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Date :     20-08-2004

Sujets :
Cicéron, Brutus; Macrobe, Commentaires du Songe de Scipion : La prime enfance; Tite-Live : La fin de Servius Tullius; FEC, 8 (2004) : Françoise van Haeperen, Sacrifices humains et mises à mort rituelles à Rome; Jeux olympiques et tricheurs;

Notice :

L'Actualité de ce jour est construite, principalement, à partir d'extraits de lecture :

Cicéron, Brutus :

  • présentation de l'oeuvre :

    "Le Brutus est un des grands traités de rhétorique de Cicéron. Postérieur au De Oratore, antérieur à l'Orator, il fut écrit dans les premiers mois de l'année 46 avant J.-C. (708 de Rome). Cicéron avait soixante ans. Les jours et les mois qu'il vivait alors sont parmi les plus tristes de son existence. Deux ans plus tôt, en 48, Pharsale avait consommé la défaite du parti pompéien, auquel il appartenait; César, qui l'avait d'abord laissé se morfondre à Brindes, venait de l'autoriser à rentrer à Rome; mais il était tenu en défiance à la fois par les vainqueurs, qui le regardaient avec une pitié dédaigneuse, et par les vaincus, qui lui reprochaient d'avoir survécu à la ruine de leurs espérances; il était inquiet des progrès incessants de César, qui venait justement de passer en Afrique pour organiser et diriger la lutte contre les restes du parti adverse et allait, dans quelques jours, en avril 46, remporter cette victoire de Thapsus, à la suite de laquelle Caton devait se suicider.

    Il voyait s'écrouler autour de lui tout ce pour quoi il avait vécu et lutté. Condamné à l'inaction, l'âme noyée de tristesse, il fit ce qu'il avait fait neuf ans plus tôt, en 55, quand il avait écrit le De Oratore. Il revint à ses livres, à ses études, à ses recherches sur cette éloquence, qui avait été, depuis sa jeunesse, l'objet de son ambition et l'instrument de sa gloire; et une circonstance fortuite l'amena à donner à ses travaux une forme nouvelle.

    Atticus, son aîné de quatre ans, avec lequel il était lié depuis longtemps, venait d'écrire une espèce de tableau chronologique de l'Histoire romaine, le Liber annalis, dans lequel, remontant aux origines mêmes de Rome, il avait noté, avec cette patience d'érudit dont il avait souvent déjà donné des preuves, la succession des consuls et des magistrats romains, depuis 510 jusqu'au temps présent, et les événements principaux de l'histoire romaine, lois, guerres, traités, considérés et en eux-mêmes, et dans leurs rapports avec les grands faits historiques qui s'étaient passés dans les pays étrangers.

    De ce livre, qu'Atticus lui avait dédié, il dit, avec cette exagération dont il n'a pas toujours su se garder, qu' «il lui apporta le salut». Disons plus simplement qu'il lui donna, non pas peut-être l'idée, qu'il avait depuis longtemps, de son traité, mais les moyens les meilleurs de la réaliser. Il lui fournit une raison de lire ou de relire tous les anciens discours sur lesquels ses recherches lui permirent de mettre la main, de préciser ses connaissances en histoire romaine, de consulter les documents anciens, d'interroger, sur les événements plus récents, mais qu'il n'avait pas directement connus, les vieillards qui en avaient été les témoins; bref, le Liber annalis fut pour lui comme un fil conducteur qui l'aida dans le travail préparatoire de cette histoire de l'éloquence à Rome, à laquelle il avait songé après la publication du De Oratore.

    Car si, dans ce dernier traité, il avait brillamment indiqué les conditions nécessaires de la perfection oratoire, s'il avait insisté sur les qualités très diverses, innées ou acquises, indispensables à la formation et au succès de l'orateur, il lui restait à prouver, par une revue détaillée de tous ceux qui avaient voulu se faire un nom, que, dans cette Rome, où tout dépendait de la parole, à peine trouvait-on quelques hommes ayant eu le bonheur de réunir en eux les dialogue avait réussi à Cicéron dans le De Oratore ; dans le nouvel ouvrage, il doit avoir plus d'avantages encore : quelque variés que soient les talents, une nomenclature risque fort d'être ennuyeuse et le dialogue est le seul moyen de lui donner quelque vie. Cicéron imagine donc un entretien, à Rome, entre trois personnages : lui-même se chargera de l'exposé, et ses deux bons amis, Atticus et Brutus, lui donneront la réplique et provoqueront ses commentaires et ses observations. Le choix d'Atticus était tout indiqué puisque c'était son Liber Annalis qui avait déterminé Cicéron à écrire l'histoire de l'éloquence; et celui de Brutus n'était pas moins heureux, puisque ce personnage, alors âgé de quarante ans, était un des orateurs les plus en vue et s'était fait, au barreau et dans les assemblées, une place brillante par des qualités de nerf, de vigueur, d'une netteté un peu sèche, assez contraires à la manière de Cicéron. Celui-ci souffrait de voir son ancien élève si différent de lui-même et il n'était pas fâché de lui prouver que la méthode cicéronienne, que certains jeunes trouvaient trop abondante, et, pour tout dire, verbeuse, restait, malgré tout, celle qui seule permettait d'atteindre le grand public et de réaliser l'objet essentiel de l'éloquence.

    Ainsi, cette opposition de nature entre Cicéron et Brutus fournissait à l'écrivain un excellent moyen de rompre la monotonie d'une énumération, par ces digressions, dont il a fait dans toutes ses oeuvres un si large emploi, et qui, sans en détruire le plan, y introduisaient un élément de vie et de variété. Ce sont des morceaux brillants qui se détachent sur le fond un peu gris de l'ensemble; et leur présence se justifie par la liberté et le laisser-aller d'une conversation où chacun, ayant ses idées propres, saisit l'occasion d'un mot prononcé par un autre interlocuteur pour faire une remarque, en apparence un peu étrangère au sujet, en réalité vivante, animée, et par suite intéressante. Sans doute, comme nous l'avons dit ailleurs à propos du De Oratore, n'y a-t-il pas, dans les dialogues cicéroniens, la grâce aimable de Platon; mais notre auteur, cette fois encore, n'oublie pas son ambition secrète de rivaliser avec le grand philosophe athénien, et c'est sur une pelouse, devant la statue du maître, que se déroulera l'entretien."

    [tiré de : François RICHARD, Cicéron. Brutus et La perfection oratoire.
    Paris, Classiques Granier, 1934, pp. 1-4]

  • assassinat de César : et si César avait su qu'il allait être assassiné? :

    Cicéron, De la divination, II, 9, 22-24 :

    IX 22 Atque ego ne utilem quidem arbitror esse nobis futurarum rerum scientiam. Quae enim uita fuisset Priamo, si ab adulescentia scisset quos euentus senectutis esset habiturus? Abeamus a fabulis, propiora uideamus. Clarissimorum hominum nostrae ciuitatis grauissimos exitus in Consolatione conlegimus. Quid igitur? Ut omittamus superiores, Marcone Crasso putas utile fuisse tum, cum maxumis opibus fortunisque florebat, scire sibi interfecto Publio filio exercituque deleto trans Euphratem cum ignominia et dedecore esse pereundum? An Cn. Pompeium censes tribus suis consulatibus, tribus triumphis, maximarum rerum gloria laetaturum fuisse, si sciret se in solitudine Aegyptiorum trucidatum iri amisso exercitu, post mortem uero ea consecutura, quae sine lacrimis non possumus dicere? 23 Quid uero Caesarem putamus, si diuinasset fore ut in eo senatu quem maiore ex parte ipse cooptasset, in curia Pompeia, ante ipsius Pompei sirnulacrum, tot centurionibus suis inspectantibus, a nobilissumis ciuibus, partim etiam a se omnibus rebus ornatis, trucidatus ita iaceret, ut ad eius corpus non modo amicorum, sed ne seruorum quidem quisquam accederet, quo cruciatu animi uitam acturum fuisse? Certe igitur ignoratio futurorum malorum utilior est quam scientia. 24 Nam illud quidem dici, praesertim a Stoicis, nullo modo potest: "Non isset ad arma Pompeius, non transisset Crassus Euphratem, non suscepisset bellum ciuile Caesar". Non igitur fatalis exitus habuerunt. Vultis autem euenire omnia fato: nihil ergo illis profuisset diuinare; atque etiam omnem fructum uitae superioris perdidissent; quid enim posset iis esse laetum exitus suos cogitantibus?

    IX. - Je ne crois même pas que la connaissance de l'avenir nous soit utile. Quelle eût été, je le demande, la vie de Priam s'il avait su dès son jeune âge quels événements attristeraient sa vieillesse? Mais laissons les récits des poètes et considérons des exemples plus voisins de nous. J'ai dressé dans ma Consolation un tableau des malheurs qui ont frappé à la fin de leur vie les hommes les plus marquants de notre cité. Eh bien ! sans remonter plus haut, penses-tu qu'il eût été utile à Marcus Crassus de savoir, alors qu'il était dans tout l'éclat de la richesse et de la puissance, que, son fils tué, son armée détruite, il périrait misérablement, ignominieusement par delà l'Euphrate? Et Pompée? Crois-tu que trois fois consul, trois fois honoré du triomphe, il eût, dans la gloire de tant d'éclatants succès, goûté une joie très pure s'il avait prévu la perte de son armée, son abandon total, l'assassinat dont il fut victime en Égypte? Pour César, s'il avait lu dans l'avenir que, dans ce sénat peuplé principalement d'hommes choisis par lui-même, dans la salle de Pompée et devant la propre statue de Pompée, il serait, au vu et au su de tant d'officiers à lui, frappé à mort par les plus nobles citoyens, y compris des hommes qu'il avait comblés de biens, puis que son corps resterait gisant sans qu'aucun de ses amis ni seulement de ses esclaves voulût s'en approcher, dans quelle torture morale n'eût-il pas vécu? Certes l'ignorance du mal futur vaut mieux que sa connaissance. On ne peut dire en effet, un Stoïcien moins que personne : Pompée n'eût pas pris les armes, Crassus n'eût pas passé l'Euphrate, César n'eût pas commencé la guerre civile. Ce serait dire que leur fin malheureuse n'était pas écrite dans le livre du destin; or vous voulez que toutes choses soient soumises à un destin inéluctable. Dès lors il n'y avait pour eux aucun profit à connaître leur avenir et même cette connaissance leur eût ravi la jouissance de cette partie de leur vie qui a précédé le moment fatal. Quel contentement est possible quand l'idée d'un effondrement final nous hante? ...

    [tiré de : Charles APPUHN,Cicéron. De la divination - Du destin - Académiques. Paris, Classiques Garnier, 1936]

  • César, orateur et écrivain : avis de Cicéron

    Cicéron, Brutus, LXXV :

    [75] LXXV. (261) Caesar autem rationem adhibens consuetudinem uitiosam et corruptam pura et incorrupta consuetudine emendat. itaque cum ad hanc elegantiam uerborum Latinorum - quae, etiam si orator non sis et sis ingenuus ciuis Romanus, tamen necessaria est - adiungit illa oratoria ornamenta dicendi, tum uidetur tamquam tabulas bene pictas conlocare in bono lumine. hanc cum habeat praecipuam laudem in communibus, non uideo cui debeat cedere. splendidam quandam minimeque ueteratoriam rationem dicendi tenet, uoce motu forma etiam magnificam et generosam quodam modo. (262) Tum Brutus: orationes quidem eius mihi uehementer probantur. compluris autem legi; atque etiam commentarios quosdam scripsit rerum suarum. Valde quidem, inquam, probandos; nudi enim sunt, recti et uenusti, omni ornatu orationis tamquam ueste detracta. sed dum uoluit alios habere parata, unde sumerent qui uellent scribere historiam, ineptis gratum fortasse fecit, qui uolent illa calamistris inurere: sanos quidem homines a scribendo deterruit; nihil est enim in historia pura et inlustri breuitate dulcius. ...

    [75] LXXV. - César, au contraire, appliquant un principe rationnel, corrige les vices et les corruptions de l'usage par le même usage, mais pur et non corrompu. Dès lors, quand, à cette élégance du langage latin, qui n'est pas moins nécessaire au citoyen de bonne race qu'à l'orateur, il joint tous les ornements de l'éloquence, il est comme un peintre qui sait placer des tableaux composés suivant les règles dans un jour convenable. C'est là son mérite essentiel, qu'il joint aux qualités ordinaires de l'orateur, et ainsi, je ne vois pas à qui il devrait céder le pas. Il a une éloquence pleine d'éclat, sans rien de vulgaire, et à laquelle la voix, le geste, toute la personne donnent une allure noble et racée.

    - J'aime beaucoup ses discours, déclara Brutus; j'en ai lu un bon nombre, comme j'ai lu les commentaires qu'il a écrits sur ses guerres.

    - Vraiment dignes d'éloges aussi, répondis-je [Cicéron], ces commentaires. Ils sont simples, nets, pleins de grâce, dépouillés de tout ornement, comme d'un vêtement inutile. César a voulu mettre des documents à la disposition de ceux qui se proposeraient d'écrire l'histoire; peut-être a-t-il fait l'affaire des maladroits qui voudront chauffer tout cela au fer à friser; mais les gens raisonnables, il les a dégoûtés d'écrire. Rien en effet de plus agréable dans l'histoire qu'une pure et lumineuse brièveté. ...

    [tiré de : François RICHARD, Cicéron. Brutus et La perfection oratoire. Paris, Classiques Garnier, 1934]

  • postérité du personnage Brutus :

    "Il [Brutus] était né pour une existence paisible et douce, et le destin le jeta, adolescent encore, dans le tourbillon des pasions farouches et meurtrières. Son âme était pure et vertueuse, et ses mains ont dû s'armer du poignard pour le tremper dans un sang présumé sacré. Sensible et affectueux, bon fils, tendre époux, ami dévoué, il est resté dans la mémoire des hommes, pendant douze siècles de suite, un parricide, un vil assassin qui mérite le pire des châtiments.

    Attaché à perpétuité, tel une ombre maudite, à l'image de sa victime, auréolée de gloire et de vénération universelle, il est traîné, honni et bafoué, dans le sillon du char triomphal qui la promène à travers les hommages de l'adulation posthume, et l'écrivain [Dante] qui, mieux que personne, a su exprimer l'opinion de son temps, le plonge dans les plus bas fonds du gouffre infernal, aux côtés de Judas l'Iscariote. C'est sur cette vision que s'achève la tournée dantesque à travers l'enfer. Après y avoir vu Brutus, on n'y a plus rien à voir, estime l'auteur de la Divine Comédie.

    Et puis, ce fut, dès les premières lueurs de l'aube des temps modernes, un revirement miraculeux, éblouissant. La Renaissance projetant des lumières victorieuses sur le passé vieux de tant de siècles obscurs déplaça bien des valeurs sociales et intellectuelles. Entre autres fut ruinée au fond la conception idéale de l'Empire romain auquel l'idéologie chrétienne avait assuré un sublime éclat pendant une bonne partie du moyen âge. Il devient désormais une époque de corruption et de débauche et ces empereurs illustres et si dévotement admirés sont couverts d'opprobre et voués au mépris. César, le divin César, chanté et glorifié éperdument par des générations interminables de poètes et de savants, est descendu de son piédestal et relégué au rang d'un cruel tyran. Par contre, le nom, jusqu'ici exécré, de Brutus devient le symbole de la vertu, de la dignité humaine qui paraît se réveiller au souffle des temps nouveaux d'un sommeil plusieurs fois séculaire. L'image de la liberté s'identifie avec celle de Brutus : on ne peut désormais évoquer l'une sans voir aussitôt surgir l'autre et le meurtrier de César est appelé dès lors à devenir l'incarnation de la résistance à la tyrannie, au despotisme quel qu'il soit. Son exemple inspire Cola Montano quand il ourdit un complot contre Galeazzo Sforza, c'est lui qu'évoque en termes ardents et passionnés le malheureux Boscoli qui paya de sa vie son désir de libérer Florence du joug doré des Médicis et comment oublier le frêle Lorenzino, rejeton avorté de cette redoutable famille, dont le rêve de devenir à son tour un Brutus avait fourni le sujet à un des chefs-d'oeuvre du théâtre français? ...

    Les plus grands génies de l'époque naissante, Michel-Ange et Shakespeare sont hantés par son image. Erasme étudie son oeuvre et cherche à en discerner la part certaine. Si le siècle de Louis XIV fut pour cet ennemi du despotisme une période d'éclipse, celui qui le suivit devait lui apporter une éclatante revanche. Rousseau se chargea d'en devenir le principal artisan. Pour le vagabond sentimental de Genève, Brutus est l'homme vertueux par excellence. Vertueux et libre, ou vertueux parce que libre, puisque, pour Rousseau, les deux ne font qu'un. Son souvenir sera donc à la base du nouvel évangile de l'égalité et de fraternité qui entreprendra à changer la face du monde.

    La Révolution française, fille de Rousseau, en mettant la vertu «à l'ordre du jour» trouva en Brutus le héros prédestiné qu'elle aurait dû inventer s'il n'avait pas effectivement existé auparavant. Elle l'adopta avec une ferveur empressée. On rencontre, au cours de ces années, son souvenir partout. Son buste orne les salles des réunions publiques, une section de Paris le prend pour patron, des députés, des fonctionnaires, des militaires renoncent à leurs noms et prénoms pour prendre le sien. Désormais, la gloire de Brutus a atteint son apogée : c'est lui à présent qui va devenir l'objet d'un culte civique : l'assassin du «père de la patrie» se transforme en vengeur de la liberté opprimée et la victime immolée reprend son aspect de tyran détesté qui a dignement expié ses atroces forfaits. Mais c'est l'Allemand Klopstock qui va émettre le jugement décisif : «César fut si grand que, seul, Brutus n'a pas pu être dépassé par lui.»

    Ce n'est que dans la seconde moitié du XIXe siècle qu'on a vu s'atténuer quelque peu l'éclat de sa gloire au profit des Gracques dont les expériences sociales se trouvaient situées plus près des aspirations du socialisme moderne. Il y a lieu de constater cependant que c'est l'érudition de l'Allemagne impériale de l'époque 1871-1914 qui s'était chargée de porter au meurtrier de César les coups les plus blessants, les plus humiliants, les moins mérités aussi. «Esprit fantasque et brouillon» d'après les uns, «faible et hésitant», «privé de base morale» et «incapable de répondre aux espoirs suscités par lui», selon les autres, Brutus se vit de plus comblé d'injures par un éminent latiniste prussien qui s'acharna contre lui avec une violence et une grossièreté de langage qui dépassait toutes les bornes permises. Un de ses compatriotes, savant modeste, mais d'une érudition impeccable et objective, remit les choses au point en 1917. ..."

    [tiré de : Gérard WALTER, Brutus et la fin de la République, Paris, Payot, 1938, pp. 265-267]

    DANTE, La divine Comédie, L'Enfer, Chant XXXIV, v. 61-67 :

    34. 61 «Quell'anima là sù c'ha maggior pena»,
    34. 62 disse 'l maestro, «è Giuda Scariotto,
    34. 63 che 'l capo ha dentro e fuor le gambe mena.

    34. 64 De li altri due c'hanno il capo di sotto,
    34. 65 quel che pende dal nero ceffo è Bruto:
    34. 66 vedi come si storce, e non fa motto!;

    34. 67 e l'altro è Cassio che par sì membruto.

    "Cette âme là-haut subit la pire peine
    Est Judas l'Iscariot, dit son maître; en la gueule
    Est sa tête, et dehors il agite les jambes.

    Des deux autres damnés, qui ont la tête en bas,
    Celui qui pend du noir mufle est Brutus :
    Tu vois comme il se tord et comme il ne dit mot!

    L'autre, c'est Cassius, qui paraît si membru.

    [tiré de : Henri LONGNON, Dante. La divine Comédie. Paris, Classiques Garnier, 1956]

  • l'environnement hypertexte :

    L'environnement est préparé :
    texte latin - traduction française.


MACROBE, Commentaires du Songe de Scipion : La prime enfance :

Commentaires, I, 6 : De la naissance à l'âge de 7 ans :

... Post partum uero utrum uicturum sit, quod effusum est, an in utero sit praemortuum, ut tantummodo spirans nascatur, septima hora discernit. Ultra hunc enim horarum numerum, quae praemortua nascuntur, aeris halitum ferre non possunt : quem quisquis ultra septem horas sustinuerit, intelligitur ad uitam creatus, nisi alter forte, qualis perfectum potest, casus eripiat. Item post dies septem iactat; reliquias umbilici, et, post bis septem incipit ad lumen uisus eius moueri, et post septies septem libere iam et pupulas et totam faciem uertit ad motus singulos uidendorum. Post septem uero menses dentes, incipiunt mandibulis emergere : et post bis septem sedet, sine casus timore. Post ter septem sonus eius in uerba prorumpit : et post quater septem non solum stat firmiter, sed et incedit. Post quinquies septem incipit lac nutricis horrescere, nisi forte ad patientiam longioris usus continuata consuetudine protrahatur. Post annos septem dentes, qui primi emerserant, aliis aptioribus ad cibum solidum nascentibus cedunt; eodemque anno, id est, septimo, plene absoluitur integritas loquendi. ...

Sept heures après l'accouchement, on peut prononcer si l'enfant vivra, ou si, étant mort-né, son premier souffle a été son dernier; car il n'est reconnu viable que lorsqu'il a pu supporter l'impression de l'air pendant cet intervalle de temps ; à partir de ce point, il n'a plus à craindre qu'un de ces accidents qu'on peut éprouver à tout autre âge. C'est au septième jour de sa naissance que se détache le reste du cordon ombilical.
Après deux fois sept jours, ses yeux sont sensibles à l'action de la lumière, et après sept fois sept jours il regarde fixement les objets, et cherche à connaître ce qui l'entoure.
Sa première dentition commence à sept mois révolus; et à la fin du quatorzième mois, il s'assied sans crainte de tomber. Le vingt-unième mois est à peine fini, que sa voix est articulée; le vingt-huitième vient de s'écouler, déjà l'enfant se tient debout avec assurance, et ses pas sont décidés.
Lorsqu'il a atteint trente-cinq mois, il éprouve un commencement de dégoût pour le lait de sa nourrice; s'il use plus longtemps de ce liquide, ce n'est que par la force de l'habitude.
A sept ans accomplis, ses premières dents sont remplacées par d'autres plus propres à la mastication d'aliments solides; c'est à cet âge aussi que sa prononciation a toute sa perfection ...


TITE-LIVE, La fin de Servius Tullius :

Cet épisode, tiré du premier livre de l'Histoire romaine de Tite-Live, constitue la matière du cours d'Auteurs latins destiné, en 2004-2005, aux étudiants de la premère année du (nouveau) baccalauréat (anciennement "première candidature").

Paul-Augustin DEPROOST, responsable académique, entre autres, de ce cours d'auteurs latins, vient de le placer sur la Toile au sein du Projet ITINERA ELECTRONICA et, plus précisément, dans l'environnement de cet enseignement, à côte d'Héloïse et d'Abélard, d'Horace, de Sénèque, de Suétone et de Virgile, auteurs traités les années précédentes.

Adresse : Tite-Live, La fin de Servius Tullius


Françoise van Haeperen, Sacrifices humains et mises à mort rituelles à Rome :

Françoise van Haeperen a confié cet article aux FEC - Folia Electronica Classica, n° 8 - 2004; Folia dont le succès est grandissant auprès de la communauté scientifique internationale: l'accès libre et immédiat sur la Toile se fait de plus en plus d'adeptes. Emboîtons donc tous le pas à cette jeune collègue dont l'enthousiasme et le dynamisme sont communicateurs:

Sacrifices humains et mises à mort rituelles à Rome : quelques observations, par Françoise Van Haeperen (95 K)
    (inédit)
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/08/sacrifices.htm


Jeux olympiques et tricheurs : Pendant le déroulement des (actuels) Jeux olympiques à Athènes (août 2004), le journal Le MONDE gratifie ses lecteurs, jour après jour, de pages spéciales conscrées à cet événement mais aussi à des faits et gestes liés aux (antiques) Jeux d'Olympie.

Dans l'édition du 17 août 2004, Pascal CEAUX a consacré une colonne aux Piètres corrupteurs des jeux olympiques de l'Antiquité:

"... Les jeux d'Olympie ont eu leurs tricheurs. Tous les athlètes n'étaient sans doute pas capables de résister au prodigieux attrait de la couronne d'olivier, qui assurait une immortelle renommée. Quitte à contourner les règles pour la conquérir. La chronique ne mentionne pas de cas avéré de dopage. La notion avait-elle d'ailleurs un sens pour les Grecs ? Elle fourmille en revanche de vilaines histoi res de corruption. L'inévitable historien de l'Antiquité, Pausanias, dans sa Description de la Grèce, rapporte de multiples exemples du pouvoir et des méfaits de l'argent.

Tout commence avec le Thessalien Eupolos. Lors de la 98e Olympiade (388 avant Jésus-Christ), ce pugiliste sans doute peu convaincu de ses propres talents corrompit trois de ses adversaires, parmi lesquels un vainqueur des jeux précédents, Phormion d'Halicarnasse. Pausanias ne dit pas comment ce mauvais coup fut découvert, mais il précise que ce fut la première irrégularité de ce genre constatée par les juges. Ceux-ci décidèrent alors d'imposer aux coupables, le corrupteur et les corrompus, une amende en argent.

L'Athénien Callippos fut, lui aussi, pris sur le fait. Lors de la 112e Olympiade, il tenta de monnayer la bienveillance de plusieurs de ses rivaux au pentathlon. Tous furent à leur tour frappés d'une amende. L'affaire aurait dû en rester là. Elle manqua de tourner à l'incident diplomatique. Athènes dépêcha en effet un représentant pour convaincre les juges de lever l'amende. Ils «refusèrent cette faveur», car «les Athéniens manifestaient une grande arrogance à leur égard», écrit Pausanias. Le dieu de Delphes - Apollon - mit fin à la mésentente. Il proclama par les voix autorisées qu'il ne rendrait plus d'oracle tant que les fautifs n'auraient pas honoré leur dette. Les Athéniens s'exécutèrent.

L'histoire d'Apollonios est encore plus croustillante. Spécialiste du pugilat, il n'avait pas l'ombre d'un doute sur son talent. Il commit toutefois l'erreur d'arriver en retard sur les lieux de la compétition. Il n'en perdit pas pour autant son sang-froid, et avança la seule excuse acceptable pour les juges : il avait été retenu dans les îles des Cyclades par des vents contraires. L'un de ses rivaux, Héracléidès, lui donna aussitôt le démenti. Apollonios était en retard, assura-t-il, parce qu'«il était en train de récolter de l'argent dans les concours d'Ionie». Convaincus de l'argument, les juges déclarèrent alors Héracléidès vainqueur olympique. Furieux de la décision, Apollonios l'agressa physiquement.

L'argent des amendes était utilisé pour construire des Zeus en bronze, les Zanes, sur lesquels étaient inscrits des poèmes ou épigrammes. L'un d'entre eux indiquait ainsi que la statue avait été érigée «pour faire peur aux athlètes qui trichent»."

Par ailleurs, l'on sait aussi que : "Les noms des tricheurs étaient inscrits sur le socle [des Zanes]. Ces statues étaient ensuite disposées le long du passage qui menait au stade [d'Olympie]. Pour se rendre aux compétitions, les athlètes devaient passer devant ces statues. On leur rappelait de cette manière l’exemple à ne pas suivre."

Ces tricheries mais aussi d'autres faits notables liés aux Jeux olympiques de l'Antiquité se trouvent rassemblés dans différents numéros de la Revue Olympique :


Jean Schumacher
LLN - 20 août 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002