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Date :     06-08-2004

Sujets :
ITINERA ELECTRONICA & Bibliothèque virtuelle, Corpora : César, Ovide, Pline le Jeune, Quinte-Curce, Valerius Flaccus; ITINERA ELECTRONICA & Bibliothèque virtuelle, Recherches (monocritère, multicritères); Le vaisseau ARGO, l'expédition des Argonautes, la destinée de Jason : une étude psychanalytique; Statistiques de consultation - juillet 2004; FEC : Les Folia Electronica Classica, numéro 8 - 2004;

Notice :

1. ITINERA ELECTRONICA & Bibliothèque virtuelle: Corpora

Durant les mois de juillet et d'août, la constitution d'environnements hypertextes est à l'arrêt; cependant, plusieurs textes sont en préparation : Cicéron, Contre Verrès (suite et fin); Cicéron, Brutus; Cicéron, Lucullus (Academica, livre II); Macrobe, Commentaires au Songe de Scipion (livre I); Silius Italicus (suite et fin); etc.

C'est pourquoi, pendant cette période de vacances, l'attention a été portée sur la création de bases de données globales pour des auteurs et des oeuvres dont les environnements hypertextes ont déjà été établis livre après livre.

Ces bases de données globales sont présentées sous la rubrique CORPORA du projet ITINERA ELECTRONICA.
Les nouvelles bases de données constituées concernent :

Comme il l'a déjà fait pour Tite-Live et Ammien Marcellin, Jacques POUCET présente, en accompagnement de ces bases de données, une ou des notices de présentation pour ces auteurs et/ou oeuvres. Notices puisées à la fois dans l'édition dont sont tirées les traductions françaises - en règle générale, il s'agit de la Collection des Auteurs latins, publiés au XIXe siècle sous la direction de M. NISARD -, mais aussi saisies dans plusieurs Histoires de la littérature latine datant du XXe siècle.

La notice pour César est faite; celle consacrée à Ovide et aux Métamorphoses est en préparation.


2. ITINERA ELECTRONICA & Bibliothèque virtuelle, Recherches :

Au sein du Projet ITINERA ELECTRONICA, deux types de Recherches, principalement, sont proposés aux utilisateurs pour sélectionner des informations dans les banques et bases de données textuelles mises à disposition sur la Toile:

  • la recherche monocritère, telle qu'elle est proposée, entre autres, sous la rubrique Dictionnaire des formes via le module Recherche d'une forme précise : le critère de sélection porte sur une forme précise, complète et la recherche vise à sélectionner, dans l'ensemble du corpus des formes déjà traitées, puis, à afficher toutes les attestations de cette forme. Exemple : pertrahitur; deux réponses sont produites en l'occurrence: chez Tite-Livre, livres XXI et XXX.

  • la recherche multicritères, telle qu'elle est suggérée aussi pour les bases de données globales réunies sous la rubrique Corpora : les possibilités de sélection sont plus étendues: une forme précise mais aussi une forme tronquée, soit en finale, soit à l'initiale, sélections et affichages de contextes, etc.

    Ainsi, en retenant comme critère de sélection, l'initiale arma, dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de César, sont sélectionnées, puis, affichées toutes les formes déclinées des substantifs arma, armamentum, armatura ainsi que les formes conjugées du verbe armare, pour autant que ces formes renferment à l'initiale la partie arma-.

La pratique, presque quotidienne, de la littérature latine, telle qu'elle se présente sur la Toile, sous la forme de fichiers électroniques réunis dans des gands dépôts et banques de textes (The Latin Library, Latin Literature, Bibliotheca Augustana, Dépôt ITINERA ELECTRONICA, etc.) nous incite à recommander aux enseignants et aux étudiants les recherches étendues, permettant, entre autres, de faire fi d'accidents d'encodage ou de saisie optique résultant en des mots accolés ou encore en des formes disjointes, tronquées sans qu'une explication plausible puisse être trouvée à ces situations inexactes.

La préparation du Brutus de Cicéron nous en a fourni une nouvelle illustration: en intégrant dans le fichier repris à la Latin Library la division (ancienne) du texte en chapitres numérotés par des chiffres romains, nous sommes tombés, fortuitement, sur une forme occider at, disjointe (Ch. LXII, par. 227). Une vérification plus attentive a fait apparaître de très nombreuses autres formes tronquées sans raison : puta batur, in ers, cupi ditas, la bore, solemt amen (pour "solem tamen"), orna tus, fuiss et, no bis, popul ariter, temp ore, pra efectus, or ationi, a ddidisset, nume rauerim, etc. etc.

Pour plus de sécurité, nous avons, ensuite, traité ce fichier via l'application en ligne Listes du vocabulaire afin d'obtenir une liste des "formes" de ce texte, liste classée dans l'ordre alphabétique des formes, permettant de déceler, à "l'oeil", des parties de formes disjointes. Liste qui a fait apparaître de nombreux autres cas de ce type d'accident.

En appliquant à ce texte - ou plutôt à ce fichier électronique - une recherche monocritère, basée sur des formes "complètes", toutes ces formes tronquées échappent à la sélection. Et, ipso facto, cette situation est de nature à fausser les constatations et les conclusions éventuelles tirées de ces interrogations.

Et ce qui est vrai, en l'occurrence, pour le Dictionnaire des formes des ITINERA ELECTRONICA et le module Recherche d'une forme précise se vérifie également - et pareillement - en utilisant, par exemple, la Recherche de texte latin (moteur PicoSearch) accessible via le site Weblettres dont les pages en question sont sous la responsabilité de François GIROUD, par ailleurs webmestre du site RETIARIUS.

Ainsi, en soumettant à ce moteur de recherche la forme occiderat, 54 réponses sont trouvées dans les corpus de textes analysés dont une au par. 307 du Brutus de Cicéron mais pas celle du chap. LXII (par. 227) de la même oeuvre. Attestation que produit, par contre, une interrogation basée sur occider.

Lors du traitement des Lettres à Lucilius de Sénèque, nous avions pu observer le phénomène inverse dans le fichier électronique de l'un des livres de cette oeuvre: un grand nombre de formes s'y trouvaient accolées par paires de deux mots. Les interrogations sur ces formes, pris isolément, devaient alors nécessairement produire des résultats incomplets et donc inexacts.

Conclusion : s'il est déjà des interrogations sur la nature et la valeur des éditions retenues pour la saisie électronique de textes latins disponibles, ensuite, dans ces dépôts sur la Toile, une autre incertitude, tout aussi fondamentale, plane sur la qualité de la saisie et de la reconnaissance optique réalisées. Saisies dont les relectures ont dû être (parfois ? souvent ?) hâtives si pas nulles en l'absence de personnel (approprié) en nombre suffisant et à disposition, comme c'est, hélas, le cas pour bien des réalisations offertes sur la Toile.

Nous faisons de notre mieux pour éviter ces écueils mais nous ne pouvons pas garantir d'échapper à tous.


3. Le vaisseau Argo, l'expédition des Argonautes, la destinée de Jason :

En complément à la base de données globale pour les livres Argonautiques de Valerius Flaccus (cf. supra), nous vous faisons part, ci-dessous, d'une enquête psychanalytique centrée sur le contenu de cette oeuvre :

" ... La plupart des héros menacés de banalisation [nous comprenons par banalisation : une vie sans sublimation; ndlr] se trouvent réunis dans l'aventure des Argonautes. Outre leur chef, Jason, les plus imporpants sont : Orphée, Héraclès, Thésée. Aucun des Argonautes ne présente la vanité folle des héros sentimentaux.
Leurs dangers sont la tentation de la domination perverse et la débauche (l'incapacité du juste choix et d'une liaison durable). C'est précisément ce danger, les menaçant chacun en particulier, qui les lie en une entreprise commune de libération. Cette portée générale de l'expédition, confirmée par tous les détails de l'histoire fabuleuse, se trouve déjà exprimée par la signification du nom des héros réunis : Argonautes.

Ils sont tous navigateurs, embarqués sur l'Argo, ce qui signifie : le vaisseau blanc. Le blanc étant symbole de pureté, l'Argo devrait les conduire vers la purification.

Ce but de l'expédition se trouve encore plus clairement affirmé par le fait que les héros vont à la recherche de la toison d'or. L'or-couleur est représentatif de la spiritualisation, tandis que la toison - le bélier, figurant l'innocence - est symbole de sublimation. La toison d'or à conquérir indique que le but de l'entreprise est la conquête de la force de l'esprit (vérité) et de la pureté de l'âme.

(Dans le mythe chrétien, la pureté à son plus haut degré, la bonté, l'amour objectivé qui s'étend sur tous les hommes, est symbolisée par l'agneau qui a la même signification que le bélier.
Chez les Grecs, l'idéal de bonté ne dépasse pas la compréhension et la confiance mutuelle, la juste mesure dans les relations humaines, la fidélité aussi bien dans les relations sexuelles que sociales ; idéal qui est le contraire, tant de la débauche que de la domination perverse.)

La toison d'or est suspendue à l'arbre, symbole de la vie ; elle est gardée par le Dragon : il faut tuer le pervertissement pour pouvoir s'emparer du trésor sublime.

Le Dragon est une figure fabuleuse qui tient du serpent et qui de plus possède la force brutale habituellement symbolisée par le lion ou le taureau. A ces indices de la vanité et de la perversion dominatrice s'ajoute celui de la perversion sexuelle : souvent le dragon est gardien d'une vierge. Pour acquérir la force d'âme qui détermine le choix juste, condition d'une liaison durable, le héros doit surmonter le danger en lui, l'exaltation imaginative des désirs dispersés, danger symboliquement extériorisé et représenté par le dragon qui défend l'approche de la vierge. Fréquemment, le Dragon est gardien du trésor. Dans le symbole « trésor » se retrouve la signification sublime de l'or-couleur, ce qui fait que, dans le mythe des Argonautes, l'or-trésor est remplacé par la toison d'or. L'or-couleur est un symbole solaire, mais l'or-monnaie est un symbole de pervertissement, d'exaltation impure des désirs. En tuant le Dragon, le héros peut trouver le trésor sublime, mais il se peut aussi qu'il s'empare du trésor sous sa signification perverse.

Ainsi se désigne clairement le thème secret autour duquel se trouveront centrées toutes les images symboliques de la fable. En affrontant le Dragon, en cherchant la toison d'or, les Argonautes vont-ils surmonter leur danger symbolisé par le Dragon, ou vont-ils, en dépit de la victoire apparente, succomber à la tentation qu'ils devraient combattre. En remplaçant la toison d'or, symbole clair de pureté, par le symbole plus général du trésor dans sa signification équivoque, apparaît clairement le dilemme : les Argonautes pourront échouer en ce qui concerne le plan essentiel du sens caché et, au lieu de conquérir le trésor sous sa signification sublime, ne trouver que le trésor dans sa signification perverse.

A la tête de l'expédition des Argonautes se trouve Jason. Son but initial n'est pas la recherche de la toison d'or. Cette recherche n'est qu'une condition à remplir afin d'accéder au trône de son père. Ceci permet de préciser davantage le dilemme essentiel, renfermé dans le mythe de la toison d'or : dans quel esprit le héros va-t-il exercer le pouvoir, lorsqu'il l'aura acquis ? S'il trouve le trésor sous sa signification sublime (s'il sait purifier son aspiration dominatrice), son règne sera juste ; si, par contre, Jason ne parvient à trouver le trésor que sous sa signification perverse (si son aspiration n'est qu'une tentation perverse), son règne sera entaché d'injustice. De la réussite ou de la défaite essentielle du héros dépend le sort du pays qu'il gouvernera, et ce pays est, sur le plan symbolique, représentatif du monde entier. Jason, prétendant au trône, devient ainsi lui-même une figure représentative, un symbole, dont la signification concerne une situation vitalement importante : le sort du monde en tant que livré au gouvernement des hommes dont la prétention peut être justifiable ou injustifiable mesurée à l'exigence essentielle de la vie.

Le règne injustifiable devant l'esprit se présente sur le plan symbolique comme une usurpation, et la tâche héroïque de Jason se laisse donc formuler ainsi : combattre sublimement l'usurpateur (chercher la toison d'or), afin de ne pas devenir lui-même usurpateur.

Le père de Jason, le roi légitime, Eson, fut destitué par Pélias. Enfant, Jason, fut sauvé de la poursuite de l'usurpateur. Son éducateur est le Centaure Chiron, symbole de banalité. Devenu adulte, Jason a regagné son pays natal, décidé à s'opposer au roi-usurpateur. Ainsi la situation du héros n'est pas sans analogie avec celle d'Œdipe : Jason veut gouverner le monde malgré sa tendance à la banalisation, imputable en partie à son éducation.

L'oracle avait prédit au tyran de se méfier de l'homme qui ne porterait qu'une seule sandale. Déchaussé d'un pied, Jason se présente devant Pélias, l'usurpateur qu'il devait combattre. La sandale manquante est le symbole de l'âme mal protégée. Le pied déchaussé de Jason est une nouvelle figuration de l'homme « boiteux », déformé par l'éducation. Ainsi caractérisé, Jason ne peut accéder au pouvoir légitime (dans le sens spirituel qui seul importe au mythe) qu'à condition de surmonter sa faiblesse. Cette condition est imposée par Pélias qui se déclare prêt à abdiquer dès que Jason pourra lui montrer le trophée : la toison d'or, symbole de la banalité vaincue. Exigée par le roi, la condition signifie que Jason, pour prétendre au trône, devra prouver qu'il en est digne : il devra surmonter le désordre psychique (pied déchaussé) et acquérir l'insigne de la victoire spirituelle et sublime. Pélias exige l'accomplissement par félonie, espérant que Jason périra dans l'aventure. Mais l'accomplissement a, de plus, un aspect symboliquement sublime. Ces deux aspects de la condition infligée correspondent à la double signification du roi. Si le roi n'exigeait qu'un travail quelconque supposé dangereux et irréalisable, il ne serait que le tyran-usurpateur, l'homme intrigant, Pélias. Mais le travail à accomplir est le combat héroïque, qui, dans tous les mythes, est imposé par le roi symbolique, l'esprit. Le roi réel qui exige l'épreuve par traîtrise se trouve, sur le plan symbolique, remplacé par l'exigence sublime susceptible de caractériser la situation essentielle.

Jason ne se sent pas la force de tenter seul l'aventure, fait exceptionnel et, par là même, fort significatif. L'Argo, une fois construit, conduit les héros réunis vers Colchos, pays où se trouve la toison d'or. Ils naviguent sur les flots de la mer, symbole de la vie dont ils doivent affronter les dangers. Comme il a été déjà indiqué, l'expédition encourt des dangers précis et que le mythe souligne par une nouvelle image : l'Argo, en route vers Colchos, doit trouver le juste milieu en traversant les Symplégades, deux rochers qui s'élancent sans cesse l'un contre l'autre et qui menacent d'écraser le vaisseau. Le péril rappelle Carybde et Scylla. Il en est une variante à sens extrêmement significatif : la terre écrasante, le rocher, étant symbole de banalisation, les deux rochers sont figuratifs de la double menace qui plane sur toute l'entreprise : débauche et tyrannie. L'Argo échappe de justesse au péril, mais, présage funeste, une partie du gouvernail est emportée.

Le roi de Colchos, Aétés, nouveau représentant du roi mythique, reçoit Jason amicalement. Il est prêt à céder la toison d'or en cas de victoire sur le Dragon. Mais l'autorisation d'affronter le monstre est liée à de nouvelles conditions, qui caractérisent avec plus de précision encore la situation du héros et la nature de l'entreprise. Le roi remet à Jason les dents d'un Dragon auparavant tué par un héros-vainqueur (Cadmos). Jason doit atteler à une charrue des taureaux que nul n'a su dompter, dont le souffle est de flamme et dont les pieds sont d'airain. Après avoir ainsi labouré un champ, le héros doit y semer les dents du Dragon. La récolte de cette semence ne pouvant être que funeste, Jason doit se montrer capable de maîtriser le péril.

L'ensemble de ces travaux supplémentaires représente une symbolisation plus spécifique du combat contre la tendance à la domination perverse dont le héros, prétendant au trône, devrait se purifier. Jason doit montrer non seulement qu'il mérite l'autorisation de s'emparer de la toison d'or et d'accéder ainsi au trône, mais encore qu'en cas de victoire acquise grâce à sa force sublime il demeurera, en raison de cette force qui l'anime, le possesseur digne du trophée emporté. La tenue dans l'accomplissement de ces travaux symboliques sert donc à caractériser non seulement l'attitude actuelle du héros mais encore ses intentions secrètes, qui, sublimes ou perverses, détermineront sa vie entière et son règne futur. « Labourer la terre » signifie « rendre la terre féconde » : gouverner d'une manière féconde la terre, le pays. « Labourer la terre à l'aide des taureaux domptés » signifie donc : faire preuve de force sublime, de la sagesse qui seule assure le règne fécond, parce qu'elle sait « dompter » le danger de l'abus brutal qui inhère à la prétention au pouvoir. Caractéristiques de la force brutale, les taureaux sont symbole typique de la domination perverse. Leur souffle est la flamme dévastatrice. L'attribut « d'airain » ajouté au symbole « pied » est une image fréquente dans la mythologie grecque qui sert à caractériser l'état d'âme. Attribués aux taureaux, les pieds d'airain symbolisent le trait marquant de la tendance dominatrice, la férocité et l'endurcissement de l'âme.

Doté des forces héroïques, Jason réussit à dompter les taureaux et à les atteler à la charrue. Mais l'épreuve n'est qu'à moitié accomplie, et, afin de préfigurer parfaitement les intuitions et les aptitudes de Jason, le mythe répète l'exigence sublime tout en l'exprimant par une nouvelle image. Le règne futur de Jason ne sera fécond qu'à condition qu'il sache assurer la paix et la justice. La force sublime du héros devra vaincre non seulement la force brutale des taureaux, mais encore celle des « hommes de fer » qui sortiront de la terre ensemencée avec les dents du Dragon.

Tout règne, une fois établi et même exercé d'une manière juste, devient inévitablement l'objet de jalousie, sème « la haine envieuse, les dents (l'arme mordante) du Dragon ». De cette semence naît la récolte monstrueuse, les « hommes en fer » dressés contre le pacificateur, envieux de rétablir la domination perverse à ses dépens. Cette tendance se réveillera d'autant plus menaçante que le règne sera empreint de sagesse, la juste mesure et la modération qu'elle implique étant interprétées en faiblesse susceptible d'encourager les adversaires. En semant les dents du Dragon auparavant héroïquement vaincu, et en s'opposant aux « hommes de fer », Jason devrait prouver qu'il est lui aussi capable de devenir roi-vainqueur, qu'il est de taille à réprimer avec vigueur et justice tout germe de désordre et de sédition. Mais, présage néfaste, le héros se montre défaillant dans cette deuxième partie de l'épreuve. Il ne triomphe pas de la violence menaçante grâce à sa force sublime ; à la place de la justice, il use d'intrigue. Il fait ce que de tout temps ont su faire les tyrans en vue de triompher de leurs adversaires : il divise pour régner.

Le mythe l'exprime en disant que Jason lance des pierres dans la foule des hommes de fer qui ne tardent pas à se massacrer, chacun se croyant attaqué par l'autre.

Le symbolisme est l'image concentrée de la réalité la plus banale. La pierre, la terre pétrifiée, le rocher, sont autant de symboles de banalisation, conséquence de l'exaltation intrigante du désir terrestre. Les adversaires sont intrigués par la pierre d'achoppement, symbole de fausses promesses qui, « lancées » avec astuce, exaltent les envies. Dans ce jeu de massacre chacun se sent menacé par les envies exaltées des autres tout en espérant profiter de la querelle naissante. Chacun joue l'homme de fer et attaque l'autre tout en prétextant avoir été attaqué. Il n'est pas rare que les adversaires redoutables, pris d'une rage jalouse, s'élancent les uns contre les autres et finissent par s'entretuer. Une telle victoire de l'in- trigueur, de Jason qui lance les pierres ou qui, selon la signification cachée, se propose d'assurer son règne futur par l'intrigue, n'a plus qu'une valeur passagère et banale. L'intrigue ne vainc pas définitivement la violence. Elle n'est qu'un aspect de l'intrication perverse qui règne sur le monde et qui aboutit sans cesse aux explosions de violence.

Dans l'image des travaux préliminaires Jason a trop vite parcouru le chemin qui, de l'intention sublime, menace de conduire vers une future réalisation banale. Cette menace qui plane dès le début sur l'entreprise s'est précisée par sa victoire douteuse sur les « hommes de fer ». Le danger qui guette plus que jamais le héros n'est pourtant pas devenu insurmontable, car les travaux préliminaires n'ont que la signification d'un présage à l'égard de l'attitude future et ne la déterminent pas définitivement. La défaite essentielle du héros qui clôt les travaux préliminaires se présente sous l'aspect d'une réussite extérieure, ce qui lui assure le droit d'essayer de conquérir la toison d'or. Ces chances demeurent intactes, et dorénavant tout dépend de la manière dont il affrontera l'ultime combat, l'épreuve la plus décisive et la plus essentielle. Qu'il vainque en combat héroïque le monstre - gardien qui défend l'approche de la sublimité - et sa faiblesse secrète, sa tentation dominatrice, ne pourra plus se réaliser, car le Dragon est le symbole suprême de sa propre perversité, et le Dragon héroïquement tué deviendra le symbole de l'affranchissement réel.

Mais Jason se contentera une fois de plus de combattre même le Dragon avec les armes de la ruse. Le mythe n'indique aucune arme qui serait prêtée par les divinités (symbole de la force d'âme) au héros pour son combat essentiel contre le Dragon, et même l'aide des autres héros, de ses compagnons, ne lui suffit pas. Peu confiant en ses propres forces, Jason se lie avec la fille du roi de Colchos, Médée. Ce n'est ni le choix juste ni une vraie liaison d'âme ; l'impureté s'y mêle sous forme de calcul : Jason veut s'assurer l'aide de Médée qui est une magicienne. Elle règne sur les forces terrestres à l'aide de la puissance démoniaque. C'est précisément cette forme de domination que Jason aurait dû éviter avant tout. En succombant aux charmes de la magicienne et à la tentation de profiter de son secours, Jason s'apprête à s'assurer le règne et la domination à l'aide des forces « démoniaques » du subconscient, et non pas grâce au combat de purification. A partir de cette résolution, l'issue de l'entreprise s'avère fatale.

Héros défaillant, Jason ne tue pas en combat héroïque le Dragon (symbole de sa propre perversion qu'il aurait dû vaincre) ; il l'endort à l'aide d'un philtre préparé par Médée. Il parvient ainsi à s'emparer de la toison d'or.

Le pouvoir magique, détenu par Médée et utilisé par Jason, symbolise l'insolence à l'égard de l'esprit et de ses exigences, la prétention d'aboutir à la réalisation des intentions les plus exaltées (en l'occurrence, à la perversion dominatrice), grâce au déchaînement sans scrupule des désirs. Diamétralement opposée à la victoire héroïque, cette réussite perverse implique, symboliquement parlant, le « pacte » avec les démons auxquels il faut vendre son âme.

Le sens de la mission est tourné en dérision. Le trophée qui confère le droit au pouvoir, la toison d'or, est subtilisé au lieu d'être héroïquement acquis.

En apparence et dans le sens verbal, Jason a accompli les travaux infligés ; suivant la signification symbolique, il a esquivé le travail intérieur et héroïque : la purification. La fin du mythe ne peut que se rapporter à cette situation intérieure et coupable du héros déchu. Les images terminales figurent le châtiment.

Aétés, en exigeant les travaux-épreuves, a été le représentant du roi mythique. Comme tel, il refuse à Jason le droit d'emporter le trophée de la sublimité.

Afin de se dérober au verdict, Jason s'enfuit en emportant la toison d'or. Il est accompagné par Médée et poursuivi par Aétés. Le roi qui pourchasse les voleurs du trésor spirituel étant symbole de l'esprit-vengeur, la poursuite symbolique - selon sa vérité profonde - n'a pas lieu sur le plan extérieur. La poursuite du coupable par l'esprit se passe dans le for intérieur : elle est le sentiment de culpabilité. Suivant ce sens psychologique, la fuite devant Aétés signifie le refoulement de la coulpe, car le refoulement n'est rien d'autre que la fuite devant l'esprit-accusateur. Cette même signification adhère au rapt de la toison d'or: « refouler sa faute » est synonyme de « se parer vaniteusement de la sublimité imméritée, dérobée ». Tous les détails de l'image symbolique de la fuite doivent contribuer à préciser ce sens caché : la coulpe et son refoulement.

Afin d'aider le faux héros à s'échapper, Médée use d'une astuce monstrueuse : elle tue son propre frère Absyrtos et le coupe en morceaux qu'elle jette à la mer. Aétés est ainsi re- tardé, car il repêche un à un les lambeaux de son fils.

Du fait qu'Aétés représente dans le symbolisme de la fuite l'esprit-accusateur: son fils Absyrtos devient symboliquement « le fils de l'esprit ». Or, le « fils de l'esprit » est la vérité. Dans l'image de la fuite, la vérité en question concerne l'état d'âme de Jason. Cet état d'âme est la coulpe et la tentation de la refouler. Le meurtre d'Absyrtos est une variante du symbole typique du « fils sacrifié ». Le sacrifice expiatoire du « fils de l'esprit » est un symbolisme d'une extrême complexité qui trouve son expression la plus parfaite dans le mythe chrétien où le monde entier, symbolisé par le peuple élu et coupable, sacrifie le « fils de l'esprit », l'homme innocent (miroir de vérité) dont la vie est ressentie comme un reproche insupportable.

Le mythe en question n'a, certes, rien de commun avec le mythe chrétien infiniment plus vaste et profond, si ce n'est le fait que lui aussi traite de l'iniquité qui règne parmi les hommes et sur le monde. Il ne s'agit nullement d'établir un parallélisme qui ne pourrait être qu'artificiel, mais uniquement de souligner que l'épisode de la fuite de Jason contient une allusion au sacrifice monstrueux. Le sacrifice n'est plus exécuté par le monde coupable qui vit sous le règne du démon, mais par la magicienne, inspiratrice des tentations « démoniaques » du subconscient, et qui se montre soucieuse d'assurer le règne du héros déchu. Médée entraîne Jason à sacrifier l'innocent, le fils de l'esprit-accusateur, la vérité. Coupable, Jason ne se rend pas à l'esprit de vérité, il ne se rend pas compte de sa faute, il ne se sacrifie pas sublimement à l'esprit. Il jette, projette, sa coulpe sur l'innocent, qui, à sa place, doit expier (symbolisme du bouc émissaire), et il espère pouvoir échapper, grâce à cette disculpation imaginaire, à la conséquence de ses méfaits. Médée coupe le « fils » tué, la vérité sacrifiée, en petits morceaux : elle morcelle la vérité sur la coulpe de Jason et offre à l'esprit-accusateur une multitude de petites excuses mensongères (images du refoulement), croyant parvenir à retarder la poursuite, espérant faire taire la coulpe de Jason, par ses conseils et ses encouragements. La magicienne incite Jason à user jusqu'à l'excès monstrueux des procédés pervers d'évasion : la projection de la coulpe et son refoulement. Médée détruit ainsi en Jason l'esprit sous la forme du regret qui seul aurait pu le sauver et le voue définitivement à la perdition.

Tout comme le symbolisme des travaux escamotés a servi à figurer la future attitude perverse de Jason qui caractérisera son règne, lorsqu'il sera devenu roi, l'épisode de la fuite - passagère dans le récit fabuleux - symbolise, selon sa vérité profonde, les conséquences de la déroute essentielle de l'entreprise de purification, conséquences qui s'étendront sur toute la vie future du héros défaillant.

Jason rapporte la toison d'or à Pélias et accède au trône. Sa déficience dans l'accomplissement des conditio


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002