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Date :     26-01-2006

Sujets :
A propos des tragédies Médée : exposés d'André CHEYNS et de Paul-Augustin DEPROOST; Médée et le naphte; Médée, seule coupable? ; Parcours didactiques et leçons à la HELIOS.

Notice :

Dans le cadre d'une activité de formation organisée à l'UCL au profit des professeurs de langues anciennes, il nous a été donné d'assister, hier, mercredi 25 janvier 2006, à deux exposés remarquables - et remarqués - autour des tragédies Médée :

  • André CHEYNS, La Médée d'EURIPIDE ou la tragédie de la manipulation

  • Paul-Augustin DEPROOST, La Médée de SÉNÈQUE : De la manipulation aux noces barbares.

Une publication est envisagée au sein des FEC de manière à pouvoir toucher une audience plus large. Aussi pour le motif que les deux auteurs ont dû écourter leur présentation pour respecter le schéma horaire établi pour cet après-midi. De cette façon, ce qui n'aura pas été dit, pourra, au moins, être lu.

Nous avons noté :

EURIPIDE, Médée : En conséquence du meurtre de son petit frère Absyrte - meurtre que Médée a commis -, les Dieux la manipulent pour la conduire au désastre final (tuer ses propres enfants).

Euripide est le premier auteur à ne plus imputer le meurtre des enfants de Médée aux Corinthiens qui, avant la version d'Euripide, apparaissaient, par cet acte, comme vengeurs de la mort de leur roi et de sa fille, crimes signées par Médée. Pour Euripide, c'est Médée qui est la mère infanticide et qui se sert de ses enfants comme instruments de sa vengeance.

SÉNÈQUE, Médée : Le noeud de la pièce de Sénèque est la quête de la Toison d'or par les Argonautes autour de Jason. Cette quête est un voyage sacrilège : les espaces divins sont transgressés et le temps de l'âge d'or (candida saecula) est détruit. Âge d'or qui réalisait la symbiose entre l'humanité et son environnement. Par leur voyage les Argonautes ont violé les limites primitives de l'Univers.

Cette quête - ou faute originelle de l'humanité - a eu un double prix : la Toison d'or (symbole du progrès) ... et Médée. Médée préfigure l'g-ekpurôsis finale de l'humanité suivie d'un retour au point de départ, au chaos originel où il n'y a pas d'humanité et où, en ce qui concerne la divinité, nullos esse deos : il n'y a (même) pas de Dieux.

C'est dans cet univers sans Dieux, que Médée, personnification de l'Ange du mal, s'enfuit sur le char du Soleil, symbole de la force naturelle la plus puissante. P.-A. D. a pu dire de Médée, en conclusion, qu'elle représentait "la parabole époustouflante de la violence universelle". Elle ne parle pas, tout au long de la pièce elle crie, elle hurle, elle éructe : la violence l'irradie.

A la fin des exposés, plusieurs questions ont été posées :

  • quel a bien pu être l'expédient dont s'est servi Médée pour provoquer la mort instantanée de la nouvelle épouse de Jason une fois qu'elle s'est parée du vêtement et de la couronne, "cadeaux" de Médée?

    Sénèque raconte cet épisode de la façon suivante (vers 816-839) :

    Tu nunc uestes tinge Creusae,
    quas cum primum sumpserit, imas
    urat serpens flamma medullas.

    [4,820] Ignis fuluo clusus in auro
    latet obscurus, quem mihi caeli
    qui furta luit uiscere feto
    dedit et docuit condere uires
    arte, Prometheus; dedit et tenui
    825 sulphure tectos Mulciber ignes,
    et uiuacis fulgura flammae
    de cognato Phaethonte tuli.
    habeo mediae dona Chimaerae,
    habeo flammas usto tauri

    [4,830] gutture raptas, quas permixto
    felle Medusae tacitum iussi
    seruare malum.
    adde uenenis stimulos, Hecate,
    donisque meis semina flammae
    835 condita serua: fallant uisus
    tactusque ferant, meet in pectus
    uenasque calor, stillent artus
    ossaque fument uincatque suas
    flagrante coma noua nupta faces.

    Pénètre d'un venin puissant cette robe que je destine à Créuse; et qu'aussitôt qu'elle l'aura revêtue, une flamme subtile dévore jusqu'à la moelle de ses os.

    [4,820] J'ai renfermé dans ce collier d'or un feu invisible que j'ai reçu de Prométhée, si cruellement puni pour le larcin qu'il fit au ciel, et qui m'a enseigné l'art de m'en servir. Vulcain aussi m'a donné un autre feu caché sous une mince enveloppe de soufre. J'ai de plus des feux actifs de la foudre tirés du corps de Phaëton, enfant du Soleil ainsi que moi. J'ai des flammes de la Chimère. J'en ai d'autres qui viennent de la poitrine embrasée du taureau de Colchide.

    [4,830] Je les ai mêlées avec le fiel de Méduse pour leur conserver toute leur vertu. Augmente l'énergie de ces poisons, divine Hécate, et nourris les semences de feu que recèlent ces présents. Fais qu'elles échappent à la vue et résistent au toucher; que la chaleur pénètre dans le sein et dans les veines de ma rivale; que ses membres se décomposent, que ses os se dissipent en fumée, et que la chevelure embrasée de cette nouvelle épouse jette plus de flammes que les torches de son hymen!

    Dans les ACTU'ITINERA du 21 janvier 2005 et du 16 décembre 2005, nous avons donné la parole à Pline l'Ancien et à Plutarque qui donnent à entendre que l'expédient utilisé par Médée aurait bien pu être le naphte :

    Pline l'Ancien, Histoire naturelle, II, 109 :

    [2,109] Similis est natura naphthae. Ita appellatur circa Babylonem et in Austacenis Parthiae profluens bituminis liquidi modo. Huic magna cognatio ignium, transiliuntque in eam protinus undecumque uisam. Ita ferunt a Medea paelicem crematam, postquam sacrificatura ad aras accesserat, corona igne rapto.

    [2,109] CIX. (1) La nature du naphte est semblable: on appelle ainsi une substance qui coule comme du bitume liquide, dans les environs de Babylone et dans l'Astacène, province de la Parthie. Le feu a une grande affinité pour elle, et il s'y jette dès qu'il est à portée. C'est ainsi qu'on rapporte que Médée brûla sa rivale: celle-ci, au moment où elle s'approchait de l'autel pour y faire un sacrifice, eut sa couronne aussitôt envahie par le feu.

    Plutarque, Vita Alexandri, chapitre XXXV :

    ... Naphtha bitumini similis est, ita igni obnoxia, ut priusquam flammam contingat, ab ipso saepe splendore qui circa lumen accensum fulget ignem concipiat mediumque aerem inflammet. (2) Eius uim et naturam barbari ut demonstrarent, angiportum quod ad regis diuersorium ducit paucis modo naphthae guttis irrorauerunt, inde in extremo stantes faces imbutis naphtha particulis admouerunt. Iam nox oborta erat. Primis itaque partibus accensis flamma subito et momento temporis ita omnia corripuit, ut totus angiportus in alteram usque partem ignis continuus esse uideretur. ...

    (4) Itaque non absurde quidam fabulam ueritati asserunt, id dicentes uenenum Medeae fuisse quo coronam et peplum (de quibus in tragoediis multus sermo) inunxerit. Neque enim ex his ipsis, neque ultro emicuisse ignem, sed flammam prope appositam ab his tanta celeritate, ut omnem sensum falleret, correptam propagatamque fuisse. ...

    Le naphte ressemble au bitume; il a aussi une telle analogie avec le feu, qu'avant même de toucher à la flamme, il s'allume à l'éclat seul qu'elle jette, et embrase l'air qui se trouve entre deux. Les Barbares, pour faire connaître au roi la nature et la force de cette matière, en arrosèrent la rue qui menait au palais; et, se plaçant à un des bouts à l'entrée de la nuit, ils approchèrent leurs flambeaux des gouttes de ce fluide qu'ils y avaient répandues. A peine les premières gouttes eurent pris feu, que la flamme se communiqua à l'autre bout avec une rapidité que la pensée pouvait à peine suivre, et la rue parut embrasée dans toute sa longueur. ...

    Ce n'est donc pas sans vraisemblance que quelques auteurs, voulant ramener la fable à la vérité, prétendent que le naphte est la drogue dont Médée se servit pour frotter la couronne et le voile dont il est si fort question dans les tragédies; car le feu n'en sortit pas naturellement et de lui-même; mais dès qu'on en eut approché la flamme, par une sorte d'attraction elle s'y communiqua avec tant de rapidité, que l'oeil pouvait à peine l'apercevoir. ...

    Le texte grec peut être lu à l'adresse suivante : PLUTARQUE, Vie d'Alexandre, XXXV

    Rappelons que des environnements hypertextes existent à la fois pour la Médée d'Euripide et celle de Sénèque ainsi que pour les témoignages de Pline et de Plutarque cités ci-dessus.

  • une enseignante, ensuite, a fait en quelque sorte le "reproche" aux auteurs des tragédies consacrées à Médée de faire d'elle la seule responsable des désastres qu'elle cause. Jason serait-il donc exonéré de toute responsabilité, lui qui est à la base du drame par son ingratitude envers Médée et par son parjure : n'avait-il pas promis à Médée d'en faire son épouse unique?

    Comment expliquer à des étudiants d'aujourd'hui, parfois issus de familles séparées et/ou déchirées, la phrase de Jason dans laquelle il dit que c'est pour son bien à elle qu'il se sépare d'elle et qu'il prend une autre épouse?

    La femme est-elle seule victime déclarée?
    L'enseignante se propose, dans une livre consacré à Clytemnestre, autre "victime" des auteurs antiques, - livre qui pourrait paraître bientôt -, de jeter une lumière de femme sur l'action, le rôle et la responsabilité de la femme d'Agamemnon.

  • Enfin, durant la pause, nous avons refait connaissance avec un des enseignants qui avaient participé, en l'an 2000, à l'épopée des parcours didactiques lancés au sein des ITINERA ELECTRONICA. Depuis cette date, il a complété et peaufiné ce parcours mais il n'a pas (encore) installé ces compléments sur la Toile.

    Nous avons convenu avec lui de faire en sorte, dès que l'ocasion s'en présente, que son parcours devienne une leçon "à la HELIOS".
    S'il est vrai que, dans le cadre de la convention de coopération signée entre l'UCL et l'Académie de Grenoble, les contenus pédagogiques à créer sont du ressort des enseignants FR alors que l'UCL s'occupe de l'appareillage NTIC/TICE de ces leçons, cela n'exclut absolument pas la présence de leçons au label BE au sein de cette constellation de séquences d'enseignement.
    Nous pouvons donc lançer ici - l'Actu n'est envoyée qu'aux enseignants BE et FR - un nouvel appel aux enseignants BE pour nous rejoindre dans notre "quête" de savoirs, disponibles sur la Toile; savoirs à enseigner et à apprendre liés aux langues anciennes; savoirs, enfin, appareillés en nouvelles technologies.


Jean Schumacher
LLN, le 26 janvier 2006
Aujourd'hui les Actu'ITINERA fêtent leurs CINQ ans d'existence !


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002