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Date :     06-02-2004

Sujets :
Environnements hypertextes: Martial, Pline le Jeune, Properce, Silius Italicus; La Sibylle de Cumes; Statistiques de consultation - janvier 2004;

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués pendant la semaine écoulée concernent:

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles, au format .TXT, dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA :

Oeuvre terminée : Pline le Jeune,Correspondance en 10 livres. Le traitement de ces dix livres se sera étalé sur une année entière : février 2003 - février 2004.

Nous ne pouvons pas ne pas attirer votre attention sur deux des lettres du dixième et dernier livre de cette correspondance à cause de la valeur historique qu'elles recèlent: les lettres XCVII et XCVIII traitent, en effet, des chrétiens.

Vers l'an 110 ap. J.-Chr., l'empereur Trajan nomme Pline le Jeune "légat d'Auguste" (gouverneur) en Bithynie (actuellement en Turquie) et c'est là que Pline se trouve pour la première fois en présence de chrétiens. Et il échange une correspondance avec l'empereur au sujet de l'attitude à avoir vis-à-vis de ceux qui se réclament de la religion chrétienne et dont il décrit le comportement et les attitudes "quotidiennes". La réponse de Trajan est fort mesurée (lettre XCVIII).

Chronologiquement, la lettre N° XCVII de Pline constitue le plus ancien document de la littérature (latine) profane relative aux chrétiens et prend ainsi valeur de témoignage historique.

"Le dixième livre [de la Correspondance de Pline] est pour le fond et pour la forme d'un caractère tout différent. Il a d'ailleurs été recueilli et publié après la mort de Pline [mort en 112 ou 113 ap. J.-Chr., à l'âge de 51 ans à peine] , peut-être même après celle de Trajan. Il renferme uniquement la correspondance échangée entre l'empereur et le gouverneur de Bithynie.

L'intérêt en est double. A l'exception de quelques lettres placées en tête, et que Pline avait adressées antérieurement à son impérial ami, nous y suivons à peu près dans l'ordre des faits, tous les détails de l'administration d'une province, pendant plus d'une année, nous y notons le zèle déployé par Pline comme légat du prince, qu'il consulte sur toutes les mesures à prendre, et nous sommes frappés du caractère de Trajan, dont les courtes réponses, polies et confiantes, mais claires et toujours précises, gardent un ton autoritaire et dominateur (imperatoria brevitas).

Une de ces lettres mérite d'être mentionnée spécialement, c'est celle où Pline expose au Prince, avec les mêmes scrupules professionnels que pour tout autre détail administratif, les mesures qu'il a prises ou qu'il compte prendre contre une association suspecte de désobéir aux décrets impériaux, et surtout de rejeter le culte officiel des dieux de Rome et des images des empereurs, celle des chrétiens.
Là encore, malgré les sévérités du fonctionnaire chargé de veiller à l'application d'un règlement, on voit paraître les sentiments d'humanité de Pline, qui s'efforce de tenir compte du sexe et de l'âge, des circonstances atténuantes, et qui sait, sans parti pris, et en pleine liberté de jugement, constater, après enquête, la parfaite innocence de la vie des chrétiens et de leurs agapes rituelles si malignement incriminées. La réponse de l'empereur, naturellement plus sévère, est celle d'un souverain soucieux de la dignité de son règne, puisque, tout en ordonnant des sanctions, il recommande de ne sévir que contre les accusés bien et dûment convaincus, et surtout de ne tenir compte en aucun cas des dénonciations anonymes."

[tiré de: C. SICARD, Pline le Jeune, Lettres. Livres I à V. Paris, Classiques Garnier, 1954]

EXTRAIT de la lettre XCVII:

... Affirmabant autem hanc fuisse summam uel culpae suae uel erroris, quod essent soliti stato die ante lucem conuenire, carmenque Christo quasi deo dicere secum inuicem seque sacramento non in scelus aliquod obstringere, sed ne furta ne latrocinia ne adulteria committerent, ne fidem fallerent, ne depositum appellati abnegarent. Quibus peractis morem sibi discedendi fuisse rursusque coeundi ad capiendum cibum, promiscuum tamen et innoxium;

Traduction française :

... Au reste ils [les chrétiens interrogés] assuraient que leur faute ou leur erreur n'avait jamais consisté qu'en ceci: ils s'assemblaient, à jour marqué, avant le lever du soleil ; ils chantaient tour à tour des hymnes à la louange du Christ, comme en l'honneur d'un dieu; ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage, d'adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt; après cela, ils avaient coutume de se séparer, et se rassemblaient de nouveau pour manger des mets communs et innocents.


2. La Sibylle de Cumes :

Le 21 janvier 2004, dans le cadre d'une formation continuée dispensée aux enseignants en langues anciennes du secteur de l'enseignement secondaire (12-18 ans), Alain DEREMETZ de l'Université de Lille 3 a entretenu un auditoire très intéressé voire intrigué de La Sibylle dans la tradition épique.

Il s'agit, en l'occurrence, de la Sibylle de Cumes en Italie et les témoignages d'auteur proviennent de Virgile, d'Ovide et de Silius Italicus. Ces trois auteurs présentent chacun une scène de prédiction avec cette sibylle et, dans sa conférence, M. Deremetz s'est intéressé au contenu de ces scénes de prédiction: programme d'action pour Énée dans Virgile - destinée personnelle pour Scipion dans la relation faite par Silius Italicus et évocation de la personne même de la sibylle chez Ovide. Mais surtout à la comparaison entre ce qui est annoncé ici à Énée et, là, à Scipion.

M. Deremetz se propose de confier à la revue LATINTER (version électronique) la version preprint de sa communication; par conséquent, nous pouvons nous limiter ici à planter le décor.

VIRGILE, Énéide, III, 441-462 et VI, 71-76 et 83-97:

III, 441 'Huc ubi delatus Cumaeam accesseris urbem,
diuinosque lacus, et Auerna sonantia siluis,
insanam uatem aspicies, quae rupe sub ima
fata canit, foliisque notas et nomina mandat.
445 Quaecumque in foliis descripsit carmina uirgo,
digerit in numerum, atque antro seclusa relinquit.
Illa manent immota locis, neque ab ordine cedunt;
uerum eadem, uerso tenuis cum cardine uentus
impulit et teneras turbauit ianua frondes,
450 numquam deinde cauo uolitantia prendere saxo,
nec reuocare situs aut iungere carmina curat:
inconsulti abeunt, sedemque odere Sibyllae.
Hic tibi ne qua morae fuerint dispendia tanti,---
quamuis increpitent socii, et ui cursus in altum
455 uela uocet, possisque sinus implere secundos,---
quin adeas uatem precibusque oracula poscas
ipsa canat, uocemque uolens atque ora resoluat.
Illa tibi Italiae populos uenturaque bella,
et quo quemque modo fugiasque ferasque laborem
460 expediet, cursusque dabit uenerata secundos.
Haec sunt, quae nostra liceat te uoce moneri.
Vade age, et ingentem factis fer ad aethera Troiam.'

VI, 71 Te quoque magna manent regnis penetralia nostris:
hic ego namque tuas sortes arcanaque fata,
dicta meae genti, ponam, lectosque sacrabo,
alma, uiros. Foliis tantum ne carmina manda,
75 ne turbata uolent rapidis ludibria uentis;
ipsa canas oro.' Finem dedit ore loquendi.

VI, 83 'O tandem magnis pelagi defuncte periclis!
Sed terrae grauiora manent. In regna Lauini
85 Dardanidae uenient; mitte hanc de pectore curam;
sed non et uenisse uolent. Bella, horrida bella,
et Thybrim multo spumantem sanguine cerno.
Non Simois tibi, nec Xanthus, nec Dorica castra
defuerint; alius Latio iam partus Achilles,
90 natus et ipse dea; nec Teucris addita Iuno
usquam aberit; cum tu supplex in rebus egenis
quas gentes Italum aut quas non oraueris urbes!
Causa mali tanti coniunx iterum hospita Teucris
externique iterum thalami.
95 Tu ne cede malis, sed contra audentior ito,
qua tua te Fortuna sinet. Via prima salutis,
quod minime reris, Graia pandetur ab urbe.'

Traduction française :

III, 441 Lorsque, emporté là-bas, tu auras rejoint la ville de Cumes, ses lacs divins et l'Averne bruissant de ses forêts, tu apercevras une prêtresse en délire, qui, au pied d'un rocher, chante des prophéties, inscrivant sur des feuilles des notes et des noms.

3, 445 Toutes les formules versifiées notées sur ces feuilles, la vierge les classe en bon ordre, et les garde enfermées dans son antre. Elles restent fixées, immobiles, et ne quittent pas leur place. Mais quand un vent ténu a fait tourner la porte sur ses gonds, qu'il a soufflé sur ces feuilles légères et les a dispersées, la prêtresse,

3, 450 au creux de son antre, ne se soucie plus de les saisir au vol, ni de les remettre en place ni de reconstituer les poèmes : les gens s'en vont, sans réponse, et maudissent le siège de la Sibylle. Ne considère pas que t'attarder en ce lieu soit trop grande perte de temps, même si tes compagnons te le reprochent, même si l'appel du large

3, 455 presse tes navires, et si un vent favorable permet de gonfler les voiles; va vers la prêtresse, implore-la et réclame-lui des oracles : qu'elle les chante, acceptant de donner de la voix, de desserrer les lèvres. Elle déroulera devant toi les peuples d'Italie, et les guerres futures, elle te dira comment fuir ou supporter toutes les épreuves,

3, 460 et, si tu l'honores, elle t'accordera une traversée heureuse. Voilà les avertissements que ma voix peut te donner. Allons, va, et que tes exploits élèvent jusqu'aux astres la grande Troie".

VI, 71 Toi aussi, un vaste sanctuaire t'attend dans notre royaume : j'y installerai tes oracles et les destins secrets annoncés à mon peuple, et j'y affecterai des hommes choisis, ô vénérable prophétesse. Seulement ne confie pas tes chants aux feuilles,

6, 75 de peur qu'ils ne s'envolent, jouets agités par les vents; chante-les toi-même, je t'en prie".

VI, 83 "Ô toi qui as enfin triomphé des grands périls de la mer (des dangers plus graves t'attendent sur terre), les Dardanides

6, 85 parviendront au royaume de Lavinium (ôte ce souci de ton coeur), mais ils souhaiteront aussi n'y être pas venus. Je vois des guerres, d'horribles guerres, et le Thybris écumant d'un sang abondant. Ni le Simoïs, ni le Xanthe, ni le camp des Doriens ne manqueront; déjà, né lui aussi d'une déesse, un nouvel Achille est né pour le Latium,

6, 90 et Junon acharnée contre les Troyens ne sera jamais bien éloignée, tandis que toi, dans ta détresse, tu iras en suppliant solliciter tant de nations d'Italie, ou tant de cités ! La cause d'un si grand malheur pour les Teucères, ce sera à nouveau une épouse étrangère, à nouveau, un mariage exotique.

6, 95 Toi, ne cède pas devant les malheurs, mais, au contraire, avec plus d'audace pars sur la route que te permettra la Fortune. La première voie du salut (ce que tu imagines très peu) te sera ouverte grâce à une ville grecque".

OVIDE, Métamorphoses, XIV, 122-153:

XIV, 122 dumque iter horrendum per opaca crepuscula carpit,
'seu dea tu praesens, seu dis gratissima,' dixit,
'numinis instar eris semper mihi, meque fatebor
125 muneris esse tui, quae me loca mortis adire,
quae loca me uisae uoluisti euadere mortis.
pro quibus aerias meritis euectus ad auras
templa tibi statuam, tribuam tibi turis honores.'
respicit hunc uates et suspiratibus haustis

[14,130] 'nec dea sum,' dixit 'nec sacri turis honore
humanum dignare caput, neu nescius erres,
lux aeterna mihi carituraque fine dabatur,
si mea uirginitas Phoebo patuisset amanti.
dum tamen hanc sperat, dum praecorrumpere donis
135 me cupit, "elige," ait "uirgo Cumaea, quid optes:
optatis potiere tuis." ego pulueris hausti
ostendens cumulum, quot haberet corpora puluis,
tot mihi natales contingere uana rogaui;
excidit, ut peterem iuuenes quoque protinus annos.

[14,140] hos tamen ille mihi dabat aeternamque iuuentam,
si Venerem paterer: contempto munere Phoebi
innuba permaneo; sed iam felicior aetas
terga dedit, tremuloque gradu uenit aegra senectus,
quae patienda diu est. nam iam mihi saecula septem
145 acta, tamen superest, numeros ut pulueris aequem,
ter centum messes, ter centum musta uidere.
tempus erit, cum de tanto me corpore paruam
longa dies faciet, consumptaque membra senecta
ad minimum redigentur onus: nec amata uidebor

[14,150] nec placuisse deo, Phoebus quoque forsitan ipse
uel non cognoscet, uel dilexisse negabit:
usque adeo mutata ferar nullique uidenda,
uoce tamen noscar; uocem mihi fata relinquent.'

Traduction française :

XIV, 122 Tandis qu'à travers d'épais crépuscules, il poursuit cet horrible chemin : "Que tu sois, dit-il, une déesse favorable aux mortels, ou que tu sois seulement une mortelle agréable aux dieux, je t'honorerai toujours comme une divinité, et je reconnaîtrai que, par toi, j'ai pu descendre aux sombres lieux où règne la mort, et m'échapper vivant de son empire. Pour des bienfaits si grands, dès que j'aurai revu la lumière des cieux, j'élèverai des temples en ton honneur, et l'encens fumera sur tes autels." La Sibylle le regarde, soupire, et dit :

[14,130] "Je ne suis point déesse : ne juge point digne de l'honneur de l'encens une faible mortelle. Et, afin qu'ignorant mon destin, tu ne t'égares, apprends qui je suis. L'immortalité m'était promise par Apollon, des jours sans fin m'étaient offerts pour prix de ma virginité. Mais, tandis qu'il espère, et que, par ses dons, il cherche à me séduire : "Choisis, dit-il, vierge de Cumes, forme des voeux, et tes vœux seront accomplis." Je lui montre du sable amassé dans ma main, et je le prie, insensée que j'étais, de m'accorder des années égales en nombre à ces grains de poussière. J'oubliai de demander, en même temps, le don de ne point vieillir;

[14,140] cependant il me l'offrait, il me promettait une jeunesse éternelle, si je voulais répondre à ses désirs. Je rejetai les dons d'Apollon, et je suis vierge encore. Mais l'âge le plus heureux a fui; la pesante vieillesse est venue d'un pas chancelant, et je dois la supporter longtemps; car, quoique déjà sept siècles se soient écoulés devant moi, il me reste à voir encore trois cents moissons et trois cents vendanges, avant que mes années égalent en nombre les grains de sable qui mesurent ma vie. Le temps viendra où un plus long âge raccourcira mon corps, où, consumés par la vieillesse, mes membres seront réduits à la plus légère étendue. Alors je ne paraîtrai avoir pu ni charmer un dieu, ni mériter de lui plaire.

[14,150] Peut-être Apollon lui-même ne me reconnaîtra plus, ou il niera de m'avoir aimée. Et tel sera mon changement, qu'invisible à tous les yeux, je ne serai connue que par la voix : les destins me laisseront la voix."

SILIUS ITALICUS, Les Guerres Puniques, XIII, 488-516:

Talia dum memorant, umbra ueniente Sibyllae
Autonoe 'Finem hic' inquit 'sermonibus adde

[13,490] alternis. haec, haec ueri fecunda sacerdos,
cui tantum patuit rerum, quanto ipse negarit
plus nouisse deus. me iam comitante tuorum
tempus abire globo et pecudes imponere flammis.'
At grauida arcanis Cymes anus attigit ore
495 postquam sacrificum delibauitque cruorem,
in decus egregiae uultus intenta iuuentae
'Aetherea fruerer cum luce, haud segniter' inquit
'Cymaeo populis uox nostra sonabat in antro.
tum te permixtum saeclis rebusque futuris

[13,500] Aeneadum cecini. sed non sat digna mearum
cura tuis uocum. nec enim conquirere dicta
aut seruare fuit proauis sollertia uestris.
uerum age, disce, puer, quando cognoscere cordi est,
iam tua deque tuis pendentia Dardana fatis.
505 namque tibi cerno properatum oracula uitae
hinc petere et patrios uisu contingere manis.
armifero uictor patrem ulcisceris Hibero
creditus ante annos Martem, ferroque resolues
gaudia Poenorum et missum laetabere bello

[13,510] omen, Hiberiacis uicta Carthagine terris.
maius ad imperium posthac capiere, nec ante
Iuppiter absistet cura, quam cuncta fugarit
in Libyam bella et uincendum duxerit ipse
Sidonium tibi rectorem. pudet urbis iniquae
515 quod post haec decus hoc patriaque domoque carebit.'
sic uates gressumque lacus uertebat ad atros.

Traduction française :

XIII, 488 Tandis qu'ils se parlaient ainsi, l'ombre de la sibylle s'avance: "Cessez vos discours, dit Autonoé,

[13,490] voici, voici la prêtresse, oracle de la vérité; sa science ne s'arrête qu'aux limites de celle des dieux. Il est temps que je me retire avec tes compagnons, et que je livre aux flammes les victimes". Dès que l'antique sibylle, toute chargée des secrets du destin, a touché des lèvres le sacrifice et goûté légèrement le sang des victimes, elle fixe ses regards sur le jeune héros, paré de la beauté de son âge, et lui dit: "Lorsque je jouissais de la lumière du jour, les peuples entendaient sans cesse l'antre de Cumes retentir de mes oracles. Je t'ai même annoncé comme devant avoir part dans le cours des siècles aux révolutions futures de votre empire.

[13,500] Mais vos ancêtres n'ont pas attaché assez d'importance à mes paroles. Ils furent peu jaloux d'en pénétrer le sens ou d'y conformer leurs actions. Apprends donc, jeune guerrier, puisque tu as tant à cœur de le savoir, apprends donc aujourd'hui l'ordre de tes destins et ceux de Rome qui en dépendent. Tu viens avec empressement interroger ton sort, et voir les ombres de ton père et de ton oncle. Oui, tu vengeras ce père en portant tes armes victorieuses en Ibérie. Avant l'âge du commandement, on te confiera une arméee. Le fer à la main, tu mettras fin à l'allégresse de Carthage;

[13,510] et, envoyé comme un heureux augure, tu partiras avec joie pour les plages espagnoles, et tu soumettras Carthagène. Après ces exploits, tu seras revêtu d'un plus grand pouvoir encore, et la sollicitude de Jupiter ne s'éloignera pas de toi, qu'il n'ait rejeté toute la guerre en Libye, et qu'il n'ait lui-même amené le chef des Carthaginois au-devant de ta victoire. Je rougis de l'ingratitude des Romains, qui, après tant de hauts faits, refusent à ta gloire une patrie et un asile". Elle dit, et tourne ses pas vers le marais ténébreux.

Mais il est encore un autre auteur à mettre en scène la sibylle de Cumes: Steven SAYLOR, dans un roman policier L'Étreinte de Némésis, dans lequel l'inspecteur Gordien est chargé de l'élucidation du meurte d'un maître, meurtre commis, semble-t-il, par deux des esclaves du maître et qui sont en fuite et, donc, activement recherchés: l'inspecteur prend la sibylle pour une agence de renseignements:

"... Elle commença à parler. Ses seins se soulevèrent. Un bruit de crécelle sortit de sa gorge alors que le dieu se mettait à respirer à travers elle. Soudain un vent violent se leva dans notre dos et fit voler ses cheveux. Pas encore soumise au dieu, elle luttait et essayait de le chasser de son esprit, comme un cheval tente de se débarrasser de son cavalier. Sa bouche écumait. Des sons montèrent de sa gorge, d'abord semblables au vent dans une grotte, puis au gargouillis de l'eau dans une canalisation. Petit à petit, le dieu la maîtrisa, puis la calma. Elle dissimula son visage dans ses mains, avant de se redresser lentement.
- Le dieu est avec moi, dit-elle d'une voix qui n'était ni celle d'un homme, ni celle d'une femme.
Je [Gordien] jetai un coup d'oeil à Eco [fils de Gordien]. Son front était couvert de sueur, ses yeux grands ouverts, ses narines dilatées. Je lui pris la main pour le réconforter.
- Pourquoi viens-tu ? demanda la sibylle.
Je voulus parler, mais ma gorge était trop sèche. Je déglutis et réessayai.
- On... on nous a dit... de venir.
Même ma propre voix me paraissait irréelle.
- Que cherches-tu ?
- Je... veux connaître... certains événements... à Baia.
Elle hocha la tête.
- Tu viens de la maison du mort, Lucius Licinius.
- Oui.
- Tu cherches la réponse à une énigme.
- Je veux savoir comment il est mort... et quelle main l'a tué.
- Pas celle des accusés, répondit-elle.
- Mais comment le prouver ? Il faudrait que je puisse désigner le vrai coupable... Tous les esclaves de la maison vont être exécutés. C'est une tragédie cruelle, sauf si...
Peux-tu me dire qui a tué Licinius ?
La sibylle demeura silencieuse.
- Peux-tu au moins me montrer son visage en rêve ?
La sibylle posa ses yeux sur moi. Un frisson me glaça les os. Elle secoua la tête.
- Mais je dois absolument le savoir, protestai-je.
De nouveau, la sibylle secoua la tête.
- L'oracle n'est pas là pour accomplir la tâche des hommes à leur place.
Mais que puis-je faire pour toi, Gordien de Rome ? Il t'appartient le découvrir la connaissance. Si je te donne la réponse que tu cherches, je te prive du moyen même qui te permettra d'aboutir. Si tu vas voir Crassus en lui donnant un nom, sans autre preuve, il se contentera de se moquer de toi, il te punira même peut-être pour avoir porté de fausses accusations. Si tu ne la trouves pas toi-même, en utilisant tes talents, la connaissance que tu cherches te sera inutile. Ce que tu affirmes, tu dois pouvoir le prouver. C'est la volonté du dieu que je t'aide, mais je ne ferai pas le travail pour toi.
Je secouai la tête. À quoi pouvait bien me servir la sibylle si elle refusait de me livrer un nom? Peut-être ne le connaissait-elle tout simplement pas ? Je me sentis coupable d'avoir des pensées aussi impies et les chassai de mon esprit. Un voile sembla se lever lentement devant mes yeux. De nouveau, la sibylle parut me regarder d'un air soupçonneux, comme Iaia [prêtresse].
Eco toucha ma manche pour attirer mon attention. D'une main il leva deux doigts, et de l'autre il en baissa deux, sa façon de dire « homme » : deux hommes. Il attrapa son poignet gauche avec la main droite, pour symboliser une entrave, sa manière de dire « esclave » : deux esclaves. Je me retournai vers la sibylle.
- Les deux esclaves disparus, Zénon et Alexandros, sont-ils vivants ou morts ? Où puis-je les trouver ?
La sibylle hocha la tête, l'air grave.
- Tes questions sont sages. L'un d'eux est caché, l'autre est parfaitement visible.
- Vraiment ?
- Après s'être enfuis de Baia, ils se sont d'abord arrêtés ici.
- Ici ? Ils sont venus dans ta grotte ?
- Ils sont venus chercher les conseils de la sibylle. Ils sont venus le coeur innocent.
- Et maintenant, où puis-je les trouver ?
- Celui qui est caché, tu le trouveras le moment venu. Quant à l'autre, celui qui est visible, tu le rencontreras en rentrant à Baia.
- Dans les bois ?
- Pas dans les bois.
- Alors où ?
- Il y a une grande pierre plate qui surplombe l'Averne...
- Olympias nous a montré l'endroit.
- À gauche du précipice, un sentier étroit descend jusqu'au lac. Protège ta bouche et ton nez avec tes manches et approche-toi de la bouche du gouffre. Il t'attendra là.
- Quoi ? L'ombre d'un mort s'échappant du Tartare ?
- Tu le reconnaîtras quand tu le verras. Il te saluera les yeux grands ouverts.
C'est un bon endroit pour se cacher, car il offre toutes les garanties. Mais quelle sorte d'homme pouvait établir son camp sur les rives mêmes de l'Averne, au milieu des vapeurs de soufre et des fantômes répugnants ? Je n'aurais pas voulu m'approcher davantage de l'endroit. Maintenant, je frissonnai à l'idée de descendre au bord du lac. À sa manière d'agripper mon bras, je pouvais dire qu'Eco n'appréciait pas davantage cette perspective..."

Iconographie :

Bibliographie récente:

[recension de] Ekkehard STÄRK, Antrum Sibyllae Cumanae und Campi Elysii. Zwei vergilische Lokale in den phlegräischen Feldern. Stuttgart-Leipzig, 1998, 49 pp. 11 illustr.


3. Statistiques de consultation - janvier 2004 :

  • Site ITINERA ELECTRONICA:
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    • pages les plus fréquemment demandées: Cours GLOR 2330 (Auteurs latins - P.-A. Deproost; 8.736 pages), Actualités : 6.502 pages

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    • pages les plus fréquemment demandées: Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livres XII (10.627 pages, XV (10.474), XIV (14.603); Aulu-Gelle, Nuits Attiques, livre I (13.024 pages); Érasme, Ciceronianus (9.647 p.);

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Jean Schumacher
6 février 2004


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002