'Alexandre le Grand
  • Comment dîne-t-on chez le roi de l'Inde ? Chacun se sert soi-même.
  • Pour le roi de l'Inde, chez les Grecs un philosophe ne vaut guère mieux qu'un pirate
  • Les colonnes d'Hercule, bornes du monde
  • Les folies de l'ivresse
  • A propos des oniropoles ou interprètes des songes
  • Inscription gravée sur une stèle d'airain : Ici Alexandre s'arrêta
  • Chez les Perses la mobilisation des forces armées est très rapide


2. Lecture :

Livre : Françoise WAQUET, Le latin ou l'empire d'un signe
Paris, Albin Michel, 1998, 414 pp.

Extrait (pp. 319-323) :

"Conclusion

Lorsqu'en 1968 Edgar Faure supprima le latin en sixième, le secrétaire d'Etat à l'Education nationale commenta la mesure ministérielle en ces termes : « Nous sommes en train de procéder à une véritable démystification » Ceci n'est pas sans rappeler la conclusion de «mystification de l'éducation libérale» qu'Anthony Grafton et Lisa Jardine ont posée dans leur étude sur l'école humaniste à propos de la persistance jusqu'au XXe siècle d'un idéal pédagogique classique. En ce sens, la suppression du latin dans les collèges et, partant, son effacement dans le monde occidental seraient à saluer comme un affranchissement salutaire, une authentique libération. On se souviendra ici, non sans compassion, des générations d'enfants qui peinèrent et gémirent sous le poids d'un latin trop lourd pour leurs frêles épaules, alors que, de surcroît, leurs maîtres passaient la médiocrité de leurs rendements par profits et pertes : «Nous ne devons pas nous émouvoir de l'immense déchet dont témoigne le bilan de l'enseignement classique », écrivait en 1959 Pierre Grimal, professeur à la Sorbonne, « déchet négligeable si, au bout du compte, un seul grain a germé ». La suppression du latin « obligatoire » marqua le terme de bien des souffrances inutiles et d'efforts souvent stériles ; on ne saurait pour autant dire qu'elle mettait fin à une tromperie.

Au terme de cette étude, en effet, mystification ne peut se dire que par abus de langage. Il n'y eut jamais, dans le monde pédagogique, une volonté délibérée de mystifier autrui, de le berner, de déformer la réalité, mais bien au contraire la croyance sincère et largement partagée hors de l'univers scolaire dans les pouvoirs du latin, et avec ces pouvoirs, dans un certain nombre de valeurs qui lui furent partout reconnues. Donc peut-être une illusion, mais pas de duperie, et encore moins le néant comme l'avait suggéré H. G. Wells en comparant les professeurs d'humanités à des gens qui manient indéfiniment des clefs pour ouvrir une pièce vide. Or, tout au long de cette étude, ce que nous avons trouvé, ce n'est point le vide, mais plutôt le trop-plein. Les pages qui précèdent montrent, à l'évidence, la pluralité d'usages que le latin remplit dans la société du temps : instruire et éduquer les enfants, prier Dieu, véhiculer le savoir, « classer » les hommes, dire l'indicible, communiquer avec l'univers. Non seulement, le latin eut de multiples emplois, mais encore les propos que l'on tint à son sujet furent aussi nombreux que divers, voire contradictoires : dans cette étonnante plasticité, il se prêta à tout, fut apte à tout dire, à tout légitimer. Bien sûr, usages et discours n'eurent point toujours une efficacité parfaite ; mais ils en eurent suffisamment pour que l'on y crût : ainsi, ils se renforcèrent mutuellement et, dans leur synergie, ils s'enracinèrent, perdurant d'autant mieux qu'ils s'appuyaient sur des institutions majeures dans la vie des hommes — partout, l'école, dans les pays catholiques, l'Eglise.

A la faveur de ces remarques, on mesure parfaitement ce qu'a d'excessif la qualification de l'anglais comme « latin du XXIe siècle ». Si cette langue joue aujourd'hui un rôle important dans les échanges internationaux — et rien n'interdit de penser que ce rôle s'amplifie à l'avenir —, elle se réduit avant tout pour ceux qui l'emploient à un simple véhicule de la pensée instrumentale, à une langue auxiliaire de travail. En conséquence de cette fonction éminemment pratique, elle n'emporte pas pour ses utilisateurs — exception faite, naturellement, de ceux pour qui elle est la langue première — un corpus culturel de références ; et différence majeure avec le latin qui avait pour lui l'« antériorité », elle est dépourvue d'un capital symbolique commun à toute l'Europe, capital fait non seulement de textes — profanes et sacrés — mais aussi de valeurs, de croyances et d'expériences partagées.

A ce point, on est amené à s'interroger sur l'effacement du latin dont il n'est pas sans intérêt de noter qu'il se produisit partout dans le monde occidental à la hauteur des années 60 de notre siècle. Des raisons d'ordre purement linguistique sont d'emblée à écarter. A cette date, les vernaculaires avaient depuis des siècles scellé le sort de la langue ancienne et, si l'on excepte les milieux ecclésiastiques, l'emploi du latin, écrit aussi bien que parlé, était déjà extrêmement réduit. On ne peut nier que les mesures qui furent prises par les institutions tutélaires qu'étaient l'Eglise et l'école furent autant de coups sévères, voire fatals. Toutefois, il convient de se rappeler que le latin était déjà sur son déclin et que si ces mesures brutales tranchèrent dans le vif, elles accompagnaient une évolution des choses.

En fait, le latin mourut, pourrait-on dire, d'épuisement, et cet épuisement n'était point celui de la langue, elle, morte depuis le XVIIIe siècle, pour le moins. Sur ce terme, les historiens et les spécialistes de la littérature néo-latine s'accordent, même si leurs explications divergent fortement. Pour les premiers, «le déclin du latin fut dû non à qui s'opposait à l'héritage classique, mais à ses propres promoteurs, les humanistes, dont l'insistance sur la norme classique finit par transformer le latin en une langue morte ». La vitalité du latin — celle du latin médiéval — aurait été irrémédiablement brisée par la restauration humaniste et le néo-latin, « reconstitution de cabinet », n'aurait dès lors vécu qu'une vie artificielle, factice ; sa disparition était en quelque sorte inscrite dans son renouveau même.

Les spécialistes des études néo-latines soutiennent un point de vue opposé, mettant en avant, principalement des oeuvres des XVe et XVIe siècles et des écrits d'ordre littéraire : le déclin et la mort du latin n'auraient rien à voir avec les efforts des humanistes ; au contraire, ceux-ci lui auraient donné une nouvelle vie ou, du moins, auraient prolongé son existence avant que sa réduction au monde scolaire et universitaire ne lui fût fatale.

Peu importe pour notre propos. L'épuisement dont mourut le latin dans les années 60 de notre siècle n'était point celui de la langue. Le latin a disparu parce qu'il ne voulait plus rien dire pour le monde contemporain. Tout ce qu'il avait incarné — une certaine idée de l'homme, une forme de distinction, un système de pouvoir, une visée universelle et au-delà une conception de la société, de son ordre, de ses normes — n'avait plus cours ou se disait autrement, et le modèle culturel hégémonique auquel il ressortissait était désormais victorieusement concurrencé.

Il est clair, dans ces conditions, que le latin ne jouera plus le rôle qui fut autrefois le sien ; il ne peut plus le jouer. Pour autant, il n'est pas déraisonnable, au terme de ce travail, de s'interroger sur son avenir. A regarder la situation actuelle, il est un certain nombre de possibilités. D'abord, celle de la rupture et du rejet d'« un appareil de vieilleries caduques » exprimée de façon radicale par Alain Bosquet au lendemain de Mai 68, saluant la mesure Faure d'un éclatant : « A bas le latin ! » A « l'âge atomique », écrivait-il, on avait d'autres exigences ; alors qu'il fallait être de son siècle, il n'y avait plus de place pour le latin : symbole du passé — glorieux et souffrant —, il n'avait plus droit de cité dans la société des vivants et il se trouvait naturellement constitué en « monument aux morts » ; et Bosquet de poursuivre : « Inclinons-nous en passant devant nos monuments aux morts, mais n'en faisons pas une religion ».

Ironie en moins, c'est là probablement le parti le plus couramment embrassé : le latin, relégué dans le magasin aux antiquités, ne suscite plus guère de passions, mais une respectueuse indifférence, voire des souvenirs d'« ancien combattant » chez ceux qui « en ont fait ». A l'opposé, il y a la restauration à l'identique, telle qu'elle est à l'oeuvre à Saint-Pétersbourg. Dans l'ancienne capitale des tsars, un gymnase humaniste a été fondé en 1989 : il donne aux enfants une scolarité à forte dominante latine avec deux sections, latin écrit et latin parlé. Cette institution — à bien des égards, exceptionnelle — ressortit non seulement à un projet pédagogique, mais à la volonté de rattacher, par le latin et la culture classique, la Russie au monde occidental, en répétant en quelque sorte le geste de Pierre le Grand ou du comte Tolstoï.

Hors du monde scolaire, le latin est devenu, pour qui s'en sert encore, un répertoire de mots et de sons. Que ce soit Peter Greenaway utilisant un texte en latin comme décor pictural, Jean-Luc Godard faisant psalmodier dans son « autoportrait » des vers en latin ou encore la Compagnie générale des eaux se rebaptisant Vivendi, il y a, avec ces emprunts à un monde désormais étranger — on n'ose dire exotique —, une volonté de faire sens par l'étrangeté même du mot, du son. Le latin fonctionnerait alors comme ces idéogrammes chinois parfaitement calligraphiés qui furent à la mode au XVIIIe siècle dans la décoration des résidences aristocratiques : leur véritable contenu importait peu, ils en étaient d'ailleurs parfois dépourvus, ce qui permettait à ceux qui les regardaient d'y plaquer le sens qu'ils souhaitaient. Ainsi, le PDG de l'ancienne Générale des eaux commente le choix de l'appellation latine Vivendi qui en soi n'est qu'une pure forme verbale — très précisément le génitif du gérondif — de la façon suivante : « C'est un nom chaleureux, plein de vie, de mouvement, qui ressemble à nos métiers... »

Alors que l'on ne saurait se contenter pleinement d'une réduction du latin à des éléments de décor, alors que le rejet de son étude comme la restauration à l'identique nous paraissent également excessifs, on proposera une quatrième possibilité qui va à l'encontre de ce que la tradition pédagogique a soutenu : le latin comme langue et son étude comme spécialité. Le latin est mort et bien mort. Et cela simplifie les choses. On évite l'embarras des hommes du XVIIIe siècle qui hésitaient sur la méthode d'apprentissage d'une langue « ni vivante, ni morte ». Pour autant, l'étude de cette langue — morte — ne saurait être ce travail d'anatomie conduit sur un cadavre qui fut celui de la pédagogie du latin jusque dans les années 1960 et encore moins cette teinture que l'on donne aujourd'hui dans le cadre d'une option.

A ce point, nous ferons nôtre l'opinion énoncée dans un manuel classique des universités italiennes : « Le latin se sauvera non en le faisant étudier mal à beaucoup, mais bien à un petit nombre. Autrement dit, réservons l'étude du latin aux professionnels de la culture humanistico-littéraire ». Et la formation nécessairement longue de ces futurs spécialistes se fondera de façon privilégiée sur « les textes, tirés de toute la latinité, mais aussi, avec discernement du Moyen Age et de l'époque humaniste ».

Donner les moyens de parvenir à une lecture cursive, tel devrait être l'objectif premier de la pédagogie du latin. Ainsi, pourra-t-on lire non tant les classiques — il ont été cent fois traduits et retraduits, pour citer Diderot, — qu'accéder à ces sources de notre culture que sont les Pères de l'Eglise et le Corpus Juris, ainsi qu'à cette masse colossale de documents — manuscrits et imprimés — qui témoignent, à l'époque médiévale et aussi moderne, de la pensée et de la vie de nos ancêtres. On ne peut que souhaiter que le latin devienne une spécialité dans la pleine dignité de ce terme. C'est là sa chance, c'est là notre espérance si l'on veut que les mots mémoire et Europe aient, dans l'ordre culturel, réellement un sens."


3. ITINERA - HODOI : nouveaux environnements hypertextes :

Durant cette avant-dernière semaine de service de l'année 2006, les romans d'amour grecs ont été particulièrement à l'honneur : ils constituent 3 des 5 environnements nouveaux établis par Christian Ruell :

  • Augustin, La Cité de Dieu, livre XXI

  • Achilles Tatius, Leucippé et Clitophon, livre VII
  • Chariton d'Aphrodise, Chéréas et Callirhoé, livre VI
  • Longus, Daphnis et Chloé, livre II
  • Philostrate, Vie d'Apollonius de Tyane, livre II

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA - HODOI.


4. Culture : trésors - fresques - séminaire :

  • Trésors : dans l'actualité de la semaine passée, nous avions évoqué des expositions consacrés aux Trésors engloutis d'Égypte ainsi qu'aux Trésors retrouvés d'Afghanistan; nous y avions ajouté l'annonce d'une présentation de fresques du XIIIe siècle restaurées dans un monastère italien.

    A propos de cette dernière présentation, Jean-Jacques BOZONNET a composé un article publié dans Le MONDE, édition du jeudi 14 décembre 2006, sous l'intitulé Des fresques découvertes à Rome bouleversent l'histoire de l'art italien - La restauration du cloître des Qutre-Saints-Couronnés a permis de mettre au jour des oeuvres exceptionnelles du XIIIe siècle : article

    Dans le journal Le SOIR, édition du 11 décembre 2006, figure, d'un autre côté, un article de Vanja LUKSIC intitulé Les trésors perdus des Abruzzes. Les plus importants vestiges de la petite Rome des Abruzzes vont éblouir, fin décembre, au Cinquantenaire [à Bruxelles].

    Car cette exposition de l'Academia Belgica à Rome sera bientôt visible aussi à Bruxelles. Cette exposition concerne "les plus importantes pièces découvertes par des archéologues belges et italiens au cours de fouilles effectuées sur le site d'Alba Fucens, entre 1949 et 1979".

    Parmi les archéologues belges qui entamèrent ces fouilles en 1949 s'est trouvé feu le Professeur de l'UCL Franz de Ruyt dont les photos prises à l'époque sont projetées actuellement sur les murs de l'Academia Belgica à Rome dans le cadre de l'exposition mentionnée ci-dessus.
    Nous avons gardé un souvenir vivace du Professeur de Ruyt qui a été à l'UCL notre professeur d'Auteurs latins et qui avait accepté d'être aussi le directeur de notre travail de fin d'études universitaires; travail consacré au peculium à Rome.

  • HOMÈRE - Exposition & Séminaire :

    EXPOSITION: Homère, Sur les traces d'Ulysse et Exposition virtuelle offrant de nombreux "gros plans" sonorisés : Homère, Ulysse, le Panthéon, Héros et héroines, Troie et le bouclier d'Achille. Merci à la Bibliothèque Nationale de France de nous gratifier d'un pareil écrin d'art et de culture !

    SÉMINAIRE : Françoise LÉTOUBLON, coauteur du livre HOMÈRE. Sur les traces d'Ulysse - livre "compagnon" de l'exposition du même nom -, animera à Grenoble (salle de conférences de la Maison des langues), dans moins d'une heure, un séminaire dans le cadre duquel, entre autres sujets, Francesca Marzari présentera le Dictionnaire étymologique de la mythologie grecque en ligne (DEMGOL) qui devra intéresser plus d'un grécisant.

Conclusion : langues et cultures latine et grecque se portent bien.


Jean Schumacher
15 décembre 2006


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002