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Date :     08-12-2006

Sujets :
Fiches de lecture : 9 ajouts; FEC (Folia Electronica Classica) : un dernier article pour le fasciule 12 : Stéphane MERCIER : Les épigrammes de l'Anthologie latine attribuées à Sénèque; Lecture : Georges MINOIS, Histoire des Enfers; CHEMINEMENTS FR & Fonds Bauchau; Expositions : Trésors engloutis d'Égypte - Afghanistan, les trésors retrouvés; ITINERA - HODOI : nouveaux environnements hypertextes : Augustin (x 2), Caton - Philostrate (X 2), Pindare, Platon;

Notice :

1. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)

  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> LATIN :
  • CATON l'Ancien, De l'agriculture

  • ==> GREC :
  • PHILOSTRATE, La vie d'Apollonius de Tyane, livre I

Nouvelles étincelles glanées :

  • La source Asbamée, consacrée à Jupiter témoin des serments
  • Apollonius de Tyane et le percepteur de péages
  • A Babylone, une galerie souterraine sous l'Euphrate
  • Mais quel présent me rapporterez-vous de l'Inde ?
  • Pour Apollonius de Tyane les magiciens ne sont que de faux savants
  • Apollonius de Tyane : Les longs cheveux sont un signe de bravoure
  • Autrefois, l'agriculteur était le bon citoyen par excellence
  • Il faut vendre les esclaves vieux ou maladifs
  • Comment savoir si de l'eau a été mêlée au vin?


2. FEC : fascicule 12 : Stéphane MERCIER, Les épigrammes de l'Anthologie latine attribuées à Sénèque :

Le fascicule 12 (juillet-décembre 2006) des Folia Electronica Classica est clôturé; la dernière contribution reçue est l'oeuvre d'un jeune chercheur de l'UCL (Institut Supérieur de Philosophie) :

Les épigrammes de l'Anthologie latine attribuées à Sénèque : Praefatio ; Introduction ; Textes, traductions et commentaires ;
Étude critique, par Stéphane Mercier (ensemble de 14 fichiers) (inédit)

Présentation :

Soixante-douze épigrammes (quelque 624 vers) de la vaste collection que constitue l’Anthologie latine sont attribuées (le plus souvent par les philologues, plus rarement par les manuscrits) à Sénèque.

L’ensemble que propose ici le fascicule 12 des FEC est issu d’un travail de fin d’études, mené sous la direction du professeur Lambert Isebaert (U.C.L.) dans le cadre du Certificat en Langue, Littérature et Civilisation Latines en 2006. Son auteur est Stéphane Mercier, qui est titulaire d’un D.E.A. en philosophie et qui prépare une thèse à l’Institut Supérieur de Philosophie (U.C.L) où il est actuellement assistant.

Après une Praefatio rédigée en latin, une introduction permet de situer l'œuvre et d’examiner la question de l'authenticité sénéquienne. Viennent ensuite, pour chacune des pièces, le texte latin, une traduction personnelle et un commentaire essentiellement philologique et littéraire. Une annexe examine de manière très critique la seule édition française (partielle) antérieure, celle de Léon Hermann (1955).

Précisons encore que le texte latin et la traduction française ont été intégrés aux environnements hypertextes des Itinera Electronica, et que Stéphane Mercier a aussi publié deux autres articles dans la onzième livraison des Folia Electronica Classica, consacrés respectivement à Aristéas de Proconnèse et à Ange Politien.


3. Lecture : Histoire des Enfers :

  • Livre : Georges MINOIS, Histoire des Enfers
    Paris, Fayard, 1991
    couverture ; 4e de couverture.

  • Extrait (pp. 24-28) :

    LE LUGUBRE ENFER HOMÉRIQUE

    "Les textes deviennent plus bavards sur l'au-delà infernal dans la Grèce archaïque. Dès l'époque la plus ancienne, les Grecs s'intéressent en effet beaucoup à l'enfer. Les poètes, Hésiode et Homère surtout, décrivent le système infernal, et les textes qui leur sont attribués nous donnent une idée de la représentation de l'enfer vers le VIIIe siècle en Grèce, sans que l'on puisse préciser la part des croyances populaires, des prêtres et de l'imagination poétique des auteurs. Offrant une synthèse de ces trois éléments, suffisamment vraisemblable pour être acceptée par la population, ils contribuent à fixer les mythes, qui se transmettront sans contestation notable jusqu'au Ve siècle.

    Un autre élément vient brouiller les renseignements que nous pourrions tirer de ces récits : la Théogonie, tout comme L'Iliade et L'Odyssée, concerne essentiellement le monde des dieux et des héros. L'Hadès est plein de ces fabuleux immortels au destin surhumain, et il n'est pas sûr que l'au-delà dévolu aux humains corresponde dans l'esprit des Grecs à ces lieux prestigieux. Quoi qu'il en soit, le séjour dans l'Hadès n'est jamais envisagé avec plaisir.

    Les visiteurs sont nombreux : en dépit de Cerbère, on entre et sort comme dans un moulin, certains allant même chercher des parents et amis pour les ramener sur terre. On se bouscule pour les visites et on s'échappe un peu trop facilement. Qui n'a pas fait le tour des enfers? Héraclès y a délivré Thésée; Admète va y chercher Alceste; Dionysos en ramène sa mère, Sémélé; Orphée échoue de peu dans sa tentative pour en sortir Eurydice; Tirésias, Achille, Ulysse font la tournée des lieux. Ici encore, on a l'impression d'une continuation de la vie terrestre dans un lieu souterrain.

    Une importante nouveauté, toutefois, par rapport à la Mésopotamie, il y a dans l'Hadès deux juges : Rhadamanthe, le héros crétois, renommé pour sa sagesse et pour sa justice, et son frère Minos. Mais que jugent-ils exactement? Nous ne les voyons pas à l'oeuvre et rien n'indique qu'ils réservent des châtiments aux méchants. Certes, il existe des supplices dans les enfers, mais il ne s'agit nullement de punitions infligées en raison d'entorses à la morale. C'est Zeus qui règle ses comptes : le roi thessalien Ixion est attaché à une roue enflammée qui tourne sans cesse, pour avoir voulu s'unir à Héra; Tityos a le foie éternellement dévoré par deux vautours pour le même type d'offense; Ascalaphos est écrasé sous un bloc; Sisyphe roule sa pierre; Tantale essaie en vain de boire et de manger; les Danaïdes s'acharnent à remplir leur vase percé. Tous apparaissent comme les prototypes ou des allégories de certains vices – la débauche sexuelle, la jouissance insatiable, la tromperie, l'orgueil spirituel – et il s'agirait alors de véritables exemples de damnation.

    Dans L'Odyssée, Ulysse est témoin de ces supplices :

    « Lors donc, je vis Minos, l'illustre fils de Zeus, qui, un sceptre d'or à la main, rendait la justice aux morts, assis sur un trône; eux, autour du prince, demandaient leur jugement, assis et debout, dans la demeure d'Hadès aux larges portes.

    « Après lui, j'aperçus le gigantesque Orion, qui chassait dans la prairie de l'asphodèle les fauves qu'il avait tués lui-même dans les monts solitaires ; il avait en main sa massue de bronze massif, qui jamais ne se brisa.

    « Je vis aussi Tityos, fils de la très glorieuse Terre ; il gisait sur le sol et couvrait neuf arpents ; deux vautours posés à ses flancs lui déchiraient le foie, plongeant le bec en ses entrailles, et il ne cherchait point à les écarter de ses mains ; car il avait fait violence à Léto, la glorieuse épouse de Zeus, comme elle allait à Pytho, à travers Panopée, la ville des beaux choeurs.

    « J'aperçus aussi Tantale, qui subissait un cruel supplice, debout dans un lac; il avait de l'eau jusqu'au menton; avide de boire, il ne pouvait atteindre l'eau; chaque fois que le vieillard se penchait, désirant apaiser sa soif, l'eau s'échappait, absorbée dans le sol; autour de ses pieds paraissait une terre noire que desséchait un dieu. Des arbres au feuillage haut et touffu laissaient pendre leurs fruits au-dessus de sa tête, [...]; quand le vieillard étendait les bras pour les prendre en ses mains, le vent les rejetait vers les sombres nuées.

    « Et je vis encore Sisyphe, qui souffrait de violentes douleurs : il poussait de ses deux bras une énorme pierre. S'arc-boutant des mains et des pieds, il poussait la pierre vers le sommet d'une colline; mais, quand il allait en dépasser le faîte, la masse l'entraînait en arrière; de nouveau l'impudente pierre roulait vers la plaine. Les forces tendues, il recommençait à la pousser, la sueur ruisselait de ses membres et la poussière s'élevait en nimbe de sa tête. »

    Malheureusement, comme l'a montré Victor Bérard, ce passage est sans doute une interpolation tardive, ce qui enlève au récit d'origine sur l'enfer sa connotation de lieu de supplices. Seuls quelques rares indices suggèrent un sort différent pour les bons et les méchants sur « la plaine élysienne, à l'extrémité de la Terre, où réside le blond Rhadamanthe, là où la vie pour l'homme est le plus facile : point de neige, jamais de rigoureux hiver ni de pluie; toujours les brises de Zéphyr au souffle clair, envoyées par l'Océan, y rafraîchissent les hommes», ou sur la « prairie d'asphodèles», où un sort privilégié attend certains. Si nous nous en tenons aux indications les plus nombreuses, celles qui semblent refléter les conceptions les plus courantes, la vision des enfers semble très proche de celle des Babyloniens et des Hébreux d'avant l'exil.

    L'Hadès est un lieu lugubre, ténébreux et brumeux : « A Hadès échurent les ténèbres brumeuses, à Zeus échut le vaste ciel », indique L'Iliade. L'entrée se trouve à l'extrémité du monde, là où coule le fleuve Océan, très loin vers le couchant; Ulysse y arrive en suivant les conseils de Circé : « Le vaisseau arrivait au bout de la terre, au cours profond de l'Océan. Là sont le pays et la ville des Cimmériens, couverts de brumes et de nuées; jamais le soleil, pendant qu'il brille, ne les visite de ses rayons, ni quand il s'avance vers le ciel constellé, ni quand il retourne du ciel vers la terre; une nuit maudite est étendue sur ces misérables mortels. Arrivés là, nous échouons le vaisseau, nous débarquons les bêtes ; et, suivant le cours de l'Océan, nous arrivons nous-mêmes au lieu que m'avait dit Circé. »

    C'est un monde souterrain très inquiétant : L'Iliade parle des « demeures terribles, vastes, qui font frissonner les dieux mêmes », « chez Hadès, dans les profondeurs cachées de la Terre ». Monde clos – « l'Hadès aux portes fermées », dit Athéna – qui, dans Hésiode, ressemble à une jarre gigantesque ou à une caverne, fermé par une porte solide qu'on ne voit qu'avec effroi : « Je hais comme les portes d'Hadès », a coutume de dire Achille; tandis qu'Ulysse utilise une expression semblable : « Celui-là m'est odieux autant que les portes d'Hadès. » Dans ce monde qui, selon Hésiode et Homère, est humide et sent le moisi, il existe un étonnant réseau hydrographique : le fleuve Océan, qui le sépare du monde des vivants, son affluent, le Styx, et un sous-affluent, le Cocyte; quant à l'Achéron, c'est à la fois une fleuve de feu et d'eau glaciale.

    Cet enfer a deux niveaux. Sous l'Hadès en effet se trouve le Tartare, lieu profond, prison des Titans, dont on ne revient pas. Zeus menace d'y envoyer les immortels qui lui désobéiraient : « Le dieu que je verrai, se séparant des autres volontairement, aller secourir les Troyens ou les Danaens, frappé sans égards, reviendra sur l'Olympe; ou bien je le saisirai, je le jetterai dans le Tartare brumeux, très loin, au plus profond de l'abîme souterrain, là où sont des portes de fer et un seuil de bronze, aussi bas au-dessus d'Hadès que le ciel est loin de la Terre. » La distinction Hadès-Tartare indique déjà le début d'une différenciation entre les réprouvés : on la retrouvera dans le christianisme, entre l'enfer supérieur, d'où dérivera le purgatoire, et l'enfer inférieur, résidence de Satan.

    Tous les morts sont misérables et inquiétants; Ulysse les voit se grouper autour de lui : « Les âmes des morts se rassemblaient du fond de l'Erèbe : jeunes épouses, jeunes hommes, vieillards éprouvés par la vie, tendres vierges dont le coeur novice n'avait pas connu d'autre douleur, et combien de guerriers blessés par les javelines armées de bronze, victimes d'Arès, avec leurs armes ensanglantées ! Ils venaient en foule de toute part autour de la fosse, élevant une prodigieuse clameur, et moi, la crainte blême me saisissait. » L'enfer accueille tous les hommes, sauf, toutefois, ceux qui n'ont pas reçu de sépulture. C'est pourquoi Patrocle implore Achille : « Ensevelis-moi au plus tôt, que je franchisse les portes d'Hadès. Elles me repoussent au loin, les âmes, les fantômes des défunts et ne me laissant pas encore me mêler à elles, au-delà du fleuve; j'erre en vain dans le haut de la demeure d'Hadès, aux larges portes. » Achille tente alors de saisir son ami, mais « l'âme, sous la terre, comme une fumée s'enfuit en criant. Stupéfait, Achille se dressa, frappa des mains et prononça ces mots plaintifs : " Hélas ! il y a donc, même dans la maison d'Hadès, une âme et un fantôme, mais sans organe vital? Car, toute la nuit, l'âme du malheureux Patrocle s'est tenue au-dessus de moi, gémissant et pleurant, et m'a recommandé chaque chose; et elle ressemblait merveilleusement à lui-même. »

    Le sort de ceux qui ont reçu une sépulture n'est guère plus enviable : ce sont « des ombres qui volent », en poussant des cris, à la manière des chauves-souris plutôt que des hirondelles. Voici, à la fin de L'Odyssée, les âmes des prétendants conduites dans l'Hadès. Misérable petit troupeau impuissant et craintif, elles suivent le dieu Hermès. Ici encore, nul jugement, nulle séparation des bons et des mauvais; les prétendants, qui ne sont pourtant pas des petits saints, arrivent tous ensemble sur la prairie d'asphodèles où ils rencontrent Achille, Patrocle, Ajax : « Cependant Hermès, dieu du Cyllène, appelait à lui les âmes des prétendants : il avait à la main la belle baguette en or dont il use à son gré pour clore les yeux humains ou pour les tirer du sommeil. De sa baguette il menait la troupe, et les âmes suivaient, poussant de petits cris. Dans les profondes cavités d'une grotte, des chauves-souris s'envolent avec de petits cris quand l'une d'elles se détache de leur grappe suspendue à la roche; car elles tiennent les unes aux autres; ainsi les âmes s'en allaient ensemble, poussant de petits cris. Elles étaient dirigées par Hermès, le dieu bienfaisant, dans les humides sentiers. Elles dépassèrent le cours d'Océan et la roche Leucade, les portes d'Hélios et la contrée des Songes; promptement elles atteignirent la prairie d'asphodèles où séjournent les âmes, fantômes des défunts. »

    Ces âmes peuvent menacer les vivants, comme Ulysse en fait l'expérience au cours de sa visite des enfers : « S'assemblèrent, innombrables, des tribus de morts avec un cri effrayant; et la peur blême me saisissait. » Le rusé Ulysse ne trouve son salut que dans la fuite. Achille, enfin, exprime son dégoût à l'égard des enfers : « J'aimerais mieux être le serviteur d'un bouvier pauvre que de régner sur toute la foule des ombres. » ..."

  • Exploitation : nous avons interrogé la base de données De la forme ou de l'expression française aux littératures latine et grecque sur la base des critères de sélection suivants : "juges" ET "enfers"; nous avons obtenu 18 réponses : 14 provenant de la littérature latine (traitée chez nous) et 4 provenant de textes grecs (HODOI ELEKTRONIKAI).

    Nous avons retenu 6 témoignages :

    - La mort est un mal éternel : CICÉRON, Tusculanes, I, 5

    - Les supplices des Enfers ne sont que des chimères : CICÉRON, Pour Cluentius, LXI

    - L'Occident est appelé les Enfers, à cause de la nuit et des ténèbres qui s'y forment : LACTANCE, Des institutions divines, I, 11

    - le jugement des êtres humains doit-il se faire lorsqu'ils sont encore en vie ou seulement après leur mort ? : PLATON, Gorgias, p. 523

    - Les juges des enfers se laissent attendrir par Orphée et lui rendent Eurydice mais sous conditions : SÉNÈQUE, Hercule furieux, v. 570 sqq.

    - Je (re)viens de chez les morts ... : VALÈRE MAXIME, Des faits et des paroles mémorables, VI, 2


4. CHEMINEMENTS FR & Fonds BAUCHAU :

Dans l'actualité du 11 octobre 2006 nous vous avons présenté ce troisème volet du traitement des littératures en rapport avec l'Antiquité.

La parution, sous la direction de Myriam Watthee-Delmotte et de Jacques Poirier, des actes d'un Colloque tenu à Louvain-la-Neuve et à Lyon du 18 au 20 octobre 2004 et consacré à Pierre-Jean JOUVE et à Henry BAUCHAU, nous permet de revenir sur ces Cheminements.

En 2003-2004, en suite à la création d'un opéra à Bruxelles sur la base d'Oedipe sur la route d'Henry Bauchau, nous avions débuté des traitements informatiques relevant essentiellement de la statistique lexicale pour Oedipe sur la route et Antigone, deux des oeuvres maîtresses d'Henry BAUCHAU, écrivain né en Belgique en 1913 et résidant actuellement à Paris.

Un site BAUCHAU a été créé; un "Fonds Henry Bauchau" a vu le jour suite au don par Henry Bauchau de sa bibliothèque personnelle et de ses tableaux à l'Université catholique de Louvain (UCL-LLN) ; fonds géré par la faculté de Philosophie et Lettres sous la responsabilité académique de Myriam WATTHEE-DELMOTTE.

Ce fonds est appelé à servir d'aiguillon pour d'autres développements informatiques pouvant trouver une place de choix au sein des Cheminements FR.

Revenons à la publication des actes dont les références sont :

Pierre Jean JOUVE et Henry BAUCHAU : les voix de l'altérité
Sous la direction de M. Watthee-Delmotte et J. Poirier
Éditions universitaires de Dijon, collection Écritures,
Dijon, octobre 2006, 220 pages.

Extrait :

Andrea PESARESI, La figure du chef guerrier dans l'oeuvre d'Henry Bauchau :

"... Par contraste, la guerre et sa folie destructrice nourrissent pleinement l'imaginaire du dernier roman de Bauchau consacré au cycle thébain, Antigone. Le souffle épique de Bauchau rapproche l'oeuvre des grands poèmes de l'Antiquité et des romans de chevalerie du Moyen Age : les images équestres, prépondérantes dans l'oeuvre, matérialisent les instincts de puissance des deux rivaux, entourés de disciples tels que le sombre Vasco, l'ambigu K., le loyal Mains d'Or, aveuglés par la force charismatique de leur chef.

Mais la dernière figure de chef guerrier pourrait être l'androgyne Antigone, l'héroïne qui défie les lois de l'État pour affirmer les droits de la pitié, et qui se range du côté des déshérités. Par rapport à l'image asexuée héritée de Sophocle, on note ici une féminisation de la fille d'OEdipe, qui proclame son désir inassouvi de maternité, est attirée par la virilité de Clios et par la beauté royale d'Hémon ; mais en même temps, son intervention dans le combat détermine l'issue de la bataille.

Car Bauchau décide d'attribuer à l'intrépide fille d'OEdipe des pouvoirs surnaturels : elle possède le don de la flèche magique et c'est elle qui décide d'épargner la vie de Polynice, et de faire tomber le dard fatal loin du corps de son frère aimé. C'est encore avec la virilité d'un guerrier que l'Antigone de Bauchau accepte sa condamnation à mort et l'enterrement dans la grotte, tandis qu'Io, la jeune femme de Clios, perpétue par le chant tragique la présence de l'héroïne sur la scène éternelle du théâtre.

Ainsi Antigone trouve sa dimension la plus authentique dans un tragique quotidien, dans une humanité blessée et souffrante, sur laquelle elle peut exercer ses pouvoirs thaumaturgiques, mais en même temps elle ne renonce pas à la lutte, quand elle défend les droits de son frère à être enterré. Oscillant entre une douce féminité et une forte androgynie, l'Antigone de Bauchau fascine en vertu de cette ambiguïté qui la rapproche de notre époque, et qui a empêché l'écrivain de s'identifier totalement avec elle, malgré le long monologue intérieur qui caractérise la narration du roman :
Ce qui a empêché l'identification, c'est que tout en la sentant très proche, je n'ai jamais cessé de percevoir en elle le mystère de la femme pour l'homme...

Partout dans l'oeuvre de Bauchau, la guerre marque le destin des personnages, et les chefs guerriers apparaissent comme capables d'influencer profondément le cours de l'Histoire. L'Antigone de l'écrivain belge confirme cette importance accordée au conflit entre les Thébains d'Etéocle et les nomades de Polynice. Comme OEdipe sur la route, le deuxième roman de l'écrivain consacré au mythe thébain, peut être considéré comme une « extension » de l'hypotexte sophocléen, car la guerre est moins présente dans la tragédie de Sophocle que dans la réécriture de Bauchau. Une « extension » qui s'accompagne d'une « transmodalisation », car les épisodes sanglants du combat entre les frères ennemis sont décrits dans une prose émouvante de réalisme. De cette manière, l'auteur parvient à clore le cycle mythologique qui traverse aussi bien son oeuvre que sa vie. ..."


5. Expositions :

  • Trésors engloutis d'Égypte
    Source : Le POINT, n° 1785 - jeudi 30 novembre 2006, pp. 100-103 : Brigitte HERNANDEZ, Égypte. Trois cités sous la mer ; pages 100-101 au format PDF

    Lieu : Paris, Grand Palais, du 9 décembre 2006 au 16 mars 2007

  • Afghanistan, les trésors retrouvés
    Source: Le Monde, édition du jeudi 7 décembre 2006 : Emmanuel DE ROUX, Les aventures de la nymphe de Begram; photo

    Lieu : Paris, Musée Guimet, jusqu'au 30 avril 2007

  • Présentation (mardi 5 décembre 2006) : ROME, Couvent des Santi Quattro Coronati
    Source : YAHOO News : "... Au coeur du monastère des soeurs Augustines, les murs et plafonds d'une grande salle sombre et voûtée s'ornent de fresques presque complètes aux tons flamboyants de bleu, pourpre, vert et or, représentant les quatre saisons (sous la forme de vents), les signes du zodiaque et les constellations, mais également les vices et les vertus. ..."


6. ITINERA - HODOI : nouveaux environnements hypertextes :

Cette semaine-ci, Saint Éloi (patron des informaticiens) et Saint Nicolas (patron des enseignants et des étudiants) ont donné des ailes à Christian RUELL : 7 nouveaux environnements ont vu le jour grâce à lui :

  • Augustin, La Cité de Dieu, livre XIX
  • Augustin, La Cité de Dieu, livre XX
  • Caton l'Ancien, De l'agriculture, texte complet [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]

  • Philostrate, La vie d'Apollonius de Tyane, livre I
  • Philostrate, La vie d'Apollonius de Tyane, livre VIII [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Pindare, Les Odes - Les Olympiques [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]
  • Platon, Les lois, livre IV [traduction française reprise au site de Philippe Remacle]

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA - HODOI.


Jean Schumacher
8 décembre 2006


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002