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Date :     04-04-2003

Sujets :
Environnements hypertextes en préparation; Steven SAYLOR, Meurtre sur la voie Appia; Marie-José MONDZAIN, Le commerce des regards; Statistiques de consultation

Notice :

1. Environnements hypertextes en préparation:

Cette semaine-ci il n'y a pas eu constitution d'environnements hypertextes mais les préparations se sont poursuivies: les textes bruts préparés sont disponibles dans le Dépôt ITINERA ELECTRONICA:


2. Steven SAYLOR, Meurtre sur la voie Appia

Dans l'Elenchus paedagogicus ou Supplément pédagogique du Projet ITINERA ELECTRONICA nous avons déjà fait la connaissance de Steven SAYLOR et de la traduction en français de deux de ses romans policiers: L'Etreinte de Némésis et L'Enigme de Catilina.

Sont en attente les présentations d'autres romans policiers de cet auteur: Du sang sur Rome, Un Egyptien dans la ville, Rubicon (lorsque la traduction française sera, enfin, disponible), Le Rocher du sacrifice (livre disponible).

Dans Meurtre sur la voie Appia (titre original: A murder on the Appian way, 1996) Steven SAYLOR déroule une énigme policière des plus haletantes autour du meurtre de Clodius, meurtre dont Milon sera accusé. Milon que Cicéron a (mal) défendu dans le plaidoyer que nous venons de préparer en vue d'un environnement hypertexte.

A titre d'illustration, nous donnons ci-dessous un extrait du plaidoyer de Cicéron - plaidoyer dont S. Saylor s'est largement inspiré - et la présentation d'une même argumentation dans le roman policier:

Chap. XXXVIII (dernier chapitre du discours):

[38] XXXVIII. Utinam di immortales fecissent -- pace tua, patria, dixerim; metuo enim ne scelerate dicam in te quod pro Milone dicam pie -utinam P- Clodius non modo uiueret, sed etiam praetor, consul, dictator esset, potius quam hoc spectaculum uiderem! 104. O di immortales! fortem et a uobis, iudices, conseruandum uirum! 'Minime, minime,' inquit. 'Immo uero poenas ille debitas luerit: nos subeamus, si ita necesse est, non debitas.' Hicine uir, patriae natus, usquam nisi in patria morietur? aut, si forte, pro patria? Huius uos animi monumenta retinebitis, corporis in Italia nullum sepulcrum esse patiemini? Hunc sua quisquam sententia ex hac urbe expellet, quem omnes urbes expulsum a uobis ad se uocabunt? 105. O terram illam beatam, quae hunc uirum exceperit: hanc ingratam, si eiecerit; miseram, si amiserit! Sed finis sit: neque enim prae lacrimis iam loqui possum, et hic se lacrimis defendi uetat. Vos oro obtestorque, iudices, ut in sententiis ferendis, quod sentietis id audeatis. Vestram uirtutem, iustitiam, fidem, mihi credite, is maxime probabit, qui in iudicibus legendis optimum et sapientissimum et fortissimum quemque elegit.

[38] XXXVIII. Plutôt que d'en être témoin, puissé-je, pardonne, ô ma patrie! je crains que ce voeu de l'amitié ne soit une horrible imprécation contre toi; puissé-je voir Clodius vivant, le voir préteur, consul, dictateur! --- Dieux immortels! quel courage! et combien Milon est digne que vous le conserviez! Non, dit-il, non : rétracte ce voeu impie. Le scélérat a subi la peine qu'il méritait: à ce prix, subissons, s'il le faut, une peine que nous ne méritons pas. Cet homme généreux, qui n'a vécu que pour la patrie, mourra-t-il autre part qu'au sein de la patrie? ou s'il meurt pour elle, conserverez-vous le souvenir de son courage, en refusant à sa cendre un tombeau dans l'Italie? Quelqu'un de vous osera-t-il rejeter un citoyen que toutes les cités appelleront, quand vous l'aurez banni? Heureux le pays qui recevra ce grand homme! ô Rome ingrate, si elle le bannit ! Rome malheureuse, si elle le perd! Mais finissons : mes larmes étouffent ma voix, et Milon ne veut pas être défendu par des larmes. Je ne vous demande qu'une grâce, citoyens; c'est d'oser, en donnant vos suffrages, émettre le voeu dicté par votre conscience. Croyez-moi : nul ne donnera plus d'éloges à votre fermeté, à votre justice, à votre intégrité, que celui même qui, dans le choix de nos juges, a préféré les plus intègres, les plus éclairés, les plus vertueux des Romains.

Meurtre sur la voie Appia, pp. 366-368:

Lorsque Cicéron commença à parler, sa voix tremblotait.
Elle vibrait pareillement la première fois que je l'avais entendu en public, lors du procès de Sextus Roscius. Mais une éternité s'était écoulée depuis. Cicéron était devenu « le » grand orateur de son temps, enchaînant les triomphes. Même aux heures les plus sombres - quand Clodius voulait l'exiler-, il avait toujours gardé une voix ferme, à défaut d'amis sûrs.
Mais à cet instant, sa voix tremblait.
- Distingués jurés! Distingués... Quelle chance vous avez aujourd'hui. Quelle décision vitale vous allez prendre... vous et vous seuls. Un homme de qualité, un citoyen droit, un serviteur infatigable de l'État... va-t-il devoir affronter la misère ? Et Rome elle-même va-t-elle souffrir des humiliations sans fin ? Ou allez-vous mettre un terme... c'est-à-dire, par votre sage et courageuse décision, allez-vous mettre un terme à la longue persécution qu'une bande de hors-la-loi inflige à un homme et à sa ville ?
Il y eut de nouveaux cris dans la foule. Le bruit était presque une arme en soi. Cicéron parut fléchir et recula vers les Rostres. Mais je continuais à croire que sa maladresse était une ruse. Comment pouvait-il en être autrement ?
La colère diminua suffisamment pour lui permettre de poursuivre.
- Quand mon client... et moi-même... Quand nous sommes entrés en politique...
- Quand allez-vous en sortir ? hurla quelqu'un.
- Pas assez tôt, cria un choeur de voix, alors que des rires fusaient.
- Quand nous sommes entrés en politique, nous pensions que les services rendus seraient récompensés. Au lieu de cela, nous avons connu la peur. Milon, particulièrement, a été vulnérable, car délibérément... délibérément et courageusement... il s'est mis en avant... Je veux dire, en première ligne... dans le combat des vrais patriotes contre les ennemis de l'État...
Il y eut une nouvelle explosion de rage. J'en avais mal aux oreilles. Milon se faisait tout petit sur sa chaise. On aurait presque dit qu'il avait fondu. Tiron avait commencé à se ronger les ongles.
Dès lors, le grondement de la foule ne retomba quasiment plus. Chaque fois que Cicéron parvenait à se faire entendre, on avait l'impression qu'il déclamait des fragments de différents discours. En plusieurs occasions, il fut évident qu'il était perdu. On le voyait se parler à lui-même, puis il recommençait en traitant d'un point déjà évoqué. Sa voix tremblait continuellement. Même en connaissant l'objet de son propos - accuser Clodius d'embuscade et laver Milon de toute responsabilité -, j'étais incapable de comprendre son argumentation.
À l'expression de leurs visages, il était clair que les jurés étaient également perdus.
Au cours des années, j'avais éprouvé des sentiments divers à l'écoute des discours de Cicéron : l'outrage, l'admiration, l'étonnement, la consternation, voire la honte... Or je commençais à éprouver un sentiment nouveau, un sentiment que j'aurais cru impensable: la gêne. De la gêne pour Cicéron.
Ce devait être son heure de gloire. Au lieu de cela, il nous présentait l'image d'un homme paralysé par la peur. Il tremblait, hésitait, roulait des yeux effarés, transpirait, trébuchait.
Il était comme un acteur tétanisé par le trac. On n'aurait pu blâmer personne de se laisser impressionner par cette foule.
Personne... sauf Cicéron, peut-être. J'avais l'impression de regarder un acteur de second ordre jouant son rôle. Plus que de la gêne, c'était de la pitié que j'éprouvais maintenant. Milon s'agitait de plus en plus. Il se pencha vers Tiron pour lui dire quelque chose. Milon voulait sans doute faire descendre Cicéron des Rostres pour assurer lui-même sa défense.
Du moins le supposais-je. Et apparemment, Tiron tentait de l'en dissuader.
Cette débâcle semblait ne jamais devoir s'achever. En fait, elle dura bien moins que les trois heures allouées à la défense. Enfin, Cicéron approcha du terme de son discours.
- Milon est né pour servir sa patrie. Serait-il juste qu'il lui soit interdit de mourir sur son sol ?
- Eh bien, tuons-le maintenant! hurla quelqu'un.
- Distingués jurés, pouvez-vous le bannir de Rome ?
Pouvez-vous exiler un homme comme Milon, alors que toutes les villes du monde voudront l'accueillir quand vous l'aurez banni ?
- Alors bannissons-le! Dehors! Exilez-le! Exilez-le!
Le cri se transforma en un chant qui se répercuta d'un bout à l'autre du Forum.
Cicéron n'attendit pas que le chant s'éteigne pour finir son discours. Il continua d'une voix rauque, perdue au milieu du grondement de la foule. Je tendais l'oreille pour l'entendre. - Quant à vous, honorables jurés, je vous en conjure, ayez le courage de vos opinions. Agissez ainsi et, croyez-moi, votre intégrité... votre courage... votre sens de la justice réjouiront particulièrement celui qui a choisi ce jury parmi les hommes les plus courageux, les plus sages, les plus honnêtes, de Rome. C'était ça son appel ultime ? Laisser entendre qu'un acquittement de Milon ferait plaisir à Pompée ? Eh bien, si c'était là son argument final, il était heureux que les cris de la foule aient noyé la voix de Cicéron.
Une fois les discours achevés, chaque partie put récuser quinze jurés. Cela prit peu de temps, car chaque camp avait déjà dressé la liste des personnes qu'il jugeait indésirables.
Il ne restait plus aux cinquante et un jurés qu'à voter. On leur distribua à chacun une tablette de cire. Sur une face était gravée la lettre A, pour acquitté, et sur l'autre la lettre C, pour condamné. Les jurés devaient effacer une des deux lettres pour exprimer leur vote. On ramassa les tablettes pour que le scrutin reste secret. Domitius présida au décompte des tablettes que l'on sépara en deux piles. De ma place, je voyais clairement que l'un des tas était trois fois plus haut que l'autre.
Le président annonça les résultats. Condamné: trente-huit!
Acquitté : treize !

Commentaire rapide: La présentation de Saylor est (nettement) plus captivante que le discours de Cicéron.


3. Marie-José MONDZAIN, Le commerce des regards :

Hier, jeudi 3 avril 2003, s'est ouvert à l'UCL, Faculté de Philosophie et Lettres, un colloque intitulé L'idole dans l'imaginaire occidental. Colloque organisé par le Centre de recherche sur l'Imaginaire de la faculté ainsi que par deux centres de recherche attachés, l'un, à l'Université de LILLE III et l'autre à l'Université d'Artois à Arras.

C'est Madame Marie-José MONDZAIN qui a ouvert les travaux du Colloque par une contribution consacrée à l'idole et, plus particulièrement, aux deux aspects sous lesquels la rhétorique de l'idole reprend actuellement du grade, du service dans notre société: d'après M.-J. M. , et si nous avons bien saisi, aujourd'hui, l'idole tient lieu, à la fois, d'objet de consolation en appui d'un ré-enchantement du monde à opérer et d'objet de consommation, consommation qui s'inscrit dans un mode de vie de jouissance sans limites recherché par bien de nos concitoyens.

Madame M.-J. M. a analysé ce processus à travers la bible, le christianisme et le Sophiste de Platon. Elle s'est appuyée sur son ouvrage Commerce des regards (Seuil, 272 pp., 23 euros) ... dont Le Nouvel Observateur a donné une présentation dans son édition justement du 3 avril 2003 sous la plume de Thierry GRILLET, article intitulé: Une archéologie du regard:

Face à l'abus d'images qui nous guette, l'essai de Marie-José Mondzain, "Le Commerce des regards" ne console pas. Il explique.
Au banquet visuel perpétuel, notre gloutonnerie est déjà légendaire. De Timisoara aux photos satellites de la culpabilité irakienne produites par l'administration américaine, nous consommons sans modération. Prêts à tout avaler.
Pourquoi? La réponse est au bout d'une enquête érudite qui explore les sous-sols profonds du régime sophistiqué de l'image mis au point par deux mille ans de christianisme.
Alors commence l'itinéraire passionant de la crédulité en Occident, à travers un voyage dans les textes, de la Torah à Nathalie Sarraute, en passant par l'apôtre Paul, Tertullien, Nicéphore, Andersen ou Balzac.
Comment donc faire bon usage de ses yeux ? Peut-on voir indépendammment de ce qu'on nous fait voir ? Et qu'a-t-on le droit d'en dire ? Trois questions qui déplacent la réflexion, du support au rapport, de l'image au regard, de la médiologie à la politique.

Cette archéologie distingue des moments clés. Comme celui qui articule la hantise de i'idolâtrie, dans le judaïsme, à l'avènement de l'Incarnation. L'Ancien Testament interdit les images ; et plutôt, précise l'auteur, leur fabrication. Mais la prohibition frappe, plus radicalement encore, le regard.
Celui du fils de Noé, qui, dans la Genèse, découvre la nudité de son père. Maudits soient les yeux qui confondent la nudité avec la vérité! Ils conduisent à l'idolâtrie du visible.
Marie-José Mondzain montre alors avec quelle virtuosité le christianisme cherche à libèrer l'image. Il ne fallait pas diviniser le visible, et voilà que Dieu le Père se manifeste dans l'Incarnation. Il ne fallait pas voir la nudité du père ; et c'est celle du fils qui s'offre à la consommation des regards.
Dans ces coups de force successifs, le génie consiste à faire de cette chair du visible juste un média. Une planche-contact avec, en haut, l'invisible. Une nourriture offerte, en bas, à une communauté ainsi indivisible. Subtil "commerce des regards", mais régulé par une rhétorique qui dit : pour voir, fermez les yeux et ouvrez les oreilles.
Voir, c'est d'abord croire ce qu'on vous dit de voir. Alors le remède n'est-il pas pire que le mal ? Débarrassés des idoles, nous voilà assiégés par les manipulateurs d'images. Les beaux parleurs du vide. Comme ces tisserands des fabulettes médiévales qui habillent de néant les rois nus.

Livre qui vient de paraître:

Susan WOODFORD,Images of Myths in Classical Antiquity, Cambridge, Univ. Press, 2003, 350 pp.
Compte-rendu: B.M.C.R.


4. Statistiques de consultation:

Les statistiques de consultation des environnements hypertextes du Projet ITINERA ELECTRONICA pour le mois de mars 2003 sont les suivantes:

  • Nombre total de sessions de travail ouvertes: 51.171
  • Nombre total de pages visitées sur la Toile: 159.597
  • Pages les plus demandées: Sénèque, De la colère, livre I (5.801 pages), II (4.521), III (5.417); Virgile, Enéide, chant I (3.746 pages), IV (5.196), VII (3.380), VIII (3.112), IX (5.918), X (3.359).


Jean Schumacher
LLN, le 4 avril 2003


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002