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Date :     14-05-2004

Sujets :
Environnements hypertextes : Érasme, Lucain, Silius Italicus; Erasmiana; R. HOLDSTOCK, Le Graal de fer - Annonce : Steven SAYLOR, Le jugement de César; Film : Troie

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués pendant la semaine concernent:

  • Érasme, Les Colloques, L'accouchée (Colloque n° 38)
  • Lucain, La Guerre civile ("La Pharsale"), livre V
  • Silius Italicus, Les Guerres Puniques, livre IX

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format .txt, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA:


2. Erasmiana :

L'accouchée (Puerpera, colloque n° 38) :

" ... Eutrapelus rend visite à la charmante Fabulla, qui vient d'avoir son premier enfant et il lui apporte les nouvelles du jour, qui sont mauvaises. Le roi de Danemark est en exil, François ler est captif en Espagne, toutes les cours ont faim d'argent et les paysans sont en révolte.
Au milieu de tous ces désastres, Fabulla s'occupe de son petit enfant: C'est un garçon, parce que Dieu l'a voulu ainsi; s'il avait préféré une fille, j'aurais fait comme lui. Mais pourquoi ne le nourrit-elle pas? Eutrapelus la persuade qu'il faut écouter la nature qui donne du lait à la mère pour que, deux fois, l'enfant soit nourri par elle et de sa plus pure substance, après quoi elle façonnera son âme avec autant de tendresse, autant de dévouement qu'elle a façonné son corps. ..."

[tiré de : Marie DELCOURT, Érasme, Bruxelles, Labor, 1986, p. 52]


3. Robert HOLDSTOCK, Le Graal de fer :

Dans l'actualité du 19 mars 2004, nous vous avions annoncé la sortie de ce deuxième volume du Codex Merlin; nous avions reproduit aussi le contenu de la quatrième page de couverture.

Ci-dessous, nous vous présentons l'entrevue Merlin-Médée qui se situe à la fin du volume (pp. 375-377); entrevue, qui a lieu en Angleterre et qui se produit au moment où Jason retrouve son deuxième fils, Kinos, caché par Médée dans le futur, VII siècles après les évènements qui se sont déroulés en Grèce.

Dans CELTIKA, le premier volume du Codex Merlin, Jason avait retrouvé l'autre de ses deux fils, Theokouros. Les retrouvailles n'avaient pas été joyeuses puisque Jason avait failli être tué par son propre fils.

" ... La statue de Pallas Athéna me toisa, impassible, à travers les fentes du casque lui recouvrant le visage.
[Merlin parle : ]
- Tu [Médée] m'as joué un tour subtil dans l'arrière-pays. Mais je m'interroge : tes propres talents d'enchanteur se sont-ils dissipés, si profond dans l'Autre Monde ?
L'éclairage vacillant révéla les yeux de métal froid, mais je n'y vis nul autre éclat que celui du bronze.
- Il ne sait même pas que tu es là, poursuivis-je. Même si l'esprit qui habitait la statue était résolu à demeurer inerte, j'étais, pour ma part, décidé à lui dire mon fait.
- Tu as sans doute conservé quelque charme en toi pour avoir pu rester aussi proche de lui, et aussi invisible. Il [le fils Kinos] a senti la caresse de tes baisers et de tes larmes. Il s'est habitué à ce que les pouvoirs de la terre elle-même ransforment ses souvenirs en cette structure monstrueuse. Ton fils est fou, Médée. Tu en es consciente, j'en suis sûr. Malgré tous tes efforts pour le protéger, tu n'as pu l'empêcher de perdre ce que les mortels appellent l'esprit. Il est pareil à un chien qui hurle à la lune. Il agit par instinct. Il n'est pas plus vivant que ces jouets qu'il a créés en mémoire des histoires racontées jadis par son père.
Aucune lueur n'animait les prunelles de métal froid.
Peut-être me trompais-je.
- Mais pourquoi suis-je surpris qu'il ait versé dans la folie ? raillai-je. L'esprit de sa mère n'était que confusion. Médée ! Prêtresse du Bélier, alors que son sanctuaire à Iolcos était dédié au Taureau ! Elle aurait pu le cacher dans n'importe quel pays de son choix, mais elle l'a projeté dans le futur, et dans un pays peuplé de morts. Dès cet instant, il était condamné à la folie, comme sa mère était destinée à échouer dans sa protection. Tu te dissimules sous les atours d'Athéna. Tu ne protèges rien d'autre que ton besoin de conserver les vestiges pitoyables d'un fils. Ton fils est mort.
Ce regard froid. Sans vie.
Je tapotai des doigts la poitrine de métal terne, où peut-être gisait un coeur.
- Si la trahison avait eu lieu hier, la saison dernière ou un an en arrière, je pourrais comprendre que tu nourrisses encore une telle haine en ton sein. Mais tu as vécu sept siècles dans l'attente, Médée ! Cela fait sept siècles que tu as envoyé Kinos en ce lieu d'infortune, afin de le cacher aux yeux de son père. Tu as attendu, vécu, attendu, mangé, bu, dormi, marché, porté le fardeau de ton chagrin, et attendu, encore et toujours. Sept siècles ! Comment ta haine a-t-elle pu survivre aussi longtemps ? Je ne comprends pas. Comment la haine d'un être vivant peut-elle perdurer ainsi ?

Les yeux prirent vie !
- Sept siècles ont-ils amoindri ton affection pour Jason ? Fou que tu es. Nous vivons dans un perpétuel crépuscule. Et c'est alors que le Temps ralentit son pas.
Du corps de métal avait jailli cette voix grinçante. Les mots me choquèrent autant par leur soudaine expression que par leur contenu. Médée avait raison: sept siècles après avoir connu Jason, j'avais sauté sur l'occasion de le tirer de son tombeau, dans ce lac de la Terre du Nord. Il est certains sentiments immortels, en dépit des milliers de rencontres que l'on fait sur le Chemin.

Ma question avait été bien naïve. Mais il était intéressant de constater que seule la mention de sa haine persistante pour son mari avait pu inciter cette âme à sortir de la statue.
Elle releva la visière du casque et se débarrassa de la gangue de bronze. Elle parut flotter hors du métal froid, tel un être au corps tiède enveloppé d'une robe sombre. Et devant moi se tint de nouveau cette femme âgée, splendide, mon premier amour, dont la beauté fanée gardait toute sa séduction malgré le passage du Temps dans ses os et sa chair. Le flétrissement de son corps portait témoignage de la puissance de l'enchantement qu'elle avait utilisé pour faire de sa vie une existence sans fin. Comme les fois précédentes, j'étais incapable de voir la vieillesse. Le parfum de la première passion me subjugua, imposant le souvenir de cet amour de jeunesse, avant que nous ne soyons séparés sur le Chemin.
Je brûlais du désir de la serrer dans mes bras. Nous étions assez proches pour nous embrasser. Mais elle garda la distance entre nous et seule une tristesse diffuse en elle me laissa penser qu'elle aussi se remémorait ces temps anciens, avant Jason, avant son véritable amour, avant que son existence fragile ne soit déchirée par la trahison de cet homme.

Lisait-elle dans mes pensées ? J'étais désarmé, sans la moindre intuition. Mes os dormaient; tous les charmes qui y étaient gravés et me rendaient si puissant dans le monde extérieur s'étaient abandonnés avec délice au repos. Lisait-elle dans mon esprit ? En cette contrée, elle ne pouvait certainement pas exercer ses talents ; mais qui sait si, comme son fils, elle ne se nourrissait pas des échos d'une magie plus ancienne, encore active sur cette île étrange, au coeur du Pays de l'Ombre des Héros ?

- Tu n'as aucune idée de l'horreur que fut ma vie quand j'étais prêtresse du Bélier en Colchide. Quelque malédiction m'a dépouillée de mes enchantements. C'était un endroit de mort et j'y ai pourri. C'est pourquoi j'ai construit un sanctuaire dédié à un dieu plus clément - le Taureau - à Iolcos ! Tout a été désastre en Colchide. Jason ne m'a pas enlevée, comme le prétend cette légende stupide; il est venu me sauver. Sur l'océan, lorsqu'un navire sombre dans la tempête, son équipage s'accroche aux espars brisés pour survivre.
Jason a été mon espar, et s'il n'était pas parfait, il m'a permis de survivre. Avec quelle joie je me suis accrochée à lui ! Il m'a rendu ma vie. Il était un espar de bois solide, mais son coeur était pourri. Quand l'espar est tombé en morceaux, j'ai coulé dans les profondeurs.
- En entraînant tes deux fils avec toi.
- Je ne pouvais pas les laisser. Jason était un homme brutal. Pense à ce qu'il leur aurait infligé !
- Je sais ce que toi, tu leur as infligé. L'un, esseulé, erre de par le monde, louant ses aptitudes aux armes, et le passé le hante. L'autre est devenu fou, enfermé dans une enfance fallacieuse et tire de forces anciennes une vie recréée de toutes pièces. Tu les as tués tous deux, Médée. Quelle consolation trouves-tu à rester auprès du Petit Rêveur [Kinos] ? Le garçon n'est même pas conscient de ta présence.

Toute envie de lutter avait abandonné Médée. Elle aurait pu laisser éclater sa colère, me vilipender, trouver les mots pour justifier ce qu'elle avait fait à Iolcos sept cents ans plus tôt. Mais il n'y avait plus que tristesse sur ses traits jadis si beaux. Tristesse et solitude. ..."


ANNONCE :

La saga policière de Steven SAYLOR continue. Il a déjà été question à de nombreuses reprises au sein du Projet ITINERA ELECTRONICA des différents romans policiers de cet auteur:
- actualité du 19/09/2002 : Meurtre sur la voie Appia
- actualité du 29/08/2003 : Un Égyptien dans la ville
- actualité du 05/09/2003 : Rubicon

Trois autres romans se sont ajoutés à la liste:
- Le rocher du sacrifice et La dernière prophétie, disponibles tous les deux en traduction française
- Le jugement de César, disponible en version originale anglaise.


4. Troie (film) :

Il est sorti, le film de Wolfgang PETERSEN consacré à la Guerre de Troie ! Il vient d'ouvrir le Festival de Cannes 2004 (mercredi 12 mai 2004)

  • " ... Cinq cents ouvriers maltais, 200 artisans britanniques, 1.200 figurants, 5.000 litres de gaz, 4.000 cactus déterrés à la main sous l'oeil de botanistes, 200 tonnes de plâtre et la protection d'une réserve de tortues mexicaines en voie d'extinction... La liste pourrait continuer sur plusieurs pages, tant la production et le tournage de Troie ressemblent à une Iliade version mégaprojet ruineux estampillé commerce équitable et bio..."

    [tiré de : Libération]

  • "... Dans le cinéma de divertissement et du « blockbuster » dégoulinant d'argent, il y a des modes. Selon les années, les écrans sont envahis par des extraterrestres, des GI, des karatékas speedés, des robots, des cow-boys, des flics véreux, des vampires ou des ados sur le point de perdre leur pucelage dans une bicoque isolée où rôde un tueur psychopathe. La tendance du moment est au guerrier en minijupe, au muscle couvert d'huiles rares, à l'envahisseur sanguinaire qui sent la sueur mais ne peut manger de raisin qu'allongé sur un lit de pétales de roses. Bref, c'est le retour du péplum. En attendant « Alexandre le Grand » d'Oliver Stone, et « Gladiator 2 », voici « Troie » de Wolfgang Petersen avec Brad Pitt, Peter O'Toole, Diane Kruger et Orlando Bloom.
    Evidemment on rêve : Troie, le fameux cheval, la belle Hélène, Homère, les mythes fondateurs... Hélas, hélas ! Malgré 2.000 figurants (qui, grâce à la digitalisation par ordinateur, se multiplient jusqu'à devenir 75.000 sur l'écran), Troie reconstituée à Malte et une flotte de mille bateaux (elle aussi majoritairement digitale), le film repose sur Achille - Brad Pitt, époustouflant de beauté, et que l'on voit nu dans plusieurs scènes. ..."

    [tiré de : Le Point]

  • «Troie », de Wolfgang Petersen.
    Coup de pompeux. Depuis « Gladiator », le péplum fait un retour en force. Mais « Troie » a un gros défaut : celui d'être lourdement scolaire : Achille est un bodybuilder huilé vêtu d'un ravissant justaucorps en cuir noir ; Hector, un père de famille happé par le sens du devoir; Thétis, une fille qui ramasse des coquillages ; Agamemnon, un cabot bedonnant; Pâris, un héros de reality-show ; et la belle Hélène, un top model. Quant à Briséis, nue, elle a le corps enseignant.

    Dans "Troie", de Wolfgang Petersen, les personnages sont ... homériques, les combats kung-fu, les costumes dignes de la Gay Pride, les dieux absents. Mon tout est pompeux, long (2h40), parfois distrayant, toujours grandiose.

    Le générique, qui est interminable et comprend plusieurs centaines de noms, dont un ("maître des étoffes", un "chef des armures cuir" et un "coordinateur marin", nous apprend que le film est tiré de "l'Iliade" d'Homère, un best-seller d'époque. ..."

    [tiré de : François FORESTIER, Le Nouvel Observateur, n° 2062, jeudi 13 mai 2004, p.136]

  • Thomas SOTINEL, Les dieux se taisent, Brad Pitt boude.
    DIEUX ABSENTS.

    "... Malgré la virtualité digitale de son Antiquité, le réalisateur Wolfgang Petersen invoque, plutôt que les dieux, un "souci de réalisme" qui l'aurait guidé dans son expédition. Premières victimes de ce beau souci, les hôtes de l'Olympe, qui ne sont évoqués que pour être moqués, par Achille ou par Hector, et qui jamais n'interviennent dans le déroulement de la guerre.
    Mais on sait bien que l'impératif catégorique qui a guidé l'entreprise n'a rien à voir avec l'exactitude documentaire : il fallait trouver une manière de conditionner l'histoire qui la rende propre à la consommation pour les clients des multiplexes.

    Disparus, donc, les dieux aux arbres généalogiques incompréhensibles, à l'exception de Thétis, qui fait une brève apparition sous les traits de Julie Christie.

    Contracté sur quelques jours, le temps du conflit, comme si l'on pouvait investir Ilion aussi vite que l'on a pris Bagdad. Et pour que nul n'ignore rien de cette structure simplifiée, les dialogues sont rédigés en phrases grandiloquentes faites de mots très simples qui se déroulent à l'infini entre les séquences de combat.
    Quant à la nature des liens qui unissaient Achille à Patrocle, c'est très simple : le bouillant guerrier était en fait le baby-sitter de son jeune cousin, c'est pour cela qu'il fut pris d'une telle colère lorsque Hector l'occit. ..."

    [tiré de : Le MONDE, édition du samedi 15 mai 2004, p. 31]

  • Cf. Matthias SCHULZ, ARCHÄOLOGIE. Botschaft des Barden, dans Der SPIEGEL, n° 21, 2004, pp. 152 - 158.

    "Message du barde" : Le nouveau film sur Troie utilise la pièce la plus ancienne de la littérature mondiale pour une orgie de sang et de biceps. Des découvertes récentes prouvent - tendent à prouver - qu'Homère a chanté une guerre qui s'est bien passée entre l'Europe (la Grèce) et l'Orient (l'empire hittite). L'épopée renferme des traces d'une bataille qui a eu lieu à la fin de l'époque du bronze.

    La guerre racontée dans l'Iliade remonte à environ 1.190 av. J.-Chr. et la relation, faite par Homère, date d'environ 800 av. J.-Chr. soit env. 400 années après l'événement. Parmi les sources d'Homère se sont trouvés des stèles et des documents que les dernierès découvertes archéologiques faites à Hisarlik, en Turquie, site de l'ancienne Troie, permettent de dater de la fin de l'époque du bronze.

    Dans l'article du Spiegel M. S. cite, en appui de cette thèse, plus d'une description de l'Iliade qui correspond à des faits, à des situations, à de l'armement, à des coutumes, etc. dont les témoins archéologiques jusqu'à ceux découverts récemment remontent au XIIe siècle av. J.-Chr.

  • Site "Référence" : Troie

  • Dossier spécial : Revue HISTORIA, N° 689, juin 2004 : Alexandre GRANDAZZI, La Guerre de Troie a bien eu lieu


Jean Schumacher
24 mai 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002