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Date :     26-11-2004

Sujets :
Environnements hypertextes : Cicéron; Corpora : Sénèque, Des bienfaits - Lucrèce, De la nature des choses; Imitatio ciceroniana : Il vaut mieux être pauvre que riche (O. LANDO, Paradossi); Lecture : La loi de Cicéron (d'après E. Gombrich); Culture : Je n'attends pas le bonheur de mon ordinateur (J. Delumeau);

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués par Christian Ruell pendant la semaine écoulée concernent :

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format .txt, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA :


2. CORPORA : Deux nouvelles bases de données globales ont été créées par Christian Ruell :

  • Lucrèce, De la nature des choses
    Détail : 6 livres, 49.054 occurrences pour 10.893 formes différentes

  • Sénèque, Des bienfaits
    Détail : 7 livres, 45.609 occurrences pour 11.464 formes différentes

Jacques POUCET a produit une nouvelle notice de présentation, cette fois-ci pour l'historien Quinte-Curce dont la base de données globale est disponible depuis quelque temps déjà :

L'Histoire d'Alexandre le Grand


3. Imitatio ciceroniana : Il vaut mieux être pauvre que riche :

Sur le modèle des Paradoxa Stoicorum de Cicéron, Ortensio LANDO, auteur de la Renaissance bien connu maintenant du public des Actualités des ITINERA ELECTRONICA, a composé en 1543 , mais cette fois-ci en italien, un autre ouvrage intitulé Paradossi cioè sententie fuori del comun parera.

En 1559, déjà, est publiée à Lyon une traduction française de cette oeuvre : Paradoxes ou Sentences débatues et élégamment déduites contre la commune opinion. Cette traduction figure, au format PDF (images numérisées) sur le serveur GALLICA de la Bibliothèque Nationale de France.

Nous avons téléchargé ce fichier et l'avons placé dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA : Paradoxes.

Paul F. GRENDLER, dans son ouvrage intitulé Critics of the Italian World 1530-1560 (Univ. of Wisconsin Press, 1969), présente ces Paradossi de la façon suivante :

p. 29 : " ... Lando kept his promise with the publication in 1543 in Lyons of his first book in the vernacular, the Paradossi. His best-known work, the Paradossi defended thirty paradoxical theses, for instance, that it was better to be poor than rich, or more advantageous to be ignorant than learned. The genre of the paradox originated in antiquity, usually in the context of a philosophical problem. Cicero, for example, wrote essays in which he supported the uncommon viewpoint, arguing that only the wise man was truly rich and that virtue was the only good. As a Stoic, he could support such propositions, which he termed paradoxical because they were contrary to the opinion of ordinary men. In the sixteenth century, Erasmus used paradox to convey a message with a humorous and ironie air. Much of the Praise of Folly was constructed on his paradoxical interpretation of what the world considered "wise" and "crazy" and his artful mixing of the two.

In his Paradossi Lando used humor, tongue-in-cheek remarks, and double-entendre, for the serious purpose of social and moral criticism. Man was unhappy when he saw all the evil around him; so it was better to be blind than to see; thus one would not see the evil conditions in Italy - the criminals in Naples, the prostitutes in Rome. In his sixth paradox, that it was not a bad thing if a prince lost his state, Lando criticized princes as avaricious, cruel, and monstrous and concluded that no one lamented the loss of a state by a prince. On the lighter side, in his eighteenth paradox, he argued that to be a bastard was neither shameful nor odious. On the contrary, since bastards were born of a more ardent love and as a result of more ingenious strategems than a legitimate heir, the bastard was more deserving of his father's estate. ...

In the first paradox of the Paradossi, Lando had argued that it was better to be poor than to be rich. Citing a number of examples, he decried wealth because of its close relationship to evil, while in poverty, vice disappeared. He concluded that "riches were the mother of infinite evils," but poverty was blessed. ..."

Greindler parle de 30 thèses paradoxales mais la traduction française n'en atteste que 26.
Dans un avis Au lecteur Lando explique ce qu'il entend par "paradoxe" : ce sont " ... des propos que les anciens ont voulu nommer Paradoxes c'est-à-dire contraires à l'opinion de la plupart des hommes afin que par le discours d'iceux la vérité opposite t'en soit à l'avenir plus claire et apparente et aussi pour t'exercer au débat des choses qui te contraignent à chercher diligemment et laborieusement raisons, preuves, autorités, histoires et mémoires fort diverses et cachées. ...

Le paradoxe premier a l'intitulé suivant : Pour la Povreté. Déclamation première. Qu'il vaut mieux estre povre que riche.

Parmi les exemples cités à l'appui de cette thèse figurent deux raisonnements puisés dans les Lettres à Lucilius de Sénèque :

  • Lettres à Lucilius, I, 5 :

    Lando : "... Sénèque, auteur de grande réputation, disait : celui-là est grandement à louer qui prise autant les vaisseaux de terre comme s'ils étaient d'argent mais beaucoup plus de louange mérite celui qui n'estime non plus la vaisselle d'or ou d'argent que si elle était de terre. ..."

    Ce qui correspond à la citation latine suivante :
    Magnus ille est qui fictilibus sic utitur quemadmodum argento, nec ille minor est qui sic argento utitur quemadmodum fictilibus; ...
    Il y a de la grandeur à se servir d’argile comme on se servirait d’argenterie ; il n’y en a pas moins à se servir d’argenterie comme si c’était de l’argile.

  • Lettres à Lucilius, II, 14 :

    Lando : " ... pauvreté, de laquelle honorablement parlant le bon Sénèque voulait alléguer que le nu était par son moyen hors du danger des larrons et le desfourny d'argent pouvait par elle, au lieu d'être assiégé, vivre à son aise et hors de la crainte des ennemis. ..."

    Ce qui correspond à la citation latine suivante :
    Nudum latro transmittit; etiam in obsessa uia pauperi pax est.
    ... le brigand laisse passer l'homme qui n'a rien sur lui ; sur la route la plus infestée il y a paix pour le pauvre.


4. Lecture : La loi de Cicéron :

Dans le supplément Des Livres du journal Le Monde, édition du vendredi 19 novembre 2004, Philippe DAGEN présente le livre suivant :

E.H. GOMBRICH, La préférence pour le primitif. Episodes d'une histoire du goût et de l'art en Occident
Titre original : The Preference for the Primitive
Traduit de l'anglais par Dominique Lablanche
Éditions Phaïdon, 2004, 324 pp., 218 ill., 59,95 € (EUR.

P. Dagen donne à son article l'intitulé suivant :
Gombrich et la loi de Cicéron. Les oeuvres anciennes seraient-elles supérieures, tant moralement qu'esthétiquement, aux oeuvres récentes?
Le célèbre historien de l'art, disparu en 2001, analyse l'histoire et la psychologie du goût de l'Antiquité à nos jours.

Présentation de la Loi de Cicéron : " ... La peinture, la sculpture, l'art, «c'était mieux avant», dit-on si souvent, sans que l'on sache du reste de quel «avant» il s'agirait, avant quelle catastrophe ou quelle crise.
Mais depuis combien de temps répète-t-on cette formule ? Ernst Gombrich a consacré son ultime ouvrage à cette question, de nature à mettre mal à l'aise tous ceux qui professent le mépris du présent au nom du culte d'un passé.

La première réponse est immédiate : la phrase se répète au moins depuis Cicéron. Dans De l'orateur, il observe que les tableaux récents peuvent bien plaire par leur éclat et la richesse de leurs couleurs : « Bien qu'ils nous séduisent au premier coup d'oeil, le charme s'évanouit assez vite, tandis que, devant les tableaux les plus anciens, nous ne cessons de les admirer, précisément pour leur caractère sombre et archaïque.»

L'argument est avancé pour justifier que l'art oratoire s'interdise des excès de virtuosité, un style trop affecté. Mieux valent la retenue et la sobriété que l'artifice et le débordement.

Les «anciens tableaux» ne valent pas mieux parce qu'ils sont anciens, mais parce que, plus simples, plus rudes, ils ne lassent pas le regard par d'inutiles démonstrations de savoir-faire.

Le raisonnement cicéronien ne se fonde pas sur l'Histoire, mais sur la psychologie : il convient de limiter les effets pour ne lasser ni l'auditeur ni le spectateur.

Gombrich commente : «Cette méditation (...) constitue une réflexion majeure sur la question du primitivisme, précisément parce qu'elle laisse de côté l'opposition entre progrès et décadence dans laquelle s'enlise habituellement le débat.» La Préférence pour le primitif répond à ces deux exigences : ne rien concéder à une quelconque philosophie de l'art, s'avancer du côté d'une psychologie de la création et de la réception. L'ouvrage se présente donc sous la forme d'une chronique des réflexions sur les mérites comparés non de l'ancien et du moderne, mais du simple et du factice, du style «naturel» et des «manières». ..."

La référence à Cicéron provient du traité De l'Orateur, lv. III, ch. 25 :

... Difficile enim dictu est, quaenam causa sit, cur ea, quae maxime sensus nostros impellunt uoluptate et specie prima acerrime commouent, ab eis celerrime fastidio quodam et satietate abalienemur. Quanto colorum pulcritudine et uarietate floridiora sunt in picturis nouis pleraque quam in ueteribus! Quae tamen, etiam si primo aspectu nos ceperunt, diutius non delectant; cum eidem nos in antiquis tabulis illo ipso horrido obsoletoque teneamur. ...

Il est difficile d'expliquer pourquoi les objets qui nous frappent le plus agréablement au premier abord, et qui font naître en nous les sensations les plus vives, sont aussi ceux qui amènent le plus promptement le dégoût et la satiété. Combien, dans les peintures nouvelles, le coloris n'est-il pas plus éclatant, plus fleuri, plus varié que dans les anciennes? Cependant, après quelques moments de séduction, le charme a disparu, et notre oeil revient se fixer avec complaisance sur sur ces vieux tableaux dont il aime les teintes rembrunies et l'antiquité sévère.

La préparation de l'environnement hypertexte pour cette oeuvre (livre III) est en cours; sans contre-temps, il devrait être annoncé la semaine prochaine.
Par contre, nous avons créé, avec l'application EXERCICES 4.1, module Le Puzzle (module existant depuis 15 jours maintenant) un exercice intitulé Loi de Cicéron. Il s'agit de reconstituer la phrase latine de la "loi de Cicéron" en se basant sur des segments de phrases en traduction française.

Il nous est revenu que Youri, étudiant en apprentissage de la langue latine, a été pris en flagrant délit de construction de puzzles latins via EXERCICES 4.1 (Pline le Jeune, Correspondance)... pendant le cours de mathématiques : du latin plutôt que des maths !

Hier, nous avons dédié à Youri, au titre de baume en cas de punition, le "puzzle" Loi de Cicéron. Continue, Youri, de faire du latin, utilise les outils technologiques nouveaux ... mais plus au cours de mathématiques!


5. Culture : Je n'attends pas le bonheur de mon ordinateur :

La revue Le POINT consacre les pages 104 à 106 de l'édition du 18 novembre 2004 (n° 1679) à un entretien avec l'historien Jean DELUMEAU, auteur, entre autres, de Guetter l'aurore. Les propos de l'entretien ont été recueillis par Jérôme CORDELIER.

Interrogé sur le rôle du progrès technique dans l'évolution de l'humanité, Jean DELUMEAU répond par la phrase citée ci-dessus dont il donne l'explication suivante :

" ... nous ne pensons plus que le progrès technique apportera le salut à l'humanité. Ce n'est pas parce que je sors d'un TGV, que je travaille six heures par jour sur mon ordinateur et que j'utilise l'Internet que je me sens heureux.

L'homme moderne est profondément affecté par un grand décalage : il a à sa disposition quantité d'outils techniques, mais il ne possède pas les clés du bonheur.
Jusqu'au XVIIe siècle, l'humanité occidentale, notre chrétienté, croyait à la fin prochaine du monde. L'humanité apparaissait alors comme vieille au jugement même de l'élite. Christophe Colomb prévoyait que la fin du monde surviendrait en 1656. Luther disait, au milieu du XVIe siècle, que l'humanité en avait encore au maximum pour cent ans. Avec l'apparition de la science, et l'étude des fossiles au XVIIIe siècle, on a découvert que le monde, la Terre, l'humanité étaient beaucoup plus anciens qu'on ne l'avait cru.

A ce moment-là naît l'idée que l'humanité est en progrès et va vers une ère de bonheur que produiront les connaissances scientifiques. Le salut de l'humanité allait surgir du progrès de l'instruction, des connaissances et des techniques. On ne le croit plus.
Je n'attends pas le bonheur de mon ordinateur. ..."


Jean Schumacher
26 novembre 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002