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Date :     23-09-2005

Sujets :
ITINERA ELECTRONICA - HODOI ELEKTRONIKAI : Nouveaux environnements hypertextes : Ange Politien (x 2) , Phèdre - Aristophane, Denys d'Halicarnasse; Enseignement : Ovide et Ulysse au programme académique 2005-2006; Archéologie : La tombe du Quadrige infernal;

Notice :

1. ITINERA - HODOI : Nouveaux environnements hypertextes :

En cette semaine de rentrée académique, Christian RUELL a pu trouver le temps nécessaire à la constitution des environnements suivants :

  • LATIN :

    • Ange Politien (1454-1494), Siluae, Manto [sans traduction française]
    • Ange Politien (1454-1494), Siluae, Rusticus [sans traduction française]
    • Phèdre, Fables, livre IV

  • GREC :

Les textes bruts de ces eouvres se trouvent, aux formats .TXT ou UNICODE, dans les Dépôts ITINERA ELECTRONICA - HODOI ELEKTRONIKAI :

La livraison hebdomadaire d'environnements renferme deux nouveaux auteurs qui font leur entrée dans notre catalogue : Ange Politien, représentant de la latinité de la Renaissance, et Denys d'Halicarnasse, auteur grec au service des Antiquités romaines.

Les environnements relatifs aux oeuvres (ou parties d'oeuvres) de ces auteurs - Les Silves pour l'un, les Antiquités romaines, pour l'autre - sont dépourvus de traduction française. Dans les deux cas, cependant, une telle traduction récente existe mais, justement pour cette raison, elle n'est pas libre de droits :

  • Perrine GALAND, Ange Politien. Les Silves. Paris, "Les Belles Lettres", 1987

  • Valérie FROMENTIN - Jacques SCHNÄBELE, Denys d'Halicarnasse, Les Antiquités romaines, livres I et II, Paris, "Les Belles Lettres", 1990.

    Nous vous livrons ci-dessous l'un ou l'autre extrait tiré de ces éditions et traductions au titre de présentations d'auteur.

    P. GALAND :

    • Quatrième de couverture

      Ange Politien (1454-1494), assez peu connu en France, est pourtant l'une des plus grandes figures de l'Humanisme italien du xve siècle. Professeur, philologue, poète, il vécut à Florence dans l'intimité de Laurent de Médicis, de Marsile Ficin, de Botticelli.

      Les Silves, composées vers la fin de sa carrière, constituent son oeuvre majeure en langue latine. Ces leçons inaugurales, prononcées au Studio (le Collège universitaire de Florence), étaient destinées à préparer les étudiants à la lecture des poètes antiques (Homère, Hésiode, Virgile en particulier).

      Les Silves sont aussi un testament intellectuel de Politien : dépassant leur visée didactique originelle, ces quatre poèmes apparaissent comme la somme des réflexions de l'humaniste sur les pratiques pédagogiques, le sens de la philologie, l'imitation et l'art poétique. Les poèmes reflètent aussi la recherche philosophique de Politien, qui tente d'établir un fragile équilibre entre épicurisme virgilien, néo-platonisme ficinien et humanisme aristotélicien. ...

    • INTRODUCTION : LA PLACE DES SILVES DANS L'OEUVRE DE POLITIEN

      C'est en 1482 qu'Angelo Ambrogini, dit « il Poliziano », compose Manto, la première des quatre Silves. Deux ans auparavant, Politien avait été nommé par Laurent de Médicis professeur au Studio, c'est-à-dire au collège universitaire de Florence. ... A cette date, en effet, la formation humaniste qu'il avait poursuivie à travers son « expérience poétique » depuis le début de ses études, vers 1469, était « pratiquement achevée ». Politien, humaniste accompli, allait désormais se consacrer à son enseignement et à ses travaux philologiques personnels. L'ancien élève d'Argyropoulos, de Landino, de Chalcondylas, de Ficin était devenu l'égal de ses maîtres, il prenait place à son tour parmi les grands du Studio.

      Notre auteur s'était montré jusqu'alors passionnément épris de poésie latine et grecque et, depuis son premier succès, une traduction de l'Iliade en vers latins à la suite de Marsuppini, n'avait cessé de composer lui-même en latin, en grec et en italien ; curieusement, son entrée au Studio en tant que professeur coïncide avec la diminution de sa production poétique.

      La composition des quatre Silves constitue la dernière étape véritable de sa carrière de poète : Manto en 1482, Rusticus en 1483, Ambra en 1485 et Nutricia en 1486. Avec ces oeuvres, il ne s'agit plus de lyrique personnelle mais de praelectiones qui devaient être lues en introduction à ses cours universitaires. On connaît le culte que les humanistes ... vouaient à la poésie, le « seul langage des esprits supérieurs et le véritable moyen de conquérir la gloire », dont la pratique était pour eux « un acte de foi ». Or, après la dernière Silve (Nutricia en 1486), Politien ne devait plus guère composer de vers. La place ultime de ces quatre poèmes dans son oeuvre, ainsi que leur rôle de définition et d'exaltation du métier de poète leur donnent un relief particulier. Ils apparaissent un peu comme un « chant du cygne » (l'image est fréquente dans les Silves) qui célèbre la double fonction de la poésie telle que l'envisageaient les humanistes : octroyer à l'auteur la consécration et la gloire, mais aussi lui permettre de communiquer dans une langue d'élite avec ses pairs. En effet, Politien, conscient d'être enfin parvenu au but qu'il s'était proposé, être poète, et d'avoir atteint le point culminant de son art, évoque sa progression sur le chemin qui mène au « faîte suprême » et, à plusieurs reprises, dit son espoir d'entendre un jour « la savante éloquence chanter en écho son oeuvre dans les trois langues ». Mais il se tourne aussi vers ses cadets, les «jeunes gens d'Étrurie », souhaitant leur ouvrir les portes du « domaine sacré », « que nul profane ne doit violer », et leur donner accès à la « précieuse paix des poètes ».

      Il s'agit donc, avec les Silves, d'un héritage intellectuel et poétique qui, pour Politien, à valeur de modèle et d'incitation aux études humanistes ; c'est en ces termes qu'il dédie Ambra à l'un de ses plus chers disciples, Lorenzo Tornabuoni, cousin du Magnifique : « C'est donc à toi que je lègue ce petit poème [...] pour qu'il te soit un souvenir de mon affection et une incitation à l'étude des lettres [...] », Tibi ergo poemation hoc [...J nuncupamus ut sit amoris nostri monimentum, ut sit incitamentum tibi ad studia literarum [...J. Ainsi l'oeuvre du poète est monimentum, c'est-à-dire un souvenir palpable et indestructible dont « la gloire toujours sera immortelle" » ; elle est aussi incitamentum, exhortation, et propage le souffle de l'inspiration sacrée de livre en livre, de poète en poète, en une sorte de « contagion divine » (contagia, Nutricia, v. 191). Les Silves à leur tour vont s'intégrer dans la « longue chaîne d'anneaux unis par la force mystérieuse de la pierre de Magnésie », symbole platonicien d'une continuité magique de la tradition poétique. ...

    • Conclusion

      A l'époque où Politien écrit les Silves, les buts initiaux de la pédagogie humaniste semblent être modifiés. Les Florentins, et notre poète en particulier, se sont désintéressés de l'action politique ; les Médicis s'abritent derrière un pouvoir autoritaire et s'éloignent du peuple. Après la succession de drames ou de deuils qui ont jalonné sa vie, après sa rencontre capitale avec les philologues vénitiens, et surtout Ermolao Barbaro, qui le conduira à délaisser Platon pour Aristote, et lui fera découvrir la « vraie » philologie, Politien, parvenu à l'âge mûr, moins dépendant désormais de son maître et compagnon de toujours, Laurent, s'est retranché dans la méditation philosophique et poétique. Ce sont les éléments de cette méditation, ses inquiétudes existentielles, mais aussi ses joies esthétiques issues de la poésie qui font l'objet de l'enseignement de l'humaniste.

      Politien veut transmettre à ses élèves son art de vivre et sa foi intérieure ; le modèle qu'il leur propose doit beaucoup aux anciens ; avec son éclectisme habituel, le poète a emprunte à des doctrines variées un idéal composite, adapte à ses aspirations, aux problèmes de son temps. L'art de la rhétorique, appuyé par une culture générale étendue, servira de base à la nouvelle éducation humaniste ; cette rhétorique, science du langage comme de la réflexion philosophique, doit plus encore à Quintilien, orateur-penseur, qu'à Cicéron, orateur engagé mais déjà « littéraire ». Elle tend à donner à chaque individu, plus qu'à la collectivité, les moyens d'atteindre une forme de sagesse modérée mais non austère à la manière des épicuriens.

      Dans la pédagogie de Politien, la modération un peu morne de Quintilien apparaît en effet compensée par un vif sens esthétique emprunté à Stace, par une intuition du mythe puisée chez Homère, enfin par cette ardente dévotion à la nature et à la vie qui revêt, chez Virgile, le nom de pietas. Un tel enseignement ne se transmet pas de maître à élève dans l'indifférence, mais au milieu d'une joie sacrée et presque mystique. La connaissance des mécanismes du langage et des mécanismes de l'âme, alliée à l'« enthousiasme », ne pouvait trouver pour s'exprimer qu'un domaine : celui de la poésie. La chaire de Politien est celle de 1'ars poetica et oratoria. Le poète esquisse, dans les Silves, l'apologie de la Poésie, « mère des Artes », qui englobe toute forme de savoir. L'art poétique n'est plus une science marginale parmi les branches de la connaissance. Les écrits poétiques contiennent, depuis toujours, l'essentiel du savoir humain et, au-delà du savoir objectif, ouvrent la voie de la connaissance intuitive.

      La transmission d'une telle « sagesse » passe assurément par l'art de la parole ; Politien fonde, dans les Silves, un art nouveau du discours, qui contient les préceptes essentiels de la rhétorique antique, mais les dépasse et les oriente vers une poétique originale. La première étape de cette démarche répond à une exigence traditionnellement formulée par les rhéteurs latins : capter et retenir l'attention bienveillante de l'auditoire. Tel est le but de l'exorde des discours, ainsi que de nombreuses figures dont l'impact psychologique était déjà connu des anciens (interrogations, apostrophes, exclamations). Les Silves témoignent d'un souci constant de maintenir éveillé l'intérêt du public. C'est pourquoi Politien intervient fréquemment, dans son oeuvre même, par des remarques critiques sur sa propre création poétique ou sur les oeuvres qu'il présente : ces interventions sont d'abord celles du professeur qui, conscient de son devoir de guide, ne consent à s'abandonner à l'inspiration poétique qu'après avoir donné à ses élèves des repères précis, qui faciliteront leur compréhension ultérieure du texte. Lorsque ces jalons sont posés, le pédagogue s'efface et laisse toute liberté au poète, au uates, qui montre un chemin plus obscur et plus intuitif. ...

    • L'Édition (quelques pages sous la forme d'images numérisées au format PDF) : GALAND (traduction) - BAUSI (texte latin)

    V. FROMENTIN - J. SCHNÄBELE :

    • I. Denys d'Halicarnasse

      De l'auteur si prolixe des Antiquités Romaines, ce que nous savons se résume à une formule contenue dans l'ceuvre elle-même: «Quant à l'auteur, c'est moi, Denys d'Halicarnasse, fils d'Alexandre» (1,8) et à des allusions éparses, simples points de repère biographiques. Denys naquit sans doute aux alentours de l'an 60 av. J.C.: il indique en II,6 que la désastreuse campagne parthe de Crassus (55-54 av. J.C.) eut lieu «de mon temps», et en IV,61 que le temple du Capitole fut rebâti «du temps de nos pères», donc avant sa naissance. Or la reconstruction s'étala de 83 à 69.

      En débarquant à Rome, le futur historien avait une trentaine d'années, puisqu'il situe son arrivée «au moment où César Auguste mettait fin à la guerre civile, au milieu de la cent quatre-vingt-septième olympiade» (I,7); soit entre l'an 31 (victoire d'Actium) et le début de l'an 29 (fermeture solennelle du temple de Janus). Denys précise par ailleurs qu'il consacra vingt-deux ans à amasser la documentation destinée aux Antiquités Romaines, et que la publication du premier livre — au minimum — tomba l'année du consulat de Claudius Nero et Calpurnius Piso, c'est-à-dire en 7 av. J.C. On ignore la date de sa mort: sans doute aux alentours de l'ère chrétienne, du moins si les fréquentes allusions à sa mauvaise santé ne sont pas de pure forme.

      Les circonstances exactes de sa venue à Rome nous échappent entièrement, mais non les motifs. Denys lui-même souligne à maintes reprises la séduction qu'exerçait à la fin du Ier siècle la capitale, «la plus accueillante et la plus humaine des cités» (I,89), et présente son oeuvre comme une «dette de reconnaissance» envers elle (I,6). Et de fait, les conditions de travail dont y bénéficiaient les savants et les lettrés étaient sans nul doute remarquables: l'accès à trois bibliothèques au moins, la fréquentation d'une société cosmopolite et cultivée constituaient un ferment intellectuel exceptionnel. En témoignent les oeuvres d'un Tite-Live, d'un Virgile ou d'un Horace, tous trois contemporains de Denys.

      Ce dernier exerçait à Rome la profession de rhéteur, mais nous ignorons sous quelle forme exacte. Sans doute donnait-il des leçons particulières; rien n'indique en tout cas qu'il ait fondé une école de rhétorique. Il était ainsi amené à fréquenter un cercle de lettrés, où se mêlaient Romains et Grecs romanisés. La plupart d'entre eux ne sont guère pour nous que des noms, à la notable exception de Q. Aelius Tubero, l'un des membres d'une famille réputée pour son goût de l'histoire. Grâce à ces relations, Denys semble avoir eu accès à une documentation historique fort riche — archives privées de grandes familles, informations orales — dont l'influence est sensible dans son oeuvre. Elle lui permettait de compléter les données de l'historiographie grecque et de la tradition annalistique nationale, qu'il utilise par ailleurs abondamment.

    • II. Les oeuvres: rhétorique et histoire

      Nous n'avons conservé qu'en partie l'oeuvre de Denys, mais ce qu'il en reste est considérable. En dépit d'une apparente diversité, la rhétorique y apparaît pour maintes raisons indissociable de l'histoire. En ce sens, le classement opéré par les modernes est une commodité qui, on le verra, ne rend pas véritablement compte des intentions de l'auteur.

      Un premier ensemble d'écrits est traditionnellement regroupé sous le titre d' Opuscules rhétoriques. Prolongement naturel de l'activité de Denys, ces Opuscules nous sont parvenus sous la forme de cinq traités, auxquels s'ajoutent trois longues lettres. Le traité des Orateurs antiques était consacré à l'éloquence attique: Lysias, Isocrate et Isée. Il nous reste également un Démosthène et un Dinarque, tous deux mutilés, ainsi qu'un Thucydide. Le cinquième traité, appelé Synthésis onomaton («De l'arrangement des mots»), est au sens strict un ouvrage de rhétorique où interviennent cependant des éléments de critique littéraire.

      Les trois lettres conservées constituent, elles, un ensemble de considérations stylistiques et littéraires. Deux d'entre elles sont adressées à un certain Ammée, sans doute un Grec, par ailleurs inconnu; la troisième, à un dénommé Pompée Geminos, lui aussi inconnu. Nous possédons en outre des fragments d'un Sur l'imitation. Un bon nombre d'autres traités critiques, à coup sûr rédigés puisque Denys y fait parfois allusion, ont été perdus. La chronologie de ces divers Opuscules est incertaine et reste très discutée. Bien qu'il n'en soit jamais fait mention dans les Antiquités Romaines, les spécialistes s'accordent à penser que Denys en a étalé la publication sur une longue période, cependant qu'il travaillait à son oeuvre historique.

      Cette dernière se résume pour nous à sa pièce maîtresse: les Antiquités Romaines. L'historien semble également avoir publié un traité de chronologie, les Chronoi, auquel il fait allusion en I,74, mais il ne nous en reste rien. Une indication fort suspecte de Photius fait en outre mention d'un Abrégé de l'ouvrage principal: s'il a jamais existé, ce dernier n'est certainement pas de la main de Denys.

      Les Antiquités Romaines furent publiées en vingt livres, dont il ne subsiste que les dix premiers, une partie du onzième et des fragments des suivants. Nous ignorons si l'ensemble de l'ouvrage, ou une partie seulement, parut dès 7 av. J.C.: la forte unité thématique et stylistique des premiers livres laisse cependant supposer que tout le début de l'oeuvre — peut-être la première pentade — fut publiée en bloc. La tradition a conservé le titre d'Antiquités Romaines, calqué sur le latin Antiquitates Romanae; mais l'ouvrage s'intitulait en grec Romaikè archaiologia, littéralement «Histoire des origines de Rome», titre qui rend beaucoup mieux compte des intentions de l'historien. Il ne s'agit pas en effet d'un travail d'«antiquaire» au sens classique, c'est-à-dire d'archéologue, mais bien d'un exposé historique au sens où l'entend Denys : histoire événementielle bien sûr, mais aussi histoire des institutions, des rites et des coutumes; en un mot, un tableau complet de la Rome archaïque, comme l'indique le chapitre 8 du livre I. Dans son intégralité, l'ouvrage couvrait l'évolution de la cité depuis ses origines légendaires — Rome avant Rome — jusqu'aux débuts de la première guerre punique, en 264 av. J.C.; un choix largement influencé par l'admiration de Denys pour Polybe, dont les Histoires commençaient à ce point. La composition du Prologue (1,1-8), visiblement inspiré de celui de son prédécesseur, témoigne de cette admiration. Comme Polybe cent cinquante ans auparavant, l'historien déclare écrire à l'intention des Grecs, ses compatriotes, et l'on relève en effet bon nombre d'allusions à ce public spécifique au fil des deux premiers livres. La présentation des faits et le dessein même de l'oeuvre en dépendent largement (voir sur ce point, infra, «Le livre I»). Mais le lieu et les circonstances de la publication n'excluent pas pour autant que Denys ait trouvé à Rome même un public cultivé et hellénisé.

    • III. Le livre I

      En 7 avant J.C., quand paraît le livre I des Antiquités Romaines, les origines de Rome ne sont plus à Rome un sujet neuf: le livre II de la République de Cicéron, le livre I de l'Histoire Romaine de Tite-Live, 1'Enéide de Virgile, et beaucoup d'autres ouvrages dont seuls les titres ou quelques fragments nous sont parvenus, avaient déjà abondamment traité cette question, qui semble avoir passionné les Romains de la fin de la République et du début du Principat; les raisons de cet intérêt sont multiples : l'érudition, si bien illustrée par Varron, était à la mode, tout comme les antiquités nationales, qu'Auguste avait fait voeu de restaurer et de ranimer, et le passé originel de la cité, après l'épreuve des guerres civiles, se parait des vertus de l'Age d'Or. Au moment où Denys publie son oeuvre, il existe donc à Rome une histoire officielle des origines de la cité, à laquelle les écrits liviens et virgiliens notamment ont contribué à donner sa forme définitive. Elle se présente comme la combinaison de deux épisodes distincts, qu'il est utile de rappeler ici brièvement.

      Le premier se situe aussitôt après la prise de Troie par les Achéens (que les Anciens dataient de 1184 avant J.C.) et met en scène le prince troyen Enée qui, rescapé avec quelques compagnons de la destruction de sa patrie, parvient au terme d'un long voyage sur la côte occidentale de l'Italie. Il y est accueilli par Latinus, le roi des Aborigènes, qui lui donne sa fille Lavinia pour épouse. Mais il doit combattre et vaincre Turnus, le roi des Rutules, et l'Etrusque Mézence, avant de pouvoir réunir Troyens et Aborigènes en une même cité, Lavinium.

      A cet épisode se rattache de façon assez lâche, chez Tite-Live comme chez Virgile, le personnage de l'Arcadien Evandre, qui aurait occupé la colline du Palatin avant l'arrivée d'Enée et aurait institué en l'honneur d'Héraclès, vainqueur en ces lieux du brigand Cacus, le culte de l'Ara Maxima.

      Trente ans après la fondation de Lavinium, Ascagne, le fils d'Enée, fonde à son tour une cité, Albe. La tradition prête à Ascagne douze successeurs sur le trône d'Albe, qui semblent n'avoir pour fonction que de combler l'écart chronologique de quatre siècles qui sépare la guerre de Troie de la fondation de Rome, et Enée de Romulus. En effet, Numitor, le grand-père maternel de Rémus et Romulus, descend d'Ascagne à la treizième génération, mais il a été écarté du pouvoir qui lui revenait de droit par son frère Amulius. Quand sa fille Rhea Silvia met au monde les jumeaux auxquels la légende donne pour père le dieu Mars, Amulius les fait exposer. Mais sauvés par la louve du Lupercal, élevés par des bergers, ils finissent par recouvrer leurs droits en tuant l'usurpateur et décident de fonder une nouvelle cité. Une querelle les oppose, au cours de laquelle Rémus trouve la mort. Romulus trace alors seul le sillon qui marque la frontière sacrée de la nouvelle fondation, à laquelle il donne son nom.

      Confronté à cette tradition, le projet du livre I des Antiquités Romaines s'avère profondément novateur. Pour Denys en effet, les origines de Rome ne se réduisent pas à la double histoire d'Enée et de Romulus. Il faut remonter plus haut encore que la guerre de Troie, oser explorer ces temps mythiques connus seulement à travers des récits fabuleux et incertains, pour savoir quels furent avant Enée, avant les Aborigènes et Evandre, les tout premiers occupants du futur site de Rome. Or ce qui aurait pu n'être que l'enquête très érudite et un peu fastidieuse d'un «antiquaire» entiché de préhistoire se présente au contraire comme la démonstration magistrale d'une thèse originale: Rome avant Rome était grecque, les Romains sont les descendants, à travers Enée et Romulus, des plus anciens colons grecs venus s'établir en Italie bien avant la guerre de Troie. Cette colonisation du Latium par des Grecs s'est accomplie sur plusieurs générations, elle est le résultat de cinq migrations parties du monde grec vers l'Italie.

      Bien qu'il les relate successivement, le livre I s'organise néanmoins en deux volets d'égale ampleur: les chapitres 9 à 44 relatent les quatre expéditions antérieures à la guerre de Troie, alors que les chapitres 45 à 88 sont consacrés aux origines troyennes de Rome, depuis la fuite d'Enée jusqu'à l'acte fondateur de Romulus en 751 avant J.C. Cette composition révèle à elle seule la différence essentielle qui sépare Denys d'Halicarnasse de Tite-Live et de Virgile: pour lui, les origines troyennes ne sont ni les seules ni les premières. Enée ne constitue que le dernier maillon d'une longue chaîne qui, de tout temps, a relié le monde grec à l'Italie. ...


2. Enseignement (universitaire) : Ovide et Ulysse au programme 2005-2006 : Pour l'année académique 2005-2006 Paul-Augustin DEPROOST met sur la Toile, à la disposition de ses étudiants (et de tous les intéressés), deux nouveaux cours :

  • GLOR2390: Typologie et permanences des imaginaires mythiques : Ulysse ou les défis de l'intelligence nomade. Thématique coordonnée par P.-A. Deproost. Affiche et Présentation sont déjà placées.

  • GLOR2330 Explication approfondie d'auteurs latins : Ovide, Métamorphoses. Épisodes placés (outre l'Introduction générale) : Pyrame et Thisbé, Arachné et Minerve.

Rappelons qu'Ovide et Ulysse sont aussi traités ou en cours de traitement en ce qui concerne les environnements textuels :


3. Archéologie : La tombe du Quadrige infernal :

la revue Archéologia, présente, dans le numéro 425 de septembre 2005, un article d'Eva Bensard consacré à une découverte récente : la tombe étrusque du Quadrige infernal.

L'article est richement illustré; nous en avons numérisé quelques pages : Le Quadrige infernal


Jean Schumacher
23 septembre 2005


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002