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Date :     27-10-2006

Sujets :
In memoriam : Marius LAVENCY; Enseignement : A propos de CALIGULA : un portrait (Lucien Jerphagnon) - une ambassade juive auprès de Caligula (Philon d'Alexandrie); Projet HELIOS : un bilan, un rapport, un projet; Lecture : L'homme et les quatre éléments (Jacques JOUANNA); ITINERA - HODOI : nouveaux environnements hypertextes : Augustin, Érasme, Sénèque, Tertullien - Denys d'Halicarnasse, Diodore de Sicile, Philon d'Alexandrie; Fiches de lecture : 9 ajouts;

Notice :

1. In memoriam : Marius LAVENCY

Marius LAVENCY était né le 19 septembre 1926; il est mort le 22 octobre 2006. La cérémonie des funérailles s'est déroulée dans l'intimité le jeudi 26 octobre 2006 dans la Chapelle Notre Dame de l'Espérance ("L'église des Bruyères") à Louvain-la-Neuve.

Marius LAVENCY, éminent latiniste, a formé, à l'UCL, pendant un quart de siècle, des générations d'étudiants principalement dans trois domaines : la didactique des langues anciennes - c'est ainsi que j'ai pu faire sa connaissance lors de ma dernière année d'études universitaires -, la grammaire comparée des langues indo-européennes et - surtout- celui de la langue latine (grammaire et syntaxe).

Tout au long de sa carrière, il a façonné de très nombreux manuels scolaires qui ont servi de base d'apprentissage à d'innombrables cohortes d'étudiants de l'enseignement secondaire.

Le Projet ITINERA ELECTRONICA lui doit spirituellement le ¨Précis de Grammaire latine, comme le signale Anne-Marie BOXUS, dans le mot d'introduction à cet outil TICE :

"Ce Précis de grammaire latine qui accompagne les parcours d'ITINERA ELECTRONICA est inspiré de A.-M. Boxus, M. Lavency, Clavis. Grammaire latine pour la lecture des auteurs, (De Boeck-Duculot, 3e éd., 1999, 253 p.), et doit également beaucoup au livre de M. Lavency (VSVS. Grammaire latine. Description du latin classique en vue de la lecture des auteurs, Louvain-la-Neuve, Peeters, 1997, 358 p.)."

Depuis son accession à l'éméritat, en 1991, Marius LAVENCY a continué, toujours vigilans ac militans, son implication dans le domaine de la grammaire et de la syntaxe latine au travers de publications (livres, articles, ...) et d'organisations de séminaires et de colloques internationaux. Sa dernière publication en la matière lui a été remise entre ses mains dans son cercueil.

C'est Paul-Augustin DEPROOST qui, en 1991, a passé en revue la carrière de Marius Lavency lors de la laudatio qu'il prononça à l'occasion de la cérémonie d'hommage organisée à l'UCL pour son accession à l'éméritat.

Nous avons retenu de la réponse que fit Marius Lavency à cette laudatio la phrase suivante : "Je remercie l'Université de m'avoir permis de faire librement, durant ma carrière académique, tout ce que j'avais projeté de faire et de réaliser relativement aux enseignements et aux tâches qui m'avaient été confiés".

Il ne nous revient pas de faire ici un autre éloge de Marius Lavency et, encore moins, d'énumérer la liste impressionnante de ses publications. En temps venu, nous essaierons d'en faire part au sein des Actu'ITINERA.

En guise de dernier hommage, nous vous livrons ci-dessous la chanson de Gilles Servat qui a été entendue en clôture de la cérémonie des funérailles ainsi qu'une image tirée de l'Apologétique de TERTULLIEN, né entre 150 et 160 à Carthage (actuelle Tunisie) et décédé vers 230-240 à Carthage; oeuvre pour laquelle nous avons préparé un environnement hypertexte (cf. infra).

Gilles SERVAT, JE VOUS EMPORTE DANS MON COEUR.

Demain la route va me prendre
Dans les anneaux de ses détours
Qu'elle se décide à me rendre
Ou qu'elle m' avale pour toujours.

Je vous emporte dans mon coeur
Par-delà le temps et l'espace
Et même au-de-là de la mort
Dans les îles où l'âge s'efface
Et même au-delà de la mort
Je vous emporte dans mon coeur.

Demain je m' en vais l' âme en fête
Vers la patrie de mes amours
Avec un chant de joie en tête
Avec pour vous un chant d'amour

Qu'importe demain la distance
Si j' ai laissé un peu de moi
Peu ou beaucoup, quelle importance
On ne mesure pas son émoi.

Tous ces mots qui de moi s' envolent
Demain vous ne les entendrez plus
Les doux oiseaux de nos paroles
S'ils ne se croisent jamais plus

Demain quand les étoiles tremblent
Cherchez Arcturus ou Vega
Et nous serons encore ensemble
Si vous pensez un peu à moi.

TERTULLIEN, Apologétique, ch. 48 (partim) :

... signatum et ipsum humanae resurrectionis exemplum in testimonium uobis. (8) Lux cottidie interfecta resplendet et tenebrae pari uice decedendo succedunt, sidera defuncta uiuescunt, tempora ubi finiuntur incipiunt; fructus consummantur et redeunt, certe semina non nisi corrupta et dissoluta fecundius surgunt; omnia pereundo seruantur, omnia de interitu reformantur. (9) Tu homo, tantum nomen, si intellegas te, uel de titulo Pythiae discens, dominus omnium morientium et resurgentium, ad hoc morieris, ut pereas? Ubicumque resolutus fueris, quaecumque te materia destruxerit, hauserit, aboleuerit, in nihilum prodegerit, reddet te. Eius est nihilum ipsum, cuius et totum. (10) "Ergo", inquitis, "semper moriendum erit et semper resurgendum?" Si ita rerum dominus destinasset, ingratis experireris conditionis tuae legem. At nunc non aliter destinauit quam praedicauit. (11) Quae ratio uniuersitatem ex diuersitate composuit, ut omnia aemulis substantiis sub unitate constarent, ex uacuo et solido, ex animali et inanimali, ex comprehensibili et incomprehensibili, ex luce et tenebris, ex ipsa uita et morte, eadem aeuum quoque ita destinata distincta conditione conseruit, ut prima haec pars, ab exordio rerum quam incolimus, temporali aetate ad finem defluat, sequens uero, quam expectamus, in infinitam aeternitatem propagetur. (12) Cum ergo finis et limes, medius qui interhiat, adfuerit, ut etiam ipsius mundi species transferatur aeque temporalis, quae illi dispositioni aeternitatis aulaei uice oppansa est, tunc restituetur omne humanum genu ...

Une image de la résurrection: "Tous les jours la lumière expire et renaît; sans cesse les ténèbres lui succèdent pour lui faire place : les astres semblent et s'éteindre et se rallumer. Toutes les révolutions des temps se renouvellent. Les fruits finissent pour recommencer; les semences se corrompent pour multiplier; tout se conserve par sa destruction même, se reproduit par sa mort.

Homme, être sublime, si tu as appris de l'oracle d'Apollon à «te connaître toi-même, comme le seigneur de tout ce qui meurt et de tout ce qui renaît,» toi seul en mourant tu périrais pour toujours ? Quelque part que tu sois mort, quelque corps que ce soit qui ait détruit le tien, qui l'ait englouti, consumé, et, ce semble, anéanti, il te le rendra : le néant obéit à celui à qui le monde entier obéit.

«Quoi donc, dites-vous, faudra-t-il toujours mourir, toujours ressusciter?» Si le Maître de l'univers l'avait ainsi réglé, il vous faudrait bon gré mal gré subir sa loi; mais il n'a rien réglé là-dessus, que ce qu'il nous a lui-même appris.

La même sagesse qui a composé l'univers, ce tout si bien assorti, des éléments les plus opposés, qui fait concourir à sa perfection le plein et le vide, les êtres animés et inanimés, ce qui tombe sous nos sens et ce qui leur échappe, la lumière et les ténèbres, la vie et la mort ; la même sagesse a placé à la suite l'une de l'autre deux périodes de siècles bien différentes : la première qui a commencé avec le monde, et qui finira avec lui; la seconde que nous attendons, et qui se confondra avec l'éternité.

Lors donc que sera arrivé ce terme qui sépare le temps de l'éternité, la figure de ce monde s'évanouira; le rideau tiré, l'éternité paraîtra. Tous les hommes ressusciteront, ..."

Adieu, Professeur.


2. Enseignement : A propos de CALIGULA : un portrait (Lucien Jerphagnon) - une ambassade juive auprès de Caligula (Philon d'Alexandrie) :

Paul-Augustin DEPROOST consacre, en 2006-2007, son cours d'Auteurs latins à la Vie de Caligula de Suétone.

Rappelons qu'un environnement hypertexte existe aussi pour cette oeuvre ainsi qu'une présentation, en juxtaposition, chapitre après chapitre, de cette Vita au sein de la BCS (Bibliotheca Classica Selecta, où, signalons-le encore une fois, Suétone constitue, mois après mois, le numéro UN en consultations et, cela, depuis plusieurs années !)

Au titre de complément d'information, nous avons jugé utile de vous livrer ici un portrait de l'empereur Caligula ainsi qu'un récit d'une ambassade auprès de cet empereur; récit dû à Philon d'Alexandrie (vers 12 av. J.-Chr. - vers 54 apr. J.-Chr.), Légation à Caïus ou des vertus; oeuvre pour laquelle nous avons préparé un environnement hypertexte (cf. infra).

Portrait : Lucien JERPHAGNON, Le divin César. Étude sur le pouvoir dans la Rome impériale.
Paris, Tallandier, 1991, pp. 78-83

"... On observe également chez Gaïus des conduites qu'on serait tenté de dire surréalistes, et qui évoquent les films de Bunuel. Il invitait des sénateurs en toge à courir à côté de sa voiture; il faisait se battre, au cirque, de hauts personnages âgés ou infirmes avec des gladiateurs en retraite. Une fois, en Germanie, il fit disposer l'armée en formation de combat et subitement prescrivit aux soldats de ramasser des fruits de mer dans leurs casques. « Un jour qu'on approchait une victime de l'autel, il parut, la tunique troussée comme les officiants, et élevant bien haut le maillet, il immola le sacrificateur. »

Une autre fois, faisant fouetter un artiste, il le complimentait pour sa voix mélodieuse tandis que l'autre braillait. Il fallait, pour déjeuner à sa table, avoir l'estomac solide, car il agrémentait volontiers le repas de tortures, ou de quelque décollation. Il adorait la plaisanterie : « Un si joli cou, disait-il en baisant la nuque de sa femme ou de quelque maîtresse; je n'ai qu'un mot à dire et on le coupe! »

Le passé même ne trouvait pas grâce à ses yeux : il songea sérieusement à détruire les poèmes d'Homère, demandant pourquoi il ne lui serait pas permis, à lui, de faire ce qu'avait fait Platon, qui l'avait banni de la cité qu'il voulait fonder. Au moins avait-il retenu cela du livre II de la République. L'absolu dans l'arbitraire : une façon à lui de tendre visiblement au statut divin.

Mais toutes ces excentricités – et j'en ai passé plus d'une –, qui dans nos esprits d'aujourd'hui évoquent l'hôpital psychiatrique, sont à rapprocher d'une autre donnée, essentielle, de la vie du César : son engouement pour l'Égypte. Il faut dire que l'Orient a toujours fasciné les Romains, et notamment l'Égypte depuis que Rome s'en est rendue maîtresse. Par Antonia sa grand-mère, Caligula descendait d'Antoine : la vieille dame, auprès de qui il avait passé quelques années dans son enfance, l'avait marqué.

Et puis, il y avait l'entourage : son service était assuré par un personnel égyptien attentif à lui prodiguer les bons procédés qui étaient de tradition dans le pays à la cour des Lagides. « Il ne se trouva personne, écrit encore Philon, que ce soit parmi les Hellènes ou parmi les Barbares, qui fit mieux que les Alexandrins pour fortifier sa passion sans mesure d'une condition surhumaine. Très forts pour les flatteries, les faux-semblants, avec leur répertoire de termes caressants », ces Levantins n'eurent pas de peine à mettre en condition un Gaïus qui raffolait de ce protocole ritualisé, flamboyant, ordonnant qu'on psalmodiât de continuelles litanies à sa gloire.

Un Romain normal eût sombré dans la folie ; Caligula s'en délectait. L'un de ces hauts laquais, un certain Hélicon, chambra littéralement le prince. Quoi d'étonnant, dans ces conditions, qu'il se prît à rêver d'Alexandrie? Lui qui s'éprouvait si différent de ses austères prédécesseurs – et si envieux de leur gloire –, lui qui se sentait, au contraire si proche des monarchies hellénistiques, il concevait des projets insensés. Puisqu'il était dieu en Égypte, pourquoi pas ailleurs? Partout sur la terre, du moins aussi loin que s'étendaient les frontières de l'Empire?

Dans ce psychisme hanté de phantasmes, l'idée faisait son chemin. Il officialisa le culte d'Isis, rétablit des vassalités, pour se poser en roi des rois. Il introduisit au palais des usages qui n'avaient plus rien de romain, à base, nous l'avons vu plus haut, de prosternations et de baise-pied. Il prenait, dit Suétone, des bains d'or.

A ce sujet, deux études éclairantes de l'École française de Rome ont rappelé que l'or, sa possession, sa distribution, tout cela était en Égypte l'apanage de la divinité pharaonique. « Les Égyptiens, note François Daumas, professaient sur l'or une théorie que nous pourrions qualifier de métaphysique. » Une inscription de Séthos I", deuxième roi de la XIX° dynastie, précise aimablement : « Quant à l'or, c'est la chair des dieux; ce n'est pas votre affaire » – antique version du moderne : « Touchez pas au grisbi ! » Les fameux bains d'or de Caligula sont donc à regarder comme un rite de communion épidermique, sacramentelle, avec le divin. De même la distribution de pièces d'or du haut de la basilique Julia : manifestation liturgique, théurgique, de la divine munificence.

C'est dans la même perspective égyptianisante qu'il faut voir les relations de Caligula avec ses soeurs. On sait qu'il les associait aux fastes sacrés, leur faisant partager sa gloire – et autre chose aussi, puisqu'il passait pour coucher avec les trois, marquant toutefois une préférence pour la plus jeune, Drusilla, avec qui il contracta des épousailles philadelphes, à la manière des Ptolémées : il n'hésitait pas à pousser assez loin le pastiche.

Il ne faut donc pas chercher plus loin la source de ces comportements étranges, où Caligula réendosse carrément les grands rôles du passé hellénistique ou égyptien. Avec son pont de bateaux réunissant Baïes à Pouzzoles, il fait mieux que Xerxès avec sa passerelle sur l'Hellespont; l'identité supposée de la conjoncture astrale le pose comme le nouvel Alexandre, comme l'a bien vu Jean Gagé ; l'épisode aussi, raconté par Sénèque, d'après qui Caligula aurait voulu, moyennant finances, s'attacher le philosophe Démétrios le Cynique, tout cela reçoit dans cette optique son vrai sens.

Prenons Démétrios : il était plutôt mal élevé, et gardait son franc-parler. Des gens sans culture, il disait aimablement : « Qu'ils parlent ou qu'ils pètent, c'est pareil » – ce qui est d'ailleurs rigoureusement conforme à l'anthropologie stoïco-cynique, où l'âme est souffle matériel. Dès lors, on voit mal ce qui aurait pu attirer Gaïus dans la personnalité de Démétrios – qui du reste l'avait envoyé promener –, si ce n'est la ressemblance avec le plus célèbre des cyniques, Diogène de Sinope. Ainsi, tout est clair : à ce nouvel Alexandre, il fallait un nouveau Diogène ! Rien non plus de surprenant si Caligula avait souffert sans rien dire – ce qui n'allait pas avec son tempérament – la rebuffade de Démétrios : Alexandre non plus n'avait rien dit quand Diogène l'avait invité à s'ôter de son soleil !

Nouveau Xerxès, nouvel Alexandre, Caligula n'hésite même pas à redoubler la magnificence de Cléopâtre, en ingurgitant comme elle des perles précieuses dissoutes dans du vinaigre. Étrange typologie, qui permettait aux Anciens de synthétiser, et de façon compréhensible par tous, le passé et l'avenir dans un présent symbolique !

Les gamineries sanglantes d'un Caligula ne sont donc pas à prendre au premier degré : elles font partie d'un propos politique, cohérent au départ, qui nous ramène aux traités "De la royauté" dont nous avons parlé plus haut. Il serait instructif, pour s'en convaincre, de comparer avec ces vénérables livres le dialogue de Caligula avec Macron, son préfet du prétoire, tel que Philon en fait état. En effet, dans les deux textes il est dit que le souverain ne ressemble à personne; il ne doit pas être vaincu par le plaisir mais le vaincre et le dominer; il est le berger du troupeau; il est appelé par la nature à tenir la barre du navire; il est le bienfaiteur de ses sujets. Gaïus en est convaincu : n'est-il pas issu d'une lignée providentielle? On remarquera au passage les ascendances platoniciennes des métaphores : le roi-pilote, le bouvier supérieur à ses bêtes et le meneur d'hommes supérieur aux hommes, du quatrième livre des Lois de Platon.

Les ascendances pythagoriciennes aussi, avec le roi incomparable, et cette analogie qui déjà nous est connue, selon laquelle ce que Dieu est à l'univers, le roi l'est aux humains. L'hérédité stoïcienne se remarque également, avec les raisons séminales : il existe des semences de royauté comme il en est d'autre chose. Ainsi voit-on se synthétiser à partir de tout cela le caractère sacré du pouvoir royal. Or, Caligula pousse à la caricature, précisément, le thème de l'idéologie monarchique qui était incontestablement dans l'air à cette époque. On ne délire jamais tout seul. Ou plutôt, si le délire est nécessairement individuel, il n'est pas pour autant un phénomène privé, qui sortirait des cadres mentaux d'une société donnée, idées et images comprises. Seulement, en forçant le trait jusqu'à la caricature, Caligula fait apparaître, précisément, cette monarchie si bien cachée que ses deux prédécesseurs avaient su exercer avec tant de doigté.

Et voilà qui dépasse infiniment les excentricités de l'homme : dans ce qui, de loin, peut donner l'impression d'un bric-à-brac d'aliéné, on voit se former une idéologie impériale sacralisée, où le princeps, par la grâce de traditions venant d'un peu partout et artistement mêlées, apparaît comme le titulaire providentiel d'une monarchie conforme à l'ordre divin de la Nature.

Probablement déséquilibré en dépit de sa grande intelligence, Caligula dépassa la mesure, et dans un sens qui ne pouvait plaire à un Sénat constamment humilié au profit de la plèbe. Envoûté par le modèle égyptien comme l'avait été son oncle Antoine, il avait rêvé de faire du princeps de la Res publica romaine un dynaste à l'orientale.

Mais les vieux Romains n'aimaient ni la monarchie, ni la désinvolture, ni la démagogie, lorsque tout cela s'exerçait à leur détriment. Ce nouvel Antoine n'allait-il pas déplacer vers l'Orient le centre de gravité de la romanitas? Dans les épousailles philadelphes du despote, on voyait surtout un galopin vicieux dans le lit de ses soeurs, et dans tout le reste, les excentricités d'un fou dangereux. Ce genre de monarchie ne s'imposerait qu'au troisième siècle, avec un Héliogabale. Caligula était venu trop tôt.

Tel était cet homme étrange, dont personne ne sera surpris qu'il ait fini assassiné. Chose remarquable pourtant, aucun des auteurs, pour hostiles qu'ils lui soient, n'a jamais mis en doute son intelligence. Il était apte à tout apprendre, note Suétone. Il fusait en remarques aiguës, pénétrantes. De sa grand-mère Livia Augusta il disait que c'était un Ulysse en jupons; des écrits de Sénèque il faisait des compositions pour concours, et de son style « du sable sans chaux ». Sa maladie devait d'ailleurs laisser intactes sa facilité exceptionnelle de parole et son goût des lettres. Il organisa même à Lyon un concours d'orateurs ! Malheureusement, on ne sait pas grand-chose de ses rapports avec la philosophie et les philosophes : des détails. D'abord qu'il fit trucider un certain Julius Graecinus, « homme passionné d'éloquence et de philosophie », mais Sénèque voit là pure jalousie : en effet, ce Graecinus « dépassait le degré de mérite qui peut être avantageux au tyran chez quelque sujet que ce soit ». On sait aussi que Caligula nourrissait contre Sénèque de noirs desseins : « il s'en fallut de peu, rapporte Dion Cassius, qu'il ne le fît mettre à mort, sans qu'il eût commis aucun crime ni même justifié quelque soupçon; simplement parce qu'il avait brillamment plaidé une cause devant lui ». En fait il l'avait gracié sur le conseil d'une de ses maîtresses, qui lui avait représenté que de toute façon, le philosophe, malade, mourrait bientôt. Enfin, on sait que Caligula avait cherché à se concilier Démétrius le Cynique, et j'ai dit pourquoi. Nous n'en saurons sans doute jamais plus.

Dernier aspect de ce dossier, et qui n'est pas sans importance idéologique : la fidélité implacable de la mémoire historienne, qui transmettra jusqu'à nos jours les délires de Caligula, les réactualisant de temps en temps par le roman, le théâtre puis le cinéma, représentant de façon quasi rituelle à la terreur des humains le triple mythe du prince-enfant, du prince-fou et du prince charmant rendu fou par le philtre.

Bien sûr que Caligula était dérangé, et la vie lui en avait donné plus d'une occasion. Mesure-t-on le poids du principat sur les épaules d'un gamin au psychisme vacillant, à l'hérédité chargée, à la jeunesse dramatique? Germanicus, son père, mort jeune dans des circonstances mal éclaircies; sa mère, exilée dans des conditions pitoyables. Ses frères aînés, occis, et l'un d'eux, Drusus, mort de faim dans son cachot, réduit à dévorer le foin de son matelas. Et que dire des intrigues de cette famille façon Atrides, des complots, de l'espionnage de palais! Ambiance peu équilibrante pour un adolescent mal poussé. ..."

Récit : Philon d'Alexandrie, Écrits historiques par : Ferdinand DELAUNAY,
Paris, Didier, 1870, pp. 79-80 :

"... Le seul livre historique de Philon qui nous soit parvenu avec le Plaidoyer contre Flaccus, c'est la Légation à Caïus. Philon y rappelle les heureuses promesses données par le successeur de Tibère, au début de son principat; puis il le montre faisant éclater ses penchants effrénés et criminels; il raconte ses orgies, ses crimes, le meurtre de son cousin, un enfant , de Marcus Silanus, son beau-père, de Macron, son sauveur ; il raconte ses vols, ses rapines, la prodigieuse fantaisie qui le prit de se faire passer pour dieu, les mascarades que cette fantaisie lui inspira, la haine qu'elle lui fit vouer au peuple juif; il résume les troubles d'Alexandrie, dont il a déjà fait le récit.

Philon remonte ensuite au gouvernement d'Auguste pour établir que les Césars ont jusque-là consacré le droit des Hébreux au libre exercice de leur culte, que c'est un fait acquis à l'histoire, une tradition politique à suivre, une justice rendue au caractère pacifique de la nation, une récompense méritée de son dévouement inaltérable à la famille impériale.

Mais soudain, sans transition, sans qu'on nous ait avertis de la résolution prise par les Juifs d'envoyer une ambassade à Rome, nous nous trouvons au milieu du récit des événements qui marquèrent la légation des Alexandrins. Le désordre de la narration, indice à peu près certain d'une lacune, reparaît dans plus d'un endroit de ce livre, et nous inspire des regrets d'autant plus vifs que ce document, si précieux pour l'histoire, offre des beautés littéraires de premier ordre. Caïus accueille d'abord favorablement les députés, puis les torture et les outrage dans une scène admirablement peinte par Philon. Le soulèvement qui eut lieu en Judée, à cette époque, de 40 à 41, forme un long épisode de la fin de la Légation à Caïus. ..."

Nous avons préparé l'environnement hypertexte pour cette Légation à Caïus (cf. infra).


3. Projet HELIOS : un bilan, un rapport, un projet :

Pendant l'année 2005-2006 des contenus pédagogiques ont été créés et placés sur la Toile, des nouveaux cours se sont donnés suivant la formule "enseignement en présentiel + enseignement tutoré à distance", des activités complémentaires (tutorats, défis-lecture) ont eu lieu.

Aujourd'hui, nous pouvons renvoyer les lecteurs intéressés à trois documents dont deux constituent des suivis de ces activités menées en FR et en BE dans le cadre de la collaboration "Académie de Grenoble - UCL-LLN" autour du Projet HELIOS :

Bilan : Sophie van Esch, Collège de Vif (FR) : expérimentation du projet LOG-HELIOS dans le cadre de l’enseignement des langues anciennes

Rapport : Dominique Vinel (BE) : Rapport du projet d’année (2005-2006) en 4F : double jumelage virtuel avec 2 écoles françaises et voyage en France en mars 2006

Projet : Cécile Mauris (FR) : Le défi-lecture en latin « joutes interacadémiques et transfrontalières » : Programme des 2 projets de l’année 2006-2007 menés au lycée Boissy d’Anglas d’ANNONAY


4. Lecture : L'homme et les quatre éléments :

A l'occasion de la rentrée de l'Institut de France, Jacques JOUANNA (*) a donné une conférence dont le contenu a été reproduit (partim) dans le journal Le MONDE, édition du 25 octobre 2006. Intitulé : L'homme et les quatre éléments, sous-titre : La médecine grecque nous a livré une version quaternaire de la nature. Enquête sur vint-cinq siècles.

(*) Hippocrate. La nature de l'homme, ed. Jouanna J., Leipzig, 1975, 331 p.(Corpus Medicorum Graecorum) : texte grec avec traduction française et commentaire en français.

Extrait :

"... Rendons-nous au sud de Rome, dans la crypte de la cathédrale d'Anagni, dont les fresques du XIIIe siècle sont célèbres.
Levons la tête vers la voûte, qui nous donne une image de la place de l'homme dans l'Univers en cette période du Moyen Age occidental.
Tout est organisé en cercles concentriques divisés en quadrants. Les deux cercles extérieurs sont ceux du monde, comprenant les quatre éléments (air, feu, terre et eau) et les quatre saisons (printemps, été, automne, hiver).

Les cercles intérieurs sont ceux de l'homme, petit monde ou microcosme, défini par quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire, phlegme), correspondant aux quatre éléments de l'Univers et par quatre âges (enfance, jeunesse, âge mûr, vieillesse), correspondant aux quatre saisons.
Ce qui sous-tend l'analogie entre l'homme et l'Univers, ce sont les quatre qualités élémentaires (chaud, froid, sec, humide), chacun des éléments de l'homme ou de l'Univers se définissant par la prédominance de deux d'entre elles.

Il y a donc quatre séries distribuées dans autant de quadrants, par exemple, dans le quadrant sud-est, la série des éléments froids et secs : bile noire, âge mûr, terre, automne.
Ce schéma circulaire qu'on retrouve dans des manuscrits latins plus anciens pourrait être complété par un cercle concentrique supplémentaire pour l'homme, en inscrivant dans chacun des quadrants le tempérament correspondant : sanguin, bilieux, mélancolique, phlegmatique.

Point n'est besoin d'insister sur l'extraordinaire diffusion de cette figuration, non seulement dans l'Occident médiéval, mais bien au-delà, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. (..) A qui est attribuée cette représentation de l'homme dans l'Univers ? A un philosophe ? Non ! A un médecin. (...) Le doigt levé, Hippocrate délivre son enseignement à son disciple Galien, qui l'écoute avec déférence. ..."

"C'est précisément le traité hippocratique intitulé La Nature de l'homme qui est le fondateur de la théorie des quatre humeurs. La nature de l'homme n'est pas simple, mais elle est constituée de quatre éléments innés (sang, phlegme, bile jaune et bile noire), qui sont en équilibre, lorsque l'homme est en bonne santé, et en déséquilibre, lorsqu'il est malade. (...)

Les quatre humeurs varient suivant le cycle des quatre saisons, selon une loi fondée sur la notion même de nature : chaque humeur est au plus haut dans le corps suivant la saison qui est conforme à sa nature. Or santé et maladie étant définies par l'équilibre et le déséquilibre des humeurs, il suit que le déséquilibre naturel lié aux saisons prédispose aux maladies, qui sont donc saisonnières. Si l'on ajoute la correspondance entre les humeurs et les âges, énoncée à propos de la bile noire qui prédomine non seulement dans la saison de l'automne, mais aussi dans la période de la vie comprise entre vingt-cinq et quarante-deux ans, on tient là le socle initial de la théorie établissant un rapport entre les humeurs, les saisons et les âges. ..."

Les HODOI ELEKTRONIKAI ne renferment, à ce jour, aucune oeuvre d'HIPPOCRATE (vers 460 - vers 370 av. J.-Chr.). Nous avons voulu savoir si un autre auteur, recensé par nous, avait repris cette théorie des quatre éléments.

Nous avons interrogé la base de données De la forme ou de l'expression française aux littératures latine et grecque via les critères de sélection "sang ET phlegme" : nous avons obtenu une seule réponse :

PLATON, Tmée, p. 82

où Platon, de 30 ans le cadet d'Hippocrate, reprend justement cette théorie, objet de la conférence de Jacques JOUANNA.
Dans LE MONDE la référence à Platon n'était pas indiquée. L'outil TICE mis au point par nous a permis de la détecter sans guère de difficultés.


5. ITINERA - HODOI : nouveaux environnements hypertextes :

Pendant cette semaine aux activités multiples (entre autres, les 24H vélo), Christian Ruell, après avoir accompli un certain nombre de tours, a encore trouvé assez de "souffle" pour constituer pas moins


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002