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Date :     21-11-2003

Sujets :
Environnements hypertextes : Ammien-Marcellin, Cicéron, Érasme, Ovide; Érasme, De l'éducation des enfants;

Notice :

1. Environnements hypertextes:

Les environnements hypertextes constitués pendant la semaine écoulée concernent:

Les textes bruts de ces oeuvres sont à disposition dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA:


2. ÉRASME, De l'Éducation des enfants (De pueris instituendis):

  • Texte :

    Édition : OPERA OMNIA Desiderii Erasmi Roterodami, I, 2, Amsterdam, 1971; Traduction française : DE PUERIS "De l'Éducation des enfants". Traduction : Pierre SALIAT; Introduction et notes : Bernard JOLIBERT, Paris, Klincksieck, 1990. Reprise de l'édition de 1537 : Pierre SALIAT, Déclamation contenant la matière de bien instruire les enfans dès leur commencement.
    Références adoptées: pages de l'édition et découpe du texte en phrases numérotées de 1 à N.

  • Contexte :

    [tiré de: Arlette JOUANNA, Philippe HAMON, Dominique BILOGHI, Guy LE THIEC, La France de la Renaissance - Histoire et Dictionnaire, Paris, Laffont, 2001, pp. 43-48]

    p. 43 : Une conviction fondamentale unit les humanistes, par-delà leurs divergences : la qualité d'être humain, au sens fort de l'expression, n'est pas donnée par la naissance, elle se conquiert. Ils s'enchantent de l'anecdote rapportée sur Diogène, qui le montre errant en plein midi sur une place publique grouillante de monde, une lanterne allumée à la main, et répondant à ceux qui s'étonnent «je cherche un homme». Érasme évoque ce trait dans son traité d'éducation (Declamatio de pueris statim ac liberaliter instituendis) pour illustrer l'aphorisme fameux qui résume la position humaniste: « les hommes ne naissent pas tels, ils se fabriquent» (homines non nascuntur, sed finguntur); ils se différencient en cela des arbres ou des chevaux qui, eux, naissent arbres et chevaux.

    ...

    L'importance que les humanistes ont accordée à l'éducation les a amenés à composer des traités sur la manière de former les enfants. Les plus célèbres dans le royaume sont celui d'Érasme déjà cité, paru en 1529 (traduit en français par Pierre Saliat en 1537 sous le titre "Déclamation contenant la manière de bien instruire les enfans, dès leur commencement"), celui de Jacques Sadolet, évêque de Carpentras, De liberis recte instituendis (De la bonne éducation des enfants), publié à Lyon en 1533, et celui de Guillaume Budé, De studio literarum recte et commode instituendo, 1532 (L'Étude des lettres. Principes pour sa juste et bonne institution, selon la traduction proposée par Marie-Madeleine de La Garanderie dans son édition de 1988).

    ...

    p. 44 : Quel est le rôle de l'éducation pour les humanistes? Faut-il prendre à la lettre l'aphorisme provocateur d'Érasme - on ne naît pas homme - et penser que pour eux l'inné ne compte pour rien et que l'acquis au contraire fait tout? Cela correspond peut-être à l'image idéale qu'ils ont de l'éducation; mais ils savent bien le poids de la nature. Leur maître en la matière est Plutarque, qui, dans ses Moralia, enseigne qu'il faut trois éléments pour façonner un homme les dispositions naturelles, l'éducation et l'exercice (c'est-à-dire l'entraînement personnel). ...
    Pour se représenter ce qu'est une «bonne nature», les humanistes ont volontiers recours à des comparaisons avec les travaux des champs. Reprenant les lieux communs issus de Plutarque, Louis Le Roy les commente ainsi dans l'épître liminaire à sa traduction de La Politique d'Aristote : Ainsi qu'au labourage, pour en recevoir proufit, ne suffit avoir bon terroir: ains [mais] convient que le laboureur entende bien son faict, et aye bonnes semences en comparant la nature à la terre, le précepteur au laboureur, et les enseignemens aux semences.
    L'image du riche terroir sert ainsi à la fois à souligner l'importance de la bonne nature et celle de l'éducation, car, laissée inculte, une terre fertile nourrira davantage de mauvaises herbes qu'un sol pauvre.

    ...

    Une question peut alors se poser: la bonne nature est-elle héréditaire et distribuée selon les conditions sociales? Autrement dit, tous les enfants peuvent-ils espérer accéder à l'humanitas, quelle que soit leur origine familiale ?
    Érasme, pour sa part, dissocie les aspects théoriques et pratiques du problème. En principe, les inclinations naturelles favorables peuvent selon lui se trouver à tous les étages de la société. S'il accorde quelque importance à l'hérédité (il conseille, pour avoir un enfant naturellement bien disposé, de prendre une épouse « issue d'une bonne famille », ex bonis prognatam), il estime aussi que les caractères qui signalent l'être de qualité, à savoir une certaine finesse de la sensibilité, une fierté d'homme libre, une appétence pour les activités intellectuelles, une répugnance pour la grossièreté, la brutalité ou la bêtise, peuvent être instillés par une éducation appropriée chez les enfants les moins bien nés. Il lui arrive de comparer la bonne nature avec une terre fertile - mais d'autres images suggèrent que pour lui elle est surtout l'absence d'obstacles à l'action éducative, la docilité, la maniabilité, la souplesse, la capacité à être modelée comme la cire ou tuteurée comme la jeune pousse. Tous les hommes, quelle que soit leur origine sociale, sont susceptibles de recevoir la formation « libérale » qu'il préconise. Mais il sait bien que le programme éducatif qu'il présente dans le De pueris, destiné aux tout jeunes enfants pourvus d'un précepteur particulier, n'est guère utilisable que par les pères de famille aisés. Avec quelque désinvolture, il réplique à un objecteur éventuel:

    Mais, me demandes-tu, que feront les pauvres qui ont de la peine à nourrir leurs enfants, et qui peuvent encore bien moins engager un tel éducateur? À cela je n'ai rien à répondre, sinon le vers du poète comique: «Faisons ce que nous pouvons, quand nous n'avons pas licence de faire ce que nous voulons. » Nous livrons ici une excellente méthode d'éducation, nous ne pouvons pas donner la fortune.

    ...

    p. 47-48 : La première règle de l'éducation érasmienne doit donc être de savoir éveiller progressivement l'élève au désir et au plaisir d'apprendre. Pour le jeune enfant, on pourra se servir d'images, qui permettront d'apprendre des mots, de développer l'observation et d'introduire des connaissances théoriques. Ainsi, à propos d'une vignette représentant un éléphant dont les pattes de devant sont enserrées par la queue d'un dragon, le maître donnera le nom de l'éléphant en grec et en latin, fera observer la trompe et les défenses et en indiquera la fonction, mettra entre les mains de l'élève un peigne en ivoire, et finira par évoquer --- les énormes dragons qui existent dans les Indes. Les connaissances enseignées sont évidemment celles du temps d'Érasme, empruntées à Pline l'Ancien ou à la mythologie, mais la méthode, qui fait appel aux sens et procède par associations, est novatrice. Devenu un peu plus âgé, l'élève devra être formé à l'art de s'exprimer par la parole et par l'écrit ...

  • EXTRAITS :

    1. [natura] ... solum hominem mollem, nudum et inermem producit, uerum pro his omnibus mentem disciplinis habilem indidit, quod in hoc uno sint omnia, si quis exerceat.

    [29,90] Et quo quodque animal minus est aptum disciplinis, hoc plus habet natiuae prudentiae. [91] Apes non discunt condere cellulas, colligere succum, conficere mel. [92] Formicae non instituuntur, ut aestate concerant in cauum, unde pet hiemem uictitent, sed haec omnia naturae aguntur instinctu. [93] At homo nec edere, nec ingredi, nec fari nouit, nisi doctus. [94] Ergo si foetus aut nullos aut insipidos gignit arbor citra curam insitionis, si canis nascitur inutilis ad uenatum, si equus ineptus ad usum equestrem, si bos ineptus ad arandum, nisi nostra accesserit industria, quam efferum, quam inutile animal euadet homo, nisi studiose simul ac mature fingatur institutione?

    Traduction française (P. SALIAT - B. JOLIBERT) :
    Elle [la nature] a produit le seul homme mol, nu, et sans nulles armures, mais au lieu de toutes ces choses elle lui a baillé un esprit idoine aux disciplines et sciences, par cause qu'en lui seul toutes choses sont comprises s'il est exercité. Et d'autant que chacune créature est moins apte à apprendre, d'autant elle a plus de prudence naturelle.
    Les mouches à miel n'apprennent point à bâtir leurs ruches, à amasser la substance des fleurs, ni à faire le miel. Les fourmis ne sont point instruites à apporter en temps d'été à leur fourmilière ce dont elles puissent vivre en hiver, mais elles font toutes ces choses par l'instinct de nature. L'homme ne sait manger, marcher, ni parler s'il n'est enseigné. Par quoi, si l'arbre, sans la sollicitude de l'enter, ou ne porte nul fruit ou, s'il en porte, sont peu savoureux. Si le chien est né inutile à la chasse, si le cheval non propre à l'usage de chevaucher ; si le boeuf inapte à labourer, quand notre industrie n'y survient point, combien brutal, combien inutile sera l'homme s'il n'est soigneusement et d'heures appris et formé par instruction.

    2. [700] Quid facient, inquis, tenues qui uix alunt suos liberos, tantum abest, ut talem educatorem possint conducere? [701] Hic nihil habeo quod respondeam, nisi illud e comoedia: "Vt possunus, quando ut uolumus non licet". [702] Nos instituendi rationem optimam tradimus, fortunam dare non possumus.

    [64,703] Nisi quod hic quoque diuitum benignitas debet bene natis ingeniis, sed angustia rei familiaris non ualentibus exercere uim naturae, succurrere.

    Traduction française : Que feront, ce me dis-tu, les pauvres qui à grand peine peuvent nourrir leurs enfants ? Tant s'en faut qu'ils puissent soudoyer un tel précepteur ! Je n'ai ici rien que je puisse répondre sinon le mot de la comédie : c'est que nousfassions ainsi que nous pouvons puisqu'il n'est licite ainsi que nous voulons. Nous baillons une très bonne manière d'instruire, quant est de fortune, nous ne la pouvons donner. Sinon que la libéralité des riches devrait secourir aux esprits qui sont bien nés mais, par faute de biens, ne peuvent pousser hors et élever la force de nature.

    3. [246] Quod si nos nec pietas nec ratio docere potest quantum sollicitudinis debeatur aetati primae liberorum, saltem a brutis animantibus licebit exemplum petere. [247] Non enim pigere debet ab his rem tanto usui futuram discere, unde tam multa frugifera iam olim didicit humanum genus, quando uenarum incisionem monstrauit hippopotamus, clysteris usum quem mire probant medicorum filii, monstrauit ibis, auis Aegyptia. [248] Dictam num herbam extrahendis sagittis efficacem a ceruis didicimus. [249] Iidem docuerunt cancrorum esum aduersus phalangiorum ictus esse remedio. [250] Quin et lacertis magistris didicimus dictam num aduersus serpentium morsus habere solatium. [251] Est enim huic animantium generi naturale bellum aduersus serpentes, a quibus uulnerati deprehensi sunt ab ea herba medicinam petere. [252] Chelidoniam hirundines indicarunt, et herbae nomen dederunt. [253] Cunilam bubulam contra serpentium ictus utilem docuit testudo. [254] Mustela rutam nobis medicinis habilem commendauit. [255] Ciconia origanum. [256] Hederam morbis mederi monstrarunt apri.

    [38,257] Serpentes docuere marathrum oculorum aciem iuuare. [258] Lactucis nauseam stomachi restringi draco admonuit. [259] Excrementa humana habere uim aduersus aconitum pantherae docuerunt, aliaque cum his innumera remedia didicimus a brutis animantibus. [260] Insuper et artes non parum uitae necessarias. [261] Proscindendi arui rationem monstrarunt sues. [262] Luteas macerias temperare monstrauit hirundo. [263] Ne sim longior, pene nihil est ad hominum uitam utile, cuius natura nobis non proposuit in brutis exemplum, ut qui philosophiam ac disciplinas non didicerunt, saltem ab his admoneantur officii sui.

    Traduction française : Et si la piété ni la raison ne nous peut apprendre combien de sollicitude est due au premier âge de nos enfants, à tout le moins nous pouvons prendre exemple sur les bêtes brutes. Car nous ne devons point être refusants d'apprendre chose qui servirait tant et dont le genre humain a appris dès longtemps à tant de choses profitables. Comme quand l'hippopotame, c'est-à-dire le cheval d'eau, montra l'incision de la veines ; l'ibis, oiseau d'Egypte, montra l'usage du clystère que les médecins approuvent merveilleusement ; quand nous avons appris des cerfs que l'herbe nommée dictame est bonne à tirer hors du corps les traits et les flèches. Les mêmes cerfs ont enseigné que le manger d'écrevisses est remède contre les coups des musaraignes. D'avantage nous avons appris, les lézards étant en ce nos maîtres, que le dictame porte réconfort contre les morsures des serpents, au moyen de cette manière de bête à perpétuelle guerre contre les serpents. Et que quand ils en sont blessés, on les a vu médiciner de cette herbe. Les hirondelles nous ont enseigné l'éclaire et lui ont donné nom. La tortue nous a enseigné que la sariette sauvage est bonne contre les morsures des serpents. La moustelle ou belette nous a fait la rue singulière en médecine, la cigogne, la marjolaine d'Angleterre. Les sangliers ont montré que le lierre guérit quelques maladies ; les serpents ont enseigné que le fenouil aide à la vue. Le dragon nous a admonesté que l'appétit de vomir est retraint par les laitues. Les panthères nous ont enseigné que la fiente humaine a force contre le reagal.
    Et plusieurs autres innumérables remèdes que ceux-ci nous ont été appris par les bêtes brutes ; davantage, plusieurs arts qui sont fort nécessaires à la vie. Les pourceaux ont montré la manière de fouir, de labourer et ahenner la terre. L'hirondelle a montré à détremper les murs de terre.
    Et afin que je ne sois trop long, il n'y a presque rien utile en la vie des hommes dont nature ne nous ait proposé exemple es bêtes brutes. Tellement que ceux qui n'ont point appris la philosophie ni les sciences, pour le moins sont avertis par elles de ce qu'ils ont à faire.


Jean Schumacher
LLN, le 21 novembre 2003


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002