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Date :     11-03-2005

Sujets :
ITINERA ELECTRONICA : nouveaux environnements hypertextes : Cicéron, Manilius, Stace; HODOI ELEKTRONIKAI : nouveaux environnements hypertextes : Lucien, Plutarque; Édition : La Bibliothèque des Classiques grecs; Lecture : Hérodote et la pudeur d'une reine;

Notice :

1. ITINERA ELECTRONICA : nouveaux environnements hypertextes :

Site sur la Toile : ITINERA ELECTRONICA

Pendant la semaine écoulée, Christian Ruell a pu constituer les environnements hypertextes suivants :

  • Cicéron, Secondes Académiques, livre I
  • Manilius, Les Astronomiques, livre II
  • Stace, La Thébaïde, livre X

Les textes bruts de ces oeuvres ont disponibles, au format .txt, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA :


2. HODOI ELEKTRONIKAI : nouveaux environnements hypertextes :

Site sur la Toile : HODOI ELEKTRONIKAI

Boris MARAOUTAEFF a pu constituer les environnements hypertextes suivants :

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format UNICODE, dans le Dépôt HODOI ELEKTRONIKAI :

Enseignement en relation avec Lucien, Histoire véritable : Madame Monique MUND, Explication approfondie d'auteurs grecs : GLOR 1140

En préparation : LUCIEN, Histoire véritable, livre II; XENOPHON, L'Anabase, livre I


3. Édition : La Bibliothèque des Classiques grecs :

Les textes grecs des environnements hypertextes sont établis, en grande partie, d'après la Collection La Bibliothèque des Classiques grecs (XIXe siècle). Le site Mikros Apoplous constitue un autre dépôt d'importance croissante pour les sources grecques à téléchrager librement.

Il nous a paru opportun de donner au moins une fois la présentation de cette Bibliothèque telle qu'elle figure à la fin du volume consacré à l'édition de l'Histoire véritable de LUCIEN :

"BIBLIOTHÈQUE DES CLASSIQUES GRECS AVEC LA TRADUCTION LATINE EN REGARD, ET LES INDEX LATINS,
PUBLIÉE PAR M. AMB. FIRMIN DIDOT.

La France, qui au XVIe siècle s'illustra par tant de grandes et belles éditions des auteurs grecs que publiaient les Estienne, les Casaubon, et tant d'autres érudits célèbres, n'a point aujourd'hui de collection des classiques grecs, ces grands modèles en tout genre, fondateurs de notre civilisation.

Cependant l'étude de la langue grecque reprend chaque jour plus de faveur; chacun sent de plus en plus la nécessité de connaître et de s'identifier avec cette belle littérature grecque, source si pure de richesses originales.

Le long retard apporté jusqu'à présent pour publier en France cette collection, sera d'autant plus profitable, que les textes, revus et corrigés par tant d'habiles critiques qui se sont succédé depuis trois siècles, ont acquis aujourd'hui un degré de perfection dont notre collection commencée plus tôt eût été privée. Maintenant, surtout pour les principaux auteurs, presque tous les manuscrits que possèdent les diverses bibliothèques de l'Europe ont été compulsés, et désormais la critique n'a plus qu'à glaner après les récoltes abondantes que nous ont laissées, en France, les Estienne, Casaubon, Ménage, Valois, Villoison, Boisonade, etc.; en Hollande, Hemsterhuys, Valckenaer, Wyttenbach, Geel, etc.; en Allemagne, Heyne, Beitz, Ernesti, Wolf, Hermann, Boeckh, Dindorf; en Angleterre, Bentley, Taylor, Markland, Porson, Elmsley, Gaisford; enfin en Italie, M. Angelo Maï, qui par ses importantes découvertes, ressuscite tant de fragments de la littérature grecque et latine.

Sous le rapport littéraire, notre collection aura des avantages qu'aucune autre ne pouvait offrir, et, sous le rapport typographique, elle réunira l'économie à la commodité, et la beauté de l'exécution à la correction la plus rigoureuse.

Afin d'en rendre l'utilité plus générale, il était indispensable que les textes fussent accompagnés d'une version. Nous avons dû, pour bien des motifs, préférer la version latine, qui, même pour les Français, est préférable à une version française. En effet, la langue latine, par son analogie avec la langue grecque, peut suivre presque tous les mouvements de chaque phrase, et offrir un commentaire perpétuel du texte grec, en le traduisant en quelque sorte mot pour mot. Fixée ainsi que la langue grecque, elle n'est point, comme les langues modernes, assujettie à de continuelles modifications, et par son universalité elle convient à tous les pays.

Une traduction latine faite par des hommes de talent, et d'après un système de rigoureuse fidélité, devient en quelque sorte immuable comme le texte grec, tandis qu'une traduction en langue moderne, exposée à toutes les variations du goût, qui tantôt exigera un système de traduction plus littérale et tantôt plus élégante, est exposée à d'inévitables changements. Pour rendre notre collection d'une utilité encore plus générale, nous joignons à chaque auteur les "Indices rerum et nominum", sans lesquels on ne peut se livrer à aucune recherche.

Ces "Index", beaucoup plus amples que tous les précédents, sont vérifiés avec le plus grand soin, complétés et disposés de la manière la plus claire et la plus méthodique.

Cette collection est la seule où l'on trouvera réunis en leur lieu et place tous les fragments dont plusieurs n'ont pas encore été recueillis, ou ne se trouvent que dans des ouvrages tellement rares qu'on ne peut souvent se les procurer.

Enfin nous pouvons affirmer que chaque volume se distinguera par quelque additions ou améliorations importantes dans le texte grec et la traduction.

Convaincus que notre édition des Classiques grecs aura une aussi grande utilité et une aussi longue durée que notre THESAURUS GRAECAE LINGUAE, nous apporterons tous nos soins à la correction des textes choisis avec discernement parmi ceux que l'estime publique a consacrés, et qui cependant seront encore améliorés par les plus illustres philologues de la France et de l'Allemagne. Chaque traduction latine est aussi revue avec le plus grand soin et souvent refaite entièrement par plusieurs érudits de France et d'Allemagne.

Pour certains passages qui jusqu'ici ont offert des difficultés, nous profitons de la faculté que nous avons de pouvoir consulter ceux des manuscrits de la Bibliothèque du Roi qui n'ont pas encore été collationnés. Nous mettons aussi à contribution la riche bibliothèque du Vatican. MM. Boisonade, Burnouf, Hase, Letronne, Victor Leclerc, Villemain, auxquels nous avons soumis notre plan, lui ont donné leur approbation, et plusieurs de ces illustres érudits nous ont promis de nous seconder dans cette grande et utile entreprise, à laquelle veulent bien concourir MM. Dindorf, Jacobs, Voemel, Schultz, Wichers, Gros, Gobert, Haase, Muller, Ahrens, Lehrs, Fix, Dubner, etc., etc.

Si l'on considère qu'outre les traductions latines, chaque ouvrage est accompagné des "Indices rerum et nominum" , on verra combien cette Bibliothèque, que l'on peut acquérir volume par volume, est peu coûteuse, comparée à toute autre, car les 60 volumes qui la composent formeraient environ 400 volumes dans les autres éditions, et le prix en serait au moins quadruple. On a de plus l'avantage d'économiser le temps pour les recherches, d'éviter les frais de reliure, de n'avoir qu'un format uniforme, et de renfermer en peu de place un aussi grand nombre d'ouvrages.

Nous espérons que tous les amis de la saine littérature, et tous les établissements publics, nous seconderont dans l'oeuvre immense que nous avons entreprise par amour pour la langue grecque et dans le désir de doter la France de belles et bonnes éditions qui lui manquaient.

[A titre d'exemple, le volume consacré aux "Oeuvres morales" de PLUTARQUE, revenait, en 1840, à 15 francs.]


4. Lecture : Hérodote et la pudeur d'une reine:

Hérodote, dans le premier livre de son Histoire, relate, aux chapitres 8 à 12, un épidode que l'écrivain français Théophile GAUTIER (1811-1872) a transformé, en 1844, en un roman d'une cinquantaine de pages : Le roi Candaule (texte établi par Adolphe BOSCHOT, Les Classiques Garnier, 1955).

Ce roman figure dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA - textes français :

Le roi Candaule

Nous empruntons à Théophile Gautier la mise en place de l'épisode:

"[21] Nyssia, la fille du satrape Mégabaze, était douée d'une pureté de traits et d'une perfection de formes merveilleuses, - c'était du moins le bruit qu'avaient répandu les esclaves qui la servaient, et les amies qui l'accompagnaient au bain; car aucun homme ne pouvait se vanter de connaître de Nyssia autre chose que la couleur de son voile et les plis élégants qu'elle imprimait, malgré elle, aux étoffes moelleuses qui recouvraient son corps de statue.

[22] Les barbares ne partagent pas les idées des Grecs sur la pudeur : tandis que les jeunes gens de l'Achaïe ne se font aucun scrupule de faire luire au soleil du stade leurs torses frottés d'huile, et que les vierges spartiates dansent sans voiles devant l'autel de Diane, ceux de Persépolis, d'Ecbatane et de Bactres, attachant plus de prix à la pudicité du corps qu'à celle de l'âme, regardent comme impures et répréhensibles ces libertés que les moeurs grecques donnent au plaisir des yeux, et pensent qu'une femme n'est pas honnête, qui laisse entrevoir aux hommes plus que le bout de son pied, repoussant à peine en marchant les plis discrets d'une longue tunique.

[23] Malgré ce mystère, ou plutôt à cause de ce mystère, la réputation de Nyssia n'avait pas tardé à se répandre dans toute la Lydie et à y devenir populaire, à ce point qu'elle était parvenue jusqu'à Candaule, bien que les rois soient ordinairement les gens les plus mal informés de leur royaume, et vivent comme les dieux dans une espèce de nuage qui leur dérobe la connaissance des choses terrestres. ..."

Sur l'instigation de Candaule, Gygès, général au service de Candaule, est amené à tromper la pudeur de Nyssia, la reine des Lydiens. Celle-ci décide de faire de Gygès l'instrument de sa vengeance :

Hérodote, Histoire, I, ch.11 :

[1,11] XI. τότε μὲν δὴ οὕτω οὐδέν δηλώσασα ἡσυχίην εἶχε. ὡς δὲ ἡμέρη τάχιστα ἐγεγόνεε, τῶν οἰκετέων τοὺς μάλιστα ὥρα πιστοὺς ἐόντας ἑωυτῇ, ἑτοίμους ποιησαμένη ἐκάλεε τὸν Γύγεα. ὁ δὲ οὐδὲν δοκέων αὐτήν τῶν πρηχθέντων ἐπίστασθαι ἦλθε καλεόμενος· ἐώθεε γὰρ καὶ πρόσθε, ὅκως ἡ βασίλεια καλέοι, φοιτᾶν. (2) ὡς δὲ ὁ Γύγης ἀπίκετο, ἔλεγε ἡ γυνὴ τάδε. "νῦν τοί δυῶν ὁδῶν παρεουσέων Γύγη δίδωμί αἵρεσιν, ὁκοτέρην βούλεαι τραπέσθαι. ἢ γὰρ Κανδαύλεα ἀποκτείνας ἐμέ τε καὶ τὴν βασιληίην ἔχε τὴν Λυδῶν, ἢ αὐτόν σε αὐτίκα οὕτω ἀποθνήσκειν δεῖ, ὡς ἂν μὴ πάντα πειθόμενος Κανδαύλῃ τοῦ λοιποῦ ἴδῃς τὰ μὴ σε δεῖ. (3) ἀλλ᾽ ἤτοι κεῖνόν γε τὸν ταῦτα βουλεύσαντα δεῖ ἀπόλλυσθαι, ἢ σε τὸν ἐμὲ γυμνήν θεησάμενον καὶ ποιήσαντα οὐ νομιζόμενα". ὁ δὲ Γύγης τέως μὲν ἀπεθώμαζε τὰ λεγόμενα, μετὰ δὲ ἱκέτευε μὴ μιν ἀναγκαίῃ ἐνδέειν διακρῖναι τοιαύτην αἵρεσιν. (4) οὔκων δὴ ἔπειθε, ἀλλ᾽ ὥρα ἀναγκαίην ἀληθέως προκειμένην ἢ τὸν δεσπότεα ἀπολλύναι ἢ αὐτὸν ὑπ᾽ ἄλλων ἀπόλλυσθαι· αἱρέεται αὐτὸς περιεῖναι. ἐπειρώτα δὴ λέγων τάδε. "ἐπεί με ἀναγκάζεις δεσπότεα τὸν ἐμὸν κτείνειν οὐκ ἐθέλοντα, φέρε ἀκούσω τέῳ καὶ τρόπῳ ἐπιχειρήσομεν αὐτῷ". (5) ἣ δὲ ὑπολαβοῦσα ἔφη "ἐκ τοῦ αὐτοῦ μὲν χωρίου ἡ ὁρμή ἔσται ὅθεν περ καὶ ἐκεῖνος ἐμέ ἐπεδέξατο γυμνήν, ὑπνωμένῳ δὲ ἡ ἐπιχείρησις ἔσται".

[1,11] XI. La reine demeura donc tranquille, et sans rien découvrir de ce qui se passait dans son âme. Mais, dès que le jour parut, elle s'assure des dispositions de ses plus fidèles officiers, et mande Gygès. Bien éloigné de la croire instruite, il se rend à son ordre, comme il était dans l'habitude de le faire toutes les fois qu'elle le mandait.

Lorsqu'il fut arrivé, cette princesse lui dit : « Gygès, voici deux routes dont je te laisse le choix ; décide-toi sur-le-champ. Obtiens par le meurtre de Candaule ma main et le trône de Lydie, ou une prompte mort t'empêchera désormais de voir, par une aveugle déférence pour Candaule, ce qui t'est interdit. Il faut que l'un des deux périsse, ou toi qui, bravant l'honnêteté, m'as vue sans vêtements, ou du moins celui qui t'a donné ce conseil.»

A ce discours, Gygès demeura quelque temps interdit ; puis il conjura la reine de ne le point réduire à la nécessité d'un tel choix. Voyant qu'il ne pouvait la persuader, et qu'il fallait absolument ou tuer son maître ou se résoudre lui-même à périr, il préféra sa propre conservation.

«Puisque, malgré mes réclamations, dit-il à la reine, vous me forcez à tuer mon maître, je suis prêt à prendre les moyens d'y réussir. - Le lieu de l'embuscade, répondit-elle, sera celui-là même d'où il m'a exposée nue à tes regards, et le temps de l'attaque celui de son sommeil.» ...

Théophile Gautier raconte cette entrevue de la façon suivante :

"[428] La douleur avait donné de l'âme à sa beauté marmoréenne. [429] Sa robe en désordre, à peine rattachée à son épaule, laissait voir ses bras nus, sa poitrine et le commencement de sa gorge d'une blancheur morte. [430] Comme un guerrier vaincu dans un premier combat, sa pudeur avait mis bas les armes. [431] A quoi lui eussent servi les draperies qui dérobent les formes, les tuniques aux plis précieusement fermés ?
[432] Gygès ne la connaissait-il pas ?
[433] Pourquoi défendre ce qui est perdu d'avance ?
[434] Elle alla droit à Gygès, et, fixant sur lui un regard impérial plein de clarté et de commandement, elle lui dit d'une voix brève et saccadée :
- Ne mens pas, ne cherche pas de vains subterfuges, aie du moins la dignité et le courage de ton crime ; je sais tout, je t'ai vu ! [435] Pas un mot d'excuse, je ne l'écouterais pas. [436] Candaule t'a caché lui-même derrière la porte. [437] N'est-ce pas ainsi que les choses se sont passées ? [438] Et tu crois sans doute que tout est fini ? [439] Malheureusement, je ne suis pas une femme grecque facile aux fantaisies des artistes et des voluptueux. [440] Nyssia ne veut servir de jouet à personne.
[441] Il est maintenant deux hommes dont l'un est de trop sur terre ; il faut qu'il en disparaisse ! [442] S'il ne meurt, je ne puis vivre. [443] Ce sera toi ou Candaule, je te laisse maître du choix. [444] Tue-le, venge-moi, et conquiers par ce meurtre et ma main et le trône de Lydie, ou qu'une prompte mort t'empêche désormais de voir, par une lâche complaisance, ce qu'il ne t'appartient pas de regarder. [445] Celui qui a commandé est plus coupable que celui qui n'a fait qu'obéir ; et d'ailleurs, si tu deviens mon époux, personne ne m'aura vue sans en avoir le droit. [446] Mais décide-toi sur-le-champ, car deux des quatre prunelles où ma nudité s'est réfléchie doivent s'éteindre avant ce soir.

[447] Cette alternative étrange, proposée avec un sang-froid terrible, avec une résolution immuable, surprit tellement Gygès, qui s'attendait à des reproches, à des menaces, à une scène violente, qu'il resta quelques minutes sans couleur et sans voix, livide comme une ombre sur le bord des fleuves noirs de l'enfer.
[448] Moi, tremper mes mains dans le sang de mon maître ! [449] Est-ce bien vous, ô reine ! qui me demandez un si grand forfait ? je comprends toute votre indignation, je la trouve juste, et il n'a pas tenu à moi que ce sacrilège n'eût pas lieu; mais, vous le savez, les rois sont puissants, ils descendent d'une race divine. [450] Nos destins reposent sur leurs genoux augustes, et ce n'est pas nous, faibles mortels, qui pouvons hésiter à leurs ordres. [451] Leur volonté renverse nos refus comme un torrent emporte une digue. [452] Par vos pieds que j'embrasse, par votre robe que je touche en suppliant, soyez clémente ! oubliez cette injure qui n'est connue de personne et qui restera éternellement ensevelie dans l'ombre et le silence ! [453] Candaule vous chérit, vous admire, et sa faute ne vient que d'un excès d'amour.

[454] Si tu parlais à un sphinx de granit dans les sables arides de l'Egypte, tu aurais plus de chance de l'attendrir. [455] Les paroles ailées s'envoleraient sans interruption de ta bouche pendant une olympiade entière que tu ne pourrais rien changer à ma résolution. [456] Un coeur d'airain habite ma poitrine de marbre ---.
[457] Meurs ou tue !
[458] Quand le rayon de soleil qui s'est glissé à travers les rideaux aura atteint le pied de cette table, que ton choix soit fait.
[459] J'attends.
[460] Et Nyssia mit ses bras en croix sur son sein, dans une attitude pleine d'une sombre majesté.
[461] A la voir debout, immobile et pâle, l'oeil fixe, les sourcils contractés, la tête échevelée, le pied fortement appuyé sur la dalle, on l'eût prise pour Némésis descendue de son griffon et guettant l'heure de frapper un coupable.

[462] Les profondeurs ténébreuses de l'Hadès ne sont visitées de personne avec plaisir, répondit Gygès ; il est doux de jouir de la pure lumière du jour, et les héros eux-mêmes, qui habitent les îles Fortunées, reviendraient volontiers dans leur patrie.
[463] Chacun a l'instinct de sa propre conservation, et, puisqu'il faut que le sang coule, que ce soit plutôt des veines de l'autre que des miennes.

[464] A ces sentiments avoués par Gygès avec une franchise antique, il s'en joignait d'autres plus nobles dont il ne parlait pas : il était éperdument amoureux de Nyssia et jaloux de Candaule. [465] Ce ne fut donc pas la seule crainte de la mort qui lui fit accepter cette sanglante besogne. [466] La pensée de laisser Candaule libre possesseur de Nyssia lui était insupportable, et puis le vertige de la fatalité le gagnait. [467] Par une suite de circonstances singulières et terribles, il se voyait entraîné à l'accomplissement de ses rêves ; un flot puissant le soulevait malgré lui; Nyssia elle-même lui tendait la main pour lui faire monter les degrés de l'estrade royale ; tout cela lui fit oublier que Candaule était son maître et son bienfaiteur ; car nul ne peut échapper à son sort, et la nécessité marche des clous dans une main, un fouet dans l'autre, pour vous arrêter ou vous faire avancer.

[468] C'est bien, répondit Nyssia, voici le moyen d'exécution.
[469] Et elle tira de son sein un poignard bactrien au manche de jade enrichi de cercles d'or blanc. [470] Cette lame est faite non avec de l'airain, mais avec du fer difficile à travailler, trempé dans la flamme et dans l'onde, et telle qu'Héphaïstos ne pourrait en forger une plus aiguë et plus acérée. [471] Elle percerait comme un mince papyrus les cuirasses de métal et les boucliers recouverts de peau de dragon.
[472] Le moment, continua-t-elle avec le même sang-froid de glace, sera celui de son sommeil. [473] Qu'il s'endorme et ne se réveille plus !

[474] Son complice Gygès l'écoutait avec stupeur, car il ne s'était pas attendu à voir une semblable résolution dans une femme qui ne pouvait prendre sur elle de relever son voile.

[475] Le lieu de l'embuscade sera l'endroit même où l'infâme t'avait caché pour m'exposer à tes regards. [476] A l'approche de la nuit, je renverserai le battant de la porte sur toi, je me déshabillerai, je me coucherai, et, quand il sera endormi, je te ferai signe ---.
[477] Surtout pas d'hésitation, pas de faiblesse, et que la main n'aille pas te trembler quand le moment sera venu ! ...

Question : Quelle est la version qui emporte notre choix: celle de l'historien ou celle de l'écrivain romantique?


Jean Schumacher
11 mars 2005


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002