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Date :     29-10-2004

Sujets :
Environnements hypertextes : Cicéron (3 x); CORPORA : Tacite, Les Histoires; Imitatio ciceroniana : Ortensio LANDO (ter); Site sur la Toile : Wie klangen Ovids Metamorphoses?;

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués pendant la semaine par Christian RUELL concernent :

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format .txt, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA :


2. CORPORA :

Une nouvelle base de données globale est à disposition sur la Toile:

TACITE, Les Histoires

Détails: 5 livres d'Histoires totalisant 51.420 occurrences pour 15.066 formes différentes.

Une notice de présentation, riche et détaillée, commune aux Annales et aux Histoires, tirée de :
F. DOUDINOT de la BOISSIÈRE, Tacite, Oeuvres choisies (Paris, Hâtier, 1932), vient dêtre mise en page et éditée par Jacques POUCET sur le site de la BCS (Bibliotheca Classica Selecta):

Introduction aux Histoires et Annales - première partie

Introduction aux Histoires et Annales - deuxième partie


3. Imitatio ciceroniana: Ortensio LANDO :

Troisième contribution au Cicero relegatus et reuocatus d'Ortensio LANDO (vers 1512 - après 1555).

Conor FAHY, professeur émérite d'Italien de l'Université de Londres et grand spécialiste de l'impression au XVIe siècle d'oeuvres de la littérature italienne, a consacré un article à cette oeuvre : C. FAHY, The Composition of Ortensio Lando's dialogue "Cicero relegatus et Cicero revocatus" dans : Italian Studies, vol. 30-32, 1975-77, pp. 30-41.

Nous y apprenons tout d'abord que C. FAHY a déjà écrit un autre article au sujet d'O. Lando : Per la vita di Ortensio Lando, dans : Gornale storico della letteratura italiana, vol. 142, 1965, pp. 243-258.
Dans ce dernier article, C. Fahy donne à entendre qu'O. Lando s'est lui-même mis en scène dans son oeuvre sous le couvert de son nom de religion (fra Geremia da Milano) :

[1,16] présentation du cercle d'amis réunis autour du malade Philoponus : ... ab illius dextera assidebat Hieremias Landus omnibus rebus {6} ornatissimus, ...

Il intervient même dans le débat :

[1,158] Hieremias qui plus aliis aegre tulisse uidebatur, quod tam effusus conuitiator fuisset, quantum potuit blande his uerbis Barbatum compellauit. [1,159] HIEREMIAS. [1,160] Vbi quaeso te, Barbate, didicisti tam docte conuitiari tamque maledicum esse, ...

Dans l'article The Composition ..., C. Fahy cite une/la source qu'O. Lando a utilisée pour son livre et nous faisons connaissance, ainsi, d'un autre personnage intervenant dans la polémique autour de Cicéron et de son imitation : Felici Costanzo da Casteldurante (dit aussi Durantinus) qui a publié, en 1518, une Historia coniurationis Catilinariae, non pauca a Sallustio preatermissa continens, avec, en fin de volume, De Exilo Ma. Tullii Ciceronis Liber unus et De Reditu M. Tullii Ciceronis Liber unus.

Dans la préface à cette oeuvre, préface adressée au pape Leon X, Felici Co(n)stanzo indique qu'il a écrit cette oeuvre à l'age de dix-huit ans :

... Quanquam hoc loco uere mihi gloriari licet, me librum hunc scripsisse stylo altiori quam adolescentulo nondum decem et octo annos nato et ualde in iure Ciuili occupato, par esse uidebatur...

Nous n'avons pas encore pu prendre connaissance des textes de cet auteur consacrés à l'exil et au retour de Cicéron. Il semble, en effet, qu'il n'en existe pas encore d'édition moderne.

Mais, en attendant d'avoir accès à une édition originale - du XVIe siècle - de cet écrit dont s'est inspiré Lando, nous avons déjà pu trouver et opérer une saisie et une reconnaissance optiques du texte de la Conjuration à partir d'une édition du XVIIIe siècle.

La Conjuration de Felici Co(n)stanzo se veut être une réécriture du texte de Salluste en accordant, pour la mise à l'écart de Catilina, une place de choix à Cicéron, ce que Salluste n'avait pas fait.

Lando approchait les 20 ans lorsqu'il composa son texte, Felici Co(n)stanzo n'avait pas encore dix-huit ans lorsqu'il écrivit le sien : comment expliquer que Cicéron était, pour ainsi dire, l'idole des jeunes à cette époque?

Il est vrai, le Cicéronianisme battait son plein au début du XVIe siècle : les productions littéraires (latines) de l'époque devaient se conformer au modèle de Cicéron, était-il dit; Pietro BEMBO, secrétaire du pape Léon X, se targuait même de n'utiliser jamais un mot qui ne se soit trouvé dans Cicéron!

Dans ce contexte d'effervescence cicéronienne paraît le Ciceronianus d'Érasme dans lequel Érasme propose, entre autres, de "canaliser" cette imitatio ciceroniana. Proposition qui a déclenché d'âpres controverses tant en Italie, qu'en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique etc.

Dans la deuxième partie du Cicero relegatus et reuocatus de Lando, dont le traitement informatique s'achève, bien de ces humanistes pro-Cicéron sont cités: Jules César Scaliger (1484 - 1558), Pietro Bembo (1470 - 1547), Jacques Sadolet (1471 - 1547) , Pietro Alcionio (1487 - 1527), Girolamo Seripando (1493 - 1563), Christophe de Longueuil, Etienne Dolet (1509 - 1546), Hieremias Landus - alias Ortensio Lando - etc. etc.

Donner à chacun d'eux la parole au sein du Projet ITINERA ELECTRONICA, dans le cadre des fenêtres ouvertes sur d'autres époques de la latinité, apparaît comme une entreprise démésurée voire impossible : tant d'oeuvres de cette époque sont encore à pré-traiter car aucune édition moderne n'existe.

Un projet grandiose pour d'autres jeunes Cicéroniens?

Mais diront certains, ce latin-là, le latin de la Renaissance, ne relève-t-il pas d'une langue devenue muette pour ne pas dire morte?

Écoutons à ce propos F. FUNCK-BRENTANO dans les pages qu'il a consacrés à Erasme dans son livre La Renaissance (Paris, A. Fayard, 1935), pp. 116-124 :

" ... « Il est peu de doctrines, a si bien dit Renan (1823 - 1892), qui ne contienne une âme de vérité»; cette âme, cette flamme, Erasme la chercha de bonne foi. Il la trouva, guidé par sa claire intelligence et, sur le plateau d'or de sa pensée, éprouva une joie très belle à la faire briller au grand air, mais elle brûla dans un vent de tempête qui la dérobait aux regards troublés.

Pierre de Nolhac (1859 - 1936) l'a bien compris et si bien dit en cet admirable sonnet :

Oh! mon vieux maître Erasme, incomparable ami!
Je me plais aux leçons que ton bon sens distille
Et j'aime les combats de ta verve subtile
Dont souvent l'aiguillon se dérobe à demi.
Quand les Pharisiens et les sots ont frémi,
Pour défendre ton seuil contre leur foule hostile,
Tu n'avais que ta plume, ô maître, et ce beau style
Dans un latin muet, désormais endormi.
Tu quittas à regret tes livres et tes muses;
Mais, flagellant le vice et démasquant les ruses
ton ironique fouet sifflait parfois dans l'air.
Si j'ai bien pénétré dans ton âme profonde,
Enseigne-moi le franc-parler et le mot clair
Et le mépris des fous qui gouvernent le monde.

De nos jours, nous demeurons stupéfaits de l'action qu'exerça sur toute l'Europe cet écrivain, d'un esprit subtil, d'un caractère timide, vite effarouché, s'exprimant dans cette langue latine qu'il maniait avec une telle maîtrise qu'elle en redevenait sous sa plume une langue vivante.

Papes, empereurs et rois, patriciens et seigneurs, corps enseignants des universités, jusqu'aux condottieres bardés de fer, recherchent la faveur de son commerce. Les plus brillantes renommées ambitionnent l'honneur d'un mot écrit par lui. Les princes lui envoient des ambassadeurs; pour fêter snn entrée les villes se parent d'étendards et de fleurs; les foules viennent à sa rencontre. A-t-il annoncé son départ, les municipalités s'ingénient à trouver prétexte à le retarder. Bâle et Besançon se disputent l'honneur de sa résidence. Henry VIII veut qu'il enseigne à Cambridge et à Oxford; Charles-Quint fait de lui son conseiller en Flandre; François Ie lui offre la direction du Collège de France. Les humanistes allemands vont vers lui en pèlerinage. « A travers les forêts, à travers tant de pays infestés d'épidémies, nous allons quérir la perle unique de l'univers », écrit l'un d'eux.

On a souvent comparé le rôle d'Erasme dans l'Europe de la Renaissance à celui de Voltaire dans l'Europe de Louis XV et de Frédéric II. Le grand humaniste finit par s'établir à Bâle (1521). Il y vécut dans une retraite aussi paisible que le lui permettait sa renommée, en compagnie de deux autres très grands hommes, l'éditeur- imprimeur Hans Froben et le peintre Hans Holbein.

Il s'attacha à sa retraite, par goût assurément, car rien ne lui était plus doux que ses travaux; peut-être aussi par calcul. Il le dit très gentiment : «Les écrivains sont comme ces tapisseries de Flandre à grands personnages qui ne font tout leur effet que de loin.»

Sa grande joie était dans ses belles études, dans les savantes éditions qu'il donnait, avec une activité inlassable, des auteurs sacrés et profanes : Caton, Cicéron, Eutrope, Ammien Marcellin, Sénèque, Térence. Il fut le premier à publier en grec l'oeuvre de Ptolémée; le premier qui donna une édition complète d'Aristote; il fit paraître de savantes éditions de Démosthène, de l'historien juif Josèphe, une édition grecque, accompagnée d'une traduction latine, du Nouveau Testament; il publia des traductions latines d'Euripide, d'Isocrate, de Xénophon, sans négliger les Pères de l'Eglise : saint Jérôme, saint Hilaire, saint Cyprien, saint Jean-Bonaventure, saint Ambroise, saint Augustin. Et ses oeuvres personnelles, les nombreux écrits où il répandit la finesse de son esprit : traités de morale, de philosophie, pamphlets, satires. Il publia des grammaires, des dictionnaires, un traité de la prononciation du grec et du latin, un art épistolaire, De ratione conscribendi epistolas. Dans l'histoire de la pédagogie et de l'éducation des enfants, Erasme tient une place considérable, la première peut-être, et non seulement en date, mais par la valeur. Il trace des plans d'étude, De ratione studii, rédige des «déclamations» sur «l'éducation des enfants à la vertu et aux belles-lettres et cela dès leur naissance», où il se montre précurseur et propagateur d'idées et de pratiques toutes modernes. Son petit traité de la «Civilité des moeurs des enfants» offre une dissertation toute de charme, de grâce et de bon sens. Quand on considère l'ensemble de l'oeuvre erasmienne, on a peine à comprendre qu'une vie humaine y ait suffi. Sur ce point encore on l'a comparé à Voltaire, avec raison.

Ses «Adages», Adagia, paraissent en 1500 : aurore du siècle nouveau. «Aurore» est ici à sa place. Par les «Adages», toute l'époque fut illuminée, «et le mot ici n'est point figuré», ajoute Nisard.

Le livre se compose d'un recueil de pensées antiques, dictons, bons mots et proverbes, qu'Erasme assaisonne de vivants et gracieux commentaires, fruit de son expérience et de sa raison. Nul autre humaniste, dans son désir de rapprocher l'Antiquité des temps nouveaux, n'a jamais produit une argumentation à la fois plus charmante et plus efficace. Guillaume Budé, le célèbre helléniste, que l'on peut, considérer comme le fondateur du Collège de France, disait en parlant des « Adages » : «C'est le Magasin de Minerve; on y recourt comme aux livres des Sibylles.» Et, de notre temps, Désiré Nisard : «Ce fut un livre décisif pour l'avenir des littératures : première révélation de ce double fait que l'esprit humain est un, l'homme moderne fils de l'homme ancien, et que les littératures ne sont que le dépôt de la sagesse humaine.» Dès leur apparition, les Adages eurent un succès foudroyant.

En 1509, en Angleterre, Erasme écrivit son livre le plus populaire et qui, de nos jours encore, trouve de nombreux lecteurs, éditeurs et traducteurs : son immortel Eloge de la Folie. Erasme avait été appelé outre-Manche par Henry VIII qui avait pour lui amitié et admiration et l'avait chargé d'enseigner le grec à l'université de Cambridge. Le livre parut en 1510. Le succès en fut comme celui des Adages, considérable : sept éditions nouvelles en quelques mois, vingt-sept en quelques années. Le livre fut incessamment traduit du latin en la plupart des langues de l'Europe : vive satire de la société où s'épanouit, sur la fin du xve siècle, la Renaissance, mais dans laquelle la hiérarchie ecclésiastique se profile en traits particulièrement aigus.

Voyez ce tableau des grands prélats allemands de l'époque, de ces archevêques casqués de fer et qui savaient marchander si fructueusement leurs suffrages lors des élections impériales : «Sans souci du culte, des bénédictions, des cérémonies, ils font les satrapes, estimant qu'il serait d'un lâche et indigne d'un évêque de rendre son âme à Dieu ailleurs que sur un champ de bataille. Sur quoi le commun des prêtres, à l'exemple de leurs prélats, se battent d'un entrain tout militaire pour la revendication de leurs dîmes. Epées, javelots et pierres, nulle sorte d'armes ne leur fait défaut. Ah! comme ils ouvrent les yeux quand il s'agit d'extraire des Ecritures certains passages dont ils alarment le populaire pour lui persuader qu'il leur doit la dîme et plus encore! Mais il ne leur vient pas à l'esprit de lire tout ce qui y est écrit sur leurs devoirs envers ce même peuple. La tonsure ne leur enseigne pas qu'un prêtre doit être affranchi des cupidités mondaines et ne songer qu'aux biens du paradis. Voluptueux qui se croient quittes de leurs devoirs quand ils ont marmonné leur bréviaire et do quelle façon! Nul ne saurait les entendre, ni les comprendre. Aussi bien, se comprennent-ils eux-mêmes? comprennent-ils ce qu'ils mâchonnent entre leurs dents? Au moins ont-ils cela de commun avec les laïques que sur la récolte de l'argent ils ont les yeux ouverts et ne passeraient à personne ce qui leur est dû. Quant aux fonctions pénibles, ils se les renvoient l'un à l'autre en jeu de raquette, comme les princes laïques délèguent une partie de leur administration à des procureurs, qui les repassent à des inférieurs; tels nos prélats rejettent leurs charges pieuses sur les réguliers, ceux-ci sur les moines, les moines relâchés sur les moines stricts, et sur les « mendiants »et les mendiants sur les Chartreux chez qui la piété est si pieusement ensevelie qu'on a grande peine à la trouver. De même les papes, si zélés à la moisson pécuniaire, se déchargent de leurs travaux apostoliques sur les évêques, ceux-ci sur les curés, ceux-ci sur leurs vicaires, ceux-ci sur les Frères mendiants, et les mendiants sur gens dont la piété consiste à bien savoir tondre le dos des brebis.» (Eloge de la Folie, traduction Des Essarts.)

En son Allemagne et la Réforme, Janssen regarde l'Eloge de la Folie comme le «prologue de la grande tragédie théologique du xvre siècle».

Les Colloques d'Erasme parurent à Bâle en 1516. En quelques mois il s'en vendit vingt-quatre mille exemplaires, chiffre fabuleux pour l'époque, où l'on ne connaissait pas la publicité, les moyens de communication et de diffusion dont nous disposons aujourd'hui. Finesse d'observation, humeur et bonne humeur, verve caustique, critique insive, et toujours cette séduisante, élégante et flue latinité! La portée philosophique de l'ouvrage va plus loin, pénètre plus profondément que celle des oeuvres précé- dentes. On a pu dire que les Colloques d'Erasme frayaient la voie à la liberté de penser — ne lisez pas : «libre-pensée» — du XVIe siècle.

Tous ces livres, avons-nous dit, étaient écrits en latin. Non seulement Erasme écrivait, mais il sentait, pensait, aimait et haïssait en latin. Il déclarait ne savoir ni le français, ni l'allemand, ni l'anglais, ni même le néerlandais; et s'il lui arrivait parfois de prononcer quelques mots en cette dernière langue, c'était pour donner un ordre à son domestique, qui n'entendait pas le divin langage de Virgile et de Quintilien.

Mais s'il avait le culte de la belle langue latine, — que nul depuis l'Antiquité, n'a mieux maniée que lui — et s'il admirait celui qui, en ce temps, en passait pour le représentant parfait : Marcus Tullius Cicéron, il n'en avait pas la superstition.

Nous avons vu que nombre d'humanistes estimaient alors qu'il n'était pas permis de se servir en latin d'un mot, d'une forme grammaticale, d'une tournure de phrase qui ne se trouvât dans Cicéron, par quoi on était souvent acculé aux périphrases et aux synonymes les plus divertissants, parfois les plus grotesques, quand il s'agissait de théologie, de formes politiques nouvelles, de mécanique ou de cuisine. Cicéron n'a jamais parlé de la Transsubstantiation du Verbe, ni de guelfes et de gibelins, ni de l'arbalétrille, ni de paons farcis.

Erasme s'avouait disciple littéraire de Cicéron, avec fierté et fidélité; mais il se refusait à en être le perroquet. Point de vue qu'il défendit en un petit livra charmant : "Dialogus Ciceronianus seu de optima dicendi genere", plus brièvement appelé le "Ciceronianus", en français le Dialogue cicéronien.

Erasme y peint avec humour le cicéronien idéal, calfeutré chez lui et s'y bouchant les oreilles, afin que rien ne vienne le troubler dans son commerce sublime avec son dieu. Tout à son idole, c'est à peine s'il se nourrit. Deux grappes de raisin sec lui font son déjeuner, quelques grains de coriandre composent le repas du soir. Son ami Tatius lui a emprunté des manuscrits; mais voici que ceux-ci lui font défaut, d'où nécessité d'écrire à Tatius pour les réclamer. Or, dans cette lettre, ne peut entrer un mot, une syllabe, un point, une virgule qui ne se trouve dans Cicéron, dont les oeuvres encombrent la table de l'humaniste, qui les compulse, en tourne et retourne les pages, en pèse et soupèse les expressions, en mesure les périodes, tropes, synonymes, hypallages, litotes : labeur qui, pour la moindre période, occupe une nuit entière, une nuit d'hiver a soin de souligner Erasme. On imagine le temps qu'il faudra pour que la lettre soit terminée. Tatius peut encore garder les manuscrits; du moins la littérature épistolaire du XVIe siècle ne sera-t-elle pas affligée d'une missive imparfaitement cicéronienne.

Tout cela est charmant et, de nos jours, non seulement divertirait le cicéronien le plus endurci, mais vaudrait ses félicitations à l'auteur; mais à l'apparition du terrible pamphlet, les humanistes italiens entrèrent dans la plus grande fureur. Il était heureux pour le sacrilège qu'il se trouvât hors de leur atteinte. Jules-César Scaliger, en ses Oraisons vengeresses de l'éloquence romaine (Orationes duae adversus Desiderium Erasmum eloquentiae romanae vindices), l'accable des plus vives injures, toutes cueillies, il est vrai, dans les Catilinaires. A quoi il ajoutait : Non tu in Aldi officina quaestum fecisti corrigendis exemplaribus? Nonne errores qui illis in libris legebantur haud tam librariorum atramento, quam tuo confecti vino? Haud tam illorum somnum olebant, quam tuam exhalabant crapulam. (N'as-tu pas eu profit à corriger des épreuves dans les ateliers d'Aide? Les erreurs qu'on y rencontrait provenaient-elles de l'encre des protes ou du vin que tu cuvais ? Ce n'était pas de leur sommeil qu'elles donnaient l'odeur : elles exhalaient ta crapule.)

Voilà qui est fort, direz-vous. Il y a plus fort. La Sorbonne s'empressa de frapper de ses foudres le téméraire auteur du Ciceronianus, et sur le réquisitoire de Scaliger.

Pauvre Erasme! Voici qu'après les attaques des papefigues et des papimanes, pour reprendre les mots de Rabelais, les humanistes, à leur tour, le couvrent d'invectives. Il est vrai qu'aux yeux des premiers, comme des seconds, comme des troisièmes, Erasme avait un tort très grave, le tort qu'aucun homme n'a jamais pardonné à son contradicteur : il avait raison. ...

Récapitulation : Érasme avait raison; le (son) latin est une langue vivante; ses oeuvres sont charmantes, l'imitatio ciceroniana : oui, mais avec modération.

Et nous continuerons de rapporter en ces lieux quelques échos (latins) de cette effervescence et de cette exubérance qui ont amené tant de productions littéraires en grande majorité encore "muettes" de nos jours. Et pourtant, le latin Z ("vit", en grec, comme chacun le sait, depuis le film "Z" de Costas-Gavras).


4. Site sur la Toile :

Notre collègue Ulrich SCHMITZER, spécialiste d'Ovide, a donné à connaître un nouveau site sur la Toile consacré à Ovide :

Wie klangen Ovids Metamorphosen?

Le Projet qui donne le cadre à cette réalisation a pour objectif de présenter des vues synthètiques d'extraits des Métamorphoses d'Ovide en y mélangeant du texte, des images et des sons.

Les photos, qui sont publiées ici pour la première fois, représentent des scènes des Métamorphoses repoduites sur des stucs en relief doré et qui ornent la Galerie d'Ovide dans les Neuen Kammern d'un des châteaux du Parc Sanssouci à Potsdam, Allemagne.

Un traité de la prosodie et de la métrique du latin classique accompagne cette réalisation.


Jean Schumacher
29 octobre 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002