| Notice : L'Actualité de ce jour est construite, principalement, à partir d'extraits de lecture :
Cicéron, Brutus :
- présentation de l'oeuvre :
"Le Brutus est un des grands traités de rhétorique de
Cicéron. Postérieur au De Oratore, antérieur à l'Orator,
il fut écrit dans les premiers mois de l'année 46 avant
J.-C. (708 de Rome). Cicéron avait soixante ans.
Les jours et les mois qu'il vivait alors sont parmi
les plus tristes de son existence. Deux ans plus tôt, en
48, Pharsale avait consommé la défaite du parti pompéien, auquel il appartenait; César, qui l'avait d'abord
laissé se morfondre à Brindes, venait de l'autoriser à
rentrer à Rome; mais il était tenu en défiance à la
fois par les vainqueurs, qui le regardaient avec une pitié
dédaigneuse, et par les vaincus, qui lui reprochaient
d'avoir survécu à la ruine de leurs espérances; il était
inquiet des progrès incessants de César, qui venait justement de passer en Afrique pour organiser et diriger la
lutte contre les restes du parti adverse et allait, dans
quelques jours, en avril 46, remporter cette victoire
de Thapsus, à la suite de laquelle Caton devait se
suicider.
Il voyait s'écrouler autour de lui tout ce pour quoi il
avait vécu et lutté. Condamné à l'inaction, l'âme noyée
de tristesse, il fit ce qu'il avait fait neuf ans plus tôt,
en 55, quand il avait écrit le De Oratore. Il revint à ses
livres, à ses études, à ses recherches sur cette éloquence,
qui avait été, depuis sa jeunesse, l'objet de son ambition
et l'instrument de sa gloire; et une circonstance fortuite
l'amena à donner à ses travaux une forme nouvelle.
Atticus, son aîné de quatre ans, avec lequel il était lié depuis longtemps, venait d'écrire une espèce de
tableau chronologique de l'Histoire romaine, le Liber annalis, dans lequel, remontant aux origines mêmes de
Rome, il avait noté, avec cette patience d'érudit dont
il avait souvent déjà donné des preuves, la succession
des consuls et des magistrats romains, depuis 510 jusqu'au temps présent, et les événements principaux de
l'histoire romaine, lois, guerres, traités, considérés et en
eux-mêmes, et dans leurs rapports avec les grands faits
historiques qui s'étaient passés dans les pays étrangers.
De ce livre, qu'Atticus lui avait dédié, il dit, avec
cette exagération dont il n'a pas toujours su se garder,
qu' «il lui apporta le salut». Disons plus simplement
qu'il lui donna, non pas peut-être l'idée, qu'il avait depuis
longtemps, de son traité, mais les moyens les meilleurs
de la réaliser. Il lui fournit une raison de lire ou de relire
tous les anciens discours sur lesquels ses recherches lui
permirent de mettre la main, de préciser ses connaissances en histoire romaine, de consulter les documents
anciens, d'interroger, sur les événements plus récents,
mais qu'il n'avait pas directement connus, les vieillards
qui en avaient été les témoins; bref, le Liber annalis fut
pour lui comme un fil conducteur qui l'aida dans le
travail préparatoire de cette histoire de l'éloquence à
Rome, à laquelle il avait songé après la publication du
De Oratore.
Car si, dans ce dernier traité, il avait brillamment
indiqué les conditions nécessaires de la perfection oratoire,
s'il avait insisté sur les qualités très diverses,
innées ou acquises, indispensables à la formation et au
succès de l'orateur, il lui restait à prouver, par une revue
détaillée de tous ceux qui avaient voulu se faire un nom,
que, dans cette Rome, où tout dépendait de la parole,
à peine trouvait-on quelques hommes ayant eu le bonheur
de réunir en eux les dialogue avait réussi à Cicéron dans le De Oratore ; dans le nouvel ouvrage, il doit avoir plus d'avantages encore : quelque variés que soient les talents, une nomenclature risque fort d'être ennuyeuse et le dialogue est le seul moyen
de lui donner quelque vie. Cicéron imagine donc un
entretien, à Rome, entre trois personnages : lui-même
se chargera de l'exposé, et ses deux bons amis, Atticus
et Brutus, lui donneront la réplique et provoqueront
ses commentaires et ses observations. Le choix d'Atticus
était tout indiqué puisque c'était son Liber Annalis qui
avait déterminé Cicéron à écrire l'histoire de l'éloquence;
et celui de Brutus n'était pas moins heureux, puisque ce personnage, alors âgé de quarante ans, était un des orateurs les plus en vue et s'était fait, au barreau et
dans les assemblées, une place brillante par des qualités de nerf, de vigueur, d'une netteté un peu sèche, assez contraires à la manière de Cicéron. Celui-ci souffrait de voir son ancien élève si différent de lui-même et il n'était pas fâché de lui prouver que la méthode
cicéronienne, que certains jeunes trouvaient trop abondante, et, pour tout dire, verbeuse, restait, malgré tout, celle qui seule permettait d'atteindre le grand public et de réaliser l'objet essentiel de l'éloquence.
Ainsi, cette opposition de nature entre Cicéron et
Brutus fournissait à l'écrivain un excellent moyen de
rompre la monotonie d'une énumération, par ces digressions, dont il a fait dans toutes ses oeuvres un si large
emploi, et qui, sans en détruire le plan, y introduisaient
un élément de vie et de variété. Ce sont des morceaux
brillants qui se détachent sur le fond un peu gris de
l'ensemble; et leur présence se justifie par la liberté et
le laisser-aller d'une conversation où chacun, ayant ses
idées propres, saisit l'occasion d'un mot prononcé par
un autre interlocuteur pour faire une remarque, en
apparence un peu étrangère au sujet, en réalité vivante,
animée, et par suite intéressante. Sans doute, comme
nous l'avons dit ailleurs à propos du De Oratore, n'y
a-t-il pas, dans les dialogues cicéroniens, la grâce aimable
de Platon; mais notre auteur, cette fois encore, n'oublie
pas son ambition secrète de rivaliser avec le grand philosophe athénien, et c'est sur une pelouse, devant la
statue du maître, que se déroulera l'entretien."
[tiré de : François RICHARD, Cicéron. Brutus et La perfection oratoire. Paris, Classiques Granier, 1934, pp. 1-4]
- assassinat de César : et si César avait su qu'il allait être assassiné? :
Cicéron, De la divination, II, 9, 22-24 :
IX 22 Atque ego ne utilem quidem arbitror esse nobis futurarum rerum scientiam.
Quae enim uita fuisset Priamo, si ab adulescentia scisset quos euentus
senectutis esset habiturus? Abeamus a fabulis, propiora uideamus. Clarissimorum
hominum nostrae ciuitatis grauissimos exitus in Consolatione conlegimus. Quid
igitur? Ut omittamus superiores, Marcone Crasso putas utile fuisse tum, cum
maxumis opibus fortunisque florebat, scire sibi interfecto Publio filio
exercituque deleto trans Euphratem cum ignominia et dedecore esse pereundum? An
Cn. Pompeium censes tribus suis consulatibus, tribus triumphis, maximarum rerum
gloria laetaturum fuisse, si sciret se in solitudine Aegyptiorum trucidatum iri
amisso exercitu, post mortem uero ea consecutura, quae sine lacrimis non
possumus dicere? 23 Quid uero Caesarem putamus, si diuinasset fore ut in eo
senatu quem maiore ex parte ipse cooptasset, in curia Pompeia, ante ipsius
Pompei sirnulacrum, tot centurionibus suis inspectantibus, a nobilissumis
ciuibus, partim etiam a se omnibus rebus ornatis, trucidatus ita iaceret, ut ad
eius corpus non modo amicorum, sed ne seruorum quidem quisquam accederet, quo
cruciatu animi uitam acturum fuisse? Certe igitur ignoratio futurorum malorum utilior est quam scientia.
24 Nam illud quidem dici, praesertim a Stoicis, nullo
modo potest: "Non isset ad arma Pompeius, non transisset Crassus Euphratem, non
suscepisset bellum ciuile Caesar". Non igitur fatalis exitus habuerunt. Vultis autem euenire omnia fato: nihil ergo illis profuisset diuinare; atque etiam omnem fructum uitae superioris perdidissent; quid enim posset iis esse laetum exitus suos cogitantibus?
IX. - Je ne crois même pas que la connaissance de
l'avenir nous soit utile. Quelle eût été, je le demande,
la vie de Priam s'il avait su dès son jeune âge quels événements attristeraient sa vieillesse? Mais laissons les
récits des poètes et considérons des exemples plus voisins
de nous. J'ai dressé dans ma Consolation un tableau des
malheurs qui ont frappé à la fin de leur vie les hommes les
plus marquants de notre cité. Eh bien ! sans remonter
plus haut, penses-tu qu'il eût été utile à Marcus Crassus
de savoir, alors qu'il était dans tout l'éclat de la richesse
et de la puissance, que, son fils tué, son armée détruite,
il périrait misérablement, ignominieusement par delà
l'Euphrate? Et Pompée? Crois-tu que trois fois consul,
trois fois honoré du triomphe, il eût, dans la gloire de
tant d'éclatants succès, goûté une joie très pure s'il avait
prévu la perte de son armée, son abandon total, l'assassinat dont il fut victime en Égypte? Pour César, s'il avait
lu dans l'avenir que, dans ce sénat peuplé principalement
d'hommes choisis par lui-même, dans la salle de Pompée
et devant la propre statue de Pompée, il serait, au vu et
au su de tant d'officiers à lui, frappé à mort par les plus
nobles citoyens, y compris des hommes qu'il avait comblés
de biens, puis que son corps resterait gisant sans qu'aucun de ses amis ni seulement de ses esclaves voulût s'en
approcher, dans quelle torture morale n'eût-il pas vécu?
Certes l'ignorance du mal futur vaut mieux que sa connaissance. On ne peut dire en effet, un Stoïcien moins que
personne : Pompée n'eût pas pris les armes, Crassus n'eût
pas passé l'Euphrate, César n'eût pas commencé la guerre
civile. Ce serait dire que leur fin malheureuse n'était pas
écrite dans le livre du destin; or vous voulez que toutes
choses soient soumises à un destin inéluctable. Dès lors
il n'y avait pour eux aucun profit à connaître leur avenir
et même cette connaissance leur eût ravi la jouissance
de cette partie de leur vie qui a précédé le moment fatal.
Quel contentement est possible quand l'idée d'un effondrement final nous hante? ...
[tiré de : Charles APPUHN,Cicéron. De la divination - Du destin - Académiques. Paris, Classiques Garnier, 1936]
- César, orateur et écrivain : avis de Cicéron
Cicéron, Brutus, LXXV :
[75] LXXV. (261) Caesar autem rationem adhibens consuetudinem uitiosam et
corruptam pura et incorrupta consuetudine emendat. itaque cum ad hanc elegantiam
uerborum Latinorum - quae, etiam si orator non sis et sis ingenuus ciuis Romanus,
tamen necessaria est - adiungit illa oratoria ornamenta dicendi, tum uidetur tamquam
tabulas bene pictas conlocare in bono lumine. hanc cum habeat praecipuam laudem
in communibus, non uideo cui debeat cedere. splendidam quandam minimeque
ueteratoriam rationem dicendi tenet, uoce motu forma etiam magnificam et
generosam quodam modo.
(262) Tum Brutus: orationes quidem eius mihi uehementer probantur. compluris
autem legi; atque etiam commentarios quosdam scripsit rerum suarum.
Valde quidem, inquam, probandos; nudi enim sunt, recti et uenusti, omni ornatu
orationis tamquam ueste detracta. sed dum uoluit alios habere parata, unde
sumerent qui uellent scribere historiam, ineptis gratum fortasse fecit, qui
uolent illa calamistris inurere: sanos quidem homines a scribendo deterruit;
nihil est enim in historia pura et inlustri breuitate dulcius. ...
[75] LXXV. - César, au contraire, appliquant un principe
rationnel, corrige les vices et les corruptions de
l'usage par le même usage, mais pur et non corrompu.
Dès lors, quand, à cette élégance du langage latin, qui
n'est pas moins nécessaire au citoyen de bonne race qu'à
l'orateur, il joint tous les ornements de l'éloquence, il
est comme un peintre qui sait placer des tableaux composés
suivant les règles dans un jour convenable. C'est
là son mérite essentiel, qu'il joint aux qualités ordinaires
de l'orateur, et ainsi, je ne vois pas à qui il devrait céder
le pas. Il a une éloquence pleine d'éclat, sans rien
de vulgaire, et à laquelle la voix, le geste, toute la
personne donnent une allure noble et racée.
- J'aime beaucoup ses discours, déclara Brutus;
j'en ai lu un bon nombre, comme j'ai lu les commentaires
qu'il a écrits sur ses guerres.
- Vraiment dignes d'éloges aussi, répondis-je [Cicéron], ces
commentaires. Ils sont simples, nets, pleins de grâce,
dépouillés de tout ornement, comme d'un vêtement inutile.
César a voulu mettre des documents à la disposition
de ceux qui se proposeraient d'écrire l'histoire;
peut-être a-t-il fait l'affaire des maladroits qui voudront
chauffer tout cela au fer à friser; mais les gens raisonnables,
il les a dégoûtés d'écrire. Rien en effet de plus
agréable dans l'histoire qu'une pure et lumineuse brièveté.
...
[tiré de : François RICHARD, Cicéron. Brutus et La perfection oratoire. Paris, Classiques Garnier, 1934]
- postérité du personnage Brutus :
"Il [Brutus] était né pour une existence paisible et douce, et le destin le jeta, adolescent encore, dans le tourbillon des pasions farouches et meurtrières. Son âme était pure et vertueuse, et ses mains ont dû s'armer du poignard pour le tremper dans un sang présumé sacré. Sensible et affectueux,
bon fils, tendre époux, ami dévoué, il est resté dans la mémoire des hommes, pendant douze siècles de suite, un parricide, un vil assassin qui mérite le pire des châtiments.
Attaché à perpétuité, tel une ombre maudite, à l'image de
sa victime, auréolée de gloire et de vénération universelle,
il est traîné, honni et bafoué, dans le sillon du char triomphal qui la promène à travers les hommages de l'adulation
posthume, et l'écrivain [Dante] qui, mieux que personne, a su exprimer l'opinion de son temps, le plonge dans les plus bas fonds du gouffre infernal, aux côtés de Judas l'Iscariote.
C'est sur cette vision que s'achève la tournée dantesque à
travers l'enfer. Après y avoir vu Brutus, on n'y a plus rien
à voir, estime l'auteur de la Divine Comédie.
Et puis, ce fut, dès les premières lueurs de l'aube des
temps modernes, un revirement miraculeux, éblouissant.
La Renaissance projetant des lumières victorieuses sur le
passé vieux de tant de siècles obscurs déplaça bien des
valeurs sociales et intellectuelles. Entre autres fut ruinée
au fond la conception idéale de l'Empire romain auquel
l'idéologie chrétienne avait assuré un sublime éclat pendant
une bonne partie du moyen âge. Il devient désormais une
époque de corruption et de débauche et ces empereurs illustres et si dévotement admirés sont couverts d'opprobre et
voués au mépris. César, le divin César, chanté et glorifié éperdument par des générations interminables de poètes et
de savants, est descendu de son piédestal et relégué au rang
d'un cruel tyran. Par contre, le nom, jusqu'ici exécré, de
Brutus devient le symbole de la vertu, de la dignité humaine
qui paraît se réveiller au souffle des temps nouveaux d'un
sommeil plusieurs fois séculaire. L'image de la liberté
s'identifie avec celle de Brutus : on ne peut désormais évoquer l'une sans voir aussitôt surgir l'autre et le meurtrier
de César est appelé dès lors à devenir l'incarnation de la
résistance à la tyrannie, au despotisme quel qu'il soit. Son
exemple inspire Cola Montano quand il ourdit un complot
contre Galeazzo Sforza, c'est lui qu'évoque en termes
ardents et passionnés le malheureux Boscoli qui paya de sa
vie son désir de libérer Florence du joug doré des Médicis
et comment oublier le frêle Lorenzino, rejeton avorté de
cette redoutable famille, dont le rêve de devenir à son tour
un Brutus avait fourni le sujet à un des chefs-d'oeuvre du
théâtre français? ...
Les plus grands génies de l'époque naissante, Michel-Ange et Shakespeare sont hantés par son image. Erasme
étudie son oeuvre et cherche à en discerner la part certaine.
Si le siècle de Louis XIV fut pour cet ennemi du despotisme
une période d'éclipse, celui qui le suivit devait lui apporter
une éclatante revanche. Rousseau se chargea d'en devenir
le principal artisan. Pour le vagabond sentimental de
Genève, Brutus est l'homme vertueux par excellence. Vertueux et libre, ou vertueux parce que libre, puisque, pour Rousseau, les deux ne font qu'un. Son souvenir sera donc à la base du nouvel évangile de l'égalité et de fraternité qui
entreprendra à changer la face du monde.
La Révolution française, fille de Rousseau, en mettant la
vertu «à l'ordre du jour» trouva en Brutus le héros prédestiné qu'elle aurait dû inventer s'il n'avait pas effectivement
existé auparavant. Elle l'adopta avec une ferveur empressée.
On rencontre, au cours de ces années, son souvenir partout.
Son buste orne les salles des réunions publiques, une section
de Paris le prend pour patron, des députés, des fonctionnaires, des militaires renoncent à leurs noms et prénoms pour
prendre le sien. Désormais, la gloire de Brutus a atteint son apogée : c'est lui à présent qui va devenir l'objet d'un culte civique : l'assassin du «père de la patrie» se transforme en vengeur de la liberté opprimée et la victime immolée
reprend son aspect de tyran détesté qui a dignement expié
ses atroces forfaits. Mais c'est l'Allemand Klopstock qui va
émettre le jugement décisif : «César fut si grand que, seul,
Brutus n'a pas pu être dépassé par lui.»
Ce n'est que dans la seconde moitié du XIXe siècle qu'on
a vu s'atténuer quelque peu l'éclat de sa gloire au profit des
Gracques dont les expériences sociales se trouvaient situées
plus près des aspirations du socialisme moderne. Il y a lieu
de constater cependant que c'est l'érudition de l'Allemagne
impériale de l'époque 1871-1914 qui s'était chargée de porter au meurtrier de César les coups les plus blessants, les
plus humiliants, les moins mérités aussi. «Esprit fantasque
et brouillon» d'après les uns, «faible et hésitant», «privé
de base morale» et «incapable de répondre aux espoirs suscités par lui», selon les autres, Brutus se vit de plus comblé
d'injures par un éminent latiniste prussien qui s'acharna
contre lui avec une violence et une grossièreté de langage
qui dépassait toutes les bornes permises. Un de ses compatriotes, savant modeste, mais d'une érudition impeccable et
objective, remit les choses au point en 1917. ..."
[tiré de : Gérard WALTER, Brutus et la fin de la République, Paris, Payot, 1938, pp. 265-267]
DANTE, La divine Comédie, L'Enfer, Chant XXXIV, v. 61-67 :
34. 61 «Quell'anima là sù c'ha maggior pena»,
34. 62 disse 'l maestro, «è Giuda Scariotto,
34. 63 che 'l capo ha dentro e fuor le gambe mena.
34. 64 De li altri due c'hanno il capo di sotto,
34. 65 quel che pende dal nero ceffo è Bruto:
34. 66 vedi come si storce, e non fa motto!;
34. 67 e l'altro è Cassio che par sì membruto.
"Cette âme là-haut subit la pire peine
Est Judas l'Iscariot, dit son maître; en la gueule
Est sa tête, et dehors il agite les jambes.
Des deux autres damnés, qui ont la tête en bas,
Celui qui pend du noir mufle est Brutus :
Tu vois comme il se tord et comme il ne dit mot!
L'autre, c'est Cassius, qui paraît si membru.
[tiré de : Henri LONGNON, Dante. La divine Comédie. Paris, Classiques Garnier, 1956]
- l'environnement hypertexte :
L'environnement est préparé : texte latin - traduction française.
MACROBE, Commentaires du Songe de Scipion : La prime enfance :
Commentaires, I, 6 : De la naissance à l'âge de 7 ans :
... Post partum uero utrum uicturum sit, quod
effusum est, an in utero sit praemortuum, ut tantummodo
spirans nascatur, septima hora discernit. Ultra hunc enim
horarum numerum, quae praemortua nascuntur, aeris halitum
ferre non possunt : quem quisquis ultra septem horas
sustinuerit, intelligitur ad uitam creatus, nisi alter
forte, qualis perfectum potest, casus eripiat. Item post
dies septem iactat; reliquias umbilici, et, post bis septem
incipit ad lumen uisus eius moueri, et post septies septem
libere iam et pupulas et totam faciem uertit ad motus
singulos uidendorum. Post septem uero menses dentes,
incipiunt mandibulis emergere : et post bis septem sedet,
sine casus timore. Post ter septem sonus eius in uerba
prorumpit : et post quater septem non solum stat firmiter,
sed et incedit. Post quinquies septem incipit lac nutricis
horrescere, nisi forte ad patientiam longioris usus continuata
consuetudine protrahatur. Post annos septem dentes,
qui primi emerserant, aliis aptioribus ad cibum solidum
nascentibus cedunt; eodemque anno, id est, septimo,
plene absoluitur integritas loquendi. ...
Sept heures après l'accouchement, on peut prononcer si l'enfant vivra, ou si, étant mort-né, son premier souffle a été
son dernier; car il n'est reconnu viable que
lorsqu'il a pu supporter l'impression de l'air pendant cet intervalle de temps ; à partir de ce point,
il n'a plus à craindre qu'un de ces accidents qu'on
peut éprouver à tout autre âge. C'est au septième
jour de sa naissance que se détache le reste du
cordon ombilical. Après deux fois sept jours, ses
yeux sont sensibles à l'action de la lumière, et
après sept fois sept jours il regarde fixement les
objets, et cherche à connaître ce qui l'entoure.
Sa première dentition commence à sept mois révolus; et à la fin du quatorzième mois, il s'assied sans crainte de tomber. Le vingt-unième
mois est à peine fini, que sa voix est articulée; le
vingt-huitième vient de s'écouler, déjà l'enfant
se tient debout avec assurance, et ses pas sont
décidés. Lorsqu'il a atteint trente-cinq mois, il
éprouve un commencement de dégoût pour le lait
de sa nourrice; s'il use plus longtemps de ce liquide,
ce n'est que par la force de l'habitude. A
sept ans accomplis, ses premières dents sont
remplacées par d'autres plus propres à la mastication d'aliments solides; c'est à cet âge aussi que sa prononciation a toute sa perfection ...
TITE-LIVE, La fin de Servius Tullius :
Cet épisode, tiré du premier livre de l'Histoire romaine de Tite-Live, constitue la matière du cours d'Auteurs latins destiné, en 2004-2005, aux étudiants de la premère année du (nouveau) baccalauréat (anciennement "première candidature").
Paul-Augustin DEPROOST, responsable académique, entre autres, de ce cours d'auteurs latins, vient de le placer sur la Toile au sein du Projet ITINERA ELECTRONICA et, plus précisément, dans l'environnement de cet enseignement, à côte d'Héloïse et d'Abélard, d'Horace, de Sénèque, de Suétone et de Virgile, auteurs traités les années précédentes.
Adresse : Tite-Live, La fin de Servius Tullius
Françoise van Haeperen, Sacrifices humains et mises à mort rituelles à Rome :
Françoise van Haeperen a confié cet article aux FEC - Folia Electronica Classica, n° 8 - 2004; Folia dont le succès est grandissant auprès de la communauté scientifique internationale: l'accès libre et immédiat sur la Toile se fait de plus en plus d'adeptes. Emboîtons donc tous le pas à cette jeune collègue dont l'enthousiasme et le dynamisme sont communicateurs:
Sacrifices humains et mises à mort rituelles à
Rome : quelques observations, par Françoise Van Haeperen (95 K)
(inédit)
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/08/sacrifices.htm
Jeux olympiques et tricheurs :
Pendant le déroulement des (actuels) Jeux olympiques à Athènes (août 2004), le journal Le MONDE gratifie ses lecteurs, jour après jour, de pages spéciales conscrées à cet événement mais aussi à des faits et gestes liés aux (antiques) Jeux d'Olympie.
Dans l'édition du 17 août 2004, Pascal CEAUX a consacré une colonne aux Piètres corrupteurs des jeux olympiques de l'Antiquité:
"... Les jeux d'Olympie ont eu leurs tricheurs. Tous les athlètes n'étaient sans doute pas capables de résister au prodigieux attrait de la couronne d'olivier, qui assurait une immortelle renommée.
Quitte à contourner les règles pour la conquérir. La chronique ne mentionne pas de cas avéré de dopage. La notion avait-elle d'ailleurs un sens pour les Grecs ? Elle fourmille en revanche de vilaines histoi
res de corruption. L'inévitable historien de l'Antiquité, Pausanias, dans sa Description de la Grèce, rapporte de multiples exemples du pouvoir et des méfaits de l'argent.
Tout commence avec le Thessalien Eupolos. Lors de la 98e Olympiade (388 avant Jésus-Christ), ce pugiliste sans doute peu convaincu de ses propres talents corrompit trois de ses adversaires, parmi lesquels un vainqueur des jeux précédents, Phormion d'Halicarnasse. Pausanias ne dit pas comment ce
mauvais coup fut découvert, mais il précise que ce fut la première irrégularité de ce genre constatée par les juges. Ceux-ci
décidèrent alors d'imposer aux coupables, le corrupteur et les
corrompus, une amende en argent.
L'Athénien Callippos fut, lui
aussi, pris sur le fait. Lors de la 112e Olympiade, il tenta de
monnayer la bienveillance de plusieurs de ses rivaux au pentathlon. Tous furent à leur tour frappés d'une amende. L'affaire aurait dû en rester là. Elle manqua de tourner à l'incident diplomatique. Athènes
dépêcha en effet un représentant pour convaincre les
juges de lever l'amende. Ils «refusèrent cette faveur», car
«les Athéniens manifestaient une grande arrogance à leur
égard», écrit Pausanias. Le dieu de Delphes - Apollon -
mit fin à la mésentente. Il proclama par les voix autorisées
qu'il ne rendrait plus d'oracle tant que les fautifs n'auraient
pas honoré leur dette. Les Athéniens s'exécutèrent.
L'histoire d'Apollonios est encore plus croustillante. Spécialiste du pugilat, il n'avait pas
l'ombre d'un doute sur son talent. Il commit toutefois l'erreur d'arriver en retard sur les lieux de la compétition. Il n'en
perdit pas pour autant son sang-froid, et avança la seule
excuse acceptable pour les juges : il avait été retenu dans
les îles des Cyclades par des vents contraires. L'un de ses
rivaux, Héracléidès, lui donna aussitôt le démenti. Apollonios
était en retard, assura-t-il, parce qu'«il était en train de
récolter de l'argent dans les concours d'Ionie». Convaincus
de l'argument, les juges déclarèrent alors Héracléidès vainqueur olympique. Furieux de la décision, Apollonios l'agressa
physiquement.
L'argent des amendes était utilisé pour construire des Zeus
en bronze, les Zanes, sur lesquels étaient inscrits des poèmes ou épigrammes. L'un d'entre eux indiquait ainsi que la
statue avait été érigée «pour faire peur aux athlètes qui trichent»."
Par ailleurs, l'on sait aussi que : "Les noms des tricheurs étaient inscrits sur le socle [des Zanes]. Ces statues étaient ensuite disposées le long du passage qui menait au stade [d'Olympie]. Pour se rendre aux compétitions, les athlètes devaient passer devant ces statues. On leur rappelait de cette manière l’exemple à ne pas suivre."
Ces tricheries mais aussi d'autres faits notables liés aux Jeux olympiques de l'Antiquité se trouvent rassemblés dans différents numéros de la Revue Olympique :
Jean Schumacher
LLN - 20 août 2004 |