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Date :     24-12-2004

Sujets :
Environnements hypertextes : Cicéron (x 7); Corpora : Cicéron, De la loi agraire; Lecture : Un dirigeant populaire, c'est quoi?; Anthologie palatine, lv. V : une nouvelle traduction française; Publication : articles de professeurs émérites de l'UCL;

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Une salve de nouveaux environnements hypertextes : Christian Ruell a fait merveille pour terminer l'année 2004 en beauté ! Jugez-en par vous-mêmes:

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format .txt, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA :

Présentations :

  • Cicéron, Contre Caecilius :

    Caïus Cornélius Verrès, de famille patricienne, fils du sénateur Caïus Verrès, après une jeunesse passée dans la dissipation, avait été questeur du consul Cn. Papirius Carbon dans la Gaule Cisalpine, l'an 84 avant Jésus-Christ; lieutenant de Cn. Dolabella en Cilicie, l'an 81 ; préteur à Rome, en 74; et enfin avait succédé à Caïus Sacerdos, dans la préture de Sicile. Il remplit ces fonctions pendant trois années, de 73 à 71, Arrius, nommé son successeur, ne s'étant pas rendu à son poste.

    Des vols, des rapines, des exactions, des actes de débauche et de cruauté avaient signalé toutes ses magistratures, mais surtout la dernière. Aussi, à peine eut-il fait place à Lucius Métellus qu'il se vit accusé de concussion par les Siciliens. Tous, à l'exception des Syracusains et des Mamertins, supplièrent Cicéron de poursuivre l'accusation. Il avait été questeur de Sicile en 75, sous la préture de Sextus Péducéus, et avait promis aux habitants, dans un discours prononcé à Lilybée, de veiller toujours à la défense de leurs intérêts. Outre cet engagement, une juste ambition, après d'éclatants débuts oratoires, le poussait à se charger d'une si belle cause. Il venait d'être désigné édile : quel plus glorieux monument de son édilité, quel plus beau titre à des honneurs futurs, qu'une condamnation obtenue au nom des lois et en faveur des alliés du peuple romain contre un prévaricateur indigne, que soutenait le crédit des Métellus, des Scipions, et d'autres illustres personnages; qu'une victoire remportée sur le défenseur de Verrès, Hortensius, un des premiers du sénat par sa naissance, et que son éloquence faisait appeler le roi du barreau? Il céda aux instances des Siciliens : et, quoiqu'il n'eût encore porté la parole que pour défendre les accusés, quoique ce nom d'accusateur, après les terribles abus qu'on avait faits de l'accusation sous Marius et sous Sylla, fût odieux à Rome, il consentit à s'en charger.

    Des considérations d'un ordre plus élevé lui en faisaient un devoir. Les sénateurs investis par Sylla, depuis l'an 82, au préjudice des chevaliers, de l'administration de la justice , étaient soupçonnés de se laisser corrompre; tous les alliés gémissaient accablés sous le poids des vexations et des iniquités impunies des magistrats; les accusateurs, par un infâme trafic, transigeaient avec les coupables; et le peuple demandait à grands cris que l'on restituât les tribunaux à l'ordre équestre. Rendre au premier corps de l'État sa réputation d'intégrité, faire renaître la confiance dans l'esprit des nations alliées, réprimer les prévaricateurs par un châtiment exemplaire, détruire un abus honteux et révoltant, apaiser les plaintes du peuple en lui montrant la justice inaccessible à la corruption : tels étaient les résultats que le succès promettait à l'orateur; telle était aussi l'épreuve décisive à laquelle le sénat allait être soumis. L'attente était vive et universelle.

    Une question préjudicielle soulevée tout à coup faillit rendre impossible, ou du moins retarda quelque temps ce jugement si vivement désiré. Un certain Quintus Cécilius Niger, Sicilien d'origine mais citoyen romain, juif de religion, questeur en Sicile sous Verrès, mais, dit-il, offensé par lui, et dès lors son ennemi, prétendit qu'il devait être admis de préférence comme accusateur de Verrès. En réalité, ce n'était qu'une perfide connivence : instrument de Verrès dans des crimes dont il avait partagé le fruit, il demandait aux juges à être chargé de cette accusation, afin de trahir la cause qui lui serait confiée, et de faire absoudre celui dont il était naguère le complice. A Rome, tout citoyen, même sans l'avis ni l'approbation de la partie lésée, pouvait se porter accusateur : force fut donc aux juges d'entendre les prétentions de Cécilius ainsi que les arguments dont se servirait Cicéron pour les combattre, et de décider entre les deux compétiteurs. Ce genre de cause s'appelait "divinatio". Dans les autres jugements, on prononce sur des faits accomplis, d'après des preuves, des témoins ; ici, on statue pour l'avenir, à l'aide de conjectures, de présomptions, on devine, en quelque sorte, lequel des candidats à l'accusation la soutiendra avec plus de talent, de zèle et de vertu.

    Delà, le titre donné à ce discours de Cicéron contre Quintus Cécilius.
    Il fut prononcé au forum, sous le consulat de Cn. Pompée et de M. Licinius Crassus Divès, l'an 683 de Rome, 70 av. J. C., vers le mois d'avril, plus de trois mois avant l'ouverture du procès contre Verrès. Manius Glabrion, préteur, chargé de connaître des crimes de concussion, présidait le tribunal composé des sénateurs les plus distingués.
    Cicéron était dans sa 37e année : les plaidoyers pour Quintius, pour Sextus Roscius Amérinus, pour l'acteur Quintus Roscius, et beaucoup d'autres causes, tant publiques que privées, soutenues avec une éloquence toujours croissante, avaient fait concevoir de brillantes espérances, qu'il allait encore surpasser.

    Ce discours eut un plein succès : Cécilius, qui d'abord voulait être accusateur unique, puis, s'était borné à demander un rôle secondaire dans l'accusation, fut entièrement exclu, et Cicéron seul chargé de poursuivre Verrès.

    [tiré de la traduction française du discours : cf. module LECTURE]

  • Cicéron, Contre Vatinius :

    Vatinius avait paru comme témoin dans l'affaire de Sextius : c'était un homme également vil et audacieux. Esclave des citoyens puissants, ennemi des gens de bien, aspirant à toutes les charges, non pour acquérir des titres d'honneur, mais pour s'enrichir, toujours prêt à les acheter par des bassesses ou par des crimes, il était abhorré des citoyens de sa tribu, redouté de ses voisins, méprisé de ceux mêmes qui le protégeaient. Cicéron aurait dû, suivant l'usage, l'interroger sur les faits qu'il avait déposés contre son client; mais il craignait de se déshonorer, s'il paraissait compter pour quelque chose le témoignage d'un homme de ce caractère : il crut qu'il devait plutôt mettre un frein à son insolence, et réprimer son audace, dont il avait lui-même ressenti les effets. Ainsi, au lieu de lui parler de la cause, il l'accabla coup sur coup, et sans lui donner le temps de se reconnaître, de questions plus pressantes les unes que les autres, qui rappelèrent aux juges les circonstances les plus odieuses de sa vie. L'impudence de Vatinius ne put résister à de si terribles attaques; après avoir balbutié quelques mots, il se retira chargé de la haine et du mépris publics.

    Ce discours ne ressemble en rien aux autres ouvrages du même orateur: c'est une invective virulente dans laquelle il s'abandonne sans réserve à la haine qui l'anime, sans s'occuper ni des juges ni de l'auditoire. Quand on aura lu cette diatribe, pourra-t-on concevoir que, deux ans après, Vatinius ayant été accusé de concussion au sortir de sa préture, Cicéron ait pu prendre sa défense? Il eut même le malheur de le faire absoudre, malgré l'évidence du crime, et quoiqu'il désirât de perdre sa cause. On justifierait difficilement une pareille inconséquence : lui-même ne se la pardonnait pas. «O Caton!» s'écrie-t-il quelquefois, «que vous êtes heureux! personne n'ose vous rien demander qui soit contraire à l'honneur!" César et Pompée l'avaient prié de ne point abandonner Vatinius, qu'ils protégeaient l'un et l'autre : leurs prières étaient des ordres. Cicéron ménageait le premier pour l'intérêt de son frère, qui sèrvait alors dans la Gaule comme lieutenant de César; le second avait été le principal auteur de son rappel, et la reconnaissance ne lui permettait aucun refus. Ces motifs du moins n'avaient rien de honteux, et si l'effet n'était pas irrépréhensible, on ne pouvait en blâmer la cause.

    M. Ragon, dans son judicieux ouvrage intitulé "Analyse et extraits des discours de Cicéron", juge ainsi l'invective contre Vatinius: «Ce discours, ainsi que le plaidoyer pour Sextius, n'est qu'une narration éloquente et ne se prête pas â l'analyse oratoire. Il fournit plus de matériaux à l'histoire que d'exemples à la rhétorique."

    [tiré de la traduction française du discours : cf. module LECTURE]

  • Cicéron, De la loi agraire (3 discours) :

    Ces trois discours sont les premiers que prononça Cicéron pendant son consulat. Ils commencent la série des discours consulaires dont Cicéron donne lui-même le catalogue à Atticus, et dont il lui promet le recueil. De cette série trois sont perdus, les discours "sur la loi théâtrale" d'Othon, qui assignait à l'ordre équestre un banc distingué aux spectacles; "sur sa démission du gouvernement de sa province"; "sur les enfants des proscrits", à qui une loi de Sylla interdisait les honneurs et l'entrée au sénat, mais qu'il était dangereux de rétablir dans leurs droits. Comme oeuvre politique, ce dernier discours est à jamais regrettable, en ce qu'il nous eût montré Cicéron, s'inclinant devant les faits accomplis, et combattant une loi conforme à la justice, à l'humanité, et certainement aussi à ses propres sentiments, parce que l'adoption de cette loi, en dépouillant les taches qui s'étaient enrichis de proscriptions, eût ramené la guerre civile, et fait verser encore des flots de sang.

    Le premier discours sur la Loi Agraire fut prononcé dans le sénat, l'an de Rome 690, le premier jour du consulat de Cicéron. Peu de jours auparavant, P. Servilius Rullus, tribun du peuple, avait proposé une loi agraire, c'est-à-dire, l'établissement d'une partie du peuple indigent dans les terres de l'État. L'intention du tribun était de faire créer un décemvirat ou dix commissaires, avec un pouvoir absolu, pendant cinq ans, sur tous les domaines de la république, pour les distribuer aux citoyens, suivant leur volonté ou leur caprice; pour vendre ou acheter comme ils le jugeraient à propos; pour régler les droits de ceux qui les possédaient; pour faire rendre compte à tous les généraux, excepté Pompée, de tout le butin qu'ils avaient fait dans les guerres étrangères; pour établir des colonies dans tous les lieux qu'ils y croiraient propres, et particulièrement à Capoue; enfin, pour disposer absolument de tous les revenus et de toutes les forces de l'empire.

    Une telle loi était une révolution tout entière; elle causa de vives alarmes, principalement dans l'aristocratie et le sénat, et devint immédiatement l'objet des attaques de Cicéron. Le premier jour de son consulat, il rassure les sénateurs, s'engage devant eux à ne pas souffrir, pendant son administration, la moindre atteinte contre les libertés de l'État, poursuit les tribuns jusqu'au forum, écrase Rullus de son accablante logique, le signale bientôt dans une adroite réplique, comme un indigne calomniateur, et sait si bien ramener à soi les dispositions du peuple, que le tribun lui-même, désespérant du succès, n'osa point présenter sa loi.

    Il existe au commencement du 1er discours une lacune assez considérable. On a perdu les deux premiers feuillets du manuscrit qui a servi de copie à tous les autres.

    2ième discours :
    Le discours de Cicéron dans le sénat, l'effet qu'il produisit sur cette assemblée, étonnèrent tellement les tribuns, qu'ils n'osèrent, au rapport de Plutarque, ni rien répondre, ni rien objecter. Toutefois Rullus appela le consul devant le peuple, et Cicéron, qui n'eût pas d'ailleurs attendu cet appel, vint, suivi du sénat tout entier, combattre les projets de Rullus, en présence des Romains, et attaquer une loi qui avait pour le peuple le double attrait de lui rappeler le souvenir encore cher des Gracchus, et de le flatter de l'espérance d'un bien-être dont il ne soupçonnait pas la chimère.

    Cicéron commence par déclarer qu'il veut être un "consul populaire", mais il avertit que ce mot a besoin d'explication; et, après en avoir démêlé les différents sens, après avoir découvert les secrètes intrigues des tribuns et leurs desseins ambitieux, il proteste qu'il ne blâme pas la loi tout entière ; mais que si les Romains, lorsqu'ils l'auront entendu, ne reconnaissent pas que cette loi, sous un dehors flatteur, porte atteinte à son repos, à sa liberté, il est prêt à y donner son assentiment. Puis il examine la loi, laquelle renfermait au moins quarante articles, puisque dans le discours suivant, chap. 2, il est parlé d'un article quarantième. Il critique la manière de nommer les décemvirs, ou les exécuteurs de la loi, l'appareil et l'étendue de leur pouvoir, la faculté qu'ils s'arrogent de recevoir l'argent du trésor, et d'en disposer à leur guise; leur intention surtout de partager le territoire de la Campanie, point sur lequel il s'arrête longtemps, pour faire voir ce qu'on aurait à craindre d'une colonie établie à Capoue. Il récapitule ensuite ses moyens avec autant de vivacité qu'il a mis d'éloquence et d'adresse à les développer, et conclut en annonçant sa ferme et courageuse résolution de s'opposer aux projets pernicieux des tribuns, et de veiller, de concert avec son collègue (C. Antonius), à la tranquillité et au bonheur de ses concitoyens.

    3ième discours :
    Rullus n'avait point osé se présenter dans l'assemblée où Cicéron avait attaqué sa loi; mais, profitant du moment où le consul était absent du forum, il l'attaqua comme étant de ceux qui soutenaient le parti de Sylla et les détenteurs des biens des proscrits. Cicéron lui répond dans ce troisième discours; il fait voir que c'est au contraire Rullus qui protége les possesseurs des biens des proscrits, et surtout Valgius son beau-père. Il prouve l'intention du tribun, en expliquant le quarantième article de la loi, dont il n'avait point parlé d'abord, dans la crainte, disait-il, de réveiller les anciennes divisions.

    Cicéron , après avoir placé à la tête de ses oeuvres consulaires, les deux discours précédents, parle de deux autres petits discours, appendices de la loi agraire. Il est donc probable que Rullus calomnia de nouveau l'orateur dans l'esprit du peuple, et que Cicéron répliqua une dernière fois. Ce quatrième discours est perdu.

    [tiré de la traduction française du discours : cf. module LECTURE]

  • Cicéron, Des provinces consulaires :

    Il y avait deux sortes de provinces, les unes consulaires, et les autres prétoriennes. Les provinces consulaires étaient pour ceux qui sortaient du consulat; les prétoriennes, pour ceux qui avaient été préteurs l'année précédente. Les unes et les autres n'étaient ni toujours consulaires, ni toujours prétoriennes; elles prenaient leur nom de la qualité du magistrat qu'on y envoyait. Le sénat les décernait de deux manières, mais toujours d'après la loi Sempronia.
    Au temps de Cicéron, les provinces consulaires étaient données aux consuls désignés pour l'année suivante avant la tenue des comices, qui se faisaient alors au mois d'août, pour les aller occuper au bout de dix-sept mois, quand ils sortiraient de charge. Les tribuns du peuple ne pouvaient s'opposer au décret du sénat, et ceux qu'on y envoyait y demeuraient jusqu'à ce que le sénat les eût remplacés.
    Les provinces prétoriennes étaient données aux préteurs de l'année courante, pour s'y rendre le 1er janvier suivant, au sortir de leur préture. Les provinces prétoriennes étaient sous l'autorité du peuple : les tribuns pouvaient former opposition au plébiscite qui les conférait, et on ne les possédait que pour un an. Le sénat avait le pouvoir de rendre prétoriennes les provinces consulaires, et de les conférer aux préteurs.
    Le consul Cn. Cornelius Lentulus Marcellinus avait, l'an de Rome 698, convoqué le sénat pour délibérer, suivant la Ici Semproria, sur le choix des provinces où devaient être envoyés, au bout de dix-sept mois, les consuls désignés. P. y en avait quatre auxquelles on son- geait à donner de nouveaux gouverneurs : la Macédoine, la Syrie et les deux Gaules. La Macédoine était alors gouvernée par L. Calpurnius Pison Césoninus, consul de l'an 696, et la Syrie par Aulus Gabinius, son collègue. César réunissait l'administration de la Gaule Cisalpine et de la Gaule Transalpine, provinces jusqu'alors séparées.

    Le sénat était bien résolu à donner des successeurs à Gabinius et à Pison, pour une foule de motifs, dont le moindre était qu'ils avaient accompli leur temps. Bien que le premier ne manquât ni de bravoure ni de capacité militaire, et qu'il eût fait en Palestine une campagne assez glorieuse, il était si mal famé que, quand il demanda des supplications en l'honneur de ses victoires, le sénat, assemblé le 15 mai de cette même année, les lui avait refusées, sous prétexte qu'on ne devait pas ajouter foi aux lettres d'un homme souillé, comme lui, de si grands crimes. Quant à Pison Césoninus, il n'était pas en meilleur prédicament, n'ayant aucun mérite connu par où il rachetât les vices qu'on lui reprochait.

    Si, en suivant le voeu de la loi Sempronia, le sénat ne se fût proposé que d'en remplir les intentions, César n'aurait point eu lieu de se plaindre; mais comme, dans l'application qu'on voulait en faire à son égard, il entrait au moins autant de jalousie personnelle que de crainte qu'il ne devînt trop puissant, Cicéron, quand son tour vint de dire son avis, appuya vivement l'opinion de P. Servilius Isauricus, le seul des consulaires qui n'eût pas réclamé le rappel de César.

    Tel est le sujet du discours que l'on va lire, et qui marque une des contradictions les plus manifestes de la vie politique de notre orateur: "Instruit par ses disgrâces passées," dit Morabin, «de la nécessité de se rejeter du côté de ceux qui les lui avait attirées, il cherchait désormais à se faire un ami de César, aux projets duquel il s'était jusqu'alors montré contraire. Déjà, cette même année, il n'avait négligé aucune occasion de regagner les bonnes grâces du vainqueur des Gaules, en appuyant de toutes ses forces les demandes qu'il fit au sénat. La première fut qu'on décernât des supplications pour remercier les dieux des victoires qu'il avait remportées. Peu de temps après, lorsque le sénat délibéra sur quels fonds seraient payées les troupes qui servaient sous César, Cicéron soutint, contre l'avis de plusieurs préopinants, que ce serait sur le trésor public, et non sur ce qui proviendrait du butin; et il ne se contenta pas d'avoir ramené la majorité a son avis, il se fit nommer comme présent au sénatus–consulte qui fut dressé en conséquence. Une autre fois, il contribua à faire accorder à César dix lieutenants, malgré l'opposition d'un grand nombre de sénateurs, qui voulaient écarter cette demande comme insolite et dangereuse pour la liberté."

    Nous n'avons aucun des discours que Cicéron prononça dans ces occasions: mais l'oraison sur les Provinces consulaires en peut donner suffisamment l'idée, puisque l'orateur y rappelle fort au long ces divers actes de sa complaisance politique envers César. Ce discours se divise en deux parties. La première est une violente invective par laquelle Cicéron satisfait toute sa haine contre Pison et Gabinius. Il présente les actes de leur administration sous les couleurs les plus odieuses, et prouve, par l'histoire de leur vie, qu'on a déjà laissé trop longtemps à ces indignes magistrats un pouvoir qu'ils n'ont acquis que parle crime, et dont ils n'usent que pour le malheur des peuples soumis à la domination romaine. Mais, fussent-ils irréprochables l'un et l'autre, le temps n'est pas encore venu de donner un successeur à César.

    Cette transition conduit l'orateur à la seconde partie de son discours. Ici il donne les plus grands éloges à César, et, répondant à ceux qui l'interrompent en lui témoignant leur étonnement de le voir se déclarer pour ce général qui s'était montré son ennemi, il proteste qu'il fait volontiers le sacrifice de ses ressentiments personnels au bien public; qu'il ne peut être l'ennemi d'un citoyen qui rend à sa patrie de si glorieux services, et que ce seul motif a suffi pour le réconcilier avec César. Célébrant ensuite les exploits de ce général, il montre la Gaule presque soumise par celui qui seul peut achever son ouvrage; qu'il faut mettre une extrême différence entre l'administration d'un homme tel que lui et celle d'un Pison et d'un Gabinius; enfin que, quand César lui–même demanderait son rappel, le sénat devrait s'y opposer.

    Bien que l'assemblée eût paru d'abord peu satisfaite de l'opinion manifestée par Cicéron, une partie des conclusions de son discours fut adoptée. Si Gabinius fut maintenu encore une année en Syrie par le crédit de Pompée, Pison fut révoqué, et César prorogé dans le commandement des deux Gaules.

    Les vrais républicains ne pardonnèrent pas à Cicéron la complaisance intéressée qu'il avait montrée dans cette occasion. Lui-même a cherché, en maints endroits de sa correspondance, à justifier son changement, surtout dans sa lettre écrite à Lentulus l'année suivante (Lettres fam., liv. I, lettre ix). "Mais," comme le remarque M. Gueroult l'aîné, "les raisons qu'il alléguait ne le satisfaisaient pas lui-même ; on peut en juger d'après plusieurs lettres à son ami Atticus, dans lesquelles il se plaint de l'état de sujétion où la nécessité l'a réduit." Le discours sur les Provinces consulaires fut prononcé vers le mois d'aoüt de l'an de Rome 698, sous le consulat de Cn. Cornelius Lentulus Marcellinus et de L. Marcius Pbilippus. Cicéron avait alors cinquante et un ans.

    [tiré de la traduction française du discours : cf. module LECTURE]


2. CORPORA :

Christian Ruell a pu, aussi, établir une nouvelle base de données globale pour les discours de Cicéron à propos de la loi agraire :

Cicéron, De la loi agraire

Détails : 3 discours, 13.823 occurences pour 4.495 formes différentes


3. Lecture :

Un dirigeant populaire, c'est quoi? :

Dans le 2e discours sur la loi agraire, Cicéron, fraîchement élu consul, donne à entendre ce qu'il entend par consul populaire :

De la loi agraire, II, ch. 4 :

... dixi in senatu in hoc magistratu me popularem consulem futurum. Quid enim est tam populare quam pax? qua non modo ei quibus natura sensum dedit sed etiam tecta atque agri mihi laetari uidentur. Quid tam populare quam libertas? quam non solum ab hominibus uerum etiam a bestiis expeti atque omnibus rebus anteponi uidetis. Quid tam populare quam otium? quod ita iucundum est ut et uos et maiores uestri et fortissimus quisque uir maximos labores suscipiendos putet, ut aliquando in otio possit esse, praesertim in imperio ac dignitate. Quin idcirco etiam maioribus nostris praecipuam laudem gratiamque debemus, quod eorum labore est factum uti impune in otio esse possemus. ...

... je déclarai dans le sénat que je serais un consul populaire. Car, quoi d'aussi populaire que la paix, dont tous les êtres doués de sentiment, nos demeures mêmes et nos campagnes semblent apprécier la jouissance? Quoi d'aussi populaire que la liberté, si vivement désirée et préférée à tout autre bonheur non seulement par les hommes, mais encore par les brutes ? quoi d'aussi populaire que le repos, situation si attrayante, que vous, vos ancêtres et les hommes les plus courageux, jugiez bon d'affronter les travaux les plus pénibles pour jouir enfin, au sein du repos, de la gloire et de la puissance? Et combien surtout ne devons-nous pas d'éloges et d'actions de grâces à nos ancêtres, puisque la possession de ce repos que nous pouvons goûter impunément, est le prix de leurs fatigues! ...


4. Anthologie palatine, lv. V : une nouvelle traduction française :

Un beau cadeau de Noël ! Il s'agit pour l'essentel d'une traduction nouvelle, en vers et légèrement annotée, de l'intégralité du livre V de l'Anthologie Grecque. Ce livre V (309 pièces) est consacré aux épigrammes érotiques, mais comme d'autres livres de l'Anthologie proposent également quelques pièces érotiques, ces dernières (23) ont été jointes aux autres, soit un total de 332 épigrammes :

Anthologie Palatine, lv. V : Épigrammes érotiques
(traduction : Ph. RENAULT)

Le traducteur est Philippe Renault, qui a déjà donné à la BCS une traduction nouvelle de trois dialogues de Lucien: Le Banquet ou les Lapithes; La Traversée pour les Enfers ou le Tyran; Les Amis du Mensonge ou l'Incrédule

C'est également un collaborateur régulier des FEC. Il a notamment proposé dans le fascicule 8 (2004) une présentation générale de l'Anthologie Grecque.

Philippe Renault a réalisé ici une excellente traduction. Recourir à des vers français pour traduire des vers grecs n'est jamais une mince affaire, mais le résultat est très lisible. Il a donné un texte dépoussiéré, sans reculer devant certains mots crus, mais sans jamais sacrifier à des modes douteuses. Son travail reste en un certain sens très classique et fort fidèle, sinon toujours aux mots, en tout cas à l'idée de l'original grec.

La mise en page et l'édition HTML de cette traduction sont l'oeuvre de Jacques POUCET, le maestro de l'habillage virtuel.


5. Publication : articles de professeurs émérites de l'UCL :

Un tir groupé : Le tome 72, n°1-2, 2004, de la revue Les Études classiques vient de paraître. On y trouve, entre autres, 3 articles de professeurs émérites de l'UCL :

  • Daniel DONNET, Dans le pas de l'aède épique, pp. 3 -58

  • Marius LAVENCY, Qui a tondu qui? (Pline le Jeune, Lettres, VII, 27, 12-13), pp. 59 - 74

  • Jacques POUCET, L'origine troyenne des peuples d'Occident au Moyen-Âge et à la Renaissance. Un exemple de parenté imaginiare et d'idéologie politique, pp. 75 - 107.

    Version électronique : Folia Electronica Classica : FEC 5 (2003)


Jean Schumacher
24 décembre 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002