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Date :     12-03-2001

Sujets :
Bamiyan; Afghanistan; bouddhas géants; destruction des idoles; vandalisme;

Notice :

Concerne: statues géantes de bouddhas taillés dans le roc à Bamiyan en Afghanistan; bouddhas menacés de destruction par les talibans au pouvoir en Afghanistan.

Article: Gérard FUSSMAN, Polyeucte et les talibans, dans: Le MONDE, édition du 9 mars 2001

Synthèse:
  • La destruction par les talibans des Bouddhas géants de Bamiyan a suscité un concert de protestations dont il faut se réjouir.
    Motif invoqué pour ces destructions: le retour à l'idolâtrie qui met en péril l'Islam.

  • ... le visage du grand Bouddha a sans doute été détruit dès l'arrivée de l'Islam, il y a plus de 12 siècles, et ses jambes au XVIIIième siècle par les canons du Persan Nadir Shah; ...
  • ... depuis la fin du premier siècle de l'Hégire [début de l'ère musulmane et point de départ du calendrier musulman: en 622 ap. J.-Chr.]les musulmans détruisent les idoles [à commencer par celles qui se trouvaient à l'intérieur de la mosquée Makkah Al Moukarramah (La Mecque), prise d'assaut par Mahomet en 630 ap. J.-Chr.]... L'islam traditionnel interdit aussi la reproduction du visage humain, l'homme ne devant pas rivaliser avec l'oeuvre du Créateur.
  • Critiquons les talibans ... mais n'oublions pas que nous donnons, ou donnions, en exemple à nos enfants ces destructeurs d'idoles que furent Moïse et Polyeucte ...

Cf. Guy DUPLAT, Pillage et destruction en Afghanistan, dans: La Libre Belgique, édition du lundi 12 mars 2001.
G. D. apporte des informations complémentaires:

  • Le site de Bamiyan ... fut un lieu de passage pour les innombrables caravanes: celles des missionaires bouddhistes venus d'Inde, celles des Chinois en pélérinage vers le lieu de naissance de Bouddha, ou encore celles de la route de la Soie.
  • Le grand bouddha devait avoir en guise de tête un masque en or, ... Les trous dans la pierre indiquent que des vêtements précieux couvraient une partie du bouddha.
  • ... ces bouddhas de Bamiyan dateraient du III° ou IV° siècle, c'est-à-dire au dernier apogée de l'art du Gandhara. Le Gandhara est cette symbiose étonnante entre l'art grec apporté par les conquêtes d'Alexandre le Grand et l'art bouddhique, la rencontre d'Apollon et de Bouddha.


A. BAMIYAN: ville afghane qui était jusqu'il y a quelques années un des sites touristiques les plus visités d'Afghanistan.
Aux 3-4ième siècles de notre ère et, puis, au 5ième siècle y ont été taillés dans le roc deux statues géantes de Bouddha; l'une mesure 38 m de haut et montre un bouddha assis, l'autre mesure 55 m de haut et représente un bouddha debout. Deux siècles plus tard, ce lieu, situé sur la route de la soie allant de Rome en Chine, comptait de l'ordre de 10 monastères et un bon millier de moines dont les cellules étaient creusées elles aussi dans le roc.
Au XIIième siècle les hommes de Genghis Khan ont complètement détruit la ville de Bamiyan et ont anéanti sa population. Au XVII et XVIII ièmes siècles les statues géantes ont servi de cible aux canons des occupants successifs.

En 1996, le magazine L'Express, édition du 1-7 août, a consacré un article de fond aux "Bouddhas aveugles de Bamiyan" en lançant un appel pour la préservation de ces monuments faisant partie du patrimoine mondial. Appel répercuté aujourd'hui - en 2001 - mondialement devant la menace (imminente) de passage à l'acte brandie par les talibans.

Cf. Michael BARRY, Il n'y a pas que les bouddhas de Bamiyan! Le passé anéanti, dans: Le Nouvel Observateur, 12-18 avril 2001.

Extrait:

Du IV° siècle avant J.-Chr. au VI° siècle après, l'Afghanistan, qui s'appelait alors Bactriane, ... devint la terre de rencontre entre la culture grecque arrivée dans le sillage d'Alexandre et les civilisations de l'Asie méridionale et orientale. ...

Le royaume gréco-bactrien a duré deux siècles, de 250 à 50 avant notre ère, engendrant un syncrétisme étonnant: les Grecs se convertirent au bouddhisme tout en gardant la langue et l'alphabet grec. ...

Dynastie suivante: les Koushân. Ce sont ces Koushân qui prendront la décision révolutionnaire, à la fin du 1ier siècle de notre ère, de donner un visage au Bouddha - jusque-là représenté uniquement par des symboles. Et ce visage de Bouddha sera tout naturellement le visage d'Apollon, représenté avec son chignon et vêtu du drapé hellénistique. ...

Les grands bouddhas de Bamiyan qui viennent d'être détruits relèvent de cet art gréco-bouddhique, et on peut dire qu'ils représentent - ou plutôt représentaient - pour la culture chinoise, coréenne et japonaise l'un des berceaux de leur esthétique, un symbole aussi important que l'est pour nous le Parthénon.

Cf. Jean-Michel FRODON, La guerre des images, ou le paradoxe de Bamiyan, dans: Le MONDE, édition du vendredi 23 mars 2001.

J.-M. FRODON dans son article mène une réflexion sur le sens de ce geste très ancien: détruire des images. D'après lui Si une transcendance habite ces objets [les statues géantes], si une croyance que des fondamentalistes peuvent percevoir comme en rivalité avec leur religion s'y trouve, c'est celle-ci et seulement celle-ci: d'être perçues comme des oeuvres d'art (ce qui n'était évidemment pas le sens que leur donnaient ceux qui ont sculpté les géants de Bamiyan au V° siècle de notre ère).
Cette croyance culturelle, élaborée en Occident, est aujourd'hui l'un des principaux liens qui unissent ce qu'on appele la communauté internationale (et qui est loin de contenir la population mondiale).
C'est contre celle-ci, et contre un rapport au monde valorisant une relation non religieuse à l'invisible, qu'ont été placées les charges d'explosifs qui ont anéanti les Bouddhas géants [photos Le POINT, n° 1488, 23 mars 2001, p. 20 et Le Nouvel Observateur, num. 12-18 avril 2001, p. 15]. ...

Suivi: Françoise CHIPAUX, Les ruines des bouddhas géants de Bamiyan au coeur d'une région ravagée par les combats. Le régime des talibans a organisé une première visite de journalistes étrangers sur le site [après le dynamitage des Bouddhas]; dans: Le MONDE, édition du mercredi 28 mars 2001.

Extrait: Les habitants de Bamiyan appelaient le plus grand Bouddha, haut de 53 mètres, Solsol (année après année) et le plus petit, 35 mètres, Shamana (la mère du roi). Récit d'un Taliban: Nous avons tout fait sauter, il y a dix jours [16 mars 2001]. Nous avons commencé par les jambes du grand Bouddha puis nous avons détruit le petit.Il nous a fallu quatre jours pour venir à bout du grand Bouddha. Avec des mines, des explosifs et même des obus de chars.

Suivi: Jean-Philippe DOMECQ, La France aussi a eu ses taliban dans: MARIANNE, n° 207, 9 au 15 avril 2001, pp. 68 - 73.

Ouvrages cités en références:

  • Louis REAU, Histoire du vandalisme, les monuments détruits de l'art français, , Laffont, 1ière éd. 1959, 2ième éd. augmentée 1994, 1216 pp., 149 FF.
  • Claude de MONTCLOS, La Mémoire des ruines. Anthologie des monuments disparus en France. Mengès, 1992, 322 pp., 250 FF

Vandalisme: La destruction des Bouddhas géants par les taliban afghans a été considérée internationalement comme un acte de vandalisme.

Le mot vandalisme a été inventé par l'abbé GREGOIRE, député du clergé lorrain aux états généraux puis évèque constitutionnel de Blois, dans un rapport présenté à la Convention nationale le 14 fructidor an III (31 août 1794).

Types et Actes de vandalisme cités:

  • le vandalisme révolutionnaire français: septembre 1792: abbaye de Saint-Germain-des-Près: massacre des aristocrates et prêtres y emprisonnés; justification invoquée aux débordements des hordes révolutiuonnaires: la destruction de tout ce qui portait l'empreinte du royalisme et de la féodalité; incendie des bibliothèques sous prétexte que la théologie c'est du fanatisme; l'histoire, des mensonges; la philosophie, des rêves; les sciences, on n'en a pas besoin. On saccage les tombes royales de Saint-Denis; on pille les châteaux; on brûle statues et tableaux; on éventre les églises et on fait rouler les têtes des saints et des rois. Pour libérer l'homme nouveau, il faut le débarasser des oripeaux du vieil homme.

  • les huguenots et les guerres de religion: on retrouve la même conviction - partagée par les taliban - que les signes du passé sont dangereux. 1562 fut pour les huguenots l'équivalent de 1793 pour les révolutionnaires. Saccage à Caen des abbayes bénédictines; à Bayeux: mise à sac de tous les édifices religieux. Massacre des religeuses et des religieux.

  • le vandalisme catholique: l'abbaye de Port-Royal-des-Champs rasée en 1710 par Louis XIV. Seul souvenir laissé en ce lieu de Pascal et de Racine: les bases des colonnes de cette abbaye cistercienne.

  • la spéculation: le château de Richelieu, lègué à sa famille et vendu pierre à pierre au point qu'il n'en reste plus rien; cf. la Bastille sous la révolution.

  • le vandalisme par incurie. Exemple cité: les maisons bâties autrefois sur les ponts de Paris. Comme elles étaient juchées sur pilotis de bois, elles étaient vulnérables aux crues, au feu, à la dérive d'une péniche. Laissées en l'état, elles furent détruites lors de la grande crue de 1497 qui les emporta avec leurs habitants dans le fleuve. Les prévôts et les échevins furent condamnés à de lourdes amendes.

Suivi: Der SPIEGEL, n° 14 / 2001 signale, p. 136, une autre statue d'un Bouddha géant, cette fois-ci couché, au musée national de la capitale du Tadjikistan (Douchambé). Bouddha découvert près de la frontière avec l'Afghanistan; il mesure 14 m et appartenait à l'institution monastique d'Adschina-tepe qui était un centre de culture bouddhique au 6ième siècle de notre ère. Ce sont des chercheurs soviétiques qui l'avaient découvert en 1966 et scié en morceaux; morceaux placés dans des caisses en bois et cachés dans une cave d'un musée du travail soviétique afin de masquer aux habitants du Tadjikistan leur passé pré-soviétique. Leur histoire ne pouvait commencer qu'avec la révolution d'octobre de 1917. Depuis le destruction des bouddhas géants à Bamiyan, le bouddha du Tadjikistan a été réassemblé.

Cf. Jean-Pierre CHAMBRAUD, Le massacre culturel des talibans, dans Bouddhisme Actualités, n° 21, avril 2001


B. Polyeucte (Polyeuktos), martyr chrétien sous l'empereur Dèce, en 249 de notre ère, à Melitène en Turquie (aujourd'hui: Malataya).
D'origine arménienne, cet officier romain, gendre du gouverneur romain Felix à la suite de son mariage avec Pauline, la fille du gouverneur, fraîchement converti au christianisme, avait été convié à assister à un sacrifice offert aux dieux de l'Olympe; il en profita pour renverser les idoles et proclamer sa foi. L'acte fit scandale; Polyeucte fut condamné à mort et exécuté. Il est fêté le 9 janvier.

En 1643 Pierre CORNEILLE lui consacra une tragédie en 5 actes et en vers.

Cf. Who was Polyeuktos? et un extrait des Acta Sanctorum, Février, t. II, pp. 651-652.

Cf. aussi Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763, chap. IX: Des martyrs: "Considérons le martyre de saint Polyeucte. Le condamna-t-on pour sa religion seule? Il va dans le temple, où l'on rend aux dieux des actions de grâces pour la victoire de l'empereur Décius; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues: quel est le pays au monde où l'on pardonnerait un pareil attentat? ..."


C. Destruction des idoles: " ... la destruction des idoles de pierres fut proclamée, rappelons-le, dès les premiers conciles chrétiens (Cf. le culte des images et la querelle des images).

Lorsqu'en 496 Clovis, roi des Francs, premier roi de notre histoire, se fait baptiser chrétien à Reims, "avec trois mille de ses guerriers", l'évêque Saint Rémi lui dit ces paroles fameuses, rapportées par Grégoire de Tours et reprises par Michelet: "Courbe-toi, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé". "Adore ce que tu as brûlé" se rapporte aux églises et abbayes chrétiennes que les hordes sicambres pillaient régulièrement.
"Brûle ce que tu as adoré" se rapporte, en revanche, au dieu Cernunos, le "dieu de la richesse et de l'abondance", représenté généralement - nous disent les archéologues - "assis les jambes croisées dans la posture du Bouddha".

Cernunos, nous rapporte Jules César dans ses "Commentaires sur la Gaule" (Ier s. av. J-C.), "était le dieu le plus vénéré des Gaulois" (VI, 17).

Caesar, De bello Gallico, VI, 17:

[17] Deum maxime Mercurium colunt. Huius sunt plurima simulacra: hunc omnium inuentorem artium ferunt, hunc uiarum atque itinerum ducem, hunc ad quaestus pecuniae mercaturasque habere uim maximam arbitrantur. Post hunc Apollinem et Martem et Iouem et Mineruam. De his eandem fere, quam reliquae gentes, habent opinionem: Apollinem morbos depellere, Mineruam operum atque artificiorum initia tradere, Iouem imperium caelestium tenere, Martem bella regere. Huic, cum proelio dimicare constituerunt, ea quae bello ceperint plerumque deuouent: cum superauerunt, animalia capta immolant reliquasque res in unum locum conferunt. Multis in ciuitatibus harum rerum exstructos tumulos locis consecratis conspicari licet; neque saepe accidit, ut neglecta quispiam religione aut capta apud se occultare aut posita tollere auderet, grauissimumque ei rei supplicium cum cruciatu constitutum est.

A l'entrée de la cathédrale de Reims, sculpté sur le fronton de la porte principale, on peut voir un personnage, les jambes croisées, courbé sous le poids d'un chrétien qui lui écrase le dos.

Dans les fondements de Notre-Dame de Paris, on a retrouvé une large pierre sur laquelle était gravé le nom "Cernunos". Elle est conservée au musée de Cluny. C'est que, comme la plupart des églises de France, Notre-Dame de Paris fut construite sur l'emplacement d'un temple gaulois."

Cf. aussi Les chapelles du Palais des papes d'Avignon et plus particulièrement la Chapelle Saint-Martial où le peintre Matteo GIOVANETTI a peint, en 1344-1345, une scène dans le registre supérieur représentant le duc Etienne, qui, pour aider Saint Martial dans son oeuvre, envoya un serviteur à Bordeaux pour casser en morceaux les idoles païennes.


D. Conclusion: la destruction d'idoles s'est pratiquée en tous temps et sous toutes les latitudes (cf. statues africaines du temps de la colonisation et monuments aztèques sous les conquistadores). Si les regrets sont bien sûr éternels, nous pouvons cependant essayer de faire en sorte que d'autres destructions du patrimoine mondial ne s'ajoutent pas à celles déjà réalisées.

E. Suivi n° 1:

Les clones du Bouddha, dans: MARIANNE, édition du 1 au 7 octobre 2001:
Pour se consoler de la destruction des statues préislamiques (V°siècle), une entreprise chinoise propose deux répliques fidèles des bouddhas de la vallée de Bamiyan, en Afghanistan. Haute de 37 m, la première reproduit à l'identique le monument dynamité par les talibans. La seconde est une réplique miniaturisée de son petir frère, lui aussi victime des "fous de Dieu". A noter que les copies restituent dans leur fraïcheur première les détails faciaux érodés par les outrages des siècles.


Suivi n° 2::

Benjamin Quénelle, Le retour des bouddhas, dans: Le SOIR, édition du lundi 4 février 2002:

Paul BUCHERER, directeur de l'"Afghanistan Museum": une campagne pour la reconstruction des bouddhas détruits par les talibans devrait se dérouler en trois temps. Premier temps: la réalisation d'un modèle informatique des statues. Deuxième temps: construction d'une véritable reproduction des statues mais au dixième de leur taille réelle soit 5,3 mètres de hauteur. Troisième étape: construction en grandeur nature sur le site même de Bamyan. Coût: 30-40 millions de dollars. Durée: 3-4 ans.

Cf. Claus Christian Malzahn, Afghanistan. Das verlorene Paradies, dans: Der SPIEGEL, n° 6, 4/2/2002.


Suivi n° 3:

Bamiyan avant et après

Cf. Pascale HAUBRUGE, Voyages afghans et Danlièle GILLEMON, Afghanistan. Une histoire millénaire au Musée Guimet, à Paris. Un art vivant, si ... féminin, dans: Le SOIR, édition du lundi 15 avril 2002 à propos de l'exposition organisée au Musée Guimet jusqu'au 27 mai 2002.


Dernière mise à jour: 17 avril 2002

 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002