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Date :     12-12-2003

Sujets :
Environnements hypertextes : Ammien Marcellin, Érasme, Sénèque; Érasme, Les Adages : Les Silénes d'Alcibiade (n° 2201);

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués pendant la semaine concernent :

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles au format .TXT dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA :


Question : Qu'est-ce que le courage?

Sénèque y apporte la réponse suivante au livre XIX des Lettres à Lucilius:

Quid est fortitudo? Munimentum humanae imbecillitatis inexpugnabile, quod qui circumdedit sibi securus in hac uitae obsidione perdurat; utitur enim suis uiribus, suis telis.
(28) Hoc loco tibi Posidonii nostri referre sententiam uolo: 'non est quod umquam fortunae armis putes esse te tutum: tuis pugna. Contra ipsam fortuna non armat; itaque contra hostes instructi, contra ipsam inermes sunt.'

Traduction:

Qu'est-ce que le courage? Le rempart de l'humaine faiblesse, rempart inexpugnable, derrière lequel l'homme se maintient en sécurité au milieu des maux qui assiègent cette vie: car alors il use de sa propre force, de ses propres armes.
Je veux ici vous citer une sentence du stoïcien Posidonius : « Garde-toi de croire que jamais la fortune te protége de ses armes. C'est avec les tiennes qu'il la faut combattre. Les dons de la fortune ne sont pas des armes. Aussi, bien que prémuni contre des ennemis ordinaires, souvent contre elle on est sans défense. »

Autre question : Qu'arrive-t-il lorsque le luxe (la luxure) s'installe?

Sénèque, livre XIX des Lettres à Lucilius, lettre 114, y répond:

(9) Ubi luxuriam late felicitas fudit, cultus primum corporum esse diligentior incipit; deinde supellectili laboratur; deinde in ipsas domos inpenditur cura ut in laxitatem ruris excurrant, ut parietes aduectis trans maria marmoribus fulgeant, ut tecta uarientur auro, ut lacunaribus pauimentorum respondeat nitor; deinde ad cenas lautitia transfertur et illic commendatio ex nouitate et soliti ordinis commutatione captatur, ut ea quae includere solent cenam prima ponantur, ut quae aduenientibus dabantur exeuntibus dentur.

(10) Cum adsueuit animus fastidire quae ex more sunt et illi pro sordidis solita sunt, etiam in oratione quod nouum est quaerit et modo antiqua uerba atque exoleta reuocat ac profert, modo fingit ignota ac deflectit, modo, id quod nuper increbruit, pro cultu habetur audax translatio ac frequens.

(11) Sunt qui sensus praecidant et hoc gratiam sperent, si sententia pependerit et audienti suspicionem sui fecerit; sunt qui illos detineant et porrigant; sunt qui non usque ad uitium accedant (necesse est enim hoc facere aliquid grande temptanti) sed qui ipsum uitium ament. Itaque ubicumque uideris orationem corruptam placere, ibi mores quoque a recto desciuisse non erit dubium. Quomodo conuiuiorum luxuria, quomodo uestium aegrae ciuitatis indicia sunt, sic orationis licentia, si modo frequens est, ostendit animos quoque a quibus uerba exeunt procidisse.

Traduction :

Lorsque le luxe, enfant de l'opulence, a gagné tous les rangs, on le reconnaît d'abord à une parure plus recherchée ; il se porte ensuite sur l'ameublement; puis c'est aux habitations mêmes que s'étendent ses soins : il veut donner à celles-ci l'étendue des campagnes, il veut que leurs murailles resplendissent de marbres venus d'outre-mer; que l'or serpente sur nos toits, et que l'éclat des parquets le dispute à celui des plafonds.
La magnificence des festins a son tour: on tâche à se distinguer par la nouveauté des mets, par des changements dans l'ordre des services. Ce qui terminait le repas en sera le début, et ce que l'on donnait aux entrées devra s'offrir au dessert.

Dès que l'esprit s'est fait un système de dédaigner toutes les choses d'usage, de tenir pour vil ce qui est commun, on cherche aussi à innover dans le langage : tantôt on exhume et l'on reproduit des termes antiques et surannés, tantôt on en fabrique de nouveaux ou on les détourne de leur signification; tantôt on prend pour élégance ce qui depuis peu est à la mode, l'audace et l'accumulation des métaphores. Il y a des gens qui, avec leurs phrases coupées, s'imaginent qu'on leur saura gré de tenir en suspens l'auditeur, et de laisser à peine soupçonner leur pensée ; d'autres l'étendent et la développent trop au long. Il en est qui, sans aller jusqu'aux fautes du goût, inévitables toutes les fois que l'on vise au grand, sont loin, au fond, de haïr ces mêmes fautes.

Enfin partout où vous verrez réussir un langage corrompu, vous pourrez en conclure que là aussi les moeurs ont déchu de leur pureté. Et de même que le luxe de la table et des costumes dénote une civilisation malade ainsi la licence du langage, lorsqu'elle est générale, atteste que les âmes, dont le style n'est que l'écho, ont elles-mêmes dégénéré.


2. ÉRASME, Les Adages - n° 2201 : Les Silènes d'Alcibiade :

TEXTE: Édition : OPERA OMNIA Desiderii Erasmi Roterodami, II,5, Amsterdam, 1981, pp. 159-190, 648 lignes de texte.

Comme d'habitude, nous avons retenu comme éléments de référenciation l'indication des pages ainsi que la numérotation du texte en phrases. De plus, nous avons maintenu in textu la numérotation en lignes mais placée entre parenthèses.

Les ADAGES - PRÉSENTATION:
[tiré de Jean-Claude MARGOLIN, ÉRASME.]

" ... A son retour [d'Angleterre] sur le continent en 1500, les oeuvres les plus marquantes qu’il devait rédiger répondent aux deux exigences qu’il s’est fixées en Angleterre. Il commence par publier à Paris 818 Adages, proverbes tirés principalement de l’antiquité gréco-latine et commentés d’un point de vue grammatical, littéraire, historique et même religieux. En quelque trente ans, ses adages ne feront que croître en nombre - plus de 4.000 dans l’édition de 1536 - et la plupart en longueur, comme ce fut le cas pour les Silènes d’Alcibiade, "Festina lente", le Scarabée pourchassant l’aigle, ou "Dulce bellum inexpertis", autrement dit, la guerre est douce pour ceux qui n’en ont pas l’expérience. Mais, plus encore que le nombre ou la longueur de certains adages dont quelques-uns sont devenus de véritables essais philosophiques, sociaux ou religieux, il faut relever leur caractère de plus en plus personnel. Une fois expliqué dans ses origines historiques ou mythiques et dans sa structure linguistique, le proverbe latin ou grec qui figure en titre (l’homme est un loup pour l’homme, plus riche que Crésus, l’âne à la lyre...), sert de prétexte à des "divagations" de toute nature, donnant ainsi lieu ici à un essai pittoresque et fantaisiste, là à la critique d’une institution sociale ou religieuse, ou encore à la formulation d’idées audacieuses en matière de relations humaines".

Avec les moyens dont nous disposons, il ne peut être question de traiter les 4.151 Adages que comporte leur dernière édition. Nous limiterons, dès lors, la création d'environnements hypertextes pour cette oeuvre à quelques adages chosis surtout en fonction de leur étendue: Les Silènes d'Alcibiade, Les travaux d'Hercule, Le Scarabée et l'aigle, etc.

Les SILÈNES d'ALCIBIADE : PRÉSENTATION et TRADUCTION partielle
[tiré de Léon-Ernest HALKIN, Érasme et l'humanisme chrétien, Paris, Classiques du XXe siècle, 1969, pp. 39-41]

" ... L'édition des Adages de 1515 éveille un écho sans précédent. L'actualité y prend une place plus grande et l'auteur en fait une manière de journal avant la lettre. Il y glisse parmi ses commentaires érudits les leçons de sa philosophie religieuse, de sa politique tolérante et de son universalisme. Erasme s'affirme, une fois de plus, comme l'interprète des deux civilisations classiques et le précepteur de l'Europe chrétienne.

Parmi les plus célèbres des Adages de cette édition, figure la Douce guerre, dont nous parlerons plus loin, et le Silène. Dans ce dernier texte, Erasme n'hésite pas à affirmer que, si Socrate est un silène, le Christ en est un autre.

"On appelait silènes ces poupées creuses fabriquées de telle façon qu'on pouvait les dévisser et les ouvrir, en sorte que la même figurine qui, une fois refermée présentait l'aspect ridicule et grotesque d'un joueur de flûte, révélait brusquement à celui qui l'ouvrait, l'image du Dieu contenue à l'intérieur, si bien que la surprise rendait encore plus agréable l'invention du fabricant. Quant au nom de ces statuettes, il est em- prunté au grotesque Silène, père nourricier de Bacchus et caricature des dieux poétiques.

C'est ainsi que, dans le Banquet de Platon, Alcibiade faisant le portrait de Socrate, compare son héros à un de ces silènes, parce qu'il se révélait à un examen attentif tout autre qu'il n'apparaissait au premier abord. Tant et si bien que celui qui se serait contenté de juger sur l'apparence n'en aurait pas offert un sou. Il avait l'allure rustique, un visage bovin, des narines de singe et pleines de morve. On l'aurait pris pour quelque bouffon balourd et stupide. La tenue négligée, le langage simple et plébéien, n'employant que des termes vulgaires, toujours à parler de nochers, de savetiers, de foulons et de charpentiers, car c'est de là qu'il tirait tous les exemples qu'il employait dans ses raisonnements. Il ne possédait que de bien maigres ressources et une femme dont le moindre des charbonniers n'aurait pas voulu. [...]

'Mais si vous ne vous arrêtez pas aux apparences et si vous savez ouvrir ce silène aussi ridicule, vous trouverez en Socrate un Dieu plutôt qu'un homme, un esprit exceptionnel, sublime et vraiment philosophique. Il méprisait tout ce pour quoi les hommes courent, s'affairent, transpirent, s'affrontent et bataillent. Il était au-dessus de l'injustice, au-dessus de la fortune qui n'eut jamais sur lui la moindre emprise, et si fort au-dessus de la crainte qu'il ne redoutait même pas la mort. A telle enseigne, qu'ayant bu la ciguë avec autant de bonne grâce qu'on avale un verre de vin, il plaisanta jusqu'au bout, comme le rapporte le Phédon, rappelant qu'il avait promis un coq à Esculape, comme si l'effet de ce breuvage lui avait déjà rendu la santé, puisque son âme quittait définitivement ce corps, source et sentine de tous les maux. Ce n'est donc pas à tort, alors que toutes les avenues étaient encombrées de faux sages, que ce bouffon fut reconnu par l'oracle de Delphes comme le seul sage authentique de l'époque, et sa docte ignorance préférée à la prétentieuse omniscience de chacun de ses concurrents, voire de la totalité des sophistes.

Mais le Christ lui-même ne fut-il pas un prodigieux silène? Je ne vois pas pourquoi l'on refuserait de lui appliquer ce terme dans le tribut d'hommages que doivent lui rendre, chacun pour son compte, tous ceux qui se glorifient d'être chrétiens. Car si nous contemplons l'enveloppe externe de ce silène, quoi de plus abject ou de plus misérable, selon l'estimation populaire ? Des parents obscurs et de petite naissance, une demeure plus que modeste. Lui-même, issu de la pauvreté, n'a pour disciples qu'un quarteron de pauvres gens, arrachés non aux palais des grands, ni aux chaires des pharisiens, ni aux écoles de philosophie, mais à leur péage ou à leurs filets. Et sa vie s'écoule, étrangère à toute volupté, à travers la faim, la fatigue, les invectives et les railleries jusqu'au terme de la croix.

[...] Mais s'il nous est donné d'approcher davantage ce silène et de contempler son intérieur, - c'est-à-dire s'il daigne lui-même apparaître à notre coeur après en avoir chassé le sens propre, - par le Dieu tout puissant, quel trésor ineffable se révèle alors à nos yeux ! Là où nous ne voyions qu'une enveloppe vile brille une perle éclatante ; que bassesse, une âme sublime ; qu'infirmité, une incroyable vertu ; qu'ignominie, la plus grande gloire ; qu'épreuves à traverser, la paix la plus complète. Il n'est pas jusqu'à sa mort cruelle qui ne nous apparaisse désormais comme une fontaine d'immortalité."

Les SILÈNES d'ALCIBIADE : Publication récente:

ÉRASME, Les Silènes d'Alcibiade,
traduction et préface de Jean-Claude MARGOLIN,
Les Belles Lettres, Le Corps éloquent, Paris, 1998, LXXXV + 81 pp.

Recension par Jean-Pierre CAVAILLÉ :

" ... L'adage 2201 est l'un des plus célèbres et développés des chiliades érasmiennes, et à ce titre il méritait en effet une publication séparée. Jean-Claude Margolin, un érasmien que l'on ne présente pas, propose ici une traduction jeune et nerveuse : Socrate paraissait un “clown balourd et stupide” (p. 4 ; traduction de Jacques Chomarat : “on aurait dit un polichinelle lourd et stupide” (2)) et, à propos de Grecs qui, comme Gorgias, se faisaient fort de tout connaître : “le monde a toujours regorgé d'agités de cette espèce” (p. 5 ; trad. J. Chomarat : “Tout était partout farci de vibrions de ce genre”, ibid.)..."

Les Silènes chez RABELAIS:

RABELAIS, LA VIE INESTIMABLE DU GRAND GARGANTUA, PERE DE PANTAGRUEL. Prologue de l'auteur.

"Beuveurs tres illustres & vous Verolez tres precieux (car à vous non à aultres sont dediez mes escriptz) Alcibiades en un dialoge de Platon, intitulé Le Banquet, louant son precepteur Socrates sans controverse prince des philosophes: entre aultres paroles le dict estre semblable es Silènes. Silènes estoyent iadis petites boites telles que voyons de present es bouticqs des apothecaires, pinctes au dessus de figures ioyeuses et frivoles, comme de Harpies, Satyres, oysons bridez, lievres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limonniers, & aultres telles pinctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire. Quel fut Silène maistre du bon Bacchus. Mais au dedans l'on reservoit les fines drogues, comme Baulme, Ambre gris, Amomon, Musc, zivette, pierreries, et aultres choses precieuses. Tel disoit estre Socrates: parce que le voyans au dehors, & l'estimans par l'exteriore apparence, n'en eussiez donné un coupeau d'oignon: tant laid il estoit de corps & ridicule en son maintien, le nez pointu, le reguard d'un taureau: le visaige d'un fol: simple en meurs, rusticq en vestemens, pauvre de fortune, infortuné en femmes, inepte à tous offices de la republicque: tousiours riant, tousiours beuvant à un chascun, tousiours se guabelant, tousiours dissimulant son divin sçavoir. Mais ouvrans ceste boite, eussiez au dedans trouvé une celeste & impreciable drogue: entendement plus que humain, vertu merveilleuse, couraige invincible, sobresse non pareille, contentement certain, asseurance parfaicte, desprivement incroyable de tout ce pourquoy les humains tant veiglent, courent, travaillent, navigent & bataillent..."


Jean Schumacher
LLN, le 12 décembre 2003


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002