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Date :     13-08-2003

Sujets :
Environnement hypertexte (en préparation) : Sénèque, De beneficiis, lv. V; Lecture: Robert HOLDSTOCK, Celtika; Statistiques de consultation juillet 2003

Notice :

1. Environnement hypertexte:

En préparation : Sénèque, Des bienfaits, livre V.

Les textes bruts pour cette oeuvre sont déjà disponibles:

==> texte latin

==> traduction française.


2. LECTURE :

Dans l'actualité du 23 mai 2003 nouv vous avons déjà parlé du livre de Robert HOLDSTOCK intitulé Celtika et traduit de l'anglais par Thierry ARSON.

Maintenant, nous l'avons lu. CELTIKA est le premier livre du CODEX MERLIN. Merlin l'enchanteur est le personnage principal du livre. Mais longtemps avant de rencontrer le roi Arthur, Merlin s'est lié d'amitié avec Jason, héros grec, célèbre, entre autres, par la quête de la Toison d'or à la tête des Argonautes. Quête qui lui a fait rencontrer Médée, princesse de Colchide. Merlin a connu Médée aussi ... avant que Jason ne la rencontre. Médée, tombée amoureuse de Jason, permet à ce dernier de conquérir la Toison tant convoitée. Jason fait alors de Médée son épouse ... pour l'abandonner peu après. Médée, pour le punir et se venger de cette infidélité, tue les deux anfants mâles qu'elle a eus de Jason sous les yeux mêmes de Jason et s'enfuit sur un char ailé.

Robert HOLDSTOCK imagine que Médée a commis un subterfuge: elle n'a pas tué les fils qu'elle a eus de Jason mais elle les a placés ... en lieu sûr, à savoir, dans l'avenir, 700 ans plus tard. Endroit où Jason ne pourra jamais les retrouver.

Dans Celtika, Merlin ressuscite Jason et le navire Argo en les faisant remonter à la surface d'un lac gelé d'Islande où ils ont sombré tous les deux au terme de leurs errements. Jason apprend de Merlin que ses deux fils sont encore en vie; il lève un nouvel équipage et part à leur recherche ... et se trouve impliquée dans l'invasion de la Grèce par les Celtes. Invasion qui eut réellement lieu à la fin du 3e siècle avant Jésus-Christ.

Jason retrouvera-t-il ses enfants? Jason retrouvera-t-il aussi Médée?
Nous vous donnons ci-dessus le contenu des pages 400 à 406 de ce passionnant livre qui en comporte 427 ... et dont l'auteur a pris soin de laisser plus d'une énigme non résolue.
Assistent à la scène racontée dans ces pages: Jason, Merlin, Tairon et Elkavar qui sont deux des nouveaux Argonautes et ...

p. 400 - p. 406 :

Deux hoplites mourants, qui rampaient pour trouver un abri, nous indiquèrent où Jason pouvait être. Nous nous élançames vers un alignement de colonnes blanches marquant une entrée dans la montagne, où nous le trouvâmes. Il se tenait immobile, l'épée au poing et le regard fixé au loin sur la vallée. Rêveur, triste peut-être. Il portait les vêtements bariolés d'un homme de Brennos qui avait échoué dans sa Quête. Un troisième Grec gisait à ses pieds, qui tremblait encore faiblement alors que son esprit le quittait. Jason saignait d'une entaille au bras, et Elkavar utilisa une longueur de cuir pour panser la blessure. Je restai à quelque distance, discrètement.

- Je ne sais même pas à quoi ressemble mon fils, murmura Jason d'un ton absent. (Il jeta un regard acéré à Elkavar.) Me ressemble-t-il ? Mais à quoi est-ce que je ressemble, moi-même ? Je n'ai aucune idée de mon visage; je laisse ce plaisir à ceux qui ne peuvent l'éviter. Il faut que tu m'aides à le rechercher, Elkavar. Il est quelque part sur cette colline, je le sens.
Il eut un rire dénué de toute gaieté, avant de reprendre, angoissé :

- Je suis inquiet. Peux-tu imaginer cela ? Après tout ce temps écoulé, alors que je suis si proche de mon fils... Je suis inquiet. Et si je ne le reconnaissais pas ? Et s'il avait hérité la colère de sa mère ? Tu dois rester auprès de moi. Tu étais là quand ce traître de sorcier lui a parlé. Tu pourras l'identifier. Il s'adressera à toi, et tu te chargeras de me représenter. Il se peut qu'il ait besoin d'un peu de temps pour m'accepter.

- Merlin est ici, dit Elkavar à mi-voix.
Jason jura et me décocha un regard noir de fureur en pointant son épée vers ma tête.
- Je ne te comprendrai jamais ! À quel jeu joues-tu ? Ne m'approche pas ! Je ne te connais plus...

Le calme était retombé sur la vallée, après cette longue matinée de fureur. Seul le galop des chevaux rejoignant l'armée principale faisait encore frémir le sol. Le soleil se réfléchissait sur les armures des envahisseurs, qui revenaient chargés de leur butin. Les tuniques blanches et les plumets de crin aux vives couleurs des Grecs morts parsemaient les collines. Des cris de bienvenue et des exclamations devant les nouveaux trophées résonnaient brièvement, et les cris en réponse étaient pareils à une musique lointaine. Delphes était presque silencieux.

Et c'est par contraste avec ce calme et cette immobilité générale que je repérai Orgetorix [nom que R. H. a donné à l'un des deux fils de Jason]. Il était accompagné d'un autre homme, lui aussi vêtu de l'armure de cuir multicolore des Celtes hyperboréens. Tous deux surgirent de derrière des rochers, de l'autre côté de la vallée, et remontèrent la route sinueuse d'un pas leste, en direction de l'ensemble d'édifices de marbre qui dissimulaient le sanctuaire proprement dit.

- Là ! m'écriai-je. Orgetorix, avec un autre homme ! Un moment, Jason demeura aussi immobile que les statues brisées, scrutant les silhouettes minuscules au loin, enregistrant chaque détail comme si c'était sa seule chance d'apercevoir le jeune homme qui avait traversé le Temps et se retrouvait presque à sa portée. Puis il aboya un ordre à Elkavar et Tairon, et dévala le flanc de la colline parsemé de rochers et d'épineux. S'il se rendit compte que je m'étais élancé sur ses talons, il ne fit aucun commentaire. Il m'avait chassé de son esprit.

- Je savais qu'il serait là ! cria-t-il en traversant la rivière dans de grandes éclaboussures.
Et, avec Tairon devant lui, car le Crétois était le plus véloce d'entre nous, il gravit la route pavée menant aux portes et aux cours qui à leur tour ouvraient sur la crevasse nue dans la montagne. Ici, l'odeur des gaz de soufre, plus forte, jaillissait de la grotte comme le souffle d'une Gorgone. Se remémorant peut-être le récit de Persée confronté à Méduse, Jason ramassa un bouclier rond abandonné sur le sol, en baisa le bord et l'éleva jusqu'à recouvrir la partie inférieure de son visage.

C'est lui qui entra le premier dans la grotte. Avec Tairon, ils tendirent l'oreille pour surprendre tout bruit suspect, mais il ne régnait là que le baiser du souffle aigre de la montagne. Le Crétois semblait aussi déconcerté que moi, mais il avait déjà exploré l'entrelacs de passages à peine éclairés, et il nous guida vers la statue du serpent Python, qui gardait l'accès aux profondeurs du labyrinthe.
Passant devant l'effigie, nous continuâmes à nous enfoncer, et pendant quelque temps le bruit le plus fort que nous perçûmes fut la respiration heurtée de Jason. Un mouvement subit dans la pénombre baignant un tunnel sur notre gauche nous fit sursauter. L'éclat vif d'une torche apparut et Jason émit un grondement de gorge quand la femme marcha sur lui, poitrine et ventre découverts, les yeux brillants au-dessus d'un voile noir, la chevelure tombant le long du corps en longues tresses étincelantes. Quelque chose dans sa manière de se mouvoir, peut-être, ou bien la lueur dans ses yeux, en tout cas l'écho d'un souvenir, instilla dans l'esprit de Jason une soudaine compréhension, et l'horreur.

Dans l'instant il reconnut celle qui avançait vers lui, et sans même le vouloir il recula d'un pas en secouant la tête.

Je l'entendis qui murmurait - Non! Oh non... Pas ici...
Puis, comme un animal blessé, il poussa une plainte de douleur et de fureur, lorsque Médée arracha le voile qui couvrait ses traits pâles et vieillis, révélant un rictus cruel et sinistre.
Sans même tourner la tête, Jason pointa son épée vers moi en criant : - Tu savais ! Tu savais forcément.

Une fois encore je n'avais pas de réponse à lui offrir. J'eus le soupçon qu'à nouveau ma langue était liée, comme elle l'avait été tant d'années auparavant à Iolcos, comme mes yeux avaient été aveuglés aux Thermopyles.

Médée était dans son élément, et elle savourait le choc causé à l'homme qui tremblait devant elle.

- Rebrousse chemin, Jason, lança-t-elle. (Sa voix caverneuse était encore plus sonore dans ce monde souterrain.) Il n'y a rien pour toi ici. Tout ce que tu vois m'appartient, à moi et à mon amour. Tu ne retrouveras jamais tes fils.
- Essaie donc de m'arrêter ! rugit Jason.

Mais à cet instant les deux jeunes hommes surgirent derrière elle. Jason eut un hoquet, son pas se fit hésitant, puis il leva à demi sa main vers eux. La flamme de la torche projetait un éclairage irréel et dansant sur leurs visages solennels. J'étais saisi de stupeur. Kinos [le nom donné par R.H. à l'autre des deux fils de Jason] ? Ici ? Quelque chose n'allait pas. La nervosité noua mon estomac en prévision de la suite. Je hélai Orgetorix. Il aurait dû me reconnaître, mais il demeura silencieux, sans expression.

Alors Médée, tournant les talons, s'enfuit, emportant la lumière, avec les deux jeunes guerriers dans son sillage ténébreux.

Elkavar décrocha une des torches palpitantes de la paroi. Et comme en écho à cette affreuse poursuite dans le palais d'Iolcos, je courus à nouveau avec Jason pour sauver ses fils des mains de leur mère.
Elle nous mena dans les profondeurs de la montagne, dans les tunnels arborescents comme si elle y était naturellement chez elle. Son rire était plein de raillerie, et sa voix, d'insulte :
- Tu aurais dû rester dans ce lac, pour le bien que tu tireras de cette poursuite. J'ai fait serment que jamais tu ne toucherais de nouveau tes fils, Jason.

Il y eut un instant de silence.
- Mais tu peux profiter de leurs fantômes, conclut-elle, inquiétante.
Et soudain elle était là, dans l'obscurité du passage souterrain, la torche flambante tenue haut au-dessus de sa tête. Orgetorix et son frère vinrent se camper devant elle, et le visage de chacun était un masque de haine.
- Allez voir votre père, dit-elle.
Cette fois son rire fut furtif, presque triste.
Les flammes mordirent l'air derrière elle tandis qu'elle courait plus loin encore dans le labyrinthe, laissant là les deux jeunes hommes.

Jason dit alors :
- Quelque chose ne va pas. Qu'est-ce donc, Merlin ? Sers-toi d'un peu de ta magie pour me le dire...
- Je ne peux pas, murmurai-je, au désespoir.
Mes pensées tourbillonnaient, imprécises, alors même que j'essayais de lancer un enchantement mineur. Mais Médée savait comment jeter le filet invisible qui bloquait mes charmes.
- Bien sûr que tu le peux, grommela Jason d'un air méprisant. (Ces paroles me furent douloureuses, mais moins que celles qui suivirent :) Mais évidemment, pourquoi le ferais-tu ? Elle et toi êtes taillés dans le même bois. Je suis resté trop longtemps dans le lac. Les dieux m'ont rendu aveugle à ta duplicité.
- Non ! Ce n'est pas vrai, je le jure !
Mes propres paroles sonnaient creux. Je ne lui avais pas dit tout ce que je savais, c'était un fait. Pourquoi n'avais-je rien révélé sur Médée ? « C'est pour le mieux. Pour le mieux », m'étais-je répété, chaque fois que les doutes m'assaillaient.

Une seconde plus tard, ses fils firent deux pas vers nous et Jason, dans sa confusion, s'avança sans réfléchir, pour les accueillir. Alors, comme un serpent qui mue, le reflet de l'illusion s'estompa pour révéler le subterfuge de Médée. Les deux Grecs morts, la bouche béante dans leur visage blême, demeurèrent un instant encore debout, avant de s'effondrer dans leur propre sang, et leur dernier souffle siffla hors de leurs poumons écrasés.

Jason tomba lentement à genoux, poings crispés, yeux clos, et seule sa volonté lui permit de ravaler un cri torturé. Du sang coula de ses lèvres, puis ces paroles, d'une voix brisée :
- Oh, dieux, qu'elle soit maudite ! Maudite à jamais !
Père Zeus, brûle ses os dans son corps ; seigneur Hadès, pends-la à ses propres entrailles !

Il bascula en avant, puis parut se reprendre. Je l'entendis marmonner :
- Apollon ! Mielikki ! Argo ! Permettez-moi de le voir, quelques minutes, rien que quelques minutes. Ensuite je promets que le lac pourra me réclamer. Mielikki ! Mielikki... Si tu as quelque influence dans les cieux, parle pour moi, à cet instant. Le lac pourra ensuite me reprendre...

Il avait commencé à se replier sur lui-même, à se voûter comme un homme mourant.
Je m'avançai vers lui pour lui tendre un bras réconfortant, mais j'arrêtai mon geste, par crainte de le toucher.
Toujours aveuglé, je fus incapable de comprendre ce qui se produisit alors.

Jason sembla entendre une voix. Il se releva, serra la garde de son épée et la poignée de son bouclier avec vigueur, se pencha en avant vers les ténèbres et se mit à respirer lourdement, comme s'il s'attendait à quelque événement. Un battement de coeur plus tard, le couloir rocheux se referma autour de lui, telle une bouche qui engloutit un morceau de viande. Une bouffée d'air âcre me força à détourner la tête. Ahuris, Elkavar et Tairon contemplaient l'endroit où Jason venait de disparaître.

Le tunnel avait repris son aspect normal, mais nous pouvions percevoir l'écho de la course d'un homme.

Elkavar se tourna vers moi.
- Le suivrons-nous ?
- Cela ne servirait pas à grand-chose. L'esprit apollonien de Delphes est venu au secours de Jason, mais il n'aurait aucune raison de nous aider nous aussi.

Cependant Tairon était un coureur de labyrinthe. Nos regards se rencontrèrent, et peut-être pensait-il, comme moi, qu'il serait en mesure de poursuivre Jason assez loin pour découvrir où, dans toutes les issues de ce sanctuaire, le Grec ressuscité émergerait.

- Attendez-moi au-dehors, déclara le Crétois d'un ton sec. Il dégaina son épée, tourna les talons et s'élança vivement dans le noir.

Si vous voulez connaître la suite, il faut lire The iron grail, qui est le deuxième volume du Codex Merlin et qui vient de paraître en langue anglaise tout d'abord (4 août 2003). Le premier chapitre de ce 2ième livre peut être lu à l'adresse suivante:

Chapter One : Three of Awful Boding.


3. Statistiques de consultation Juillet 2003 :

ITINERA ELECTRONICA:

  • sessions de travail entamées: 10.132
  • pages visitées: 19.067
  • pages les plus souvent demandées: enseignement (auteurs latins) : 4.933; actualités : 1991

AGORACLASS (environnements hypertextes):

  • sessions de travail entamées: 18.033
  • pages visitées: 70.164
  • pages les plus souvent demandées: Tacite, Annales, I : 5.581

BCS (Bibliotheca classica selecta):

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  • pages les plus souvent demandées: Suétone: 12.405; Folia Electronica : 8.219; Virgile: 6.963


Jean Schumacher
LLN, le 13 août 2003


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002