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Date :     24-09-2004

Sujets :
Environnements hypertextes : Macrobe, Jules César Scaliger, Servius, Silius Italicus; Cicéron, traduction et Xylander, traducteur;

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués par Christian Ruell pendant la semaine écoulée concernent :

  • Macrobe, Commentaire du Songe de Scipion, livre I
  • Jules César Scaliger, Discours en faveur de Cicéron contre Érasme, discours I [sans traduction française]
  • Jules César Scaliger, Discours en faveur de Cicéron contre Érasme, discours II [sans traduction française]
  • Servius, Commentaire de l'Énéide de Virgile, livre I [sans traduction française]
  • Silius Italicus, Les Guerres Puniques, livre XVI

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format .txt, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA:


Imitatio ciceroniana:

Il y a un an, plus précisément le 28 juillet 2003, nous avons placé sur la Toile l'environnement hypertexte consacré à l'oeuvre Ciceronianus d'Érasme.

Nous avons présenté cette oeuvre dans l'Actualité du 6 août 2003.

A l'époque (XVIe siècle), le Ciceronianus a été à l'origine d'une controverse vive et appuyée voire même, à l'occasion, très hostile envers Érasme. Parmi les polémistes se sont trouvés, entre autres humanistes, Jules César SCALIGER (1484-1558) et Ortensio LANDO (env. 1512-1555). L'objet de la polémique : la valeur de Cicéron, "prince de la rhétorique", ainsi que les aspects de l'imitation de Cicéron.

Aujourd'hui, nous mettons sur la Toile les environnements hypertextes consacrés aux deux oraisons contre Érasme, écrites par J. C. Scaliger. L'environnement consacré au Cicero relegatus & reuocatus d'O. Lando est en préparation.

Nous nous proposons de revenir plus en détail dans les Actualités des semaines prochaines sur les deux pamphlets de Scaliger; aujourd'hui nous renvoyons déjà l'internaute intéressé à l'édition critique magistrale (texte, traduction française, introduction, présentation et commentaires) qu'en a faite Michel MAGNIEN :

Michel MAGNIEN, Jules-César Scaliger. Oratio pro M. Tullio Cicerone contra Des. Erasmum (1531)
et
Adversus Des. Erasmi Roterod. Dialogum Ciceronianum Oratio secunda (1537). Thèse de doctorat publiée dans : Travaux d'Humanisme et Renaissance, n° CCCXXIX.
Droz, Genève, 1999

Nous avons basé le texte latin de l'environnement sur l'édition de Jacques Philippe de Maussac (1620-1621) tout en l'adaptant à notre présentation des oeuvres de la Renaissance: les références retenues renvoyent aux discours (premier ou deuxième), à la numérotation des textes en phrases ainsi qu'aux pages de l'édition (pages indiquées entre accolades).

Les environnements sont dépourvus de traduction française car il n'en existe pas (encore) qui soit libre de droits. La traduction française établie par Michel Magnien et publiée en 1999 est cependant disponible dans bien des bibliothèques.
Les quelques courts extraits que nous avons l'intention de vous soumettre les semaines prochaines au sein des Actualités feront voir toute la saveur mise par M. Magnien dans cette traduction. Une merveille du genre.


2. Cicéron, traduction et Xylander, traducteur :

  • Cicéron et la traduction :

    Cicéron s'est essayé aussi à la traduction : il a traduit en latin les deux discours prononcés par Eschine et Démosthène dans l'affire de la Couronne. Ces traductions, hélas, sont perdues à l'exception de leur préface, éditée sous l'intitulé De optimo genere oratorum ("De la perfection oratoire"). L'environnement hypertexte pour cette Préface est en élaboration.

    Aux chapitres V et VI de cette préface, Cicéron s'explique sur la méthodologie de la traduction (observée par lui) ainsi que sur l'apport d'une traduction par rapport au texte original:

    De la perfection oratoire, V :

    ... Conuerti enim ex Atticis duorum eloquentissimorum nobilissimas orationes inter seque contrarias, Aeschinis et Demosthenis; nec conuerti ut interpres, sed ut orator, sententiis isdem et earum formis tamquam figuris, uerbis ad nostram consuetudinem aptis. In quibus non uerbum pro uerbo necesse habui reddere, sed genus omne uerborum uimque seruaui. Non enim ea me adnumerare lectori putaui oportere, sed tamquam appendere. (15) Hic labor meus hoc assequetur, ut nostri homines quid ab illis exigant, qui se Atticos uolunt, et ad quam eos quasi formulam dicendi reuocent intellegant. ...

    J'ai traduit du grec les deux beaux discours que prononcèrent l'un contre l'autre les deux plus grands orateurs d'Athènes, Eschine et Démosthène; je les ai transposés, non en traducteur, mais en orateur : je n'ai rien changé à la pensée; mais pour la forme, je dirais la physionomie, j'ai employé des tours conformes à nos habitudes. Je n'ai pas cru nécessaire de traduire mot à mot, mais j'ai conservé à l'expression son caractère et sa force. Ce qu'il faut en effet, me semble-t-il, à mon lecteur, c'est non pas un nombre donné de mots, mais des mots ayant une valeur donnée. Mon travail aura pour résultat de faire comprendre aux Romains ce qu'ils doivent demander à ceux qui se piquent d'atticisme et la forme d'éloquence qu'ils peuvent exiger d'eux.

    De la perfection oratoire, VI :

    ... Huic labori nostro duo genera reprehensionum opponuntur. Unum hoc: 'Verum melius Graeci.' A quo quaeratur ecquid possint ipsi melius Latine? Alterum: 'Quid istas potius legam quam Graecas?' Idem Andriam et Synephebos nec minus Andromacham aut Antiopam aut Epigonos Latinos recipiunt. Quod igitur est eorum in orationibus e Graeco conuersis fastidium, nullum cum sit in uersibus?

    A mon travail de traduction on peut faire deux critiques. Voici la première : l'original grec vaut mieux. A cette objection je répliquerai en demandant ce que les orateurs eux-mêmes auraient fait de mieux en latin. Et voici la seconde : Pourquoi lire la traduction latine, plutôt que le texte grec? Or ceux qui me la feront lisent aussi bien l'Andrienne que les Synèphèbes, aussi bien Térence et Cécilius que Ménandre. Et ils n'admettraient pas Andromaque, Antiope ou les Epigones en latin? Pourtant, ils lisent Ennius, Pacuvius et Accius, de préférence à Euripide et à Sophocle. Pourquoi donc ce mépris pour des discours traduits du grec, quand on goûte des traductions de poèmes?

  • Xylander, traducteur:

    Sous le nom (grécisé) de Xylander se cache l'humaniste allemand Wilhelm HOLTZMAN (1532-1576), qui s'est rendu célèbre par l'editio princeps qu'il donna en 1558 des Pensées de Marc-Aurèle mais aussi par les traductions latines des oeuvres complètes de Plutarque (Vie des hommes illustres en 1560 et Moralia en 1570).

    Dans le cadre du focus mis dans l'Actualité présente sur la traduction, il nous a semblé approprié de vous livrer ci-dessous le jugement de Franck L. SCHOELL relativement à ces traductions et, aussi, l'exament fait par lui de la réception qu'elles ont connues aux XVIe et XVIIe siècle, particulièrement en Angleterre:

    FRANCK L. SCHOELL,
    ÉTUDES sur L'HUMANISME CONTINENTAL EN ANGLETERRE A LA FIN DE LA RENAISSANCE : M. FICINUS, L. GYRALDUS, N. COMES, D. ERASMUS G. XYLANDER, H. WOLFIUS, H. STEPHANUS, J. SPONDANUS
    PARIS, LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION
    LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE ET DE LA SOCIETE DES ANCIENS TEXTES FRANCAIS, 1926.

    pp. 62 - 66 :
    LE PLUTARQUE LATIN DE XYLANDER EN ANGLETERRE.

    Qui dit lecture ou mise à contribution de Plutarque par les grands écrivains occidentaux du XVIe siècle et du début du XVIIe pense habituellement au Plutarque complet d'Amyot (Vies parallèles, 1559; Oeuvres morales, 1572), ou aux Vies parallèles de Lord North (1579), à moins que ce ne soit à la traduction, tard venue, que Philemon Holland donna des Moralia (1603).

    Au Plutarque grec, on ne songe guère à l'ordinaire. Et l'on a sans doute raison. Car l'influence littéraire de Plutarque s'exerça surtout par le canal de ces traductions en langues vulgaires. Et de quel écrivain de l'époque, à part peut-être Rabelais, a-t-on la certitude absolue qu'il se soit adressé au texte original?

    Mais où beaucoup de critiques ont sans doute tort, c'est en négligeant, dans leurs renvois à des sources plutarquiennes, les éditions latines des Vies et des Moraux. Il fut pourtant publié, entre 1470 et 1625, environ deux fois plus d'éditions des Vies latines complètes et des Moraux latins complets que des Plutarque d'Amyot, de North, et de tous les translateurs en langue vulgaire qui les précédèrent. Prenons le cas, particu- lièrement intéressant, des Moraux en Angleterre. Il n'en exista pas de version anglaise complète jusqu'en 1603. Croit-on donc que les écrivains anglais qui s'inspirèrent de cet ouvrage pendant tout le XVIe siècle s'adressèrent uniquement aux Moraux en grec (quel écrivain savait assez de grec pour les lire dans l'originale), ou aux Moraux traduits par Amyot (quel écrivain savait assez de français pour les lire dans la version française, et jouir de sa lecture). Toutes les présomptions s'opposent à cette hypothèse. En réalité, l'Angleterre du XVIe siècle connut et pratiqua les Moraux dans les nombreuses traductions latines qui en circulaient alors.

    Ce furent d'ailleurs de beaux monuments que plusieurs de ces traductions latines de l'historien de Chéronée. Après des multitudes de traductions d'essais isolés, successivement entreprises par des humanistes de la première heure comme Lapus le Florentin, Guarinus le Véronais, Ange Policien, Erasme, Mélanchthon, Budé et beaucoup d'autres, vinrent enfin deux traductions latines complètes, toutes deux dues à des humanistes allemands, celle de Guilielmus Xylander (Wilhelm Holtzman) et celle de Hermannus Cruserius (Hermann Crüser).

    Wilhelm HOLTZMAN : Né à Augsbourg le 26 décembre 1532, Xylander traduisit en hexamètres latins, dès l'âge de seize ans, tout le g-Iliou g-halohsis de Tryphiodore.
    Après avoir étudié à l'Université de Tubingue, il revint à Augsbourg, où il fut vite distingué par le grand helléniste Hier. Wolf. Ce fuit sans doute ce dernier qui l'introduisit dans le cercle des Fugger. Après un court séjour à l'Université de Bâle, il fut appelé en 1558 à succéder à Micyllas comme professeur de grec et bibliothécaire à Heidelberg. Travailleur acharné, quoique toujours pauvre, il fut l'un de ceux dont les éditions d'auteurs grecs firent réaliser le plus de progrès à l'hellénisme continental dans la seconde moitié du XVIe siècle.

    Il est surtout connu pour son édition princeps de Marc-Aurèle (1558) et ses éditions ou traductions latines des oeuvres complètes de Plutarque (Vies, 1560; Moraux, 1570), de la Géographie de Strabon (1571), de la Chronique de G. Cedrenus (11366). La plupart de ces éditions parurent à Bâle, d'où elles circulèrent par toute l'Europe. Les mérites de Xylander comme critique du texte de Plutarque sont fort bien établis par R. Sturel dans son livre si solide sur Jacques Amyot, traducteur des Vies parallèles.

    Il mourut, bien trop jeune, en 1576.

    Ces deux traductions sont d'une étonnante exactitude, et pourtant rédigées en une très bonne langue. Elles se firent concurrence jusqu'à la fin du XVIe siècle. Les Vitae de Cruserius paraissent avoir eu plus de succès auprès des lecteurs que celles de Xylander, tandis que les Moralia de Xylander furent plus populaires que ceux de Cruserius. André Wechel, le célèbre éditeur francfortois, ou plutôt ses héritiers, Claude Marni et Jean Aubry, ne firent que tenir compte de l'exemple de H. Estienne et de l'opinion courante quand, dans leur Plutarque complet gréco-latin de 1599, ils imprimèrent, après la traduction Cruserius des Vies, la traduction Xylander des Moraux.

    A lire ces traductions, si vivantes à la fois et si heureusement modelées sur l'original grec - dont elles ont su conserver toute la bonhomie et toute la richesse de métaphores, sans en éluder une - il apparaîtrait surprenant que le XVIe siècle, qui lisait tant de latin, et si aisément, ne les ait pas lues, voire pillées; qu'il n'existe aucune ceuvre importante sur laquelle Plutarque latin - à l'exclusion de Plutarque grec, ou français, ou anglais - ait laissé une empreinte certaine.

    Est-il croyable qu'aucun prosateur notoire, qu'aucun poète de marque, à tendances savantes, «humanistes» (comme il y eu eut tant), n'ait de parti pris écarté à la fois l'original grec, bien trop difficile, et la version française ou anglaise, par trop accessible au vulgaire, et ne se soit inspiré, ou nourri, de Plutarque latin?
    Poser la question, on en conviendra, c'est presque y répondre, surtout si l'on se souvient à nouveau de l'énorme quantité de Plutarque latins qui circulèrent alors en Europe, et que l'on trouve maintenant répartis entre toutes les grandes bibliothèques mondiales, de Cracovie à Urbana (Illinois), et d'Oxford à la Bibliothèque du Congrès.

    Négligeons, dans notre enquête, les Vies parallèles, dont il semble que l'influence au XVIe et au XVIIe siècle, plus aisément constatable que celle des Moraux, ait été presque épuisée par de consciencieux chercheurs, et limitons-nous à l'étude des Moralia, apparemment plus négligés. Ne retenons pas les traductions variorum, ni celle de Cruserius, ni même le choix de traductions diverses, quoique principalement xylandriennes, qu'a donné Henri Estienne dans son prestigieux Plutarque grec et latin de 1572. Mais familiarisons-nous avec la belle et si solide traduction de Xylander, basée sur un texte soigneusement corrigé par le traducteur, celle même dont Jacques Amyot et Henri Estienne firent tant de cas, et qui les guida parfois l'un et l'autre dans le maquis des variantes et des passages corrompus ou tronqués. ..."

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    Dans le cadre de l'imitation cicéronienne et de la polémique humaniste autour de ce sujet, nous nous proposons d'établir un environnement hypertexte pour la traduction latine de la Vie de Cicéron de Plutarque. Vita Ciceronis à laquelle font référence bien des protagonistes de la querelle "cicéronienne".
    Traduction, faite par Xylander et dont voici le début :

    [1] Matrem Ciceronis Heluiam et honesto loco natam et honestam egisse uitam perhibent. De patre nihil mediocre fatentur. Quidam in officina fullonis et natum fuisse et educatum ferunt, alii genus eius a TuIlio Attio repetunt, qui in Volscis gloriose regnauit et aduersus Romanos haud exiguis uiribus bellum gessit. Qui primus eius familiae Ciceronis cognomentum tulit, uidetur uir haud contemnendus fuisse; itaque ne posteri quidem eam appellationem repudiarunt, sed amplexi sunt, quanquam uulgo rideretur : a cicere enim trahitur. Et primus Cicero ita cognominatus fuit, quod, ut fertur, in extremo naso fissuram obscuram, qualis est in cicere, haberet. Ipse autem Cicero, de quo hic scribimus, quum primum ad rempublicam se contulisset et magistratum ambiret, suadentibus amicis ut cognomentum illud fugeret atque mutaret, fertur iactantius dixisse : contenturum se, ut nomen Ciceronis quam esset Scaurorum et Catulorum gloriosius efficeret. Et quaestor in Sicilia, quum donum argenteum diis dedicaret, M. Tullium inscripsit, iussitque loco cognominis cicer a fabro insculpi. Haec de nomine eo tradita sunt.

    [1] La mère de Cicéron se nommait Helvia; elle était d'une famille distinguée, et soutint, par sa conduite, la noblesse de son origine. On a sur la condition de son père des opinions très opposées : les uns prétendent qu'il naquit et fut élevé dans la boutique d'un foulon ; les autres font remonter sa maison à ce Tullus Attius qui régna sur les Volsques avec tant de gloire.

    Le premier de cette famille qui eut le surnom de Cicéron fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu'il eût été souvent tourné en ridicule.

    Il vient d'un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l'extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche, et qui lui en fit donner le surnom.

    Cicéron, celui dont nous écrivons la vie, la première fois qu'il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu'il s'occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d'en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d'un jeune homme, qu'il ferait en sorte de rendre le nom de Cicéron plus célèbre que ceux des Scaurus et des Catulus. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l'offrande d'un vase d'argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, Marcus Tullius; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mît un pois chiche. Voilà ce qu'on dit de son nom.


Jean Schumacher
le 24 septembre 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002