Projets ITINERA ELECTRONICA - HODOI ELEKTRONIKAI - HELIOS

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Date :     24-11-2006

Sujets :
Projet HELIOS : journée de travail à LLN (17 novembre 2006); HODOI ELEKTRONIKAI & Lexique grec-français : de nouveaux ajouts; Traductions : L'Ovidienne s'enrichit du livre VII (Anne-Marie BOXUS - Jacques POUCET); Fiches de lecture : 11 ajouts; ITINERA ELECTRONICA : nouveaux environnements hypertextes : Ausone, Augustin (x 3); Analyse linguistique (latin) : COLLATINVS 8 (Yves Ouvrard); Dossiers thématiques : Les Amazones (MUSAGORA); Lecture : Daphnis et Chloé (Anatole FRANCE, Le génie latin);

Notice :

1. Projet HELIOS : journée de travail :

Le 17 novembre 2006 s'est tenue à Louvain-la-Neuve une journée de travail autour du Projet HELIOS. L'élaboration du programme d'édition pour l'année 2006-2007 ainsi que la mise sur pied de nouvelles initiatives constituaient l'ordre du jour.

Sophie van Esch a déjà pu donner (en interne) le compte-rendu de cette journée. Nous en retirons les points suivants:

==> Site HELIOS :

Adresse : HELIOS

Nouveautés :

- une page Liens amis a été créée;

- dans Ressources un dossier ENSEIGNEMENT CONJOINT LATIN-GREC a été installé (responsable : Véronique Gibaud);

- la page Ressources pour le grec s'est vue adjoindre un dossier ESPACE HOMÈRE (responsable : Dominique Augé);

- une nouvelle rubrique FICHES DIDACTIQUES est en élaboration (responsables : Lise Biscarat et Robert Delord) : ces fiches pédagogiques ou synoptiques présenteront et décriront l'organisation d'une séance de latin ou de grec mettant en oeuvre une pratique innovante, comme l'intégration des TICE, pour autant que cette pratique ait été éprouvée en classe et qu'elle ait prouvé sa faisabilité et son efficacité auprès des élèves.

Enfin, Sophie van Esch a adapté en conséquence les pages Ressources pour le latin - pour le grec de manière à présenter, de façon synoptique, ce qui a déjà été réalisé en 2005-2006 ainsi que le programme arrêté pour les années 2006-2007 et 2007-2008.

==> Formation :

Alain MEURANT animera à Grenoble, en avril 2007, un stage de formation autour de deux thématiques :

- Comment parvenir à enseigner efficacement la langue latine/grecque avec les étudiants d'aujourd'hui, grâce à un environnement de travail moderne ?

- Comment tirer profit des outils TICE pour rentabiliser, côté professeurs, le travail de préparation des enseignements à donner ?

Un forum de discussion sera ouvert prochainement afin de permettre des échanges entre le formateur et les stagaires inscrits quant au contenu précis de la formation.

==> Enseigner les langues anciennes par compétences. Une réflexion s'est engagée à ce sujet. En BE, ce type d'enseignement est en oeuvre depuis quelques années déjà : le socle commun des connaissances y est pratiqué communément. En FR, le travail par compétences est à l'ordre du jour. Les uns pourront-ils bénéficier des expériences accumulées déjà par les autres en la matière? Comment ? Le projet HELIOS peut-il servir de moyen ou de filtre d'action ? Il est trop tôt pour le dire : des possibilités ont été énoncées.

==> Conclusion : Le Projet HELIOS vit : de nouvelles ramifications voient le jour; la consolidation de l'acquis progresse; le groupe des acteurs / artisans s'accroît; les perspectives portent au loin. Un soleil nouveau s'est (vraiment) levé.


2. Lexique grec-français :

Adresse de l'outil TICE sur la Toile : Lexique grec-français

Danielle de Clercq nous a fait parvenir une nouvelle corbeille de descriptions lexicographiques; cette fois-ci encore ce sont des formes verbales mais irrégulières qui ont été traitées par elle.

Boris Maroutaeff a fait le suivi et a intégré ces données dans la base de données constituée. Total : 11 nouveaux lemmes et 2.072 formes nouvelles portant le volume du lexique à 29.859 unités.

Danielle de Clercq continue de nous apporter son temps, ses compétences et son savoir-faire technologique : une collaboration de choix.


3. Traductions : L'Ovidienne :

Grâce à Anne-Marie BOXUS et Jacques POUCET ainsi qu' à leur travail inlassable, l'Ovidienne s'enrichit d'un nouveau livre : le livre VII : une traduction nouvelle accompagnée de notes de commentaire.

Sujets traités dans le livre VII : Médée (v. 1 - 452), Autour d'Égine et des Myrmidons (7, 453-660), Céphale et Procris (7, 661-865).

Outil TICE - Environnement hypertexte : Métamorphoses, VII

Outil TICE - Base de données globale : Ovide, Les Métamorphoses


4. Fiches de lecture :

  • Adresse du site : Lectures (site arrêté à la date du 18 mai 2006)
  • Base de données : Fiches (depuis le 19 mai 2006)
  • Ajouts : consultation des ==> Nouveautés <==

Les Nouveautés concernent :

  • ==> LATIN :
  • AUGUSTIN, La Cité de Dieu, livre XVIII
  • ==> GREC :
  • DIOGÈNE LAËRCE, Vies, doctrines et sentences des Philosophes illustres, livre III (Platon)
  • JULIEN l'Apostat, Contre Flaccus
Nouvelles étincelles glanées :

  • Les deux grands empires d'autrefois : l'empire d'Assyrie et l'empire Romain
  • D'où est venu à Athènes son nom ?
  • La querelle de Codrus
  • Augustin et la légende des jumeaux allaités par une louve
  • Lactance et les prédictions de la sibylle
  • Pompée, premier romain à envahir la Judée
  • Le greffier calamosphacte
  • Pour l'empereur Caligula l'exil n'est rien d'autre qu'un voyage
  • Platon et les différentes sortes d'amitiés
  • Platon et les différents types de gouvernement
  • Platon et les différents genres de discours


5. ITINERA ELECTRONICA : nouveaux environnements hypertextes :

Ce fut une semaine latine pour Christian Ruell : 4 nouveaux environnements latins :

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA.


7. Analyse linguistique (latin) : COLLATINVS 8 :

Yves Ouvrard a annoncé le 11 novembre dernier la mise à disposition sur son site COLLATINVS d'une nouvelle version de son logiciel d'analyse linguistique : COLLATINVS 8 (version exécutable à télécharger).

La version 8 de cet outil TICE incontournable offre de nombreuses nouveautés. Nous avons remarqué la mise en latin des différents menus et rubriques. Et, en ce qui concerne l'application de cet outil à des textes complets, nous avons apprécié à sa juste valeur l'option LEMMATA - cum textus uocibus qui offre, en sortie de l'analyse linguistique, le texte complet ainsi que, dans l'ordre du texte, les descriptions trouvées présentées en face des formes du texte et réservant, pour la fin, la liste des formes (encore) dépourvues de description.

La possibilité d'obtenir les traductions en allemand et en anglais des descriptions faites est de nature à apporter à cet outil hors pair de nouveaux publics; ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. Félicitations, Yves Ouvrard !


6. Dossiers thématiques : les Amazones (MUSAGORA) :

Depuis peu, MUSAGORA présente en vitrine un nouveau chef-d'oeuvre : le dossier thématique consacré aux AMAZONES, Les femmes guerrières, dont voici le Sommaire :

  • Présentation
  • Origine des Amazones
  • Aspects fondamentaux et développements de la légende
  • Les expéditions des Amazones
  • Héraclès et la ceinture de la reine des Amazones
  • Thésée et Antiope
  • Bellérophon contre les Amazones
  • Achille et Penthésilée
  • Alexandre et la reine des Amazones
  • Les Amazones dans l'iconographie
  • Textes anciens, grecs et latins
  • La littérature française, du Moyen âge à nos jours
  • Lectures modernes
  • Bibliographie et liens

La mise en page est des plus soignées; les illustrations abondent; les rubriques "Dates des auteurs - Textes grecs classés par auteurs - Textes latins classés par auteurs - Textes classés par thèmes" nous ont enchantés : que de richesses accumulées dans ces pages !

Nous n'avons pas été sans remarquer les liens placés, ici et là, vers les environnements hypertextes latins / grecs des ITINERA ELECTRONICA ou HODOI ELEKTRONIKAI.

Toutes les sources citées dans ce dossier - elles sont très, très nombreuses - n'ont pas encore trouvé un traitement dans nos bases textuelles mais beaucoup le sont déjà : si les éditeurs de MUSAGORA pouvaient nous signaler, lors de la création d'un dossier, les sources latines et grecques qu'ils comptent utiliser, nous pourrions faire de notre mieux pour mettre en avant leur traitement et offrir ainsi au public intéressé un outil de lecture virtuel et interactif embrassant à chaque fois soit un livre complet soit une oeuvre complète.

C'est en feulletant la liste des sources que nous avons été intéressés, entre autres, par TRIPHIODORE, La prise de Troie, oeuvre pour laquelle nous nous sommes empressés de préparer l'environnement hypertexte (il paraîtra sous peu).

Nous ne pouvons qu'exprimer notre admiration devant ces autres soleils nouveaux qu'offre MUSAGORA à jets continus à la communauté des internautes intéressés par les langues et cultures latines et grecques. Hâtons-nous d'en tirer la "substantifique moëlle". Quel sera le prochain dossier thématique ?


8. Lecture : Daphnis et Chloé :

Auteur : Anatole FRANCE (1844-1924), Le génie latin
édition : Paris, A. Lemerre, 1913

Avertissement de l'auteur (A. France) :

AVERTISSEMENT Ce volume [le génie latin] contient des notices littéraires destinées à accompagner des textes, et je ne me dissimule pas que, séparées de ces textes, elles perdent presque toute leur raison d'être. Elles consistent pour la plupart en de simples biographies abrégées, avec peu ou point de critique littéraire. Composées pour des éditons de poche, elles ne sont point savantes et ne visent pas à l'érudition. Les choses y sont exposées sans apparat, à l'ancienne mode, et ce défaut est sans doute leur seul mérite.

Si l'on m'en avait cru, elles n'auraient point été réimprimees, et je laisse à mon éditeur et ami, Désiré Lemerre, la responsabilité de les avoir remises au jour. Je les ai écrites, presque toutes, il y a fort longtemps, à une époque où j'avais peu d'expérience, et il n'y paraît que trop. En les publiant de nouveau j'y ai fait très peu de corrections, non qu'elles me satisfassent dans l'état où je les ai laissées, mais, au contraire, parce que, pour me contenter, il m'aurait fallu tour changer.

La notice sur Racine, le plus ancien et le plus faible de ces petits ouvrages, n'a pas été plus amendée que les autres, à cela près que j'en ai retranché quelques pages d'un insupportable pédantisme. En dépit des romantiques, j'ai toujours aimé Racine; mais j'avais des sévérités. Aujourd'hui je ne me retiens plus d'adorer en chacun de ses vers le plus parfait des poètes.

Il n'en faut pas croire le titre de ce recueil; on ne trouvera rien ici qui le justifie. C'est un acte de foi et d'amour pour cette tradition grecque et latine, toute de raison et de beauté, hors de laquelle il n'est qu'erreur et trouble. Philosophie, art, science, jurisprudence, nous devons tout à la Grèce et à ses conquérants qu'elle a conquis. Les anciens, toujours vivants, nous enseignent encore.

"Car nulle fleur ne fait pâlir tes violettes,
Ville de Périclès! Et ce n'est pas en vain
Que par la bouche d'or du plus doux des poètes
Le dieu promit à Rome un empire sans fin".

(Frédéric Plessis, La Lampe d'argile).

Extrait : Daphnis et Chloé :

C'est dans les riches et voluptueuses cités de l'Ionie que coururent d'abord les "fables milésiennes", destinées à réjouir les oisifs sur le retour par de piquants exemples de la ruse des femmes. On n'avait point souci de la chose publique. Que faire, sous le portique peint de figures aériennes, à l'ombre d'un bouquet de myrtes, au murmure d'un ruisseau? Lire les vieux poètes? Non; il faut pour les goûter trop d'effort, un goût trop bon, une culture qu'on n'a plus. Voici un livret de style plus facile, de ton plus léger. Habitant de Milet, déroule le mince volume, et, mollement accoudé sur un coussin de pourpre, tu liras comment la petite femme du vigneron cache son amant dans une jarre et comment la veuve d'Éphèse pendit son mari mort, pour l'amour d'un soldat. Ces Milésiennes (il nous en reste plus d'une) étaient lestement contées. Pas de développements, pas de caractères; rien que le trait. Cette littérature bourgeoise resta longtemps la seule littérature intime de l'hellénisme.

Le roman d'amour ne fleurit qu'à l'époque romaine. C'est dans cet Orient, terre du mensonge, que paraissent, à compter du IIIe siècle de l'ère chrétienne, des petits livres contant en style raffiné les aventures de deux beaux enfants rapprochés par un mutuel amour et séparés par des nécessités cruelles. Tel est le thème ordinaire et qu'on varie peu. On y mêle des courses de pirates, des enlèvements, parfois des amours tragiques, des incestes renouvelés d'Euripide, afin de donner au lecteur les frissons délicieux d'une pitié tempérée et d'une terreur passagère. Dion Chrysostome et quelque autre se passeront, il est vrai, de ces moyens dramatiques; mais ce que tous mettront, ce qui est nécessaire au genre, c'est une abondance de tableaux rustiques. Ces tableaux sont tout d'artifice et de tradition; ils plaisent mieux de la sorte que s'ils étaient plus francs, plus rudes et plus vrais. Théocrite est depuis longtemps un ancien; le goût âpre et large du Sicilien n'est plus de mode. On ira jusqu'à représenter avec symétrie les divers travaux de l'homme et de la nature dans les quatre saisons. On ne craindra pas de laisser voir l'arrangement, l'apprêt, l'art excessif. On écrit pour les citadins. L'existence des grandes villes inspire le goût des champs. Il est si naturel de préférer ce qu'on n'a pas à tout ce qu'on a! Puis il fallait apaiser cette soif de lait qui venait aux palais brûlés de vins grecs. Les tableaux de nature faits pour ce monde de riches et de voluptueux ressemblaient à ces peintures qu'on voit sur les murs des maisons de Pompéi : petits arbres et édicules, mêlés à des enroulements, à des volutes, et perdus dans le caprice de l'ornementation.

L'auteur était quelque rhéteur à la mode, habile à orner le sujet de tous les agréments de la tradition. Qu'il soit Héliodore d'Émèse, Achille Tatius d'Alexandrie, Xénophon d'Antioche ou Xénophon d'Éphèse, c'est le même homme, confit en lettres et en grammaire, le même esprit orné, poli, usé. Ces auteurs de diégèmates ou de dramatiques, comme ils nommaient leurs romans (g-diehgehmata, g-dramatika) connaissent toute la littérature hellénique, désormais complète, les petits et les grands poètes, qu'ils font métier d'expliquer. Ils savent toutes les curiosités littéraires. Ils ont une longue mémoire et sont très ingénieux assembleurs de mots. Quant à voir d'eux-mêmes les choses de la vie, à saisir directement les aspects de la nature, ce n'est pas leur affaire. S'ils décrivent quelque scène de vendange, ils n'ont point souci de peindre au vif de vrais vignerons; c'est quelque fine épigramme descriptive qu'ils auront soin d'affiner encore en la copiant dans leur prose plus recherchée et plus travaillée que les vers les plus savants des poètes alexandrins. Ils renchérissent sur Méléagre. Ils finissent un monde; ils sont très vieux. C'est pourquoi ils s'égaient à conter de jeunes amours. N'ayant plus ni chair ni sang, ils se réchauffent en imaginant les feux de la puberté naissante.

L'homme très ingénieux qui composa le diégèmate de Daphnis et Chloé fut certes de ceux-là. Mais le groupe des diégèmatistes n'est pas resserré dans une courte période. Il se forme dès le temps d'Hadrien et s'enfonce très avant dans la sombre époque chrétienne. On ne sait rien du diégèmatiste qui laissa le chef-d'oeuvre du genre. Le plus ancien manuscrit de son livre, celui qui passa du mont Cassin à la bibliothèque de Florence, ne le nomme pas. Un autre manuscrit le nomme g-Loggos (Longos). Le nom a paru peu grec. Schoell veut que ce nom soit pour g-Logoi (discours). Mais on ne s'explique pas bien cette mauvaise transcription. MM. Frédéric Jacobs et Picolos la croient inadmissible. Au reste, il y eut de ces noms barbares quand l'hellénisme fut noyé dans l'Empire. On rencontre, dans l'Anthologie de Planude, des Roupphinos et des Kaios qui parlent la langue des Théocrite et des Simonide. Mais ce Longus enfin (puisqu'il y a un Longus), en quel temps vécut-il? On ne sait. Et Suidas, qui nomme de très petits diégèmatistes, ne semble pas connaître l'auteur de Daphnis et Chloé. Certains hellénistes, par égard pour sa grécité affectée, mais pure, ne veulent pas le faire descendre dans l'Empire plus bas que le IIIe siècle. D'autres le relèguent dans la barbarie du règne de Théodose. Je serais tenté de voir en lui un Byzantin des plus rares. Si l'on songe que quelques odes anacréontiques, non les moins fines, ont été ouvrées fort tard à Constantinople, on n'osera pas jurer que Longus n'ait point été moine. Son livre est bien payen, certes. Mais il est copié sur l'antique. Il serait surprenant, mais non impossible, que cet Érôs d'ivoire, d'un si curieux travail, ait été sculpté dans la cellule d'un moine bibliothécaire. Ce moine-là, s'il exista jamais, devait avoir une petite tête étrangement et merveilleusement meublée. L'imaginez-vous, maigre, jaune, desséché, à face de momie, avec des yeux éteints, qui s'usèrent sur tous les manuscrits des poètes et qui ne virent jamais un arbre?

Quoi qu'il en soit, le roman de Daphnis et Chloé est tard venu. C'est un livre d'arrière-saison. Adieu, paniers, les vendanges sont faites sur les coteaux des Muses! Mais celui-ci arrive à temps encore pour cueillir plus d'une grappe avec ses pampres. Il va, pour emplir sa corbeille, de la vigne d'Anacréon au verger de Théocrite. II y eut de tout temps, dans cette belle littérature antique, un goût de libre imitation qui, ressenti vivement par les écrivains de la dernière heure, les retient dans la pureté, les ramène au vrai beau. Comme des jeunes filles reçoivent de leurs aînées et laissent à de plus jeunes les couronnes et les baguettes qui servent au jeu des grâces, les poètes antiques se passaient des cadres et des formes d'idylles, d'odes, d'épigrammes.

La prose travaillée des derniers venus s'appropria ces formes et ces cadres, et aussi des canevas tout tracés. Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé sont remplis de ces petits trésors tant de fois vus et toujours agréables à voir. Les contestations de bergers, leurs luttes harmonieuses quand ils se querellent par un chant alterné, remplissent la poésie bucolique depuis les premiers alexandrins. Un poème de ce genre, mis en prose, est tout entier inséré dans le premier livre de notre pastorale : "Et un jour Daphnis prit querelle avec Dorcon. Ils contestaient de leur beauté devant Chloé, qui les jugea, et un baiser de Chloé fut le prix destiné au vainqueur." On raffine ici. Au temps du Sicilien, le prix était une coupe, une syrinx, un agneau. Daphnis et Dorcon chantent, et leur chant alterné est, pour ainsi dire, une petite anthologie où les fleurs du genre sont assemblées. Il en est de prises à Virgile, ou, du moins, au grec que Virgile imita. "Alba ligustra cadunt".

Ailleurs, dans une scène de vendange, le bonhomme Philetas ne paraît que pour conter avec une grâce divine qu'il a vu un enfant ailé dans son jardin. Et ce qu'il conte est tout à fait dans le goût de l' "Amour mouillé" d'Anacréon. Et, puisque nous parlons des odes anacréontiques, qu'on se rappelle l'ode XX, sur une jeune fille :
"... Que je devienne miroir, afin que tu me regardes !
Que je sois ta tunique, ô jeune fille, afin que tu me portes !
Que je sois une eau pure, afin de laver ton corps; une essence, pour te parfumer; une écharpe, pour ton sein; un collier de perles, pour ton cou; une sandale, pour que tu me foules de ton pied".

Chloé fait des souhaits semblables. Ah! dit-elle en songeant à Daphnis, que ne suis-je sa flûte, pour toucher ses lèvres! Que ne suis-je son petit chevreau, pour qu'il me prenne dans ses bras! Ces souhaits d'amour, on les retrouve avec une teinte plus mystique, un accent plus religieux, dans une ancienne scolie : g-Eithe g-lura g-kaleh ... Que ne suis-je une belle lyre d'ivoire! de beaux enfants me porteraient dans le choeur de Dionysos. Que ne suis-je un beau et grand joyau d'or vierge! une femme me porterait, belle et menant des pensées pures.

S'il fallait rechercher toutes les imitations, on verrait que le texte de Longus est une riche mosaïque dont les pierres ont été choisies avec goût et assemblées artistement. Beaucoup de passages, imités par le diégèmatiste, sont perdus pour nous. Ainsi quand Gnathon se dit : "Remercions les aigles de Jupiter qui souffrent telle beauté demeurer encore sur la terre", Gnathon imite quelque endroit de Callimaque ou de Philetas que nous n'avons pas, mais dont il nous reste une trace dans ces deux vers de Properce : "Cur hæc in terris facies humana moratur? Iupiter, ignoro pristina furta tua".

Dans le peu qui subsiste de Ménandre, il y a trois vers sur Érôs, le plus puissant des dieux, trois vers agréables que Longus a fondus dans sa prose. C'est une fleur prise au passage; mais l'auteur de Daphnis et Chloé s'attarde chez le vieil Homère; il lui prend des détails domestiques, des traits de simplicité primitive :
"g-Essoh g-min g-chlainan g-te g-chitohna g-te, g-eimata g-kala,
... g-dohsoh g-d' g-hupo g-possi g-pedila.
g-Kehrux g-de g-pherohn g-an g-homilon g-hapanteh,
g-Daiz' g-endexia g-pasin ...

L'heureux assembleur recueille aussi tous les récits de métamorphoses, tous les contes bleus de la mythologie de jadis; ses dieux sont tout petits; ce sont des dieux de village. Ils sont à la taille des deux enfants qu'ils protègent. La religion de ce roman est enfantine et légère. Que les vrais, les grands dieux sont partis loin! Elle ne mentait pas, la voix entendue sur le rivage des mers : « Pan, le grand Pan est mort! » Le Pan que voici est un tout petit dieu, qui a assez à faire de protéger une bergère et un chevrier.

Et cette bergère avec ce chevrier forment le plus gracieux, le plus suave, le plus charmant groupe d'adolescents que l'art ait jamais créé. Daphnis et Chloé, c'est l'éveil des sens peint avec une délicieuse vénusté, et cette peinture restera vive tant que les sens s'éveilleront et que le désir renaîtra avec les races.

Mais c'est assez. J'ai voulu seulement montrer quel genre d'art très savant est entré dans la composition de ce livre d'amour.

Ndlr : Le roman d'amour DAPHNIS ET CHLOÉ de LONGUS figurera sous peu dans nos tablettes.


Jean Schumacher
24 novembre 2006


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002