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Date :     05-12-2003

Sujets :
Environnements hypertextes : Ammien Marcellin, Érasme, Quintilien; Érasme, De ratione studii; Harry Potter peut-il constituer un sujet d'étude en classe de latin?; Statistiques de consultation - novembre 2003;

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les environnements hypertextes constitués pendant la semaine écoulée concernent :

  • Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXI
  • Érasme, De la méthode d'enseignement ou : Le Plan d'études (De Ratione studii), texte (sans traduction française)
  • Quintilien, L'Institution oratoire, livre II

Les textes bruts de ces oeuvres sont disponibles au format .TXT dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA:


2. Érasme, De la méthode d'enseignement ou Le Plan d'études :

Texte : Édition : OPERA OMNIA Desiderii Erasmi Roterodami, I, 2, 1971, pp. 111 - 146. Le texte retenu pour l'environnement hypertexte est celui, plus étendu, de la 2e édition. Comme d'habitude pour les oeuvres d'Érasme, la référenciation tient compte de la pagination et des phrases numérotées de 1 à 285.

Présentation : [tiré de l'édition, pp. 88-89] :

En ce qui concerne le texte du De ratione studii - (publié pour la première fois en 1512) -, fruit de longues habitudes pédagogiques et stylistiques de la part d'Erasme, disons qu'il se présente de la manière la plus classique: tout d'abord, une épître dédicatoire - non datée - à un professeur de ses amis, qui symbolise ici le maître d'école nouveau style ou le précepteur humaniste (pp. 111-112); ensuite, des réflexions générales sur le programme d'auteurs et le contenu de l'enseignement à l'usage de jeunes garçons ou d'adolescents, réflexions qui s'insèrent dans un petit nombre de règles ou de principes psycho-pédagogiques et dans de brèves considérations sur la philosophie du langage (pp. 113-119); enfin, la plus longue partie (pp. 119-146) est consacrée à des conseils pratiques à l'usage des maîtres - et en particulier à l'intention de ce Pierre Vitré -, véritable recueil d'instructions précises sur le choix et l'art d'utiliser les bons auteurs avec un éclectisme rationnel, assorties d'une multitude d'exemples, sujets de devoirs, schémas de «corrigés», modèles de leçons, bref un livre du maître, aussi vivant, aussi «présent», aussi persuasif que pouvait le permettre cette distance prudemment établie par l'humaniste hollandais entre la salle de classe, toute bruissante de l'animation des scènes qui s'y déroulaient, et la calme retraite de son étude, que celle-ci fût domiciliée à Paris, à Cambridge ou ailleurs.

Contexte : [tiré de : Arlette JOUANNA, Philippe HAMON, Dominique BILOGHI, Guy LE THIEC, La France de la Renaissance - Histoire et Dictionnaire, Laffont, 2001, p. 48]

Devenu un peu plus âgé, l'élève devra être formé à l'art de s'exprimer par la parole et par l'écrit: que ce soit, écrit Érasme dans le De ratione studii en invoquant l'autorité de Quintilien, sous forme «de jeu et d'amusement», en instaurant une amicale compétition; les sujets des déclamations et des rédactions seront choisis chez les auteurs antiques. Le commentaire des oeuvres de ces derniers tiendra une place de choix. La manière d'aborder cet exercice est caractéristique de la culture humaniste telle que la conçoit Érasme. Il donne en exemple l'étude que l'on peut faire de la deuxième églogue de Virgile, où sont présentés « Corydon le campagnard et Alexis le citadin»: après une brève analyse psychologique du caractère des deux personnages viendront des variations sur le thème: «les liens d'amitié ne sont possibles qu'entre personnes semblables»; variations qui feront intervenir non seulement des proverbes tels que ceux qu'il a répertoriés dans les Adages, mais aussi une étourdissante variété de références mythologiques et bibliques, comme les histoires de Castor et Pollux, Romulus et Rémus, Caïn et Abel, la légende de Narcisse, le mythe des deux Vénus imaginé par Platon.
Ainsi habitué à se déplacer avec agilité dans un univers culturel peuplé de réminiscences classiques ou bibliques, l'humaniste devient capable de tenir ce langage savant et ludique où seuls les initiés peuvent reconnaître la citation cachée, l'image convoquée. Le plaisir est dans la science du décodage. Rompu à cette gymnastique intellectuelle, il en vient à «traiter tout grand texte comme une chambre d'écho» où les mots sur la page répondent à ceux d'un «sous-texte» que l'auteur n'a pas à désigner clairement car il est identifiable par tous les lecteurs de son niveau. La culture ainsi comprise est quelque peu déroutante pour les esprits d'aujourd'hui. ...

Extraits :

  • sous forme «de jeu et d'amusement»:

    Iam uero de formando puerorum ore deque tradendis ceu per lusum iocumque literarum figuris, satis praecepit Fabius [Quintilianus].

  • méthode pédagogique :

    Atque ita fiet (si modo sit ingenii dextri praeceptor), ut etiam si quid inciderit quod inficere possit aetatem illam, non solum non officiat moribus, uerumetiam utilitatem aliquam adferat, uidelicet animis partim ad annotationem intentis, partim ad altiores cogitationes auocatis.

    L'antiquité peut fournir des sujets d'étude mais l'enseignant doit avoir à coeur d'ouvrir l'esprit des élèves vers des significations plus larges (ad altiores cogitationes).

  • «les liens d'amitié ne sont possibles qu'entre personnes semblables» :

    Veluti si quis praelecturus secundam Maronis aeglogam, commoda praefatione praeparet, uel potius praemuniat auditorum animos ad hunc modum, ut dicat: amicitiam non coire nisi inter similes, similitudinem enim esse beniuolentiae mutuae conciliatricem, contra dissimilitudinem odii dissidiique parentem. Quoque maior ac uerior stabiliorque similitudo fuerit, hoc firmior atque arctior est amicitia.

    L'exemple tiré de la 2e Églogue de VIRGILE :

    Eius igitur amicitiae male cohaerentis quasi simulacrum quoddam in hac aegloga proponit Vergilius. Corydon rusticus, Alexis urbanus; Corydon pastor, Alexis aulicus; Corydon indoctus (nam huius carmina uocat incondita), Alexis eruditus; Corydon aetate prouectus, Alexis adolescens; Corydon deformis, hic formosus. Breuiter dissimilia omnia. Quare prudentis est amicum suis moribus aptum deligere, si uelit amari mutuum.

    L'exemple de Narcisse :

    ... atque ideo fictum a poetis, quemadmodum Narcissus, ante ab omni abhorrens consortio, simul atque suam ipsius imaginem in limpidissimo fonte conspexisset, protinus amore flagrantissimo coepit ardere. Quid enim nostri similius quam ipsa imago? Ergo cum doctus doctum amat, sobrius sobrium, modestus modestum, probus probum, nihil aliud amat uterque, quam suam ipsius in altero imaginem, hoc est seipsum, sed alio modo.
Excursus : L'éducation à Rome [tiré de Jean-Pierre NÉRAUDAU, Être enfant à Rome, Les Belles Lettres, 1984, pp. 106-113] :

"L'éducation aide les enfants à devenir ce qu'ils sont ; elle n'est pas le dressage d'animaux curieux, mais la compagne attentive d'une accession à la condition d'homme.
Ainsi conçue, l'éducation peut participer à la comparaison que Cicéron établit entre le sculpteur Phidias et la sagesse:

«Phidias peut commencer une statue et la finir ; il peut aussi la prendre ébauchée par un autre et l'achever. Et bien ! la sagesse est comparable à Phidias, car elle n'a pas fait l'homme mais l'a reçu de la nature ébauché, c'est donc les yeux fixés sur la nature qu'elle doit l'achever, comme s'il s'agissait d'une statue.»
Il ne faut plus que soit vrai ce que dit un personnage de Térence :
«Avant qu'il sorte de l'éphébie, comment aurait-on pu connaître son caractère, tant qu'il était retenu par l'âge, la peur, un maître?»
L'enfant, connu et reconnu, doit être accompli comme un chef-d'oeuvre. Et, au terme des années de formation, il faut que le père sache changer de rôle avec la générosité du père d'Horace, lui disant sans amertume :
«Quand l'âge aura fortifié ton corps et ton âme, tu nageras sans liège.»

Pour désigner les divers principes éducatifs, le lexique se limite à quelques mots dont l'acception, selon l'intention de l'éducateur, change et suggère soit un dressage, soit une aeuvre d'art. Ainsi le verbè formare, peut signifier « donner forme » ou « donner une forme », étant entendu que le mot forma désigne aussi la beauté. Le verbe fingere, au sens de « mouler » ou de « façonner », s'applique précisément à la cire et à l'argile. Or la première est malléable, et la seconde, quand elle est neuve, garde longtemps les parfums dont elle est imprégnée. La pratique éducative consiste donc à modeler une matière souple en ayant à l'esprit des normes culturelles, le beau, le bien et le droit. Il en est de l'esprit comme du corps, il peut être tordu, et il faut très tôt veiller à empêcher cette déformation, car, comme le dit Quintilien, «on brise plus qu'on ne redresse ce qui a durci de travers».
Tout un ensemble de figures, comparaisons et métaphores, définit à travers les textes cette idée de l'éducation.

Cicéron pense qu'il faut imprégner l'esprit d'un enfant, si jeune soit-il, d'une culture qui lui permettra, après que son esprit tendre l'aura absorbée, d'être mieux armé pour aborder de plus grandes choses. Horace accumule les figures en une sorte de festival :

«L'écuyer dresse (fingit) le cheval, dont la nuque encore tendre est docile, à aller son chemin comme le lui montrera le cavalier. Le jeune chien de chasse a commencé par aboyer au chenil après une peau de cerf, avant d'aller servir dans les bois. Tu es un enfant, ton cceur est pur, c'est maintenant que tu dois t'imbiber de bonnes paroles, maintenant que tu dois te remettre à de plus sages. Le parfum dont l'argile encore neuve s'est une fois imprégnée, elle le conser- vera longtemps.»

Et Juvénal trouve que les parents demandent beaucoup aux maîtres d'école en souhaitant qu'ils façonnent, comme avec le pouce, les caractères encore souples de leurs enfants, ainsi qu'on sculpte un visage dans de la cire.

Progressivement les éducateurs se sont aperçus que le tout petit enfant commençait très tôt à s'imprégner, comme les vases neufs de parfums, ou les étoffes de couleurs, de sensations indélébiles. Ils sont comme les jeunes plants d'une pépinière, que les cultivateurs prennent soin de choisir orientée comme le terrain où ils seront transplantés après avoir été soigneusement marqués pour être replacés dans la même position : «L'accoutumance à cet âge tendre est de première importance.» Quintilien, sans faire de cette certitude l'usage que la psychanalyse en fera, fonde sur elles les débuts de sa méthode pédagogique. Pour lui, de même que la robustesse du corps commence avec l'allaitement et le berceau, de même celle de l'intelligence y trouve son origine. Aux précautions que les médecins recommandaient pour le choix des nourrices, il ajoute celles de la pédagogie. Pour éviter que soient dépravées des tendances naturellement bonnes, il demande que les nourrices présentent des qualités intellectuelles. Comme son propos est de former un bon orateur, il s'intéresse tout particulièrement au langage. Or comme les nourrices sont les premières personnes qu'entendent les enfants, et qu'elles ont leur garde pendant trois ans, elles doivent parler une langue correcte.

Mais l'apport essentiel de Quintilien est d'avoir découvert et exploité les premières facultés de l'enfant avant l'âge de 7 ans. Tout le monde convenait qu'avant cet âge l'enfant pouvait être imprégné de bonnes ou de mauvaises dispositions morales, mais que son intelligence était en sommeil. Quintilien conseille d'éveiller cette intelligence à partir de l'âge de 3 ans. Il n'attend pas des résultats étonnants et ne les souhaite pas, car il craint que les esprits précoces ne portent pas de fruits. Toutefois le peu qui est acquis est gagné pour la scolarité ; en particulier, en moins de deux ans, l'enfant peut apprendre à bien articuler, à bien s'exprimer et à former les lettres.

Pour définir cette première pédagogie, prudente et empirique avant la troisième année, puis plus élaborée et expérientale, Quintilien définit les caractères de la petite enfance, qualités et faiblesses, et les fait servir à l'acquisition des premières connaissances. Il faut faire vibrer les quelques cordes qui tendent la psychologie un peu sommaire du premier âge, et jouer sur les dispositions de l'intelligence. Ainsi les petits enfants montrent un signe principal d'intelligence qui est leur mémoire ; c'est évidemment une qualité de tout premier plan dans une civilisation où la diffusion des textes était rare, et il était bon de l'entraîner le plus tôt possible. Autre caractère précieux chez le tout jeune enfant, son don d'imitation qui est une disposition à suivre sans peine un exemple. Malgré son attention à l'enfant et sa générosité, Quintilien reste tributaire des idées répandues sur la faiblesse du premier âge ; il ne voit pas qu'il puisse rien produire par lui-ême, et ignore les dons d'observation et d'invention qui peuvent ressortir à la créativité. Pour le caractère, Quintilien joue sur la compétitivité des enfants, leur désir de gagner, leur joie d'être félicités et récompensés, et leur amour du jeu. Si, par nature, l'enfant est incapable d'aimer les études, il faut faire des études un jeu. D'ailleurs le jeu est une marque de vivacité et il n'est pas souhaitable de voir un enfant triste et abattu. C'est dans le jeu que s'exprime l'impétuosité naturelle et que se révèle le caractère. L'enfant n'y connaît aucune fatigue parce qu'il ne se fait pas une idée du travail et que l'idée est plus fatigante que le travail lui-même.

Tout dans cette pédagogie n'est pas nouveau. Platon déjà conseillait de régler par la mesure et l'harmonie la spontanéité ludique des enfants dès l'âge de 3 ans : leurs cris, bien corrigés, deviendraient chants, et leurs sauts désordonnés danses. Quintilien ajoute l'acquisition de premières connaissances et, surtout, modère d'affection et de tendresse le dressage de l'enfant. Pour l'âge scolaire il reprend les conseils que donnait Sénèque : il faut introduire un délassement dans les études à condition qu'il soit modéré. Toute une tradition se fonde sur ce principe ; Ausone la définit encore pour son petit-fils:

«Les muses aussi ont leurs jeux; elles admettent les loisirs, ô doux enfant; ce n'est pas sans trêve que la voix impérieuse d'un rude professeur harcèle la jeunesse... C'est pourquoi, certain que le jeu vient à son tour, travaille de bon coeur : pour adoucir un long labeur nous donnons des interruptions. L'ardeur d'un enfant se lasse si le plaisir ne contraste pas avec l'austérité, le jour de fête avec le jour ouvrable.»

La douceur et la compréhension de Quintilien laissent attendre une condamnation des châtiments corporels. Cicéron en parlait presque machinalement ; même les coups, disait-il, ne détournent pas les enfants de leur tendance naturelle, de leur goût du jeu, Quintilien condamne sans appel la violence. Les châtiments corporels sont inefficaces et nuisibles parce qu'ils sont humiliants et déshonorants autant pour celui qui les reçoit que pour celui qui les inflige. Inefficaces et nuisibles, parce que l'enfant peut s'endurcir aux coups, tout en en gardant du ressentiment ; au demeurant la volonté d'apprendre ne saurait être contrainte. Humiliants et déshonorants parce que c'est une pratique faite pour les esclaves et qu'on se garde d'infliger aux adultes libres pour ne pas leur faire injure. Pour le maître, elles sont un abus de pouvoir sur un être faible. Si, de surcroît, nous ajoutons, ce qui est implicite pour lui, que le maître est souvent un esclave, ou un affranchi, sa violence est dou- blement insultante. Quintilien fonde en raison un comportement qui se rencontrait chez certains maîtres. Il ne sera pas toujours suivi. Galien situe le sevrage à l'âge où l'enfant est capable de comprendre les coups et les menaces ; Libanios au IVe siècle donne des châtiments corporels une sorte de déontologie. Quant à saint Augustin, il se plaint amèrement des coups qu'il a reçus parce qu'il préférait le jeu au travail. Sa sensibilité en a éprouvé une forte commotion dont sa longue vie ne l'a jamais totalement guéri. Mais ses reproches vont à ceux qui, en le frappant, le contraignaient à des études dont il a su par la suite qu'elles le détournaient de la vérité et de Dieu. La définition qu'il donne de l'enfance fondera pour des siècles une pédagogie du redressement dont la hantise du péché originel justifiera toutes les violences.

Pour le reste de ses principes pédagogiques, Quintilien est moins novateur et il reste fidèle à l'image de l'enfant doté d'un esprit difficile à mouvoir ; les méthodes analytiques et lentes ne sont pas remises en ques- tion Il s'intéresse davantage à la sauvegarde morale des enfants et aux précautions qu'il faut prendre en choisissant les textes, pour éviter les passages trop lestes qu'il serait dangereux d'expliquer prématurément. Il est cependant moins méfiant que ne l'était Platon qui pensait que l'enfant n'est pas capable de juger ce qui est allégorie et ce qui ne l'est pas», et reste confiant envers les grands auteurs classiques. Chez lui, la pédagogie païenne parvient à son apogée, mais elle tend à créer un homme de bien apte à bien parler et avec compétence de tous les sujets, un orateur idéal à la manière de Cicéron. C'est, à l'époque, plus un bilan de ce qu'il y avait de meilleur dans la tradition qu'une ouverture sur l'avenir. L'école romaine était et restera profondément conservatrice.

Il faut reconnaître que ceux qui par la suite la contestèent ne donnèrent pas une pédagogie aussi appuyée sur une psychologie de l'enfant. Au IIe siècle le Pédagogue de Clé ment d'Alexandrie révèle le vrai « lait » dont doit se nourrir le chrétien ; mais les thèmes de l'enfance, la virginité de l'âme et les risques de déformation qui la menacent, relèvent si peu d'une psychologie attentive qu'on se demande si le traité ne s'adresse pas à des. adultes, considérés au regard de la foi comme des enfants. Au siècle suivant, Plotin est un enseignant parfait. Son disciple Porphyre lui a consacré une Vie, qui, comme toutes les biographies antiques, n'hésite pas à enjoliver les faits. Le portrait qu'il fait de son maître est, en tout cas, très édifiant :

«Beaucoup d'hommes et de femmes, des meilleures familles, au moment de mourir, lui faisaient amener leurs enfants, garçons ou filles, et ils les lui confiaient, avec toute leur fortune, comme ils les auraient confiés à un gardien sacré et divin. Aussi sa maison était remplie de jeunes gar- çons et de jeunes filles..., dont l'éducation l'occupait beau- coup, et dont il écoutait les essais poétiques.»

Cependant l'enseignement de ce maître modèle, tel que l'ont conservé les notes prises par Porphyre, n'apporte rien sur la psychologie des enfants, ou si peu qu'il est clair que ce n'était pas le propos du maître. Il était platonicien et sa pédagogie était une libération de l'âme hors de la prison du corps (94). Au siècle suivant, saint Basile, dans son discours Aux jeunes gens sur la manière de tirer profit des lettres hel- léniques, 'n'est pas davantage intéressé par la pédagogie et cherche à mettre la culture grecque au service de la foi chré- tienne. Saint Jean Chrysostome dans son traité d'éducation modifie à peine les conseils et les intonations indulgentes de Quintilien ; lui aussi croit sublimer l'éducation païenne en la mettant au service de la religion chrétienne.

En un mot, après Quintilien, l'éducation se détourne des valeurs de l'intelligence et de l'esprit pour s'intéresser surtout à l'exaltation de l'âme. L'idéal de l'homme a changé. Sur le plan physique, l'esthétique de l'athlète, qui avait fait la beauté de la statuaire gréco-latine, s'estompe. La vraie beauté n'est plus dans le corps périssable, mais dans l'âme. L'idéal de l'artbratoire se sublime aussi dans la mission qui lui est confiée de défendre soit une philosophie idéaliste soit la religion révélée. Mais cette mutation n'est pas soudaine, et le christianisme puise ses sources dans les plus hautes valeurs de la pensée païenne. Quintilien n'était pas étranger aux valeurs spirituelles. Il avait eu aussi l'intuition que l'enfant n'était pas seulement dans un corps infirme un esprit faible ; il avait pressenti que la qualité de l'intelligence ne suffisait pas à faire un homme de bien et qu'il y avait des qualités de l'âme qu'il fallait protéger. ..."

Présence de Quintilien :

La hasard a fait que pendant la semaine écoulée nous avons terminé, de façon simultanée, la préparation du De ratione studii d'Érasme et le livre II de l'Institution oratoire de Quintilien.

Livre II consacré en grande partie à l'éducation des enfants : chap. I : En quel temps l'enfant doit être mis entre les mains du rhéteur; chap. II : Des moeurs et des devoirs du professeur; chap. III : Si l'on doit immédiatement prendre le meilleur maître; chap. IV : Par quels exercices doit commencer le rhéteur; chap. V : De la lecture des orateurs et des historiens sous le rhéteur; etc. et, à la fin du chapitre VI, Quintilien fait remarquer ceci:

(5) Namque incipientibus danda erit uelut praeformata materia secundum cuiusque uires. At cum satis composuisse se ad exemplum uidebuntur, breuia quaedam demonstranda uestigia, quae persecuti iam suis uiribus sine adminiculo (6) progredi possint. Nonnumquam credi sibi ipsos oportebit, ne mala consuetudine semper alienum laborem sequendi nihil per se conari et quaerere sciant. Quodsi satis prudenter dicenda uiderint, iam prope consummata fuerit praecipientis opera: si quid errauerint adhuc, erunt ad ducem reducendi. (7) Cui rei simile quiddam facientes aues cernimus, quae teneris infirmisque fetibus cibos ore suo conlatos partiuntur: at cum uisi sunt adulti, paulum egredi nidis et circumuolare sedem illam praecedentes ipsae docent: tum expertas uires libero caelo suaeque ipsorum fiduciae permittunt.

Traduction :

Ainsi, pour les commençants, la préparation de la matière sera proportionnée aux forces de chaque élève. Mais lorsqu'on verra qu'ils suivent assez fidèlement la route, qu'on aura pris soin de leur frayer, il suffira d'offrir à leurs pas quelques traces légères, pour les accoutumer à marcher d'eux-mêmes et sans aide. Quelquefois il sera bon de les livrer à leur propre force, de peur que l'habitude de ne rien faire sans l'assistance d'autrui ne les rende incapables de rien tenter et chercher par eux-mêmes. S'ils font preuve de jugement dans leurs compositions, la tâche du maître est presque entièrement remplie; s'ils s'égarent encore, il faudra leur donner de nouveau un guide. C'est à peu près ce que nous voyons faire aux oiseaux : ils distribuent à leurs petits, encore tendres et faibles, la nourriture qu'ils ont apportée dans leur bec; mais dès que ceux-ci paraissent plus forts, la mère leur apprend à sortir du nid et à voltiger autour de leur demeure, en volant elle-même devant eux; enfin, quand elle a suffisamment éprouvé leurs forces, elle les livre à la liberté du ciel et à leur propre audace.

Question d'actualité: Harry Potter peut-il constituer un sujet d'étude en classe de latin?

A l'occasion de la sortie (nocturne) de Harry Potter et l'ordre du Phénix de J. K. ROWLING , Florence NOIVILLE a dû se poser cette question puisqu'elle y apporte une réponse dans Le MONDE, édition du mardi 2 décembre 2003, sous l'intitulé Le petit sorcier dans les livres de classe, même en latin:

"Ce qui est inattendu, en revanche, c'est l'usage que font, toujours dans le cadre scoliare, les Anglo-Saxons d'Harry Potter ... en latin : Harrius Potter et Philosophi lapis (Harry Potter et la pierre philosophale, traduit par Peter Needham) est en effet plébiscité par des ensignants britanniques et américains. ... Ce livre est un complément idéal en deuxième année de latin. ... Potter comporte de très nombreuses références aux histoires et à la mythologie classiques. ... Ave Harrius. Ceux qui vont te lire te saluent. Devant un tel succès, la version d'Harry Potter en grec ancien est annoncée pour 2004."


3. Statistiques de consultation - novembre 2003 :

  • Site ITINERA ELECTRONICA:
    • sessions de travail ouvertes: 28.799
    • pages visitées: 68.571
    • pages les plus fréquemment demandées: Cours GLOR2330 (Auteurs latins - P.-A. Deproost; 11.845 pages)

  • Site AGORACLASS - Environnements hypertextes:
    • sessions de travail ouvertes: 33.089
    • pages visitées: 129.309
    • pages les plus fréquemment demandées: Virgile, Enéide, IV : 3.797; Suétone, Vies des XII Césars, I : 3.613

  • Site BCS (Bibliotheca Classica Selecta):
    • sessions de travail ouvertes: 94.668
    • pages visitées: 239.513
    • pages les plus fréquemment demandées: Suétone (43.765 pages)

Nous nous attendons à ce que, au courant du mois de décembre 2003, la BCS passe à plus de 100.000 sessions de travail ouvertes sur ce site par des visiteurs en un seul et même mois. Un succès à la Harry Potter.

  • Etat du dictionnaire au 4 décembre 2003 :

    163.969 formes différentes.
  • Etat du corpus de textes traités au 4 décembre 2003 :

    33 auteurs, 305 oeuvres, 2.221.854 occurrences.


  • Jean Schumacher
    LLN, 5 décembre 2003


     
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    Dernière mise à jour : 17/02/2002